‹ Psychologie du rireChapitre 41 sur 49 · Celle de James-Lange · texte numérisé non relu

Celle de James-Lange

si on leur disait : Soyez jeunes! ou : Portez-vous bien! Le rire nous est, comme la grâce, octroyé ou refusé; nous ne pouvons directement lacquérir.

Môme il n'y faut point prétendre : on ne réussirait, comme on l'a vu, qu'à produire cette imitation maladroite ou cette déformation du rire qu'on appelle le ricanement.

Nous n'avons qu'à attendre l'éclosion naturelle du rire. Il éclate de lui-même à son heure, et comme il est l'expressipn instinctive de l'individualité, chacun peut être sûr d'avoir toujours le rire qu'il mérite, comme aussi de n'en avoir jamais d'autre. En un mot, le rire ne peut jamais être une fin pour nous, il est essentiellement une fin de la nature, à savoir celle que nous avons désignée sous le nom de détente.

Mais comme nous ne pouvons jamais nous défaire des habitudes de pensée anthropomorphique, alors que nous cessons de voir dans le rire un phénomène volontaire ou proprement humain, il nous plaît de le regarder comme une sorte de récompense que la nature accorde à nos mérites, ou le contraire, en un mot comme une sanction naturelle, et, de- ce point de vue, nous le jugeons encore digne d'éloge ou de blâme. A cela il n'y a rien à dire, pourvu qu'on convienne que ce n'est là qu'une façon de penser.

On remarquera que la thèse psychologique d'après laquelle le rire est un accident, une idiosyncrasie de tempérament, se relie à la thèse morale d'après laquelle le rire n'est en lui-même ni un bien ni un mal, mais peut être accidentellement bon ou mauvais^ étant jugé tel d'après les caractères ou états

d'âme qu'il manifeste. Au contraire, ramener tous les rires à une formule unique, faire du rire un genre, une entité, c'est méconnaître l'originalité des esprits, erreur psychologique qui entraîne l'exclusivisme moral, lequel condamne ou absout tout : dans ce système, si le rire pris pour type est en effet repréhensible, il n'y aura plus de rires innocents, et inversement, si le rire pris pour type est une qualité aimable, il n'y aura plus de rires déplaisants et odieux. C'est cette thèse de l'unité psychologique du rire, avec les conséquences morales qu'elle entraîne, que nous sommes finalement conduits à rejeter, après avoir d'abord mis loyalement notre peine pour l'établir ou la défendre, après avoir fait en conscience tous nos efforts pour la trouver juste.

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