‹ Psychologie économiqueChapitre 4 sur 31 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

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employées dans celle lulle répulée féconde sont des plus variées, et souvent empoisonnées. L'abaissement du prix du produit n'est, en effet, qu'un des moyens, — et non le plus sûr ni le plus fréquent, — que les producteurs mettent en œuvre pour triompher de leurs rivaux. Ils ont surtout confiance dans la réclame mensongère, dans la calomnie répandue contre les produits concurrents, dans Tart de faire souffler vers soi le vent de la mode, dans l'achat des journalistes et parfois des pouvoirs publics.

3** Entre producteurs nationaux et étrangers d'un même produit. On lulle ici à coups de tarifs de douane, jusqu'à ce que de cette guerre douanière on passe de temps en temps, à la guerre véritable. C'est une grande erreur de ne s'occuper du proleclionnisme qu'à propos de la concurrence, comme si celle-ci était la règle dont celui-là n'est que l'exception, ou comme si le concurrence était le phénomène positif dont le protectionnisme ne serait que le côté négatif, le revers de la médaille. En réalité, la libre concurrence entre producteurs appartenant à des nations différentes n'a jamais été qu'un fait exceptionnel, et toujours précédé par la protection ou la prohibition, à laquelle elle s'oppose et qu'elle nie. La protection, la prohibition est, historiquement, le fail positif et primitif, dont le libre échange n'est que la négation subséquente. Toute évolution industrielle commence par le proleclionnisme ou le prohibitionnisme familial, auquel succède le libre échange restreint et partiel, suivi d'un protectionnisme élargi, le protectionnisme municipal, d'où l'on passe, à travers des traités de commerce de ville à ville, à un protectionnisme provincial, puis plus tard à un protectionnisme national, à un protectionnisme fédéral. Libre échange et protectionnisme alternent ainsi, en s'élargissant sans cesse l'un et l'autre, sans qu'on puisse prédire avec certitude quel sera le terme final, puisque le libre échange, idéal international sans cesse souriant, ne pourra se réaliser pleinement que si l'unité politique du monde

entier, sous forme fédéraliyc ou impériale, .par.vienl à s'établir.

4"" En Ire producteurs (nationaux ou étrangers) dtarticics différents^ il existe aussi une lulle constante et profonde, mais inaperçue, tandis que tout île smonde^est. frappé du fait inverse, à savoir ;Ies services mutuels que se rendent les producteurs d'articles différents en se servant de débouché les uns aux autres. Oui, dans beaucoup de cas; mais, (dans beaucoup de cas aussi, ils se font tort les uns aux autres. Car les divers produits industriels se disputent entre eux le désir de chaque individu, comme les diverses idées circulant dans lair se disputent sa croyance. Ni la quantité de croyance, ni la quantité de désir ne sont indéfiniment extensibles.

Les luttes de la consommation avec elle-même sont de plusieurs sortes. Elles ont lieu : 1* Entre consommateurs nationaux dont les uns veulent se réserver la jouissance exclusive de certains articles, soit par égoïsmc, soit par vanité: car il y a des monopoles de consommation, comme des monopoles de production. El les premiers, en tout temps, môme aux ûges démocratiques, ne sont pas moins avidement recherchés que les seconds. L arme de ces luttes est tantôt la loi sompliiaire (pur laquelle une classe aristocratique interdit siux classes inférieures certains aliments, certains vêtements, certaines parures, et qui se survit, en temps démocratique, par rintcrdiction de porter certains insignes, certaines décorations, sans y avoir droit; tantôt la cherté artiQcielle de certains produits, comme, par exemple, celle des automobiles, gr&ceà laquelle pendant «quelques années, certains groupes riches ont cherché à se réserver le privilège de ce nouveau mode de locomotion. Quand il s'agit d'articles "de première nécessité, du blé par exemple en ienxps de famine, la guerre intestine des consommateurs devient sauvage, et l'on sait h quels excès monstrueux elle ipeut conduire.

2* Entre consommateurs nationaux et consommateurs étrangers. Bien longtemps avant de désirer l'exportation de ses produits et encore moins importation des produits exotiques, une nation commence par être fière de ce qu'elle consomme, comme en général de tout ce qui lui appartient, et par se persuader que nul article du dehors ne vaut les articles indigènes. Il lui semble que son blé, son vin, ses fruits, ses élolTes, à plus forte raison ses armes traditionnelles, sont autant de gloires nalionales et qu'on ne saurait sans manquer au premier devoir du patriotisme y faire participer Tétranger non naturalisé. De là des lois qui défendent la sortie d'abord de toutes sortes de marchandises, puis de quelquesunes seulement, des blés notamment et des armes.

3^ Non seulement les consommateurs (nationaux ou étrangers) d'un même produit, sont en conflit, latent ou manifeste, quand ce produit est en quantité limitée et inextensible, mais encore les consommateurs d'articles différents, même des articles les plus hétérogènes, se combattent souvent, et ont des intérêts contraires, par la même raison que les producteurs de ces articles, comme il a été indiqué plus haut, se nuisent fréquemment. Il est fâcheux, pour les consommateurs de maïs, de voir se développer la consommation du tabac, plante dont la culture se répand aux dépens de celle du maïs. Le développement des dépenses de luxe, en détournant les bra^ et les capitaux vers les industries correspondantes, peut faire renchérir les objets de première nécessité et nuire gravement à leurs consommateurs. Il y a une foule de consommations en apparence sans nul lien entre elles, dont les unes impliquent contradiction de ce que les autres affirment ou poursuivent implicitement, ou leur apportent une conQrmation implicite, en sorte que le développement des unes contrarie ou favorise le développement des autres.

Les luttes de la production avec la consommation sont plus intéressantes encore. Elles comprennent : 1^ Les efforts

contraires et contradictoires des producteurs et des consommateurs (soit nationaux soit étrangers) qui cherchent ù vendre le plus cher ou à acheter le meilleur marché possible. Dans ce grand conflit constant et universel, les producteurs ont pour arme Taccord clandestin, les trusts; les consommateurs, quand ils ont conscience de leur force numérique, les lois de mfiximum, les taxes municipales, les tarifications et les réglementations légales.

2^ Les désaccords entre la quanlilé (ou la qualité) des produits, et la quantité ou la nalure des besoins. Cette discordance ou plutôt celte rupture d'accord, peut consister, en ce qui concerne la quantité, dans un excès ou dans un déficit de production. Dans un excès : cela peut tenir soit à une surproduction suscitée par une fièvre industrielle qui s'est propagée, soit à un resserrement de la consommation. Dans un déficit : soit parce que la consommation a diminué, soit parce que la consommation s'est accrue. Et, parmi les causes qui peuvent faire augmenter la consommation, il convient de mettre à part l'accroissement rapide delà population.

En ce qui concerne la qualité, les désaccords peuvent consister soit dans l'abus des contrefaçons et des fabrications de pacotille qui trompent et dégoûtent un public soucieux d'aliments sains, de vêtements et d'ameublements solides, soit, à l'inverse, dans une recherche exagérée do Texcellence et de la solidité des produits, devenus (sous Tempire des règlements de corporation démodés) trop soignés et trop coûteux pour les goûts d'un public vulgaire ou pressé, qui préfère des articles de qualité médiocre mais fréquemment renouvelés à des articles de premier ordre mais inusables. C'est à ce double point de vue qu'il serait bon d*apprécier les réglementations corporatives du moyen âge et les législations modernes sur le travail industriel.

Ces désaccords entre produits et besoins sont en môme temps, on le voit sans peine, des conflits entre producteurs et consommateurs. Les premiers, quand ils s'aperçoivent de

la surabondance de leur fubricalion, emploient toutes sortes de mensonges pour la dissimuler, do même que la mau-

vaise qualité de leurs' produits, et pour les écouler sans en abaisser le prix ; mais, bon gré malgré, ils doivent les offrir à des prix de plus en plus bas, pendant que les consommateurs, découvrant la fraude, se font valoir. Ou bien, si l'offre est inférieure à la demande, les produits aux besoins, les fabricants cberchcront à exagérer la rareté des produits pour en élever le prix encore davant.igc. Au cours de ces combats de Bourses, il y a bien des morts et des blessés, bien des faillites et des ruines du cùté des producteurs, e(, du côté des consommateurs, bien des privations et des ' gôncs, non moins douloureuses quoiqu'elles fassent moins de bruit.

Il y a enfin à considérer les luttes de nature monétaire. D'abord, la monnaie peut être en lutte avec elle-même. 1'' Dans chaque nation, 1-unification monétaire, qui d^ailleurs est bien rarement complète, a toujours été précédée d'une longue période où des monnaies diverse9-,royalcs, seigneuriales, se disputaient le marché-, et dont quelques-unes, à lu longue; à raison de leur pureté plus grande, ou du prestige supérieur de l'autorité dont elles émanaient; ont fini par refouler les autres, par envahir leur domaine, jusqu'à ce qu'une refonte^ générale des monnaies ait> consacré leur triomphe'. Rien de plus important, au point de vue do la prospérité industrielle et commerciale, que lis» péripétie» et le dénouement de cette concurrence inter-monétaire. — A. ce conflit séculaire se rattachela grave question du bi-métallisme, qui en est la reprise agrandie et simplifiée. lU* monnaie d'or et la monnaie d*argent poursuivent lieur duel avec* un acharnement marqué longtemps aprè» que la livre tour^ nois et la* livre parisis ont' cessé dé se\oombattre. Tantôt Targent remporte comme au* M^exique ; tantôt, cl de plus en plus, Tor prévaut. Les coups^ décisifs, dans cette lutte, sont portés par les découvertes de mines qui font varier la

valeur relative des deux métaux, légalement fixée. Cetlefixité: est un mensonge conventionnel constamment contredit; eti cette contradiction, qui est un état de conflit psychologiques chronique, a pour effet, comme on sait, Témigration de la^ bonne monnaie. L*altéralion des monnaies, pratiquée de temps à autre par les rois faux-monnayeurs de jadis, créait un mensonge conventionnel analogue, cause de perturbations encore plus redoutables.

2^ Les luttes des diverses monnaies pour la domination: du marché, après avoir pris fin dans chaque État, s*avivenli d'Etat à Èlat. Au point de civilisation où nous sommes parvenus, le franc, la livre sterling, le mark, le florin, etc., se gênent réciproquement dans leurs mouvements circulatoires,, et cherchent à gagner du terrain les uns sur les autres. La. nécessité de changer de monnaie à chaque passage de frontière, et de se tenir au courant des variations continuelles du change, est devenue une entrave de plus en* plus sentie, dont les peuples européens s'affranchissent par degrés moyennant des conventions internationales.

En second lieu, la monnaie peut être en désaccord avec les besoins de la production et de la consommation, auxquels elle doit répondre; et ces troubles fonctionnels^ appelés,, quand ils deviennent aigus, crises financières, engendrent. les conflits parfois les plus douloureux. Ils sont de deux, sortes :

1* Quand, par la découverte d'abondantes mines d'or oui d'argent, comme au xvif et au' xvii* siècles, la masse des^ métaux précieux en circulation sur tout un continent vient à s'accroître brusquement!, ou quand, sur une' moindre échelle, dans une nation victorieuse, le payement, d'une* énorme indemnité de guerre y. produit' les môme» effets^ le système de tous les prix est profondément bouleversé,, et une lutte de tous les jours s'engage, sourde et tenace^, entre ceux qui ont intérêt & enrayer le mouvement ascendant des prix, parce que les prix anciens leur .sont avan-

lageux, et ceux qui ont intérêt à le favoriser. Combien ce marchandage a dû être général, prolongé et ûpre, nous en pouvons juger parce fait que, la masse des métaux précieux ayant décuplé en Europe pendant la siècle qui a suivi la découverte de l'Amérique, la moyenne des prix a seulement quintuplé.

2* Plus courtes, mais beaucoup plus violentes sont les crises financières dues à une cause précisément contraire, au déficit brusque de monnaie sur un marché. Ce sont des anomalies presque périodiques dont nous nous occuperons plus loin.

3*" A ces discordances quantitatives entre la monnaie et les besoins de rechange, entre Torgane et sa fonction, doivent s'ajouter les discordances qualitatives qui résultent de ce que Tunité ou les unités monétaires sont mal choisies, — le franc par exemple est une unité trop basse, et surtout le centime, ce qui complique continuellement et- inutilement les calculs — ou bien de ce que les pièces ont été mal frappées, mal composées.

Nous allons examiner, dans Tordre indiqué ci-dessus, les principales formes des luttes économiques que nous venons d'énumérer. Nous réservons pour un chapitre final Tensemble des conflits aigus nés de ces luttes. Nous allons d*abord étudier celles-ci en ce qu'elles ont d*habituel et pour ainsi dire de normal. Occupons-nous donc, en premier lieu, des luttes de la production avec elle-même, qui se subdivisent en : 1* luttes entre co-producleurs d'un même atelier, d'une même fabrique, c'est-à-dire entrepatrons et ouvriers; 2^ luttes entre producteurs d'un même article dans des ateliers différents, mais nationaux ; 3^ entre producteurs similaires mais internationaux; 4"* entre producteurs d'articles hétérogènes.

La première de ces subdivisions n*a d'intérêt qu'en ce qui concerne les grèves^ qui, étant un conflit des plus aigus, seront examinées plus loin. Passons donc à la deuxième subdivision.

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