‹ Psychologie du peuple françaisChapitre 22 sur 27 · LA SÉLECTION A REBOURS PAU LES GUERRES · texte numérisé non relu

LA SÉLECTION A REBOURS PAU LES GUERRES

Les révolutions, avec leurs hécatombes où ce sont souvent les meilleurs qui sont sacrifiés, sont une des formes les plus déprimantes de la guerre. Selon M. de Lapouge , la Révolution française, par sa politique désastreuse, aurait détruit les «eugéniques», nobles ou bourgeois, et créé une classe nouvelle qui, enrichie par la spéculation sur les biens nationaux, a donné naissance à « une postérité sans vertus, sans talents et sans idéal ». La Révolution aurait été avant tout «la transmission du pouvoir d'une race à une autre ». Du xvie siècle à nos jours, selon le même auteur, on saisit une gradation régulière dans l'envahissement des brachycéphales, mais, « à l'époque de la Révolution correspond un saut brusque, une accélération marquée dans la dispersion du personnel eugénique ». Sans attacher une grande importance à la montée des brachycéphales1, on peut se demander si la Révolution n'a pas, en partie, produit chez nous des résultats analogues à ceux de l'Inquisition en Espagne. En tout cas, gardons-nous de recommencer.

En l'absence des guerres et révolutions, les villes continuent la consommation des parties les plus actives et les plus intelligentes de la population, non seulement en France, mais dans la plupart des autres contrées. En trente années, les centres urbains

e s'abstenait pas de faire connaître les nombreux décès des miliires des corps expéditionnaires envoyés dans ces lointains pays1. »

i Lagaeau. Conséquences démographiques qu'ont eues pour la France les guerre$ puis un siècle. Annales de V Académie des sciences morales, 1892.

1 Voir plus haut, livre premier.

208 PSYCHOLOGIE DU PEUPLE f KANyAïS

ont absorbé chez nous sept centièmes de la population totale au détriment des petites communes. Pendant que les campagnes se dépeuplent, la population des villes s'accroît sans cesse à leurs dépens. La population rurale, qui représentait, il y a un demisiècle, les trois quarts du total, n'en forme plus aujourd'hui que les deux tiers (61 p. 100) : de 1846 à 1891, la campagne a perdu 2,921,843 habitants, pendant que la population urbaine en gagnait 5,664,549. Dans la même période, la densité de Paris s'est élevée, par kilomètre carré, de 11,000 à 31,000 habitants, c'està-dire qu'elle a presque triplé. Gomme la densité est, en moyenne, de 73 habitants pour toute la France, on voit que la densité parisienne est 425 fois plus forte que celle du pays. Si toute la France était peuplée comme Paris, dit M. Gheysson, la population française serait égale à 15 milliards d'habitants, c'est-à-dire à dix fois celle du monde entier. M. Levasseur a montré que c'est depuis les chemins de fer que le mouvement de concentration vers les villes s'est accéléré : la facilité des communications a aidé au déplacement. 11 conclut que la force d'attraction des groupes humains est en général, comme celles de% la matière, proportionnelle à la masse. La masse des grandes agglomérations urbaines n'ayant pas cessé de s'accroître, le fait de la concentration a dû s'accentuer.

On a voulu imputer à la France l'agglomération comme une tendance qui lui serait particulière. Mais en Angleterre, la population urbaine, qui formait

déjà la majorité (51 p. 100) en 1851, constituait, en 1891, 71,7 p. 100 de la population totale. Dans l'empire allemand, la population urbaine (villes de plus de 2,000 habitants) compte dans le total pour 36,1 p. 100 en 1871, pour 50 p. 100 en 1897. Aux Etats-Unis, le rapport de la population des villes de plus de 8,000 habitants à la population totale était de 4,9 p. 100 en 1820, de 12,25 en 1850 et de 29,1 en 1890. Nous savons qu'en France la population urbaine (communes de plus de 2,000 habitants agglomérés) formait 24,4 p. 100 de la population totale en 1846, 31 p. 10,0 en 1872 et 37,4 en 1891. Le mouvement de concentration a donc été moins accentué durant la seconde moitié de notre siècle en France que dans les trois autres pays cités, et l'agglomération y est moindre. Dans ces trois pays comme en France, la croissance des villes, plus rapide que l'augmentation totale de la population, a été causée en partie par l'émigration rurale. S'il y a là un péril social, dit M. Levasseur, nous y sommes exposés en nombreuse compagnie. Toutefois il y a entre ces pays et la France une différence que reconnaît M. Levasseur. L'accroissement général de leur population étant relativement rapide, celui des villes en particulier ne produit pas dans les campagnes des vides aussi larges qu'en France, où la population est presque stationnaire.

Les avantages des grandes villes ont été mis en pleine lumière par M. Levasseur. Hors de ces grands centres, il n'y a presque pas de grand commerce.

En outre, les villes sont les foyers de l'activité intellectuelle1. En revanche, l'influence physiologiquedes villes est mauvaise. La natalité, d'abord, y est moindre qu'ailleurs, la mortalité plus élevée. Le besoin de confort y engendre la restriction volontaire; l'altération physiologique de la race y est produite par les maladies héréditaires que créent l'excès du travail cérébral et la vie sédentaire. Ce ne sont pas seulement les enfants que déciment les cités; ce sont aussi les adultes. Les partisans des villes font cependant observer qu'à Paris la proportion des décès n'est supérieure que de 5 p. 100 à celle de l'ensemble de la France, qu'elle va diminuant avec les progrès de l'hygiène, que, si on tient compte du nombre

* Les arts, les lettres, les sciences ne trouvent nulle part autant de ressources et de stimulants pour le travail, autant d'occasions de produire et de faire apprécier ses œuvres. Un homme de génie, dit M. Levasseur, peut naître n'importe où; mais « la culture complète du talent est surtout l'apanage des cités ». Si donc le talent artistique, littéraire, scientifique est la « fleur de la civilisation » et fournit une semence de perfectionnement social, il faut pardonner aux villes certains inconvénients en considération du service qu'elles rendent. Elles sont parfois « turbulentes » et, dans une démocratie souveraine et centralisée, elles risquent d'entraîner la politique vers une direction à l'extrémité de laquelle on aperçoit des abîmes. Mais, pour bien voir le rôle des grandes villes, « il ne faut pas envisager seulement Paris et, dans Paris, les écarts de la démagogie; il faut comprendre le grand mouvement d'idées sociales qui y sont agitées et qui est loin d'être stérile ». Ce mouvement contribue, comme les arts et les sciences, au progrès de la civilisation.

Si l'on considère une nation comme un organisme vivant, on peut dire que « les campagnes produisent plus d'hommes qu'elles n'en utilisent, que les villes absorbent et consomment une partie de l'excédent et rendent à la nation, en échange, une valeur considérable en richesse et un complément de civilisation ». Plus l'outillage et l'organisation économiques sont perfectionnés, plus est considérable la proportion d'habitants que la nation peut consacrer à l'œuvre des grandes villes ; « c'est pourquoi cette proportion est plus forte dans les Etats manufacturiers que dans les Etats purement agricoles, et tend à s'accroître de nos jours dans la vieille Europe comme dans la jeune Amérique ».

considérable d'individus qui se rendent à Paris dans l'intention d'y vivre « à haute pression », les conditions d'existence y semblent plus favorables qu'ailleurs. — Soit : mais c'est précisément cette vie à haute pression qui est dévorante, dangereuse pour l'équilibre physique et moral. N'est-il pas démontré que les familles s'éteignent rapidement dans les grands centres, qui ont besoin sans cesse d'être renouvelés par les recrues de la province ? M. Gheysson a d'ailleurs noté ici un trompe-l'œil statistique dont les villes ont le bénéfice : on ne saurait comparer sans erreur leurs chiffres de naissances, de mariages et de décès à ceux d'une population normale qui contiendrait plus d'enfants et moins d'adultes. Les âges particulièrement tributaires de la mort, c'est-à-dire l'enfance et la vieillesse, n'étant que très faiblement représentés à Paris, on doit calculer la mortalité non pas en bloc, mais par âge, et l'on constate alors qu'elle est environ d'un tiers supérieure à celle de la province.

Comme les villes sont le théâtre de la lutte pour l'existence, ce sont les individus doués de certaines qualités de race qui l'emportent en moyenne. La lutte industrielle et commerciale tend à devenir ainsi, en môme temps, une lutte ethnique. A ce point de vue, les anthropologistes ont soutenu que les villes consomment principalement des dolicho-blonds et des doîicho-bruns, en exerçant une puissance d'attraction sur ces deux races entreprenantes, intelligentes, inquiètes, nullement casanières, ennemies

par instinct de l'isolement campagnard. En fait, la dolichocéphalie domine, selon les recherches de M. Ammon, dans les villes par rapport aux campagnes, comme dans les classes supérieures des lycées par rapport aux classes moyennes, comme dans les institutions protestantes par rapport aux institutions catholiques (où la brachycéphalie est remarquable dans le duché de Bade). M. Ammon a fait aussi des observations amusantes sur les types des sénateurs badois. Toujours est-il que les campagnes perdent de plus en plus leurs dolichoïdes et deviennent de plus en plus brachycéphales. Après avoir subi plus que tous les autres l'attraction des villes, les dolichoïdes y réussissent et parviennent à y prospérer pendant une ou deux générations, mais leur postérité y fond comme la neige au soleil.

En tenant compte et du mouvement de retour vers la campagne et de la population qui flotte de ville en ville, il reste certain que les grandes villes sont consommatrices de population, et que, toutes choses égales, les éléments émigrés de la campagne vers les villes tendent à devenir « un élément perdu pour la population totale ». En d'autres termes, la migration vers les villes est le préliminaire de « l'élimination par sélection ». « C'est donc, dit M. Closson, chargé de cours à l'Université de Chicago, une question de la plus haute importance pour la qualité à venir de la population d'un Etat, que de déterminer les éléments dont les émigrants du pays sont principalement composés, spécialement les émigrants

vers les grandes villes1. » Or, toutes les causes que nous avons énumérées amènent en France l'absorption progressive des dolicho-blonds et bruns dans la grande masse des brachy-bruns. L'indice céphalique augmente d'un degré depuis le moyen âge, au profit des crânes larges; la taille diminue et la couleur st fonce. Nous redevenons donc de plus en plus celtoslaves et « touraniens », comme nous l'étions avant l'arrivée des Gaulois, tandis que l'élément dit aryen va diminuant chez nous d'importance et d'influence. Tel est le phénomène qui inquiète les anthropolo' gistes. Mais nous avons vu qu'il se produit chez tous les autres peuples européens, quoique avec moins d'intensité et de rapidité dans le nord-ouest. C'est, pour ainsi dire, une russification générale et lente de l'Europe, y compris l'Allemagne même, un panceltisme ou panslavisme spontané. Il est impossible encore, malgré les prédictions des anthropologistes, de bien apprécier les conséquences heureuses ou maiheureuses de ce changement; tout ce qu'on peut dire, c'est qu'il modifie l'équilibre de nos trois races composantes par la montée continue d'éléments nouveaux, due à notre infécondité systématique, à nos longues guerres, enfin au drainage des grandes villes. Nous sommes aujourd'hui envahis au sud par des Celto- Méditerranéens, au nord par des Germains plus ou moins celtisés; eu une certaine mesure il y a compensation. De plus, la France a une faculté d'assimi-

1 Voir la Revue internationale de sociologie 1896 : La dissociation pal déplacement.

lation extraordinaire, à cause de son caractère éminemment sympathique , sociable, ouvert à tout et à tous. Il n'en serait pas moins préférable que la France se suffît à elle-même et, de plus, contribuât à coloniser d'autres pays. En moins d'un siècle, le nombre des Européens hors d'Europe est passé de 9 millions à 82 ; l'Angleterre a produit 7 millions d'émigrants ; l'Allemagne 3 millions. La France continuera-t-elle d'assister, repliée sur soi, à cette fécondité débordante des autres nations? Consentira-t-elle, au lieu de peupler le monde, à vider son sein même de sa propre race pour n'y recevoir que des éléments étrangers?

Les anthropologistes ont voulu un autre signe fâcheux, au point de vue ethnique, dans le croisement universel des têtes longues et des têtes larges, croisement qui atteint en France son plus haut degré- Dans la désharmonie des formes qu'ils croient apercevoir chez ces « métis », ils trouvent l'image d'une désharmonie intérieure. Déjà, disent-ils, nous ne rencontrons plus dans nos villes que sujets aux yeux clairs et aux cheveux foncés, ou l'inverse, que visages larges associés à des crânes arrondis ; la barbe est d'un autr'e type que les cheveux ; « des brachycéphales portent des têtes d'Aryas », usurpation inique; d'autre part, « de petites têtes de Méditerranéens sont perchées sur. des cous d'Ayras plus gros qu'elles et surmontent des troncs gigantesques ». — Qu'eussent dit ces pessimistes en apercevant Mme de Sévigné avec un œil bleu dit-on, et

l'autre noir? — Dans peu de temps , continuent-ilsT vous verrez la dissymétrie des organes intervenir comme « cause d'extinction des populations métisses ». Au moral, que d'hommes tiraillés par des tendances opposées, qui pensent « le matin en Aryas et le soir en brachycéphales », changeant de caractèrer de volonté, de conduite au gré du hasard! Voilà le spectacle que donne la psychologie des « sangmêlés » de nos plaines et de nos villes. On ajoute, pour ces métis des blonds et des bruns, comme pour ceux des blancs et des noirs, que « l'égoïsme est leur caractéristique », ainsi que « l'inconstance, la vulgarité, la poltronnerie ». Le Celte a déjà grand souci de sa personne, de ses intérêts, des intérêts de ses proches, de tout ce qui ne dépasse pas son horizon assez étroit. Croisez-le avec un Germain; l'individualisme énergique de ce dernier viendra renforcer la tendance personnelle du premier; d'autre part, les instincts germaniques de solidarité humaine seront neutralisés par l'esprit de clocher celtique; résultante générale : égoïsme chez les métis. — Telle est la chimie anthropologique des caractères. — Par bonheur, les conclusions sont ici beaucoup plus hypothétiques que sur les points précédents. Les relations des qualités mentales à telles particularités crâniennes sont, comme nous l'avons vu plus haut, trop mal déterminées pour permettre de prévoir le résultat des métissages, surtout entre blonds et bruns. Dans les mélanges, les caractères essentiels des types se transmettent chacun pour soi

et sans solidarité avec les autres, de telle sorte que le croisement du dolicho-blond et du brachy-brun, par exemple, pourra produire des métis dolicho-bruns et brachy-blonds, outre un petit no'mbre de types reproduisant fidèlement les types originaux. Le résultat final, à travers les siècles, est la répartition presque égale des couleurs entre les diverses formes des crânes. M. Collignon Fa constaté pour les conscrits du département des Gôtes-du-Nord; M. Ammon, pour ceux du duché de Bade. Les yeux bleus et les cheveux blonds des anciens Germains subsistent chez les Badois, tandis que la dolichocéphalie a presque disparu. Une race possède ce que M. Collignon appelle' des caractères forts ou résistants, qu'elle tend à imposer presque indéfiniment à ses métis même éloignés (tels les yeux bleus pour la race septentrionale) ; et elle a aussi des caractères faibles, moins persistants, qui se laissent facilement éliminer dans les croisements. Un caractère très fréquemment ren< contré peut donc cependant n'être qu'adventice ou surajouté : les yeux bleus ne prouvent pas que la tête soit dolichoïde ; la couleur des cheveux peut subsister lorsque la forme du -crâne change. De même, ajouterons-nous, il est probable que les qualités de structure cérébrale, auxquelles sont liées les qualités psychiques héréditaires, tendent, par l'effet des nombreux croisements, à se dissocier peu à peu d'avec la longueur du crâne et à se répartir entre les diverses formes de crânes, comme celles-ci se répartissent déjà entre les diverses couleurs d'yeux et de

cheveux. Tout ce qu'on a pu dire de plus plausible sur les croisements, c'est, par exemple, qu'un père de beaucoup d'intelligence, mais sans persévérance, et une mère très persévérante avec peu d'intelligence, auront chance d'avoir des enfants d'un des quatre types suivants : 1° reproduction fidèle du père; 2° reproduction de la mère; 3° intelligence et persévérance réunies, ce qui assurera le succès (si qua fata aspera...); 4° peu d'intelligence et peu de persévérance, type destiné à l'insuccès et à l'élimination finale.

Qu'il y ait d'ailleurs dans notre société française et dans toutes les sociétés contemporaines beaucoup d'hommes déséquilibrés, nous ne le nions pas. Y en a-t-il plus qu'autrefois? Nous l'ignorons. Ce qui est certain, c'est que les causes physiques de déséquilibration, surtout en France, sont beaucoup moins lescroisements de Celtes et de Germains que l'extension progressive de l'alcoolisme et d'autres maladies, l'abus du tabac, le séjour des villes, le manque d'une bonne hygiène, la vie sédentaire, le surmenage, etc. ; mais les principales causes sont morales : lutte et contradiction de nos idées, de nos sentiments, de nos croyances religieuses et irréligieuses, de nos théories politiques et sociales, licence de notre presse, pornographie, excitations de toutes sortes au vice, etc. L'indice crânien et les croisements sont étrangers à tous ces maux.

Gomme remède, cependant, on nous propose, en s'inspirant des théories de M. Galton et de M. der

Cîindolle, une « alliance aryenne ». Les Aryens et leurs métis peu éloignés ne se chiffrent, nous dit-on, que par une trentaine de millions, tant aux États-Unis qu'en Europe; mais cette faible minorité représente presque toute la puissance intellectuelle du genre humain ; quand elle voudra faire usage de ses forces et de son « audace typique », Ylapeti genus fera ce qui lui plaira : les Juifs donnent l'exemple de la facilité avec laquelle une race peut « s'isoler tout en étant ubiquiste », former un même peuple tout en habitant vingt pays. Il s'est établi déjà en Amérique des associations en vue d'une aristocratie conventionnelle qui éviterait tout croisement impur, toute « souillure », donnerait des primes, des bourses et des dots aux sujets les plus parfaits, aux familles les plus fécondes en talents, c'est-à-dire, pour employer le terme de M. Galton, les plus « eugéniques ». — Nous doutons fort du succès de la nouvelle caste, et nous doutons surtout de son utilité. S'il est fort compréhensible que les blancs hésitent à se noyer dans les populations noires, ou même jaunes, il l'est beaucoup moins que les dolichocéphales blonds, pour une supériorité problématique de forme crânienne et de couleur des cheveux, prétendent former une humanité au sein de l'humanité même. En Europe, au moyen âge, les classes nobles se disaient japhétiques, pour se distinguer du peuple des campagnes, que l'on déclarait chamite. L'opposition des Aryas et des Celto-Slaves est sans doute du même genre. Où l'unité de sang a le plus d'influence physiolo-

gique, c'est en fait de sentiments, car les sentiments tiennent beaucoup plus que tous les autres phénomènes mentaux à la constitution et au tempérament physiologiques ; de là, pour une nation, l'inconvénient d'être formée de deux races trop distantes. Mais, quand il s'agit de quelques différences crâniennes au sein d'un même race blanche, on ne saurait trouver une nécessaire opposition de sentiments. Que les races dolichocéphales blondes soient plus aventureuses et plus remuantes, que les races brachycéphales soient plus tranquilles et plus passives, il n'y a pas là de quoi diviser un peuple contre lui-même. Si les croisements sont en effet dangereux entre races trop éloignées, comme la blanche et la noire, ils sont plutôt utiles entre deux variétés aussi voisines que les têtes longues et les têtes larges. Ce sont les anthropologistes eux-mêmes qui avaient soutenu naguère que les croisements peuvent avoir de grands avantages, que, si on les abandonne à elles-mêmes, les couches les plus élevées des sociétés par l'intelligence et le talent s'épuisent vite, deviennent moins fécondes, soit volontairement, soit par une involontaire usure des facultés génératrices au profit des facultés intellectuelles , soit par la démoralisation qu'entraîne souvent une situation de fortune privilégiée, soit enfin par une de ces « évolutions régressives » qui ont conduit tant de grandes familles à l'imbécillité finale et à la folie. C'est un résultat que M. Jacoby avait mis en lumière et sur lequel, à son tour, M. Gustave Le Bon avait insisté. Une supériorité

dans un sens ne s'obtient, trop souvent, qu'au prix d'une infériorité et, sans doute, d'une dégénérescence dans d'autres sens. En admettant qu'on ait jadis exagéré les dangers des unions restreintes à une seule et môme caste ou classe sociale, il demeure vrai que, depuis les origines de la civilisation, des croisements innombrables ont eu lieu, que nous avons tous dans nos veines du sang de blonds et du sang de bruns, du germanique, du celtique et du méditerranéen, que le mélange va croissant avec la civilisation , et qu'en définitive l'humanité ne paraît pas déchoir avec les siècles qui la « brunissent <>.

Certains marchands de chair noire avaient monté dans les Etats du Sud de véritables haras : « cette pratique renouvelée du vieux Caton a contribué, dit-on, à la constitution delà superbe race nègre créole; par rapport au nègre africain, celui des Etats-Unis est assurément un être sélectionné. » M. de Lapouge expose quelques systèmes de sélection anglais et américains, français et allemands. Au point de vue de la science pure, les possibilités de réalisation lui semblent très étendues. Il est rigoureusement certain, pense-t-il, que, par une sélection sévère, on pourrait obtenir en un temps limité un nombre voulu d'individus présentant le type de race choisi. Il serait alors possible d'arriver en très peu de temps à la perfection esthétique des individus, « la beauté idéale étant d'autant plus facile à atteindre que l'incohérence aurait disparu avec les tendance* hétérogènes. A trois générations par siècle, il suffi-

Page 1