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ET PSYCHO-PHYSIQUE

I. Les expériences de psycho-physiologie ont été les premières en date. On peut dire que tout ce que firent en ce sens la ph\ ;^;ologie et la pathologie nerveuse et la médecine du xix*" sièch' était immédiatement porté au compte de la psychologie, à cause de l'union étroite du nerveux et du mental : vivisections, expériences sur le cerveau, sur les organes sensoriels, études expérimentales des localisations cérébrales, des maladies du langage, des maladies nerveuses, etc., etc.

II. C'est le problème de la sensation qui a provoqué le plus d'expérimentations ; la facilité de mesurer son excitation, qui est toujours une grandeur physique, a donné une base scientifique aux expérimentations psycho physiques. De là, dans des laboratoires spéciaux et avec une instruim-ntation, des appareils et des techniques appropriés, la solution expérimentale de problèmes tels que ceux des « seuils », ou de la quantité d'excitation requise à l'apparition d'une sensation (esthésiomètre, acousimètre, olfactomètre, algésimètre, photoesthésiomètre, etc.). En outre la psycho-physique s'est étendue aux problèmes des " teni])>; » des diverses fonctions psychiques, même les plus intérieures, qui ne sont accessibles qu'à cette mesure toute extérieure : « temps de sensation », « temps de perception », « temps de réaction », « temps d'association », « temps de discrimination », etc., qui font l'objet de \im psychochronométrie », annexe de la psycho- physique.

La seconde" partie du xix® siècle a vu se constituer ainsi de multiples lal)oratoires de psycho-physiologie et de psychophysique, d'abord en Allemagne (Millier, Fechner, Wundt) puis en France, en Améri(iue, en Italie, en Eussie, etc. Par leur objet même, et malgré tout leur intérêt, leurs expérimenta-

tions se trouvent cantonnées à l'extérieur du fait de conscience Leurs résultats en font désirer d'autres, et la véritable expérimentation en psychologie ne peut être que l'expérimentation psychologique.

I 2 — Expérimentation proprement psychologique

C'est évidemment la plus difficile de toutes. On voudrait ici im « psychomètre» : il ne saurait y en avoir, à cause de l'immatérialité des phénomènes psychologiques. Toutefois, ils ne se dérobent pas complètement à notre emprise ; et dans la mesure oiion les modifie et provoque artificiellement, on peut dire qu'on les expériniente.

I. Il y a même déjà en ce sens des expérimentations empiriques. Expérimentations subjectives que chacun peut faire sur sa mémoire, sur sa volonté, sur ses diflerentes facultés ; on se connaît peur s'essayer soi-même tout auta^it que pour s'observer. Expérimentations objectives sur la volonté des autres rendues possibles par le langage, qui nous permet d'intervenir dans la conscience d'autrui, et d'y poser des antécédents pour ootenir des conséquents. Tout ce qui est conseils, menaces suogestions, ordres, etc., donne lieu dans la vie à des expérimentations pratiques, pédagogiques, politiques, sociales, etc de cet ordre ; on y utilise ce que l'on sait des individus et des groupes, pour obtenir d'eux des réactions appropriées. Subjectives ou objectives, ces expérimentations n'ont pas d'autre valeur scientifique que celle de l'empii-isme, au sens déterminé plus haut.

II. Il ne peut y avoir d'expérimentations scientifiques que celles qui portent sur des faits simples, ou simplifiés en vue de dégager des mécanismes psychologiques précis et leurs lois. En C8 sens, il faut déjà voir de véritables expérimentations psychologiques dans toute technique artificielle d'introspection et d'observation objective; l'on serait souvent bien empêché en pratique devoir où cesse l'observation pure et où commence l'expérimentation.

a) Il y a ainsi de véritables expérmientations subjectives et tntrospectives. La plus intéressante est celle qu'en ces quinze dernières années Binet, et à sa suite l'école de Wiirtzbouro- ont instaurée pour l'analyse dii-ecte de la pensée. La méthodeTdite .1' « introspection provoquée », revient à amener des sujets à accomplir un acte intellectuel donné, puis à noter immédiate-

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ment les différents événements intérieurs que cet acte détermine. Après quoi, il ne reste plus qu'à contrôler et à comi^arer les rédactions, pour en extraire des résultats positifs sur les mécanismes de l'idéation, du jugement, du raisonnement, de la volonté, etc.

^) Il y a surtout des expérimentations objectives, dont voici quelques exemples :

1. L'observation du somnambulisme est devenue une expérimentation du jour oii l'on eut à disposition le « somnambulisme provoqué >> qu'est Vhypnotisme. On trouve làl'expérimentationpsycliologi que la plus élégante. C'est qu'en effet l'hypnotisme permet la simplification maximum de la conscience, la dissociation maximum de ses phénomènes et de ses fonctions. A la lettre l'hypnotiseur, par le sommeil artificiel, fait le vide dans la conscience de l'hypnotisé, pour y introduire à volonté telle idée qui évoluera en liberté et développera ses conséquences. Il peut ainsi créer, à l'état de pm-eté presque idéale, les faits les plus instructifs, tant normaux qu'anormaux, analgésies, anestliésies, impulsions, dédoublements de personnalité, etc.

2. D'autre part, l'observation objective élargit singulièrement sa portée et ses résultats par les techniques des questionnaires et des tests. Au lieu d'attendre passivement les faits intéressants, l'observateur dirige lui-même son examen par ses interrogatoires, oraux ou écrits, pratiqués sur un et mieux encore sur différents sujets. Le « test » est une épreuve- type à la(iuolle il les soumet, et qui donne des renseignements particulièrement instructifs et généralisables. Il n'est alors que de traiter par les méthodes de la statistique les observations recueillies, de les critiquer, de les classer, de les confronter et finalement d'en dégager des « moyennes », qui seront l'éloû'e de tout autant de « lois ou de vérités statistiques ». De telles lois constituent en particulier le fonds de la pédagogie scientifique.

III. Seconde réponse à Aug. Comte — Ce que nous venons de dire des méthodes de la psychologie montre qu'elle possède, en dépit d'Aug. Comte, des instruments scientificiues appropriés à la détermination de ses faits. Elle n'a rien à envier sur ce point aux autres sciences des phénomènes humains. Elle leur emprunte leur méthode unique, l'observation objective; et elle a, en plus, l'introspection et l'expérimentation, qui, pour difficiles et délicates qu'elles soient, donnent encore des résultats scientifiques.

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