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CHAPITRE V

Nous venons de traiter des oppositions économiques qui se produisent sous forme de lutte entre des termes contraires et simultanés. Parlons maintenant — on plutôt parlons plus à loisir, car nous en avons déjà dit un mot à propos des crises — du cas fréquent où les termes contraires sont successifs et se produisent alternativement : tels que la hausse et la baisse des valeurs de Bourse.

On se rappelle la loi de Spencer : <c tout mouvement est rythmique », tout mouvement, ou pour mieux dire tout changement. Ce n'est pas le lieu de discuter cette formule, entendue par son auteur dans un sens tellement large qu'il perd toute signiGcation et que les rythmes les plus réguliers, vraiment dignes de ce nom, y sont confondus avec les alternances les plus irréguliëres et les plus vagues. Pour expliquer l'irrégularité et Timprécision de ces dernières, Spencer croit qu'il suffit d'avoir égard à la complexité des phénomènes alternants, des phénomènes sociaux notamment. Il est bien naturel, d'après lui, que des phénomènes se répètent inexactement, soit dans le même sens, soit en sens inverse, quand ils sont compliqués. Qui dit régulier dit simple; complication et irrégularité sont synonymes. — Rien de plus vraisemblable, à première vue, que cette explication, et rien de plus faux. Il arrive fort souvent que, dans un ordre de phénomènes, un degré nouveau de complexité ramène la régularité perdue. Chaque feuille d'une forêt

tremble capricieusemenl el le murmure loinlain d'une forêt est un son musical. Il n*cst pas dans la nature de répétition plus régulière, plus précise, en somme, que la reproduction héréditaire des caractères d'une espèce dans la série des générations successives, et y a-t-il rien de plus prodigieusement compliqué que les phénomènes de la vie?

Les mathématiciens expliquent par la loi des grands nombvf's celle régularité relalive qui sort souvent de la complication ménie des phénomènes. A Tappui des considérations qui précèdent, je pourrais invoquer la haute autorité de M. Poincaré qui, au Congrès international de physique en 1900, émettait cette conjecture que la simplicité de la loi de Newton elle-même était pcut-ôlre apparente et illusoire. (( Qui sait, disait-il, si cette loi n'est pas due à quelque mécanisme compliqué, au choc de quelque matière subtile animée de mouvcmcnls irrcgnliers, et si elle n'est devenue simple que par le jeu des moyennes et des grands nombres? Sans doute, si nos moyens d'investigation devenaient de plus en plus pénétrants, nous (/('couvririons le simple sous Ir complexe^ puis le coinpleae sous le simple^ puis de nouvrau le simple sous le complexe^ el ainsi de suite ^ sans que nous puissions prévoir quel sera te dernier terme,., » Cette alternance supposée de simplicité et de complexité, de régularité et d'irrégularité, dans les couches superposées des phénomènes depuis TinQuitésimal jusqu'à Tinfini, est une vue des plus profondes, à laquelle on est conduit, non seulement par la considération des faits physiques, mais par celle des faits sociaux. Elle constitue elle-même un rythme, un rythme vague, mais non moins important pour cela.

— Avant d'aller plus loin, prévenons une confusion d'idées par une distinction nécessaire. Tous les rythmes réguliers ne sont point des suites alternantes de termes opposés ; le plus souvent, la régularité rythmique est le privilège des séries de termes semblables qui se répètent. Et certainement ridée de rythme éveille Tidée d'harmonie plutôt que celle

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de contrariélé. — Les adaptations rythmiques, c'est-à-diré régulièrement répétées, ne doivent pas être confondues avec les oppositions rythmiques. Les pulsations du cœur, les actes respiratoires, les opérations fonctionnelles d'une glande quelconque, de même que les actions d'un ouvrier qui travaille dans une usine, sont des répétitions régulières et périodiques. Mais cette périodicité n'implique nulle opposition ; il y a recommencement intermittent sans qu*U y ait jamais inversion ni destruction de ce qui a d'abord ét6 produit. Cette - périodicité implique adaptation, harmonie, accord. La répétition des ellipses planétaires, la répétition des fonctions vitales, la répétition des actes laborieux, sont des moyens adaptés à Taccomplissemcnt de Tœuvre, connue ou inconnue, que poursuivent l'évolution astronomique, l'évolution vivante, l'évolution économique. Par ces périodes réglées, chaque être s'achemine harmonieusement à sa fin. Mais, quand une comète perturbatrice traverse et retraverse un système solaire, quand un accès de fièvre se produit et se reproduit au cours d'une maladie mortelle, quand des troubles sanglants du travail et du crédit, grèves, crises, kraks, se répètent régulièrement à certaines époques, verrons-nous là aussi des voies normales, quoique zigzaganies, . du progrès astronomique, vivant ou social ?

La distinction du normal et de l'anormal, du sain et du morbide, est difficile, je le sais, mais elle s'impose ici. 11 ne nous est pas permis de l'éluder. Remarquons que, si l'opposition de termes simullanés, sur un champ de bataille où l'on s'entre-tue, dans une Bourse où les uns ruinent les autres, est un spectacle douloureux et anxieux, le problème

soulevé par l'opposition de termes 52^ccevV5«/6', dont l'un défait co que l'autre vient de faire, est encore plus insoluble, à moins qu'on n'aperçoive une marche en avant poursuivie moyennant ces va-et-vient. Hors de là, le déploiement alternatif et indéfini du pow* et du contre ne saurait être regardé que comme l'organisation de l'absurdité. Cette alternance,

i92 L'OPPOSITION ÉCONOMIQUE

certes, n'est pas de l'incohérence lorsque les actes opposés et alternalifs tendent à un même but, quand, par exemple, les mouvements alternatifs et inverses du piston* font marcher la locomotive dans le même sens, ou, aussi bien, quand les trajets alternalifs de la locomotive elle-même de la gare B à la gare C et de la gare C à la gare B, concourent également à accélérer le mouvement commercial dans une même direction ascendante, ou l'évolution sociale vers un môme terme idéal ; — ajouleraî-jc : ou aussi bien quand les périodes alternatives et inverses de l'évolution et de la dissolution sociales semblent concourir pareillement aux fins de l'évolution universelle? Non, rien n'autorise ces conjectures. — Mais, quand les deux changements inverses poursuivent des fins opposées, quand, par exemple, la santé tend à la conservation et h la reproduction de la vie, tandis que la maladie tend à la mort ou à la stérilité, il est clair que leur alternance n'est utile à rien de commun aux deux. Il vaudrait mieux, pour la fin de la maladie, que la sanlé ne réapparût pas, et, pour la fin que poursuit la santé, que la maladie ne fit pas de nouveau invasion dans son domaine.

On voit, par ce qui précède, d'une part la difTérence qui existe entre la répétition de phases enchaînées et recommencées normalement et la répétition de phases alternantes et inverses, — d'autre part, le passage fréquent de l'une à l'autre, c'est-à-dire de l'opposition à l'adaptation. Les adaptations rythmiques peuvent être symbolisées par une roue qui tourne : chaque rotation a lieu dans le même sens que la précédente, du l*"" au 3G0'' degré de la circonférence; c'est un même mouvement qui se continue en se répétant. Les oppositions rythmiques seraient plutôt symbolisées par un

(I) J'aurais pu choisir bien d'autres exemples. Le rythme de Télévation aérienne et de la chute alternative des eaux est nécessaire À Tirrigation des coutini>nts et a leur nivellement. C'est une fonction planétaire, comme les pulsations du cœur ou les mouvements d'inspiration ou d'expiration des poumons sont des fonctions organiques.

pendule qui oscille : à chaque chule du pendule, se détruit l'effet de son ascension antérieure ; et c'est en une suite de productions et de destructions de cet effet que consiste son oscillation. Toute oscillation est ainsi la rupture d'un équilibre, un trouble qui cherche à s'apaiser et n'y parvient pas, tout comme les accès périodiques d'une fièvre intermittente et incurable, ou les retours réguliers des crises financières. C'est une erreur de regarder le phénomènes constitutifs de la vie saine, l'oxygénation et la désoxygénation des globules du sang, par exemple, comme comparables àToscillation d'un pendule, à moins que ce ne soit à l'oscillation du pendule d'une horloge, grâce à laquelle le mouvement des aiguilles lourne toujours. Celte oscillation qui se convertit en rotation pourrait être choisie comme symbole de la conversion universelle des contrastes en accords, des conflits en harmonies. La désoxygénation du globule, c'est la dépense et l'emploi, par ce globule, de l'oxygène qu'il a acquis au contact de l'air ; elle n'est donc pas l'inverse mais la suite normale de l'oxygénation. Peut-être est-elle l'inverse chimique mais non l'inverse physiologique. De même, l'expiration n'est le contraire de l'inspiration qu'au point de vue mécanique; nullement au point de vue vital. La vie est une rotation, une gravitation elliptique si Ton veut ; elle n'est pas une oscillation. Il en est de même de l'activité sociale. Dans une administration, on a la sensation de tourner une manivelle, non de faire aller et venir une balançoire. — Nous venons de voir V oscillation de l'inspiration et de l'expiration servir de condition à la circulation du sang et au fonctionnement rotatoire de tous les appareils vitaux. De même, on peut se demander si l'oscillation de la hausse et de la baisse à la Bourse, des périodes d'inilation et de dépression industrielles, n'est pas la condition de la rotation économique et fondamentale, c'est-à-dire de l'enchaînement alternatif de la production et de la consommation, circulation toujours grandissante. La consommation a beau être une destruction de

Tarde. — P»ych. écon. H. — 13

richesses, elle ne s'oppose point, socialement, à la production dont elle est remploi el la conversion. Elle ne s'y oppose que physiquement. Au point de vue social, la consommation est la stcUe et non l'inverse de la production des richesses qu'elle tend à reproduire.

On peut se demander môme si l'oscillation alternative du plaisir et de la peine, de Tespérance et de la crainte, que nous retrouvons sous tant d'oppositions économiques, n'est pas une condition du développement de l'esprit ?

Les répétitions des harmonies — par exemple des fonctions vitales ou sociales — deviennent de plus en plus régulières, rythmiques; il est à remarquer, au contraire, que les répétitions des inversions, des contrastes, des désaccords, deviennent de plus en plus irrégulières, à moins que ces oppositions ne soient, comme nous venons d'en montrer plusieurs exemples, des procédés normaux d'harmonisation. Une série de troubles, de troubles organiques ou de troubles sociaux, présente de plus en plus d'irrégularité à mesure qu'ils s apaisent ou que la mort s'ensuit; une série d'actes de travail devient de plus en plus réglée à mesure qu'elle s'enracine en habitude féconde et se propage en coutume vivacc.

En tant que les accès de Gèvre sont périodiques et réguliers, ne peuvent-ils pas être considérés comme un travail de la vie qui tend à s'en délivrer, ù rentrer dans l'état normal, par une reprise intermittente de son effort salutaire ? Et de même, en tant que les crises économiques sont périodiques, ne peut-on pas les considérer comme un travail de la logique sociale en vue d'expulser les causes de ces perturbations et d'aboutir à une réorganisation de la production industrielle? — Je suis frappé, à ce propos, de cette remarque incidente de M. Juglar : « plus on remonte haut dans le passé, plus on constate l'irrégularité de la durée des périodes... » D'après lui, la périodicité des crises serait devenue de plus en plus marquée depuis 1690, et cela tien-

LES RYTHMES t»

drait à la création des banques d'escompte. Si ce phéno* mène conliiiuait à se vérifier, ne devrail-on pas y voir une raison de soupçonner que les crises jouent un râle de plus en plus utile et nous acheminent vers un terme qui serait très proche?

Quoi qu*il en soit de celte explication, le problème que soulève la périodicité des crises au cours du xix* siècle mérite d'être agité, et d'arrêter notre attention. — Mais d'abord, établissons nettement les phénomènes qu'il s'agit d'interpréter. Il est clair que, aussi longtemps que la production des richesses reste exclusivement ou principalement agricole et rurale, il ne saurait être question d'une périodicité régulière des crises. Rien de plus irrégulier que la succession alternante des bonnes et dos mauvaises récoltes ; quand sept vaches grasses suivent précisément sept vaches maigres, c'est un fait tout à fait exceptionnel. « Les cinquante années de 1715 à 1765, dit Laveleye, furent caractérisées par une remarquable exemption de saisons de disette, comparées aux cinquante années précédentes. » De 1793 à 1814, au contraire, les mauvaises récoltes furent très fréquentes. Gela nous explique pourquoi, dans les pays de petite industrie et de petit commerce, où, comme dans Tantique Egypte, la richesse ou la détresse générales, la félicité ou la tristesse publiques, dépendent, avant tout, de Tabondance ou de l'insuffisance des fruits de la terre, rien de pareil au retour régulier de nos états de malaise économique tous les neuf, dix ou onze ans, n'est jamais observé. Si donc Emile de Laveleye, dans son livre sur les crises, se bornait à nier, relativement à ces peuples encore peu avancés, le caractère périodique des crises comnvercialei ou industrielles, il aurait raison sans nul doute. Hais il nie à tort cette périodicité en ce qui concerne les perturba-

lions économiques du xix^ siècle, el sa seule excuse est d'avoir écrit à une époque où celle périodicité n'avait pas encore eu le temps de s'affirmer par le prolongement de la série déjà commencée. L'avènement de la grande industrie capilaliste a rendu le mouvement de la richesse publique, et du crédit public, en grande partie indépendant des péripéties de Tagricullure, et l'a subordonné aux péripéties de la finance, à la marée ascendanle ou descendante des capitaux sur le grand marché des valeurs ; de telle sorte que la complication même des faits, des produits, des intérêts, a eu pour elfel, ici comme ailleurs, de rendre régulier ce qui était désordonné auparavant.

Il y a, d*abord, des périodicités annuelles. Celles-ci »ont existé de tout temps, mais sont plus marquées que jamais. De même que le thermomètre a des variations annuelles assez régulières, rencaisse des banques, de lu Banque de France notamment, monte ou baisse suivant les saisons avec une cerlaine régularité. Elle baisse, par exemple, au moment des moissons, quand le besoin d'espèces se fait sentir davantage, puis se relève. Mais cette ondulation annuelle, ne fait que denteler une ondulation quasi-décennale, beaucoup plus grandiose, que les statistiques des banques ont mise en pleine lumière. Un lableau graphique joint par M. Clément Juglar à sa brochure sur les Crises commerciales et financières (1900) ne laisse aucun doute à cet égard. On y voit la ligne graphique des escomptes, c'e.sl-à-dire du portefeuille des banques, toujours inverse de la ligne graphique de leur encaisse métallique. Quand l'encaisse augmente, le portefeuille se vide; et vice versa. Mais ce qu'il y a de surprenant, c'est la régularité avec laquelle la série de ces inversions se poursuit. Ce qui ne l'est pas moins, c'est que cette répétition régulière est en même temps un agrandissement régulier. La loi d'amplification historique reçoit ici une confirmation manifeste.

Notons ce qu'il y a d'étrange dans cette régularité, mais

d'abord daas celle des oscillations do la Bourse, qui peut eu èlre rapprochée ulilemeul. Les cotes de la Bourse, au commencement do ce siècle, no contenaient qu'un très petit nombre de valeurs. La liste s est allongée sans cesse, sollicitant les capitalistes par les genres d attraction les plus variés. C'est comme une ville où, quand elle s'agrandi^ les vitrines des magasins se multiplient, les étalages se diversifient, suscitant des velléités toujours plus nombreuses et plus diverses d achats. Or, on aurait pu croire que, à mesure qu'augmenterait ainsi la diversité des valeurs cotées, rinégalité des elTets produits sur elles par les causes qui font varier les cours irait en s'accroissanl, c'est-à-dire que, lorsque quelques-unes de ces valeurs monteraient, d'autres baisseraient, par compensation, ou du moins que leur vitesse de hausse ou de baisse, si elles montaient ou baissaient .simultanément, deviendrait de plus en plus inégale. Mais non ; cette liste de valeurs est comme la série des anneaux d'un reptile, que le premier anneau, la tête, dirige toujours, et dirige de mieux en mieux à mesure qu'on s'élève sur l'échelle de cette classe d'animaux. Si l'un des grands fonds d'État est touché par un événement, aussitôt toutes les autres valeurs, même celles qui, d'après le calcul des probabilités, devraient bénéficier plutôt qu'avoir à souffrir de la catastrophe prévue, se mettent à baisser ensemble, moins vite, il est vrai, mais d'une vitesse qui tend de plus en plus à se rapprocher de la sienne. Pouiquoi 1 Parce que le marché est, avant tout, dominé par des inlluences psychologiques, par des actions intermentales dont le courant traverse en même temps tous les cerveaux, et, à partir de quelques esprits qui ont des raisons sérieuses d'être découragés ou remplis d'espoir, propage leur découragement ou leur confiance bien au-delà de leur groupe, dans tous ks groupes de la Bourse, affairés, fiévreux, éminemment aptes à exercer et à subir les contagions de ce genre. Ce qui se passe à la Bourse, se passe aussi bien à la

Banque. On aurait pu penser, à priori, que, avec la multiplicité et la diversité croissantes des entreprises industrielles, des affaires de tout genre, qui donnent lieu à des négociations de lettres de change ou de billets à ordre, une sorte de compensation s'opérerait de plus en plus entre la prospérité de certaines affaires et Tinsuccès de certaines autres, de manière à éviter par degrés Tencombrement ou la raréfaction du portefeuille des banques. C'est l'inverse qui est arrivé et pour la même raison psychologique.

Je défie qui que ce soit de justifier par la raison seule, par le calcul froid et judicieux des vraisemblances, à Tusage des esprits sensés, abandonnés à eux-mêmes, sans influence d'atilrtn, les oscillations vaguement rylhmicjues d'une valeur quelconque, par exemple du 3 p. 100 anglais au cours des deux derniers siècles. Dans son livre sur les Crises^ M. Juglar en donne le tableau graphique de 1731 à 1883. Plusieurs de ces abaissements ou de ces relèvements successifs s'expliquent par les péripéties de la défaite ou de la victoire, par des catastrophes ou des succès; mais la plupart sont irrationnels. Car, aux yeux d*un homme de bon sens, il est clair que, depuis 1815, la prospérité anglaise, secondée ou non par la politique anglaise, quelle qu'elle fût, devait inspirer pleine confiance, une confiance grandissant continuellement, aux acheteurs de la rente anglaise, il n'y avait donc jamais lieu de descendre aussi bas que 77 en 1831, ou même 81 en 1847. En sens inverse, il semble que, aux yeux d'une raison saine et soustraite, encore une fois, aux suggestions ambiantes, les cours extraordinaires de 107 en 1737 et de 106 en 1752 étaient fort exagérés à ces deux époques où la fortune de l'Angleterre était loin d'être aussi solidement assise qu'elle l'a été plus tard.

En somme, les oscillations de la cote des valeurs de Bourse reflètent vaguement les oscillations, plus régulières, de l'ensemble des prix des marchandises, par suite de Tallernance des époques de prospérité et des époques de crise.

Cependant, une crise financière et même commerciale, si elle permet de révoquer en doute la solvabilité d*un certain nombre de banquiers et de commerçants non encore en faillite, ne saurait en rien faire douter de la solvabilité d*un État tel que l'Angleterre ou la France. Si donc la baisse générale des prix se communique à la cote des valeurs d'État, c'est que le même grand courant de pessimisme^ succédant à un grand courant d'optimisme, domine le marché des valeurs aussi bien que le marché des produits.

Notons, à ce sujet, que les salaires n'oscillent pas comme les prix, ou oscillent bien moins; les salaires haussent pendant les époques de prospérité bien plu« qu'à la suite des crises ils ne s'abaissent, si tant est qu'ils s'abaissent. C'est que les salaires trouvent dans le cœur humain, dans la conscience humaine, pour résister à la baisse générale, des points d'appui qui manquent aux autres prix. D'une part, l'ouvrier se fait un point d'honneur de ne pas travailler au rabais; d'autre part, aux yeux de celui même qui l'emploie, le taux de son salaire habituel est considéré comme un droit, non comme un simple fait.

11 est à noter aussi que le taux de l'intérêt, pour les placements de capitaux dans la vie civile, ea obligations hypothécaires notamment, n'est pas soumis aux mêmes fluctua* tions que le taux de l'escompte pour le papier de commerce. A travers ces hauts et ces bas alternalirs du taux de l'escompte depuis cent ans, le taux de l'intérêt civil a été s'abais* sanl, de même que les salaires vont s'élevant. Les périodes d'oscillation du taux de Tintérêt civil, si périodes il y a, sont, en tout cas, beaucoup plus amples et beaucoup plus irrégulières que celles des prix et du taux de l'escompte.

Encore une remarque. Si tout changement était nécessairement rythmique, comme le veut la loi d'Herbert Spencer; si, par suite, l'abaissement industriel d'un pays pendant un laps de temps était une raison suffisante de son relèvement consécutif, il faudrait conclure que toute guerre, suspension

forcée de la production d une nation, doit être suivie fatalement d*un essor de Tindustrie. Or, cela ne se vérifie pas toujours. Il est certain que la guerre de 1870 semble avoir été un coup de fouet vigoureux donné aux affaires françaises. Les bilans de la Banque do France, immédiatement après Tannée terrible, révèlent un brusque et grandiose accroissement de l'activité productive; progression bien plus forte encore et plus accentuée que celle qui se produit, à la même époque, dans les bilans de la Banque d'Angleterre'. Mais, s'il en a été ainsi après 1870, il en a été tout autrement après 1815. Comment se fait-il, si tout est rythmique dans le monde social comme dans le monde naturel, ([uc la paix de 1815 ait été suivie jusqu*en 1822, non pas d'une fièvre d'industrie renaissante, exubérante, mais, au contraire, d'une dépression persistante des prix et d'une stagnation commerciale sur laquelle se lamente Sismondi? « Un cri de détresse, dit-il, s'élève de toutes les crises manufacturières du vieux monde, et toutes les campagnes du nouveau lui répondent; partout le commerce est frappé de la même langueur. » Ne semble-t-il pas que, après vingt ans do guerres continuelles, le retour de la paix aurait dû ramener aussitôt le travail et l'abondance, et d'autant plus vile et d'autant plus fort que les forces productives avaient été plus longtemps comprimées, comme celles d'un ressort qui se détend? Cette différence entre les deux époques que je compare s'explique pourtant sans peine, si Ton tient compte des effets psychologiques de l'habitude, et de cette habitude collective, la coutume. Vingt ans de guerre avaient brisé les habitudes de travail et enraciné les habitudes de déprédation militaire; la courte guerre de 1870-1871 n*apaseu le temps de détourner de la sorte le courant général des idées

(1) « Le plus fort accroissement (des chitTres) en Ani^leterre. porte sur rencaisse, qui sVIève tie i\ à 33 ou 3G millions de livres slerlings de 1S67 à 1879, isoil deiA'2 millions de francsi, pendant que.au môme moment, en France, de 1867 à 1877. elle s'élève de 748 à 2281 millions de francs, soit de i533 millions. » ^Juglar*.

et des volontés. Elle n'a fait qu'interrompre une période de prospérité qui a repris de plus belle après celte interruption.

Tout cela dit, il n*en reste pas moins certain que les bilans comparés des diverses banques nationales, et notamment ceux de la Banque de France, où se peint le mouvement commercial du pays, ou plutôt de tous les pays de civilisation européenne, révèlent, depuis plus d'un demisiècle au moins, une périodicité assex régulière, et de plus en plus marquée, qu'il s'agit d'interpréter.

Dabord, disons quelle est la nature de ces périodes. Chacune d'elles consiste en une phase d*espoir grandissant, de hauts prix, d'entreprises aventureuses, à laquelle succéda, à travers une courte crise, une phase inverse de découragement, de bas prix de stagnation des affaires. Si Ton compte la crise, malgré sa brièveté habituelle, pour une phase intermédiaire, cela en fait trois^ que M. Juglar désigne ainsi : prospérité, crise, liquidation. Cette dernière, quoiqu'elle s'exprime par la baisse continue, n'en est pas moins une phase de convalescence, une guérison graduelle des maux causés par la débâcle, le rétablissement plus ou moins lent de l'harmonie brisée. A ce point de vue, on peut dire que ce cycle triparlite, qui semble tourner indéfiniment, est une petite évolution économique complète, qui, comme toutes les évolutions, d'après nous, comprend les trois moments successifs de la répétition (toute prospérité est une reproduction multipliante de richesses), de Topposition (la crise n'en est qu'une forme), et de l'adaptation (la liquidation n'est que le moyen de s'adapter peu à peu aux nouvelles conditions du marché).

Ainsi présentée, la périodicité du phénomène qui nous occupe n'aurait rien que de naturel. Il n'y aurait pas plus à

s'élonner de ces flots de la Banque ou de la Bourse que des vagues de la mer, pas plus même que des cycles de la vie végélale ou animale qui se répètent de génération en génération. Et Ton s'explique que beaucoup de bons esprits, se fondant sur le tableau statistique qui vient d'être présenté, prédisent la poursuite indéfinie des périodes de crises financières et commerciales.

Cependant, n'est-on pas exposé ici à prendre pour le rythme d'une rotation normale et constante — s'il m'est permis de reprendre une métaphore de tout à l'heure — le rylhme d'une simple oscillation morbide et temporaire? Le retour régulier et le régulier accroissement des accès de fièvre d'un malade signalent simplement lapproche de l'étal aigu où se résoudra la maladie par la guérison ou par la mort. Et celte maladie sociale de notre âge, dont les crises commerciales ne seraient que Tun des symptômes, n'en pourrions-nous indiquer les causes ou les caractères psychologiques : la surexcitation mutuelle des convoitises, des avidités, des audaces, en môme temps que la rupture de tout frein intérieur ou extérieur capable de la modérer, la projection hors des cadres anciens avant tout reclassement nouveau, lalTolement réciproque d'individus qui isolément seraient sages, mais à qui nulle raison collective, de tradition ou de législation, ne tient lieu encore de leur raison personnelle abdiquée ou aQ'aiblie? Ce sont là des traits moraux de notre temps qu'il est bien dirficile de nier, quand on les voit se traduire par d'autres signes bien plus éloquents que la fréquence des sinistres commerciaux, à savoir parla progression numérique des suicides, des névroses, des folies déclarées.

La succession rythmique indéfinie de ces deux phases opposées et alternantes, long accès collectif d'illusion folle et longue dépression collective de timidité imbécile, serait quelque chose de bien plus anormal, sous son apparence de régularité, quelque chose de bien plus troublant et décon-

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certant que les guerres les plus violentes. Car une guerre est une opposition qui aboutit à son terme, un problème qui se résout toujours; tandis qu'une suite sans fin d'oppositions successives serait un problème toujours posé * et jamais résolu. Empressons-nous d'ajouter que, quelle que puisse être Tintcrprétalion du phénomène des crises périodiques, une simple considération suffit à nous assurer qu'il ne se reproduira pas indéfiniment. Supposons que cette périodicité se prolonge quelque temps encore, elle sera formulée en loi désormais acceptée, indiscutée, bientôt répandue partout et connue de tous les intéressés. Qu'arrivera-t-il fatalement? Le fait seul que, au cours d*une phase ascendante, les industriels et les commerçants croiront pouvoir prédire à coup sûr son terme prochain, empêchera ce terme, c'est-àdire la crise, de se produire, en tempérant Tcxcès de leur confiance; et vice versa, au cours de la phase descendante, la prévision générale du relèvement des affaires & date fixe les fera se relever bien avant celte date. En deux mots, les crises ne sauraient être longtemps périodiques sans être généralement prévues, ni être prévues sans être prévenues, c'est-à-dire sans cesser d'être périodiques. Ainsi se vérifie en grand, dans le monde économique, ce principe psychologique, mis en lumière par Guyau, que, en prenant conscience d'une habitude ou d'un instinct, en le formulant, nous échappons à sa loi.

Mais, encore une fois, que signifie la périodicité en question, même temporaire, comme je le crois? Si nous consultons à ce sujet la littérature socialiste, nous y lisons que c'est là un caractère propre à l'industrie bourgeoise, une conséquence du capitalisme. « De même, dit Kautsky, que Vindîisirie capitaliste passe tour à tour par des périodes de prospérité et de crise, de même, en politique, nous trouvons des époques de grand combat et de progrès rapides... » etc. Nais adressons-nous au grand maître. 11 y a chez Karl Marx parfois une tournure ontologique, j'allais dire mythologique,

d*csprit, qui lui vicnl de Hégel. Le capital, la valeur, sonl pour* lui des (1res qu*il anime de sa passion et de sa vie. Dans un curieux passage \ où il est question des révolutions de la valeur, c'est-à-dire des crises, il repousse avec désinvolture Tobjection qu on aurait pu tirer de ces dépressions brusques des prix contre sa théorie de la valeur; car, si celle-ci se mesure à la force de travml dépensée, comment se peut-il faire que, sans que cette force de travail ail en rien diminué, son produit perde tout à coup la moitié ou les trois quarts de sa valeur antérieure? Voici ce qu'il écrit à ce sujet : « Ceux qui considèrent la valeur comme une abslraclion oublient que le mouvement du capital industriel est cette abstraction in aclu, La valeur prend ici différentes formes, effectue différents mouvements dans lesquels elle se conserve et s*accroit. Plus les révolutions de valeur deviennent aiguës et fréquentes, plus le mouvement de la valeur^ devenue aulononie et agissant automatiquement avec la puissance ifun phénomène naturel élémentaire^ se fait sentir ;\ rencontre de la prévoyance et du calcul du capitaliste isolé. Les révolutions périodiques de la valeur confirment donc ce que Topinion ordinaire veut qu*elles réfutent : le fait que la valeur, comme capital, devient indépendante et qu'elle conserve et accentue son indépendance par son mouvemenL » La périodicité des crises est donc ici, aux yeux de Marx, une raison de croire que ces oscillations rythmiques des prix attestent l'autonomie du mouvement évolutif de la valeur, indépendamment des désirs et des options de Thomme, des calculs du producteur et des besoins du consommateur.

Ailleurs, cependant, Karl Marx prend la peine de rechercher les vraies causes des crises industrielles, et dans le passage suivant il semble rattacher en grande partie à Tinventivité continue de notre âge la périodicité de ces phénomènes'. « L'existence du capital industriel (matériel des

il) Voir. \c Capital, livre II, had. franc. (Giard et Brière, i%0). (à; Voirie Cai/Ual, livre II, p. 187 de la Irad. fr.

usines, conslruclions, de.) est raccourcie» dil-il, par la révolulion incessante des procédés de fabrication, qui est activée par Texpansion du régime capitaliste, et qui nécessite le renouvellement des moyens de production longtemps avant qu'ils ne soient arrivés à leur limite d'usure. On peut admettre que, dans les branches les plus importantes de la grande industrie, ce cycle de vie comprend aujourd'hui dix ans en moyenne, chiffre qui n'a, du reste, aucune importance pour nos conclusions. Ce cycle de rotations reliées entre elles, d'une durée de plusieurs années pendant lesquelles le capital est captif de son élément fixe, fournit une base matérielle aux crises périodiques, pendant lesquelles les affaires parcourent des périodes de stagnation, de vivacité moyenne, de précipitation et de trouble. » Cela est un peu obscur, mais l'idée générale qui s'en dégage semble, être en somme, que les périodes de précipitation, de surproduction fiévreuse qui précèdent les crises et les préparent, sont dues, en majeure partie, aux excès de confiance suscités par les nouvelles inventions qui révolutionnent les industries. Il ne faudrait donc voir, d'après cela, dans la série périodique des crises depuis cent ans, qu'un signe manifeste de notre inventivité moderne; et, si celle-ci est « activée par l'expansion du régime capitaliste », il n'y aurait pas lieu de tant maudire le capitalisme, A ce point de vue, la périodicité presque régulière des crises pendant le xix* siècle s'expliquerait par la fécondité même du génie industriel de notre lemps, qui répondrait toujours au moment voulu, par de nouvellespousséesd'inventionSfàl'appeld'unenouvelle vague d'optimisme général prête à se soulever après une dépression de pessimisme... D'où on pourrait conclure que, inévitablement, cette périodicité doit aller s'effaçant quand l'invention se raréfiera et s'épuisera, ce qui arrivera un jour ou l'autre. Déjàlarégularitédelasérie diminue. L'avant-dernière crise, celle qui a commencé en 1873, a duré une quinzaine d'années, au lieu de dix ou onze. Avant 1815, sous Tancicn

régime, rien n'était plus irrégulier que les intervalles d'apparition des crises. Il est à remarquer qu'elles ne se sont suivies d une manière à peu près régulière que durant la rapide et décisive progression économique du monde. Ce moment de régularité relative des périodes a coïncidé avec l'ère du grand développement industriel et commercial ininterrompu, sans autre obstacle que celui qu'il s'opposait à lui-même par sa trop grande précipitation... On dirait d'une carafe qui s'engorge et dont les dégorgements convulsifs deviennent dès lors momentanément périodiques. Ce qui est certain, c'est que, inévitablement, la périodicité des crises s'arrêtera avec les crises elles-mêmes, quand le progrès industriel et commercial aura atteint son terme, qui ne saurait être indéfini. Mais, avant même celle époque éloignée, il n'est pas douteux qu'elles seront de plus en plus facilement arrêtées dans leur germe. Une crise, en effet, débute toujours par un encombrement simplement particulier, spécial à une industrie donnée, dans une localité ou une région; et pour empêcher que ce malaise se propage, s'étende de plus en plus loin par suite des progrès de la division du travail et de l'échange, que faut-il? Bernstein expose très bien comment les crises sont prévenues, par les cartels notamment. Il reconnaît que « à des perturbations locales, particulières, il peut être aisément remédié grâce à la masse des capitaux, au crédit et à la rapidité des moyens de communications ». Mais, s'il en est ainsi, quelle est la crise qui ne peut être arrêlée à ses débuis, puisqu'il n'en est pas une qui ne commence par être « une perturbation locale ou particulière » avant de se généraliser.^ Bernstein regarde la spéculation — à laquelle se rattache sans aucun doute la périodicité des crises — r comme une maladie infantile du régime capitaliste, maladie qui se guérira d'elle-même, à mesure que les progrès de l'information rapide, instantanée, diminueront la marge de l'inconnu en fait de données du problème économique.

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Quant à l'alternance de roplimisroe el du pessimisme, de l'enthousiasme et de la prudence timorée, dans le public, elle a ses causes bien connues, où se reflète la loi universelle de l'action alternant avec la réaction. C'est surtout en politique et dans la gestion des finances d*un État que se vérifie la maxime : « A père avare fils prodigue >», et qu'on en touche du doigt Texplication psychologique. Après que, de 1815 à 1888, la sagesse des financiers italiens eut relevé les finances de leur pays, quel fut le premier effet de cette habileté économe sur l'état d'esprit de leurs successeurs? Ceux-ci conçurent aussitôt les plus vastes projets, enhardis dans leurs entreprises ruineuses précisément par la grandeur des résultats dus à Téconomie antérieure. Et toujours il en a été de même. 11 est sans exemple peut-être qu'à un gouvernement économe n'ait point succédé un gouvernement mégalomane^ dont la mégalomanie est le contre-coup de la modestie prudente qui l'a précédé. Ce qui est vrai des finances publiques ne l'est pas moins des finances privées. Quand, pendant une période de liquidation, les usines, les banques, les industries quelconques ont été gérées un certain temps par une majorité d'industriels prudents, un peu craintifs, une nouvelle génération, ou pour mieux dire une nouvelle équipe d'esprits entreprenants s'efforce d'entrer en scène, et y parvient toujours, apportant sa force de foi neuve, inaugurant une nouvelle ère de surproduction qui aboutira à une nouvelle crise, et ainsi de suite, non pas indéfiniment, mais jusqu'à ce que ce rythme soit assez généralement connu et prévu pour être prévenu.

La surproduction aboutissant à la crise, c'est-à-dire à l'avilissement des produits, est un fait qui a lieu pareillement en littérature, dans les beaux-arts, en politique. Il apparaît de temps en temps, en poésie ou en peinture, au sein des vieilles écoles épuisées, une école nouvelle qui se dépense en promesses, en œuvres précipitées, use et abuse de l'enthousiasme suscité par ses débuts, puis s*affaisse dans le dis-

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crédit. N'esl-ce pas de la môme manière qu'un système politique, après avoir apparu et pris faveur, fait faillite et laisse la place à un autre? Reste à savoir s*il n*y aurait pas quelque vague synchronisme approximatif entre ces périodes alternantes de hausse et de baisse, d'exaltation et de dépression, d^ngouement et de dégoùl, en littérature, en politique, en art, dans le domaine économique. Il semble qu*à certaines époques, on remarque plutôt le contraire, c'est-à-dire Tenchevôlrement de ces différentes périodes, comme si le génie inventif se donnait, par exemple, d'autant plus facilement carrière du côté littéraire ou artistique qu il trouve la voie indus- Irielleoula voie politique plus obstruée. Mais, si Ion ne s'attache pas trop aux exceptions de détail, si l'on se borne à jeter un coup d'œil d'ensemble sur les grandes lignes de Thistoire littéraire comparées à celles de l'évolution économique, on sera assez disposé à accordera M. Renard' que les époques de prospérité, par exemple les premières années du règne personnel de Louis XIV, de 1G61 à 1672, se signalent à la fois par le mouvement ascendant de la fortune publique et l'éclat du génie littéraire, tandis que la fin du même règne est marquée par la dépression et l'épuisement des talents autant que par la misère et la ruine générales. Même observation en ce qui concerne le moyen &ge, où la belle période poétique coïncide avec la richesse industrielle du XIII* siècle, et où la détresse lamentable» durant la guerre de Cent ans, s'accompagne d'une pauvreté et d*une indigence d'imagination non moins remarquable. De nos jours, depuis une vingtaine d'années, n*a-t-on pas vu aussi l'optimisme et le pessimisme se succéder en littérature» comme note dominante, et y refléter en quelque sorte la hausse et la baisse de Tespérance et du crédit? Mais il ne faudrait pas trop presser ces formules.

i\) Voir son ouvrage %mt V Histoire littéraire^ où il a consacré un long et intéressant chapitre à l'inQuence des conditions économiques sur la littérature.

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