‹ Psychologie du rireChapitre 3 sur 49 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

Maints philosophes, les uns après les autres, ont abordé le problème du rire. On dirait qu'ils s'ignorent ou ne veulent pas se connaître. Chacun d'eux prétend résoudre, à lui seul, à sa manière et selon ses forces, cette épineuse question, ou revendique au moins l'honneur de le tenter. Nous n'avions plus qu'un moyen d'être original, c'était de renoncer à l'être. Nous avons donc mis à contribution les diverses théories du rire; nous les avons considérées comme un fonds solide d'idées, d'aperçus et d'observations, qu'il fallait exploiter et mettre en œuvre d'abord. Nous ne les avons pas exposées toutefois à titre historique, nous ne les avons employées que comme documents; nous ne songions pas à les faire connaître, nous ne voulions que les utiliser. Nous n'avons pas fait œuvre d'éru-

dition,' mais de critique, d'interprétation et de recherche. Nous sommes loin d'avoir puisé à ^^ toutes les sources d'information; ainsi nous avons systématiquement laissé de côté tout ce qui a été publié récemment sur la physiologie du sujet. Nous en avons usé librement avec les théories mêmes que nous consultions; nous les avons interprétées à notre point de vue, et, à l'occasion, remaniées et refondues.

A passer en revue des théories opposées, on devient à la fois tolérant et sceptique ; oh apprend à se dégager de toutes et à n'en exclure aucune. Chaque théorie apparaît comme possible, bien plus, comme vraie, mais à titre seulement d'indication et de tendance; on lui accorde la valeur d'une thèse, c'est-à-dire d'un point de vue, à la rigueur, soutenable et partiellement juste. On comprend dès lors le discrédit particulier qui s'attache à toutes thèses, si brillantes qu'elles soient, et l'humeur même qu'on ressent contre le talent qui s'y trouve dépensé; il est difficile en effet d'y voir autre chose que les « idées fixes » des gens d'esprit . Toutefois les thèses les plus paradoxales (l'originalité a ses limites) n'arrivent pas à être complètement fausses. Ce sont des « extraits» de vérité, des vérités « concentrées », « alambiquées », produits

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