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LE CARACTÈRE

empirique n'est que l'expression d'un caractère intelligible immuable, qu'il ne fait que développer dans le monde sensible de l'espace et du temps. La volonté de vivre, qui est métaphysique en son fonds, conmie la nature, ne peut, comme elle, que demeurer identique à elle-même jusqu'à ce qu'elle s'éteigne.

Enfin le criminaliste italien Lombroso a établi une théorie du « criminel-né >% qui est celle d'un tempérament déterminant un caractère fatalement voué au crime, en dépit de tous les efforts contraires de l'éducation, de la répression sociale, et même des résistances intérieures du criminel.

II. La plasticité du caractère. — Ces différentes doctrines viennent se briser contre les faits certains de transformations du caractère. Ses éléments innés ont à se combiner avec des éléments acquis, représentés par des habitudes. Et les uns et les autres restent soumis au gouvernement de la volonté.

1. Le tempérament, déjà, se montre plus ou moins modifiable, soit par l'évolution de la vie, qui ne laisse pas d'altérer sa constitution primitive ; on n'a pas toujours dans la vieillesse exactement celui de son enfance ; soit par l'influence des maladies, surtout des maladies chroniques ; soit enfin par toute autre cause persistante, comme les changements de régime, de climat, d'hygiène, de profession, etc. Tout cela détermine des habitudes organiques (p. 93), que l'on ne saurait considérer comme inefficaces sur l'organisme, alors surtout que l'on constate si facilement leur efficacité sur l'âme. Car il est d'expérience, par exemple, que bien des maladies « changent le moral ». Il y a des psychologies du tuberculeux, de l'arthritique, du né^TOsé, de l'infirme méchant, etc., bien différentes de la psychologie première de ces individus à l'état sain. Et il y a pareillement la psychologie de l'enfance et de la vieillesse, celle des végétariens et celle des carnivores, celle des habitants des pays chauds et cède des habitants des pays froids, etc. H faut donc attribuer déjà quelque plasticité du tempérament.

2. D'autre part, le caractère lui-même offre encore une plus grande plasticité que le tempérament, les habitudes psychologiques qui le modifient étant autrement riches et élastiques que les habitudes organiques. — a) Si le naturel est fait d'instincts, il ne peut que subii- le contre-coup de l'évolution de ces instiucts. Or nous avons vu (p. 466) tout ce qu'ils doivent aux habitudes qui viennent les renforcer ou les inhiber. Il n'y a guère d'exemple d'hommes conservant intact leur naturel inné, et qui ne se le lais-

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st'Ut de façon ou d'autre modifier parla vie. Car « rien ne forme comme la vie » ; c'est elle qui tinalomeut fixe à chaque instinct la limite de ses possibilités, et réduit ses prétentions à une juste, mesure. — &) D'autre part, toutes les acquisitions de l'intolligence viennent influencer le jeu naturel du caraclère. Toute idée est efficace, et les idées mènent les hommes à légal des instincts. Deux hommes à naturel e1 à intelligence semblables auront des caractères différents s'ils ont des principes et des préjugés dilïérents. Il sera toujours essentiel de savoir de quel stock d'idéea morales, religieuses, politiques, économiques, etc:., un homme est nanti pour prévoir ses réactions, c'est-à-dire pour pénétrer son caractère. — c) Enfin, il s'en faut bien que nos méthodes de décision soient fixées une fois pom- toutes, et que la volonté soit immuable. Bien de moins scientifique, en vérité, que les dogmes de la fatalité du tempérament et du caractère. Leurs déterminismes physiologique et psychologique seraient absolus si rien ne venait les contredire, s'ils n'étaient pas soumis à la liberté et à son self-control. Mais précisément ce contrôle est un fait. Il nous fait les maîtres de nos méthodes d'agir, et finalement de notre caractère même. C'est pourquoi l'on nous en tient toujours comme responsables, ainsi que de nos actions. Il n'y a pas plus de criminel-né que d'honnête homme-né, encore que l'on naisse avec des prédispositions inégales au crime et à la vertu. Chacun reste plus ou moins l'artisan de sa vie et de sa personnalité. C'est ce dont conviennent des déterministes aussi convaincus que Leibnitz et Stuart Mill.

m. Les facteurs de révolution du caractère. — Pratiquement l'on peut ramener cette évolution au jeu de différents facteurs. — 1. Les facteurs physiologiques de l'âge, de la croissance, du régime, du climat, des exercices corporels, des maladies, etc. — 2. Les facteurs 'psychologiques des habitudes individuelles, de l'usage ou du non-usage des instincts, delà réflexion qui les modère, de l'expérience enfin, souveraine maîtresse de la vie. — 3. Les facteurs sociaux, qui sontpanni les plus efficaces, avec tout ce qu'ils comportent d'habitudes sociales. Tout ce que nous avons dit du jeu de l'imitation dans la société trouve ici sa i)lace (p. 1731 On est toujours forcément par quelque côté l'homme de son temps, de son pays, de sa petite ville, de sa famille, de son milieu, de son métier, etc. Un français du xviit® siècle ne pouvait avoir le caractère «l'un français du XVll« ou du xix*-' siècle.

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Il y a donc de la marge poui' toute éducation, en particulier poiu? l'éducation de la volonté. On peut plus ou moins transformer le caractère des hommes ; et ils peuvent plus ou moins se le transformer eux-mêmes. 'Non seulement on peut apprendre à canaliser vers le bien des forces originellement susceptibles d'évoluer également vers le mal ; mais l'on peut aussi arriver à augmenter et à diminuer ces forces mêmes, à briser des énergies et à en créer. L'insLinct si puissant de l'iionnem", par exemple, n'a rien d'inné ; et la civilisation nous apprend tous les jom's à réfréner définitivement des instincts de férocité et de cruauté qui ne sont que trop naturels. Tout éducateur est certainement plus ou moins responsable du caractère de ses élèves. On a justement reproché à Fénelon d'avoir dévirilisé celui du duc de Bourgogne. Et l'on a tout aussi- justement fait un mérite à l'Eglise d'avoir humanisé celui des Barbares.

I 3. — Classification des caractères

1. Le problème. — 1. Si individuel que soit le caractère d'un homme, il ne laisse pas de ressembler au caractère d'autres hommes. On peut donc distribuer les caractères par familles, sinon par espèces. Le sens commun déjà s'exerce à le Taire, et à ranger les gens par "catégories, généralement établies selon des passions prédominantes. C'est ainsi qu'il distingue les avares, les ambitieux, les hypocrites, les savants, etc. Chacun de ces caractères a ses manifestations stéréotypées, ses gestes, ses façons de parler et de se taire, de se comporter et d'agir, ses mœurs, ses idées, ses principes, etc. D'où les <i comédies de caractère », les « romans de caractère », et enfin la branche de la littérature illustrée par Théophraste et La Bruyère.

2. Le problème scientifique serait d'arriver à des détei'minations précises, fondées sur des diagnostics certains, et enfin sur une classification bien établie. Ce problème n'est pas encore résulu, et offre de grandes difficultés.

a] D'abord en ce qui concerne le diagnostic des caractères. Celui des tempéraments est déjà incertain, comme nous l'avons vu. Leur morphologie varie trop au gré des théoriciens, et plus encore au gré de ceux qui appliquent leurs doctrines. C'est ce qui a fait sombrer, en particulier, les doctrines lombrosiennes de la morphologie des criminels. Mais le diagnostic du caractère lui-même est plus difficile encore que celui des tempéraments. Sans doute il est relativement aisé dans les cas de passions uniques; mais il l'est moins lorsqu'il s'agit, comme c'est le cas normal, du mélange complexe d'instincts, d'habitudes et de passions, qu'une passion dominante ne suffit pas à effacer. La physiognomonie, la graphologie, la mimique, etc., si souvent consultées, n'offrent que rarement des renseignements concordants et sûrs. Ces arts divinatoires ne sauraient dispenser de l'analyse psychologique des états de conscience. Or celle-ci est infinie.

6) A son tour la classification des caractères présuppose la détermina-

tion pi-i'-alable de critériums certains d'espèces authentiques. Fant-il demander ces critériums, aeec le sens commun, aux passions prédominantes ? ou, avec Ribut, au dosage des facultés ? ou, avec Hôffding, à la triple opposition de plaisir et dedouleur, de force et de faiblesse, de rapidité et de lenteur, qui caractérise l'exercice des instincts? ou avec d'antres, enfln, à d'autres principes? Autant de critériums, en effet, autant de classifications diverses. La charactérologie n'est pas encore à la veille d'être constituée.

11. Un type de solution. — 'Voici, à titre d'indication, la classiGcalion que propose M. .Malaperl. 11 divise les caractères en ;

I. Apathiques, à sensibilité nulle. — I. Apathiquei> purs, sans intelligence ni activité. — 2. Apathiques intelligents, surtout assimilateurs. — 3. Apathiques actifs, lents et calmes (Louis XI).

II. Affectifs a sensibilité vive — 1. Sensitifs, très aptes à jouir et à souffrir : a) sensitifs passifs, très déprimables; b] sensitifs vifs, mobiles et hédonistes (Diderot). — 2. Emotifs: a] Emotifs mélancoliques (Amiel) ; h) Emotif,< impulsifs et irritables [L-J . Rousseau, .^iusset). — 3. Passionnés, s'emportant dans un sens déûni (Napoléon, Danton).

III. Intellectuels. — 1. Intellectuels affectifs, qui jouent avec les idées (Montaigne). — è. Intellectuels spéculatifs (Kant, Guvier).

IV. Actifs. — 1. Actifs médiocres, agissant pour agir (sportsmen). — 2. Actifs agités. — 3. Grands actifs, intelligents et sans scrupules (César).

V. Tempérés. — 1. Equilibrés amorphes et médiocres. — 2. Equilibrés supérieurs (Goethe).

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