I. — Les diverses théories du sommeil
Nombreuses sont, en effet, les théories sur la nature du sommeil : circulatoires (p. ex., par anémie cérébrale), neurodynamiques (p. ex., par rétraction des ramifications des neurones ou par inhibition de l'activité cérébrale).
biochimiques (que nous examinerons plus loin), biologiques (le sommeil-instinct de Claparède), énergétiques (sur lesquelles nous nous arrêterons d'une façon particulière) ; mais, en général, elles pèchent toutes par leur principe méthodologique, c'est-à-dire par ce fait qu'elles procèdent à l'étude de la nature du sommeil sans se préoccuper suffisamment d'un de ses produits fondamentaux, qui est le rêve, et dont cette nature du sommeil devrait être précisément appelée à expliquer les caractéristiques.
Suivant les théories énergétiques, les plus communément admises, le sommeil serait dû à l'épuisement de l'énergie nerveuse dépensée pendant la veille et qui se reconstituerait pendant le sommeil lui-même. Ainsi, Wundt l'attribue « à l'épuisement des énergies disponibles dans l'organe nerveux central ». Pour Pfluger : « L'état de veille est caractérisé par le fait que la substance vivante des cellules nerveuses se décompose sans cesse. Si cela continue pendant un certain temps, la quantité de substance susceptible de se décomposer dans chacune de ces cellules va en diminuant de plus en plus, la décomposition elle-même se produit alors dans une mesure de plus en plus réduite. Dès qu'elle descend au-dessous d'un niveau donné, nous avons le sommeil». De même, pour Verworn : «Durant l'état de veille, les actions du monde externe subies par les sens entretiennent continuellement de fortes excitations désassimilatrices dans les cellules ganglionnaires de l'écorce cérébrale et, par épuisement et par fatigue, en diminuent l'excitabilité », jusqu'à ce que survienne le sommeil ; « par la loi d'autorégulation de l'échange matériel, s'accomplit alors, durant le sommeil, automatiquement, la restitution, par la prévalence des processus assimilateurs et par l'élimination des produits de la fatigue, si bien que, peu à peu, l'excitabilité augmente de nouveau. Le matin, le rétablis-
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sèment est achevé, l'excitabilité a atteint son maximum physiologique, et les plus faibles actions sur les sens nous réveillent » (1).
Gomme preuve, on cite, entre autres, les expériences de Legendre et Piéron (1911-1912), sur les chiens tenus éveillés jusqu'à l'apparition du besoin impérieux de sommeil : tués avant qu'on leur permît de s'endormir, ils révélaient, à l'examen du cerveau, la destruction complète de la substance chromatique (substance de Nissl), dans certaines cellules nerveuses, tandis que ceux qui avaient été tués même après un court sommeil montraient cette substance totalement ou presque totalement reformée (2).
A ces théories de l'épuisement se sont ajoutées ou se sont substituées (nous laissons de côté les autres rappelées ci-dessus) les théories biochimiques et toxiques du sommeil, d'après lesquelles le sommeil serait dû à une asphyxie périodique du cerveau, ou à une autonarcose carbonique, ou à une intoxication des centres nerveux par les substances ponogènes (produits de la fatigue), qui s'y accumulent pendant le jour et qui exerceraient sur les centres nerveux eux-mêmes une influence hypnotique. « Comment interpréter cependant, se demande Luciani, avec la théorie chimique du sommeil, l'influence hypnotique soit de l'obscurité et du silence, soit des bruits monotones ? Comment expliquer pourquoi l'effort volontaire, l'intérêt s'attachant à un certain ordre d'idées, peut retarder de plusieurs heures le sommeil, tandis que, d'autre part, le
(1) W. Wundt, op. cit. : Grundziige der physiologischen Psychologie, III. Band, p. 649, 668 ; M. Verworn, Die Mechanik des Geisteslebens, III. Auflage, Teubner, Leipzig, 1914, p. 71, 76-77.
(2) L. Luciani, 7 fenomeni psico-fisici della veglia e del sonno (extrait du IVe volume de la IVe édition de la Fisiologia dell'uomo), Società Editrice Libraria, Milano, 1913, p. 508.
fait de se désintéresser de ce qui nous entoure, le consentement volontaire ou la simple suggestion suffisent pour provoquer le sommeil ? » (1).
Et comment expliquer, surtout, — ajouterons-nous, — soit avec les théories de l'épuisement, soit avec celles de l'action hypnotique de substances toxiques, soit avec les autres, circulatoires, neurodynamiques, etc., les rêves, lesquels dénotent une intense activité psychique que ces théories devraient au contraire exclure ?