LE CARACTERE
n. Le caractère. — Il est plus facilement accessible à l'expérience que le tempérament. Car la vie nous oblige à constater que nous sommes tous inégalement égoïstes ou altruistes, vifs ou lents dans nos réactions, que nos goûts et nos humeurs nous diiïérencient, etc., bref, que nous avons tous un caractère personnel. Pratiquement, les caractères se définissent assez bien par le dosage individuel des trois facultés. Il y a donc lieu d'étabdr pour chacun de nous des coefficients de sensibilité, d'intelligence et de volonté.
1. De sensibilité. — C'est ici l'élément principal du caractère, celui qui constitue « le naturel », Car rien n'individualise comme la sensibilité, et rien ne nous intéresse plus qu'elle dans nos relations. Le cœur nous importe plus que l'esprit dans la vie, et c'est surtout d'après lui que nous apprécions les gens. Leur naturel est fait du dosage de leurs inclinations et de leurs passions, autrement dit de leurs instincts, et du tjrpe d'émotivité qu'il leur vaut. Chacun sent plus ou moins profondement, et sent d'après des besoins et des intérêts personnels, qui révèlent son fonds le plus incommunicable et le plus invariable. D'où la personnalité des goûts, des humeurs, des désirs, des impulsions, etc., qui mettent une si grande diversité parmi les hommes, tous de même nature et tous de naturels différents.
2. DHntelligence. — Deux individus de naturels semblables et d'intelligences diverses auront des caractères différents. H y a lieu de faire intervenir ici ce que nous avons dit des types d'imagination et de sensation (p. 221), et plus encore des types de pensée ou d'intelligence proprement dite. Xon seulement nous sommes plus ou moins intelligents, mais nous sommes diversement intelligents, selon que prédominent en nous des méthodes de pensée abstraite ou de pensée concrète, de logique ou de fantaisie, selon que la raison obtient ou n'obtieit pas le primat sur nos activités intérieures. Etc.
3. De volonté. — La volonté varie étonnamment d'individus à indi\idus, soit quant à sa puissance, soit surtout quant à ses méthodes de décision. Tel abandonne sa vie à la spontanéité des instincts ; tel la soumet au contrôle perpétuel de sa raison. Il y a des impulsifs ; il y a des abouliques et des indécis ; et il y a des volontaires, des « caractères décidés ». Celui-ci est passif, et abandonne son action à la direction d'autrui ; celui-là est actif, se détermine par lui-même, et possède assez de volonté pour vouloir aux Ueu et place des autres. On naît avec des aptitudes inégales à obéir et à commander. Etc.
DÎÎS COURS OR l'SYCHOI.OGII':
m. L hérédité. — >'i le toinpi'ramoiit ni le caractère ne se peuvent comprendre sans la double hérédité physiologique et psychologie |ue. Hérédité lointaine de la race : ni pour le corps ni pour l'esprit il n'est indifférent de naître français ou chinois. Hérédité immédiate de î« jamille, qui lègue à ses membres, selon des lois que l'on commence à peine à déterminer, une constitution physique semblable, des maladies spéciales, etc., et une constitution psychologique semblable, avec des aptitudes communes, et des caractères frappés au même coin. Toutes les études sur l'atavisme, sur les conséquences physiques et morales de l'alcoolisme, sur la création de types sociaux par les mariages, sur les hérédités directes, indirectes et croisées, etc., fournissent des éléments nécessaiies à la définition du caractère individuel.
I 2. EVOMJTION I>U CARACTÈRE
Nous n'avons déterminé jusqu'ici que le tempérament et le caractère primitifs et innés. La question se pose de savoir s'ils demem-ent invariables à travers la vie, ou s'ils se modifient par le jeu de lois natiurelles, et si enfin l'on peut espérer les transformer par l'éducation, tant celle que l'on reçoit que celle que l'on se donne.
I. Théories de limmutabilité du caractère. . — DIa ers penseurs ont professé rimmutabilité du tempérament et du caractère. On peut dire (ju'ils cint été devancés en cela i)ar le sens commun. Bien de plus ordinaire que d'entendi'e dire : « il est comme cela, vous ne le changerez pas » ; ou encore : « prenezmoi comme je suis, je ne puis être différent ». Cet empirisme a trouvé ses théoriciens chez les x)]iysiologistes. chez les philosophes et chez les criminalistes.
Selon Bicl)at, «le temiiéramcnt physique et le caratlcrc iiiora lie sont pus susceptibles de cliauger par réducation. l^^llc peut modérer l'influence du second, rendi'e l'empire du jugement et du raisonnemcmt supérieur au sien. Mais vouloir par eUe le «lénaturer, adoucir ou exalter les passions dont il est l'expression habituelle, agranilir ou resserrer h'ur sphère, c'est une entreprise analogue à cède d'un médecin qui essayerait d'élever ou d'abaisser de (|uelques degrés, et pour toute la vie, la force de contraclion ordinaire au cœur dans l'état de santé ».
De même, mais cette fois pour des raisons pljilosop]ii(|ues, ychopenhauer, à la isuito do Kant, considère que notre caractère