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CHAPITRE

ET d'ANTIPATBIE

1. Le rire, phénomène de sympathie. — La -contagion du rire est apparente ou réelle : rires synchroniques, rires sympathiques. Elle s'établit :

r Entre rires de même espèce, mais d'intensité différente, et est alors bilatérale et réelle;

2* Entre rires d'espèces différentes, et est alors unilatérale et imaginaire.

Le rire d'antipathie ou raillerie implique lui-même un courant de sympathie entre les rieurs, parfois même entre le railleur et le raillé 32

IL Le rire, phénomène d'antipathie. — Les personnages comiques sont ceux entre lesquels une antipathie existe; les situations comiques, celles qui accusent cette antipathie.

1" L'antipathie i)roprement dite est une opposition soit de nature^ soit de degré entre les sentiments de plusieurs personnes. Elle est comique en tant qu'elle est inattendue, superficielle et légère.

2" L'antipathie dans l'ordre des idées ou mésintelligence est liée à l'antipathie [)roprement dite. Elle est comique en tant qu'elle se produit par surprise, qu'elle est accidentelle, provisoire.

3« L'antipathie dans l'ordre des actes. Elle est comique en tant qu'involontaire 40

Conclusion : Le rire est un mélange de sympathie et d'antipathie 48

Résumé des chapitres précédents : la distinction du ridicule et du plaisant (Stendhal) 51

Analyse objective du rire ou définition du rire tirée de l'examen des choses risibles. Deux théories : le risible est caractérisé : 1* parla contradiction ou l'imprévu; 2" par la dégradation 53

I. Théorie de la contradiction. — La contradiction peut être entendue au sens étroit ou au sens large, comme synonyme d'illogiqne, d'absurde ou d'imprévu, de contraste.

A. La contradiction proprement dite, à savoir la violation ou l'application insensée des principes rationnels (identité, contradiction, finalité, etc.). est le caractère du risible (Schopenhauer, Dumont). C'est ce qui ressort de l'analyse du risible dans l'ordre des idées, des sentiments, des actes. C'est ce qui apparaît, à la réflexion, jusque dans le rire ironique, le rire de l'indignation. Le rire est donc une fonction de la raison, la perception de l'absurde.

B. L'imprévu. L'imprévu est-il réductible au contradictoire, ou le contradictoire à l'imprévu?

L'imprévu est la condition : 1° adjuvante; 2** nécessaire; 3** suffisante du rire. Il doit être défini le contraire de ce qu'on attend ou le contraste entre l'idée et le fait.

L'imprévu dans les événements : faits insolites ou groupement insolite de faits ordinaires, — L'imprévu dans les idées : idées anti-naturelles ou paradoxales, ultranaturelles ou naïves; direction imprévue, — lenteur ou rapidité imprévue des idées. — L'imprévu dans les mots : non-sens, contre-sens, équivoques, — expressions et constructions étranges 54

IL Critique de la théorie. — Au fait à expliquer il ne sert point de substituer un autre fait lui-même inexpliqué, à savoir la contradiction ou l'imprévu. Il faut expliquer pourquoi et comment la contradiction fait rire, et ne pas se contenter de remarquer qu'elle fait rire. Or, cette explication varie étrangement selon les philosophes (Schopenhauer, Dumont, Renouvier).

Le rire est jiroprement, non la perception de la contradiction, mais Ve'tnotion liée à cette perception, ou l'expression de cette émotion. Autant d'espèces de rire que de façons de sentir la contradiction : le rire de dédain, ses degrés et espèces, — le rire de niaiserie, — le rire expri-

nianl le plaisir d'inventer ou de créer dans Tabsurde. Le rire est toujours un phénomène de santé intellectuelle, morale ou physique. Il traduit un état cénesthésique, le ion émotif; il parait exprimer la surprise, le sentiment de la contradiction; il exprime en réalité Faction dynamogénique de ces états 73

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