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LA SÉLECTION A RLBOURS PAR LES GUERRES

la lutte et presque seuls à se reproduire, il est clair qu'au bout d'un certain temps le troupeau serait en dégénérescence' : la sélection opérée à rebours produirait un abaissement du ton vital. Il en est de même pour les peuples : les victoires leur coûtent aussi cher que les défaites. Une des raisons qui font que l'Angleterre a conservé, dans sa population, une plus grande vigueur physique, une taille plus haute, une race plus pure que les autres nations, c'est que sa situation insulaire lui a permis de prendre une part relativement faible aux guerres continentales, de ne pas user tout ensemble ses finances et son capital humain à l'entretien d'armées permanentes et à des massacres internationaux. De même, se tenant depuis longtemps en dehors de nos luîtes, la Scandinavie a conservé une race forte et saine. La France, au contraire, a usé le meilleur de sa richesse virile en batailles et en révolutions. L'Allemagne a subi des saignées analogues. Les peuples qui tirent Tépée périront par l'épée ; ils ne versent le sang des autres qu'en épuisant le leur. C'est vraiment aux pacifiques que la terre appartient, car les belliqueux s'éliminent par extermination mutuelle. De nos jours, une longue guerre généralisée compromettrait la vitalité de la race et chez les vaincus et chez les vainqueurs. Une lutte de la France et de la Russie contre la triple alliance ne serait pas seulement la ruine économique, mais la ruine physiologique de toutes les nations belligérantes, sauf la Russie, dont les ressources en hommes sont immenses. L'Angleterre, pour

bénéficier de cette ruine générale, sous le rapport industriel, politique et ethnique, n'aurait qu'à s'abstenir. Les panégyristes de la guerre leraient bien de méditer sur ces lois de physiologie sociale, qui aboutissent au Vœ victoribus non moins qu'au Vœ victis*.

* En France, dit M. Lagneau, comme dans la plupart des grands États, les autorités militaires et politiques croient devoir ne pas rechercher et surtout publier les pertes occasionnées parles guerres; et quand il est impossible de les dissimuler, elles croient devoir en atténuer l'importance pour ne pas effrayer la population. Quelle que soit l'intention qui motive cette dissimulation ou cette atténuation de la vérité, une part notable de la mortalité due à la guerre est facilement confondue avec la mortalité générale. Souvent, elle paraît beaucoup moindre qu'elle ne l'est réellement parce qu'on est porté à ne lui rapporter que les décès dus aux blessures. Or dans toute guerre, et surtout dans toute guerre de longue durée, les tués sur le champ de bataille, les morts de leurs blessures sont beaucoup moins nombreux que les morts de maladies.

La mortalité de l'année 1871, ainsi que le constate la statistique officielle, dépasse, dans son énormite, tout ce que nous savons des périodes les plus douloureuses de l'histoire. Lorsqu'on remarque l'effrayante diminution apportée à notre population par ces deux années de guerre 1870-1871, on est porté, avec M. Lagneau, à trouver modérée l'évaluation de M. Fournier de Flaix indiquant 2.500.000 pour les pertes des vingt-trois ans de guerre de la Révolution et de l'Empire, outre les victimes de la terreur et des guerres civiles. On n'est même nullement éloigné d'admettre, avec M. Charles Richet, que les pertes des guerres de l'Empire, à elles seules, ont bien pu s'élever à 3.000.000, si aux militaires décédés on joint les victimes des deux sexes qui durent succomber lors des deux invasions, indépendamment du déficit apporté par la guerre à la natalité. Si maintenant, dit M. Lagneau, la plus grande partie de la perte de 356,428 hommes, précédemment déduits du rapprochement des appelés et des libérés et réformés de 1852 1 à 1869, était ajoutée aux 1.308.805 Français et Françaises manquant de 1866 à 1872 par le fait de la désastreuse guerre de 1870, on arriverait à constater un déficit de 1.500.000 à 1.600.000 habitants, durant le second Empire, également conforme à l'évaluation de 1.500.000 décès, calculée par M. Richet pour cette période de notre histoire.

A la désastreuse guerre de 1870 a succédé pour la France une nouvelle période de paix. Malgré l'occupation de la Tunisie, si meurtrière par la grave épidémie de fièvre typhoïde qui, en 1881, éleva la mortalité à 61.30 sur 1.000 de l'effectif du corps expéditionnaire; malgré l'expédition du Sud Oranais; malgré l'occupation du Tonkin, si meurtrière par l'épidémie du choléra qui, en 1885, éleva la mortalité à 96 sur 1.000 de l'effectif; malgré les expéditions de Madagascar, du haut Sénégal, du Soudan, la mortalité de l'ensemble de l'armée paraît avoir été peu élevée. « Elle semblerait cependant notablement plus forte si l'on .

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