CHAPITRE V
Le rire attribué à l'orgueil et à la malignité (Aristote, Hobbes, etc.). Accord pénible de cette théorie avec celle qui fait dériver le rire de la contradiction : ou tout rire renferme un élément formel, la contradiction, et un élément matériel j le défaut (Fouillée), ou il y a deux espèces de rire : l'un provenant de la contradiction, l'autre, de la malignité et de Torgueil (Ribot) 84
I. Notre rire exprime toujours et avant tout le sentiment de notre supériorité sur autrui (Lamennais). Mais à ce sentiment se mêle aussi toujours la surprise (Hobbes, Bain); or un orgueil qui s'étonne de son triomphe ne peut être que relatif. La vraie cause du rire est-elle donc le sentiment de notre supériorité sur autrui, ou la
' surprise que nous cause ce sentiment?
Inversement on remarque que le rire ne peut être purement intellectuel, ainsi ne peut être le simple plaisir de saisir la contradiction; il faut qu'à un tel plaisir se mêle une satisfaction d'amour-propre.
Le rire n'est donc ni une joie orgueilleuse ni up plaisir intellectuel; il est une sensation originale, produite par la combinaison de la surprise et de l'orgueil 86
II. Le rire exprime la malignité (haine, envie, colère, etc.), mais une malignité relative : le malheur d'autrui n'est risible qu'autant qu'il est léger (Aristote, Bain) et de plus imprévu, mérité (Descartes). Le rire cruel procède de l'insensibilité, des défauts d'imagination sympathique, non de la méchanceté, au sens positif du mot. La faculté du rire est en raison du défaut de réflexion sympathique.
Évolution du rire : elle serait caractérisée par le passage du rire féroce au rire intellectuel (Ribot). En fait ces
deux espèces existent toujours ensemble, mais elles ne se développent pas dans le même sens ni au même degré; l'élément intellectuel s'affine, la malignité s'atténue 93