‹ Psychologie du rireChapitre 47 sur 49 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

FONCTION DD RIKE

On a attribué au rire une triple fonction : hygiénique, morale, esthétique.

frv^j

I. Fonction hygiénique du rire. — Le rire n'exprime pas exclusivement la santé : rire morbide. Alors qu'il paraît l'exprimer, il exprime un état ordinairement, non toujours et nécessairement lié à la santé, Xeuiphorie.

La relation entre le rire et la santé se décompose ainsi : à la santé constitutionnelle, foncière, répond la disposition générale à la gaîté, au rire, — à l'élévation momentanée du ton vital, l'accès de gaîté ou le rire, — à l'intensité de vie, le rire bruyant, — à la complexité des formes de la vie, le rire étendu, nuancé.

Le rire vraiment hygiénique serait celui qui exprimerait à la fois la vie la plus intensive et la plus extensive, la plus forte et la plus pleine 144

IL Fonction morale du rike. — Trois théories. — A. Le rire stigmatise * tout ce qui est contraire à l'idéal absolu de la perfection humaine » : la difformité physique, les défauts et défaillances de l'esprit, du caractère, la vilenie des sentiments, le désaccord des facultés, la domination exclusive de Tune d'elle^ l'insociabilité (A. Michiels) — 149

B. Le rire ne châtie que l'insociabilité, et encore l'insociabilité légère, celle qui a son principe dans la vanité; c'est une « brimade sociale ■ (Bergson) ; ce n'est pas un châtiment appliqué avec justice et discernement, c'est une répression instinctive, aveugle, une mesure de police expéditive et sommaire, d'une utilité contestable 152

C. Le rire n'est pas moral; la crainte du ridicule n'est pas celle du vice, elle y peut môme être contraire. 11 est en réalité amoral^ il est également asocial. Mais il produit accidentellement des effets qu'on juge après coup moralement et socialement heureux; il est aussi associé à certaines qualités morales et incompatible avec certains défauts (le fanatisme par exemple). A n'en juger que par ses effets, le rire est tantôt moral, tantôt immoral; à le considérer en lui-même, il est un épiphénomène, un symptôme de qualités morales ou de défauts, sans être une qualité ni un défaut. Il ne peut être pris pour fin, et il ne doit pas l'être, car la recherche du rire est un principe de déformation morale 154

IIL Fonction esthétique du rire. — Il y a un rire esthétique, celui de la comédie. Quoi qu'on en ait dit, la comédie est un art pur, désintéressé; elle a sans doute une

DuGAS. — Psychologie du rtre. 12

portée, mais non une fin morale et sociale. Sa fin est de produire le rire, non pourtant tous les rires, mais le rire de bon goût ou esthétique. Le rire est esthétique en raison, non des choses dont on rit, mais de l'état d'esprit du rieur 159

IV. Conclusion. — Le rire, à tous les points de vue, est un accident, un épiphénomène. Expression de l'individualité, il revêt autant de formes qu'il y a de caractères, d'esprits dilTérents, d'états d'âme difl'érenls. Il ne rentre donc point dans une théorie générale, il n'est point objet de science 1 65

Pratiquement, il peut être un objet de désir ou d'aversion, mais non point de volonté. Il ne peut être pris pour fin. II n'est ni un bien ni un mal, quoiqu'il puisse accidentellement paraître Fun ou l'autre a 167

Coulommiers. — Imp. Paul BRODARD. — 996-1901.

FÉLIX ALCAN, ÉDITEUR

Page 1