‹ Psychologie économique (volume 4)Chapitre 12 sur 19 · VII I · texte numérisé non relu

VII I

Mais laissons là ce problème et disons un mot des effets psychologiques ainsi que des [conséquences économiques ^^ i sociales de la monnaie. De ses effets psychologiques d'abord. ^

Ij'avënement de la monnaie a enrichi le cœur humain de sentiments nouveaux et de vices nouveaux. Nous lui devons l'orgueil financier, la béatitude spéciale du milliardaire appuyé sur son portefeuille, comme Torgueil d'un capitaine se fonde sur son armée. Ce que le guerrier antique dit à sa lance et à son bouclier, dans une épigramme grecque : « Grâce à vous, je suis libre, j'ai des loisirs sans fin, je me fais servir par des esclaves », le riche moderne peut le dire à son coffre-fort. Le culte de Tor, cette passion qui a quelque chose de religieux par le caractère vaste et vague, indéterminé et illimité, des perspectives de bonheur que son objet lui fait entrevoir, est une fibre importante de Tâme humaine. Le plaisir d'économiser, de gagner de l'argent, est un enivrement tout spécial qui n'a rien de commun avec le simple avantage de recevoir un bien déterminé, un bijou, un meuble, un livre. Autre chose est le plaisir de manger un bon fruit, autre chose la satisfaction intime et profonde de sentir sa^ santé se fortifier. 11 y a de l'un à l'autre la différence de l'actuel au virtuel, j'allais dire du fini à V infini. De même, le chagrin d'apprendre que votre banquier a fait faillite, que votre notaire a pris la fuite vous emportant vos économies, — douleur ressentie, il y a quelques années, par un nombre considérable de paysans français — est quelque chose de tout à fait à part parmi les afflictions humaines, et qui ne se compare à rien. Dans la plénitude de joie sourde et constante qui remplit le cœur d'un avare en train de s'enrichir, l'analyse découvrirait une combinaison unique d'éléments empruntés à la joie de l'amoureux qui sent son espérance grandir, à celle de l'ambitieux qui monte vers le pouvoir, à celle du croyant qui se croit sûr du ciel. Ce n'est pas sans raison que les anciens confiaient leurs trésors aux temples, qui ont été les premières banques de dépôt. L'or est une religion malheureusement éternelle.

Et, par contre-coup, nous sommes redevables aussi à la monnaie de cet amour mystique de la pauvreté qui exaltait

Tàme d*un saint François d'Assise. Cet amour paradoxal, ce défi jeté au mépris général de la pauvreté, autre sentiment spécial et malheureusement si répandu, né de la monnaie — n*a pu naître que dans une société capitaliste, comme celle des cités italiennes du moyen âge. — Sous une autre forme, plus récente et plus contagieuse, se produit la réaction contre le culte de l'or : la haine du capitaliste, cette inspiration violente de Karl Marx et de son école, passion qui, en ce moment, remue le monde.

Mais est-il nécessaire d'insister pour montrer à quelle profondeur Tâme humaine a été labourée par les métaax précieux ? 11 n'est point de drame ni de comédie qui épuisera jamais ce sujet. Parlons plutôt des conséqueces sociales de la monnaie. — Le transport de la force par l'électricité n'est rien en comparaison des services qu'a rendus aux hommes, et qu'est destiné à leur rendre encore, le transport de la valeur, par la monnaie métallique d'abord, fiduciaire ensuite. La monnaie a fait conservables indéfiniment des valeurs essentiellement passagères ; elle a fait mobilisables à des distances de plus en plus grandes, et avec une facilité croissante, des valeurs jusque-là localisées; elle a fait, donc, susceptibles d'accumulation et de concentration indéfinies des utilités successives et éparses. Avant tout, elle a fait comparables des choses hétérogènes, elle a fait évaluables et nonibrables des choses sans autre commune mesure. Par cette comparabilité, par cette mesurabilité de plus en plus gênérahsée, universalisée, elle soumet au calcul et au raisonnement ce qui était avant elle v affaire de goût », elle fournit une base en apparence rationnelle aux décisions volontaires par lesquelles certains biens sont sacrifiés à certains autres, et semble justifier de la sorte les empiétements successifc de la raison calculatrice sur le cœur coutumier et conservateur.

Elle seule a permis de voyager avec facilité, sans danger, sans escorte. Avant elle, qui disait voyageur disait pèlerin

o\jL banni, et le pèlerinage était réputé une pénitence, comme le bannissement était regardé, avec raison, comme le plus crviel des châtiments. Toute la largeur d'esprit, toute Touverlure d'imagination et d'âme, que donnent les voyages, c'est à la monnaie que nous le devons. — On peut même ajouter qu'elle a été un grand agent d'émancipation. Chaque pais du serf vers l'indépendance est marqué par une conversion de ses redevances en somme fixe, par le recul du métayage devant le développement du fermage. L'évaluation des redevances diverses en argent fait apercevoir entre elles des inégalités, des injustices qui, auparavant, ne pouvaient apparaître. Elle rend ces redevances, si hétérogènes qu'elles soient, comparables entre elles dans une vaste région, dans toute la région oîi a cours la monnaie en question, et rend, par suite, solidaires entre eux, étroitement unis d'un lien désormais senti, les débiteurs de ces rentes. Elle transforme aussi, sans en avoir l'air, la nature du rapport établi par ces redevances entre le seigneur et le tenancier, qui deviennent simplement l'un créancier, l'autre débiteur. Un payement en nature diffère presque autant d'un payement en argent, qu'un cadeau en nature d'un cadeau en argent. Le payement en nature est un lien personnel, d'homme à homme ; il symbolise et complète l'hommage ; de même qu'un cadeau en nature est un hommage affectueux, un tribut cordial. Mais un payement en argent, c'est quelque chose d'impersonnel, de sec et de froid.

Notons, en passant, que cette substitution des payements en argent aux payements en nature s'est accomplie par degrés, de proche en proche, et de haut en bas, conformément aux lois générales de la descente des exemples. Elle s'est produite en Angleterre, d'après Ashley, dans le domaine royal bien longtemps avant de s'étendre aux domaines seigneuriaux, puis à tout le royaume. Dès le xii** siècle, le roi, dans son domaine, se faisait payer en argent la plupart des redevances, à cause de la difficulté de charroyer jusqu'à lui les

redevances en nature, et aussi pour entretenir et solder ses troupes. Ce n'est qu'au xv* siècle qu'on voit les seigneurs anglais affermer leurs terres. C'est seulement quand le goût du luxe, c'est-à-dire des produits étrangers, non indigènes, à l'exemple des cours royales, est venu aux gentilshommes, que le besoin d'être payés en monnaie s'est fait vivement sentir à eux. Aussi une classe de commerçants n'a-t-elle pu commencer à se former que pour l'usage des hautes classes d'abord et la satisfaction de leurs fantaisies luxueuses ^

Ce passage des payements en nature aux payements en argent est irréversible, parce qu'il est un corollaire de la loi fondamentale du monde social, le rayonnement des exemples. Il est inévitable, à mesure que les hommes s'imitent et s'assimilent, que les choses humaines se comparent et s'évaluent. — L'évolution économique des diverses formes de la monnaie n'est pas moins orientée dans un môme sens général. De la monnaie en nature, — c'est-à-dire de l'ivoire ou du tabac, ou de tout autre article choisi coïhme moyen d'échange, — on passe à la monnaie en métal, puis à la lettre de change ou au billet à ordre, puis au billet au porteur, — autrement dit, au billet de banque, à cours libre ou h cours forcé, — par la même raison logique qui contraint l'évolution psychologique à passer de la sensation à l'image, de l'image à l'idée et à l'idée de plus en plus abstraite et générale, concentrée et mobilisable. Cela ne veut pas dire d'ailleurs que cette série de phases soit unique et unilinéaire. 11 y a bien des variantes et non sans importance. Le point de départ est multiple, en tout cas. Dans le monde classique, la monnaie a procédé du bétail (pecus, pecunia). Dans l'Extrême-Orient, en Perse aussi, elle provient des armes, couteaux ou cimeterres. La sapèque, par exemple, a com-

(1) « Les denrées que, dans un vieux dialogue anglais, le commerçant, suivant sa propre description, emporte avec lui, semblent être tous des articles de luxe, dont le besoin se fait sentir seulement dans les hautes classes... du drap de pourpre, des pierres précieuses... etc. » (Ashley.)

mencé par être une monnaie de bronze en forme de couteau muni d'un anneau pour l'enfiler. Peu à peu Tanneau s*est épaissi et la lame a disparu. Ces couteaux monétaires avaient certainement été, à Forigine, des couteaux ou des I>oignards bien réels. Les primitives monnaies persanes avaient la forme de cimeterres. En Afrique et ailleurs, cet emploi des armes comme moyen d'échange est répandu. Cela se conçoit conformément à ce que nous avons dit plus haut sur la nécessité d'avoir pour monnaie une chose qui soit Tobjet d'un désir constant et universel. Cette condition est réaUsée soit par les bijoux, soit par les armes, soit par le bétail, suivant les époques ou les régions ^

On a prétendu que cette évolution économique de l'échange nous ramène, poussée à bout, au troc primitif, qui en serait à la fois, de la sorte, l'alpha et l'oméga. Ce qui a donné lieu à cette vue erronée, ce soniles Chambres de compensation (les Clearing-house), grâce auxquelles d'immenses opérations financières sont soldées avec un minimum de déplacement monétaire par le simple échange de liasses de papiers commerciaux. Je regrette de voir M. Gide, d'ordinaire si pénétrant, accueillir ici la métaphore illusoire de la spirale dont les sociologues ont tant abusé. En réalité, ce troc de valeurs de papier contre d'autres valeurs de papier, c'est-à-dire de possibilités indéfinies de richesses contre d'autres possibilités indéfinies de richesses, diffère autant du troc primitif, du troc

(1) J'ai dit plus haut que les bijoux, chez les sauvages, très vaniteux comme on sait, avaient pu être la première monnaie. Et cette hypothèse semble confirmée par remploi industriel de nos métaux précieux, cet emploi étant principalement, presque exclusivement, décoratif» à l'usage des bijoutiers. Mais ne pourrait-on pas dire inversement et complémentairement, que le rôle décoratif de l'or et de l'argent leur vient peut-être moins de leurs caractères chimiques et de leur éclat que du prestige qui leur est attaché par leur rôle monétaire ? Si le fer était encore monnaie, comme il Tétait au temps d'Homère, des incrustations de fer seraient encore un ornement recherché. La vue du fer, dans une décoration d'ap partement, éveillerait l'idée de richesse. Les objets en nickel ne sont pas des objets de luxe, quoique ce métal soit aussi brillant que l'argent. Quand l'argent aura cessé d'être frappé, ce qui ne tardera guère, il perdra peu à peu tous les charmes qu'on lui reconnaît encore comme moyen de décoration.

d'un gibier contre un fruit ou d'une vase d'airain contre une captive, que les propositions verbales d'un métaphysicien diffèrent des jugements de localisation instinctivement for— mes par un animal ou même par un homme qui perçoit un arbre ou un rocher. Peu importe, en effet, que le progrès du commerce nous conduise à remuer d'immenses sommes en déplaçant quelques pièces d'or : ce n'est pas moins de monnaie toujours qu'il s'agit dans ces chèques et ces billets troqués les uns contre les autres ; et, par eux, la monnaie consomme son triomple final, son œuvre à la fois gigan* tesque et terrible, merveilleuse et désastreuse, qui consiste à rendre tout évaluable pour rendre tout vénal, à tout niveler sous sa règle pour tout soumettre à son joug.

J'ai parlé de ses bienfaits ; que n'aurais-je pu dire de ses méfaits? Elle a fait sortir de terre des armées permanentes, elle a créé le despotisme des temps nouveaux, administratif et centralisateur, insidieux et envahissant. Avant elle, avant son règne, le monde a vu des démocraties que j'appellerai terriennes^ telle que Rome primitive. Depuis elles, les démocraties sont devenues presque fatalement ploutocratiques. Je disais qu'elle a été émancipatrice. Oui, à certains égards ; mais il est plus vrai de dire qu'elle a substitué au sens ancien, profond, profondément humain, de l'idée de liberté, un sens tout nouveau, plus superficiel peut-être et plus artificiel, plus aisément généralisable par suite. La liberté véritable, dans la première acception du mot, c'est l'indépendance, fondée, sinon sur la suppression de tout désir, chose impossible, admirable absurdité du stoïcisme, du moins sur la réduction du désir à un faisceau étroit de besoins simples et forts que satisfait seule, mais que satisfait pleinement, la propriété d'un coin de terre. C'est la liberté terrienne, dont

le patriarche antique a fourni le type, reproduit depuis par les premiers colons d'Amérique. Étendu au village, au bourg, ce type s'est réalisé dans le fief français, dans l'ancien manoir anglais, dont le caractère propre était de se suffire à soimôme, de n'avoir rien à acheter ni à vendre au dehors.

L'argent a "brisé tous ces murs de clôture du désir, il pourcliasse partout les derniers vestiges de cette farouche indépendance rustique et quasi stoïque qui est le démenti de ses prétentions, l'écueil de ses ambitions, et qui cherche sans cesse à se reformer, jusqu'en plein âge moderne, dans r âme à'im Bousseau ou d't/n Tolstoï, Qui sera vaincu dans ce duel ? Je l'ignore. Pour le moment, il est clair que l'idéal économique d'affranchissement propre aux sociétés modernes — et sur ce point économistes de toute école, y compris socialistes, sont d accord — est précisément le contraire de r idéal stoïcien. Au lieu de viser, comme Zenon, à Témancipatîon par l'anéantissement du désir, les civilisés d'aujourd'hui tendent à s'émanciper, croient-ils, par la complication infinie des désirs et la solidarité de plus en plus intime des individus qui ne peuvent plus se passer les uns des autres, ou plutôt dont les uns, riches de monnaie, se font servir par les autres, — dans un rayon de plus en plus étendu, prolongé jusqu'aux limites du globe. Quand les hommes sont détachés de l'idéal de la liberté terrienne, il ne leur reste plus qu'à courir à l'extrême opposé, à l'idéal de la liberté monétaire^ celle du financier cosmopolite qui, véhiculé par les wagons-lits, est domicilié tour à tour dans tous les grands hôtels et toutes les belles villas à louer de l'univers entier. Et, fascinés par l'exemple de ces brillants nomades, se modelant sur eux dans la mesure de leur bourse, toutes les classes du peuple, Tune après l'autre, rompent la chaîne du bonheur ancien, de la simplicité sédentaire au champ natal, pour entrer à leur tour dans la voie de cette frénésie de locomotion, de cette fureur de navigation vers un port imaginaire.

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Est-ce cpie cette fièvre montera toujours? Est-ce que Ton prendra toujours, de bonne foi, comme le meilleur indice du progrès, le degré même de cette instabilité, de cette inquiétude qui devient morbide? J'espère bienqqe non. Mais à quoi bon anticiper sur l'avenir? Constatons plutôt la transformation lente et profonde que Tavènement de l^or a fait subir non seulement à la notion de la liberté, mais k celle do droit. Gournot a très bien montré, dans un chapitre de son Traité sur t enchaînement des idées fondamentales^ la métamorphose, ou pour mieux dire la métempsycose de la notion de droit quand elle passe de la bouche du juriste» surtout du juriste ancien, dans celle de l'économiste. L'ère proprement économique s'ouvre pour les sociétés quand le sentiment du droit, tel qu'il remplissait l'âme d'un paterfamilias ou d'un féodal, est atteint dans ses sources et tend à être remplacé par une conception toute rationnelle, qui a infiniment moins de prise sur le cœur. Or, ce qui caractérise Je plus nettement le droit tel que l'entend le juriste, c'est d'être avant tout un droit terrien : et je ne veux pas parler uniquement du régime juridique des biens, mais du régime des personnes et même du droit pénal. Ce qui donne le ton à toutes ces parties du droit ancien, c'est le rapport de l'homme à la terre, aune terre qui lui appartient, à lui individuellement, ou à lui et aux siens collectivement, à une terre qui lui est chère par-dessus tout, où dorment tous ses souvenirs, où toutes ses espérances germent et croissent. Tous les droits anciens reposent sur une coutume, qui suppose l'attachement héréditaire de plusieurs générations à un même sol. Tous les droits anciens ont trait à la dispute d'un même sol par les hommes d'une même race, ou au travail de ce sol, ou à l'héritage de ce sol, ou à la hiérarchie des personnes que parait exiger la culture de ce sol ou sa défense, ou à l'expiation des crimes commis contre les dieux protecteurs de ce sol ou contre les détenteurs des fruits de ce sol, le vol et le sacrilège étant réputés plus criminels

q^e l'assassinat. Mais, autant le juriste ancien, et même xnoderne encore, est préoccupé des relatiçns, des adaptations de l'homme à sa terre, autant l'économiste est dominé par Isi préoccupation majeure des rapports de l'individu avec l^argent : prix, salaires, profits, rente, capital, voilà les mots autour desquels pivotent toutes ses spéculations. Si le droit ancien, le droit juridique pour ainsi dire, est un droit terrien, le droit nouveau est un droit monétaire.

L'avantage, l'immense avantage de celte transformation, est d'avoir contribué à battre en brèche l'exclusivisme antique de la cité, et plus tardduflef, ce protectionnisme féroce qui limitait aux remparts de la ville ou du bourg l'étroit jardin moral réservé aux obligations senties comme telles, à l'échange des devoirs et des affections. Cet élargissement graduel du domaine moral, qui peu à peu tend à comprendre le globe entier, est le bénéfice le plus net de la civilisation, et c'est au règne de la monnaie, sous l'impulsion de la sympathie imitative sans cesse agissante, que ce progrès inappréciable s'est accompli. Mais, à notre avis, il serait acheté trop cher s'il devait avoir pour effet de détacher tout à fait l'homme de la terre, de sa terre, et de reléguer aux catacombes du cœur humain les vieux sentiments enracinés dont il a vécu jusqu'ici. Car l'union de l'homme à la terre, de même que l'union de l'homme à la femme, à laquelle on peut la comparer sans manquer de respect à l'amour, est, de toutes les harmonies naturelles, la plus pleine et la plus profonde, et l'on ne peut lui reprocher, comme à Tamour, que d'être close en soi, égoïsme à deux, sociabilité incomplète. Toutefois, ne peut-on pas V ouvrir sans la briser? Et n'est-ce pas à résoudre ce problème que travaillera l'avenir ? La ploutocratie régnante n'aura peut-être servi qu'à préparer et amener l'ère d'une vaste démocratieruraleoù, par une meilleure et plus égale répartition des terres, non par la nationalisation ou l'internationalisation chimérique du sol, les vœux les plus chers de l'homme seront comblés ; où le paysan ne

sera plus le seul amant de la terre, maïs encore le lettré, le savant, Tintellectuel, qui trouveront plus de charme à tailler leur vigne qu'à mener la vie de bureau ; où Ton verra se vider les grandes villes, et les campagnes se repeupler, parce qu'on s'apercevra que la concentration urbaine de la population, due à la poursuite fiévreuse de Tor, a perdu sa raison d'être quand l'insécurité ambiante ne force plus les hommes à quitter leurs champs. . . Déjà quelque anticipation du tablsau de cette félicité ne nous est-elle pas donnée par le spectacle des petits pays, la Suisse, la Norvège, où la paix sociale serait complète, si le voisinage de nos troubles ne l'altéraîl souvent? On utilisera toujours alors la monnaie, on reconnaîtra ses services, on les étendra encore ; mais on ne sera plus dupe de sa magie propre, de ses illusions spéciales dont notre âge est abusé. L'or a un faux air libérateur, car il substitue aux servitudes visibles et précises que crée la terre des servitudes inaperçues, invisibles, insaisissables, infinies, dissimulées par leur complication même et leur apparence de réciprocité, si souvent trompeuse. Lor a un faux air égalitaire ; il n'est que niveleur, et les inégalités qu'il creuse, inaperçues aussi, sont tout autrement profondes et injustifiables que les inégalités de nature terrienne, qui frappent les yeux.

La terre et l'or sont les deux grandes attractions, à la fois opposées et complémentaires, du désir humain. D oscille entre les deux, sollicité par les deux ; et ce dilemme, parfois douloureux, parfois sanglant, qui s'impose à lui, consiste, au fond, à opter entre les deux faces des choses, le côté des diversités, des originalités sans mesure et sans prix, du pittoresque local et national, du charme et du génie propre à une institution, à un peuple, à un pays, et le côté des similitudes, des uniformités, de l'utile banal, vénal, international, sans caractère. Il y a des diversités nécessaires coinflie il y a des libertés nécessaires, auxquelles elles sont liées; et Tor n'en tient nul compte et tout âge monétaire i^^

méconnaît. L'or est Tennemi sourd de Tidée de patrie. S'il a paru longtemps Taider et la favoriser, si, en perraettant aux diverses provinces d'un même empire de commercer ensemble, il a dilaté *le patriotisme étroit des premières cités jusqu'au patriotisme des grands États modernes, il n^a élargi ce sentiment que pour Tébrécher, et n'est-il pas inanifeste, à présent, qu'il tend partout à le démolir, comme un vieux rempart croulant et incommode pour la circulation générale ? L'amour de la patrie, de la telltis patria^ qui a sa magie ensorcelante, sa valeur transcendante, sacrée et sans prix, avec tout ce qui émane d'elle, est le grand obstacle aux suprêmes entreprises de l'or, qui osent enfin s'avouer. La lutte est ouverte; il s'agit de savoir si le règne de l'or, père du cosmopolitisme, remportera ce triomphe final, de déraciner les hommes de leur patrie.

Il ne réussira, je l'espère bien, qu'à désarmer les patriolismes, à les élargir encore, à les adoucir sans les affaiblir. Aussi n'ai-je nul regret à voir la monnaie poursuivre le cours de son évolution dont il me reste à indiquer la loi principale. Cette loi, qui est conforme à celle de la langue, de la religion, de toutes les institutions sociales, c'est le passage continuel d'une ère de monnaies multiples, ayant chacune une sphère rétrécie de circulation, à une sphère de monnaies moins nombreuses, mais séparément plus répandues ; en d'autres termes, c'est la diminution graduelle du nombre des monnaies en cours, mais l'accroissement graduel du domaine propre aux monnaies survivantes. C'est ainsi que les langues deviennent de moins en moins nombreuses, mais de plus en plus répandues.

Sans avoir la même importance que l'unification des langues dans une région donnée, l'unification des monnaies

Tarde. — Psych. écon. I. — 21

3i2 LA RKPKTITION ÉCONOMIQUE

— ainsi que celle des poids et mesures — y concourt notablement à aider Taction inters-pirituelle. Et, quand elle se borne h supprimer ainsi des entraves qui s*opposaient à la formation ou à la renaissance d'un patriotisme national,

— comme c'est le cas pour l'Allemagne au cours de ce siècle — les hommes s'y prêtent assez aisément. Mais, quand elle se heurte aux frontières des nations qu'elle entreprend de franchir, ce n'est pas sans de vives résistances qu'elle parvient parfois à s'opérer. L'attachement des hommes, même les plus novateurs, à leurs vieilles monnaies, à leurs vieilles mesures, si arbitraires que soient ces unités, est très digne de remarque. Car il nous révèle, par une analogie a fortiori, quelles ténacités humaines il y aurait à vaincre si Ton entreprenait de combattre, décidément, l'attachement des individus à des habitudes tout autrement chères, tout autrement enracinées. Aux États-Unis même,

— le croirait-on? — on s'est engoué, il y a quelques années, du « dollar des ancêtres » et on y est revenu*. Voilà qui est plus fort peut-être : malgré notre entichement du système décimal, nous avons été contraints de frapper, dans l'Indo-Ghine, après plusieurs tentatives malheureuses pour y introduire notre système monétaire, des piastres et même des sapèques ^

(1) La Monnaie^ par Arnauné (Alcan, 1898).

(2) Les Athéniens avaient beau être novateurs et même révolutionnaires, par tempérament, ils ont senti la nécessité, sous bien des rapports essentiels, et notamment en tout ce qui touchait au culte, d'être cpnservateurs à outrance. Ils l'ont été même en ce qui concerne leurs monnaies. Non seulement le type n'en a jamais été changé, la chouette y figurant toujours, mais encore, depuis Pisistrate au moins, qui ajouta au côté droit la tête de Minerve, « le style môme et la manière de représenter ce double type s'immobilisent ; jusqu'au temps d'Alexandre, l'art athénien (monétaire) reste stalionnaire ». Il est curieux de voir les Athéniens, sur ce point et sur bien d'autres, aussi traditionnalistes que les Egyptiens, aussi respectueux des formes hiératiques. Quand une ville antique, par suite d'une révolution, d'une conquête, se voit amenée a changer le type de ses monnaies, ïancien type persiste dans le nouveau sous forme réduite^ à titre d'organe rudimentaire en quelque 'sorte (Lenormant, p. 108). Toutes les monnaies antiques témoignent, par leurs figures et leurs emblèmes, du caractère profondément religieux de la vie antique. Ce que dit Lenormant à propos

La pièce de monnaie tient à la fois du bijou, de ramuletle ^ tde la médaille. Elle atteste ce besoin esthétique qui se mêle ' SLUX préoccupations les plus utilitaires. On aurait pu se contenter partout, comme en Indo-Chine, de marquer sur les pièces le poids du métal. Cela ne s'est fait que par exception depuis l'invention de la monnaie frappée, et là oîi la circulation est peu active. Dès qu'une nation s'enrichit et que son commerce se développe, ses pièces de monnaie deviennent des objets d'art. Mais ce caractère artistique n'est bien senti que lorsque les pièces vieillissent, se démodent, se raréfient. Les vieilles monnaies ont pour les collectionneurs un indicible charme, inexplicable. Ce charme agit même sur les profanes. L'un des inconvénients les plus regrettables — inévitable d'ailleurs — de la refonte des monnaies et de leur unification, est la disparition graduelle des vieilles pièces, la perte de l'attrait attaché à leur vétusté et à leur diversité caractéristique. Je dirais que cette perte est compensée par le progrès de la frappe, si, par malheur, la frappe ne devenait pas plus froide, plus régulièrement et mécaniquement uniforme. De vieilles pièces, gauchement frappées, avec des bavures, avaient un air d'œuvres faites à la main. — Qui sait si le plaisir de collectionner des pièces anciennes, différentes de type, n'entrait pas pour quelque chose — pour bien peu, je le crains, — dans la passion acharnée du thésauriseur d'autrefois ? Harpagon, n'en doutons pas, était un numismate sans le savoir. Il collectionnait des médailles en croyant n'empiler que des livres tournois ou des livres parisis. Assurément, de nos jours, il aurait un plaisir moindre à entasser des pièces de

des médaiUom conlomiates (p. 189), à savoir que l'efûgie d'Alexandre le Grand figurant sur ces pièces destinées aux cochers du cirque, était regardée comme un porte-bonheur, pourrait être généralisé. Les anciens, si superstitieux, attachaient à toute chose un sens de bon ou de mauvais augure ; et il est infiniment probable que leurs monnaies mêmes étaient à leurs yeux des espèces de talismans quand elles représentaient leurs divinités tutélaires. Toute pièce de monnaie était médaille pour eux, dans l'acception pieuse du mol médaille, qui n'est pas pour rien synonyme d'amulette pour les femmes et les enfants.

Mi LA RÉPÉTITION ÉœNOMIQUE

20 francs toutes à Teffigie de la République française ou de Napoléon 111.

Mais, si belles et si chères qu'elles soient, les monnaies archaïques, sont irrévocablement condamnées à périr comme les vieux patois si savoureux que gazouillent les dernières paysannes au fond des bois, au cœur des monts, dans les pays délicieusement arriérés. Si les monnaies nationales résistent encore h l'invasion du numéraire étranger, résisteront-elles toujours? Les langues nationales sont bieii plus résistantes et plus tenaces, et cependant elles cèdent quelquefois à l'inondation d'un idiome conquérant. Une monnaie nationale, comme une langue nationale, quand elle a un domaine suffisamment étendu pour répondre à tous les besoins d'échange économique ou d'échange mental, est propre en même temps à faciliter les relations entre les nationaux et à les entraver avec l'étranger. En tant qu'elle facilite les premières, elle obéit à cette grande loi d'amplification croissante, qui, avons-nous dit, domine le monde social ; mais, en tant qu'elle entrave la seconde, n'est-elle pas contraire à cette loi, et comme telle, ne doit-elle pas être fatalement emportée un jour ou l'autre par le torrent fatal ? N'est-il pas essentiel à l'idée de monnaie et à l'idée de langue, que la langue rende tout exprimable, et que la monnaie rende tout échangeable ; et cela ne suppose-t-il pas, finalement, une monnaie, une langue, sinon unique du moins universelle ?

Toujours l'anxieuse question de savoir si les nations seront ou ne seront pas ! Elles seront ou elles ne seront pas, cela dépend de la manière dont s'opérera la pacification finale, car il est inévitable qu'elle s'opère un jour. Si elle s'accomplit par la voie fédérative, les patries subsisteront, et rinternational ne triomphera qu'à la condition de respec- , ter toutes choses nationales, même les monnaies, sauf à leur superposer une monnaie internationale. Si elle s'accomplit par la voie impériale, par la voie du passé, toute natio-

nalîté périra^ y compris celle du vainqueur, « enseveli dans son triomphe ». Et le même niveau linguistique, politique, scientifique, monétaire, passera sur le globe aplati. Quant à prédire lequel de ces deux dénouements de l'histoire a le plus de chance de se réaliser, je ne m'y aviserai pas. L'évolution de Thumanité est comme un fleuve à delta, elle peut avoir plusieurs embouchures.

— Au sujet de la monnaie se rattachent plusieurs problèmes secondaires que les économistes ont agités, des lois qu'ils ont formulées. Indiquons quelques-unes de ces questions. On connaît la loi de Gresham, d'après laquelle « la mauvaise monnaie chasse la bonne ». Elle n'est pas sans exception, même de nos jours ; aux États-Unis, la monnaie d'argent, quoique dépréciée, n'a nullement chassé l'or, dont la masse a été en augmentant dans la circulation du pays. Dans le passé, il ne semble pas que cette loi jette un grand jour sur les phénomènes relatifs au concours des monnaies royales et des monnaies seigneuriales, toutes pareillement altérées. Apparemment on ne croira pas que, si les monnaies des rois ont fini par se substituer à celles des seigneurs, c'était parce que les monarques étaient plus fauxmonnayeurs que leurs grands vassaux. 11 en est de ces fausses monnaies monarchiques dont les peuples se sont contentés pendant des siècles, comme, en général, de tous les mensonges conventionnels dont le monde vit, et qui ont toujours eu beau jeu contre la vérité quand ils ont été mis en circulation par des autorités respectées. Ce chapitre de Taltération des monnaies serait une curieuse page à joindre à l'histoire des transformations du mensonge. Les procédés changent, le fond reste. On n'altère plus le poids des monnaies ni leur titre, mais le papier à cours forcé les a rem-

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placés avec avantage. < Le papier à coors forcé , dit M. Arnauné, est la fausse monnaie des gooTememenis modernes. »

On s'est demandé quelles sont les causes qui, dans une société donnée, à un moment donné, font varier la quantité de cuméraîre nécessaire pour tous les payements. Cette question a été éîudiée par un éminent géomètre, Joseph Bertrand, avec une précision remarquable*. Supposant une naùon insulaire et fermée, où lliabilude s'est établie d'effectuer tous les payements le premier de chaque mois, il montre aisénienî que, puisque chaque caisse devra s'approvisionner en conséquence, la quantité de numéraire indispensable sera au moins égale au douzième du chiffre total des payements annuels. Mais, si toutes les caisses, quoique continuant à payer xm jour par mois, ont des jours de paye ci^trenls, la quanlîié de numéraire exigée sera beaucoup mo'mdre ; elle serait considérablement amoindrie si Tusagc s établissait de payer tous les jours; autrement dit, raccélération du mouvement de la monnaie, le nombre croissant de ses changements de main, équivaut à laccroissement de sa quantité- — Tout dépend donc des usages, lesquels dépendent de certaines initiatives imitées, dont Timitation dépend du crédit, c esl-à-dire de la contîance plus ou moins grande que les hommes en rapport d^aflaires ont les uns dans les autres.

Un autre problème a été étudié par le savant déjà cité : celui de savoir, s'il est vrai que, la quantité de numéraire venant tout à coup à doubler dans une nation, la conséquence serait une baisse de moitié sur tous les prLv. Bertrand montre très bien que ce résultat n'est ni certain, ci probable, et que, plus vraisemblablement, cette infusion monétaire agira surtout en surexcitant la production, «f^^ P^' voyance, accrue par le bien-être, augmentera la réserve de chacun. » Beaucoup d'économistes sont du même avis, e^

(1) Revue des Deux-Mondes, 1" sept. 1881.

nous avons vu plus haut que les phénomènes économiques observés à la suite des découvertes de gisements aurifères ou argentifères leur donnent pleinement raison. L'expérience et le calcul à priori sont ici d'accord. C'est une chose remarquable que cette surexcitation de l'activité productrice par le simple fait de la découverte d'un filon aurifère. Si, au lieu de découvrir une mine d'or, on avait découvert un gisement de guano d'égale valeur, suffisant pour fumer toutes les terres et augmenter prodigieusement toutes les récoltes, est-il bien sûr que la nation eût été, en fin de compte, plus enrichie qu'elle ne l'est par l'extraction des lingots ?

Par cette considération l'on répond implicitement à un problème plus général que les économistes ont agité, celui de savoir si la monnaie, en tant que monnaie, est une richesse par elle-même, ou n'est, comme telle, qu'un substitut de richesses. Alors même qu'elle consisterait. en métaux impropres à tout autre usage que celui d'accomplir leur fonction monétaire, elle mériterait d'être ajoutée au nombre des richesses véritables, c'est-à-dire des objets jugés de nature à satisfaire les désirs. Comment une simple entité pourrait-elle jouer le rôle fécondant que tout le monde est forcé de lui reconnaître? N'est-elle pas, elle aussi, l'objet de désirs distincts, et n'inspire-t-elle pas une foi profonde en son efficacité à satisfaire une infinité d'autres désirs? — Mais ce que nous disons là de la monnaie métallique, il faut le dire aussi bien, et pour la même raison, de la monnaie fiduciaire, voire même de simples billets de commerce qui circulent un temps de main en main, monnaie passagère et restreinte. « S'il était vrai, dit très bien Macleod, qu'un billet à ordre fût dépourvu de valeur jusqu'à son payement, il s'ensuivrait que l'argent non plus n'a pas de valeur jusqu'à ce qu'il ait servi à acheter quelque chose, et qu'il n'a pas de valeur distincte de celle des marchandises. » A plus forte raison, la remarque est-elle applicabk aux billets de Banque.

11 en est des billets de banque comme des mots. Les mots commencent par avoir Tair d'être un simple signe et un simple substitut dlmages, qui, elles-mêmes, passent pour des équivalents des sensations qu'elles ressuscitent vaguement et illusoirement en nous. Mais il n'en est pas moins vrai qu'on se tromperait grandement si Ton ne voyait de réel, au fond des idées que les images et au fond des Images que les sensations, méconnaissant ainsi le fait évident que ce sont là autant d'éléments psychologiques distincts dont Tesprit s'enrichit à chaque pas qu'il fait. Le mot, ridée, apparaît bientôt comme une chose autonome que Ton ne songe plus à échanger contre les images dont elle est la combinaison. Le billet de banque commence aussi par paraître un simple substitut d'espèces métalliques, contre lesquelles à chaque instant on sait ou on croit qu'il peut être échangé ; mais il ne tarde pas à révéler qu'il a sa valeur propre, indépendante de la leur, de même que les espèces métalliques sont si souvent et si universellement désirées, en partie, pour elles-mêmes. Le même travail de logique mentale et d'action inter-mentale qui a provoqué l'évolution intellectuelle d'où le mot est sorti, le mot de plus en plus abstrait, incarnant une idée de plus en plus générale, a produit l'évolution économique d'où est issue la monnaie de papier.

C'est donc bien à tort que les économistes préoccupés de bâtir leur science sur des fondements tout objectifs ont une prédilection pour le sujet de la monnaie et des finances, où leur rêve, de premier abord, semble se réaliser. En fait, il n'est rien de tel que les phénomènes financiers pour mettre en relief ce qu'il y a d'essentiellement subjectif dans les choses économiques. Par exemple, si les causes de la variation des valeurs de Bourse étaient objectives, comment expliquer cet effondrement ou cette dépression de tous les cours qui a lieu quand une catastrophe ou un événement fâcheux quelconque vient à atteindre un seul de ces

titres, mais un de ceux qui donnent le ton aux autres, une rente d'État notamment? II semble que la baisse devrait être strictement limitée à ce titre, et que les autres, loin de la suivre dans sa chute, devraient, au contraire, se trouver rehaussés par comparaison. Mais il n'en est rien. Pourquoi? Parce qu'il s'agit là d'un phénomène de psychologie et surtout de psychologie inter-spirituelle. Quand un événement heureux nous arrive, dans une circonstance particulière, nous voyons tout en rose aussitôt, nous sommes enclins à espérer, à avoir confiance en tout ; quand un malheur particulier nous frappe, un découragement général tend à nous accabler. Et cette disposition optimiste ou pessimiste, nous la communiquons sans le vouloir à notre entourage, elle émane de nous pour impressionner nos voisins, nos collègues, fussent-ils nos rivaux, qui, sans avoir aucunement les mêmes raisons que nous de se décourager ou d'avoir confiance, reflètent notre couleur psychologique à leur insu. Les palais de la Bourse sont ainsi, sans qu'il y paraisse, des laboratoires, continuellement actifs, de psychologie collective.

Il me resterait, enfin, à parler de la circulation de la monnaie et des rapports entre ce cycle monétaire et le cycle des besoins ou celui des travaux^ dont il a été question cidessus. Mais cette question sera plus utilement discutée à propos du capital^ sujet qui se rattache intimement à celui de la monnaie, et dont nous allons nous occuper.

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