‹ Psychologie musicaleChapitre 18 sur 38 · Bûhnemveihfestspielhcius · texte numérisé non relu

Bûhnemveihfestspielhcius

qu'à présent exécutée et peut-être exécutable, impliquent une idée religieuse. Le théâtre Wagner est une église, et quand, sur le balcon, avant la représentation, les trompettes sonnent, il semble que les lévites d'un art nouveau appellent les fidèles à la prière ; on attend presque les cloches. Parsifal s'écoute comme Toffice ; les femmes pleurent comme au sermon, et des hommes même, après le spectacle, ont affirmé qu'ils se sentaient meilleurs et pardonnaient à leurs ennemis. Il y a là, comme en tout ce qui touche Wagner, le plus charlatan des grands artistes, selon la définition complète de M. Cherbuliez, quelque peu d'afFectation et d'exaltation aussi. A Bayreuth seulement on joue Parsifal; un jour peut-être on n'y jouera plus autre chose et il s'y fera des miracles.

Autant que religieux, Parsifal est philosophique, et l'exégèse wagnérienne peut ici se donner carrière. Sans tomber dans la métaphysique allemande, il est juste d'admirer avant la beauté musicale, ou avec elle, car les deux se confondent, la beauté morale de l'œuvre. Deux vertus, deux ailes de l'âme, la soutiennent : la pureté et la pitié. Par la pitié surtout, Parsifal nous touche, par la pitié « la plus jeune des vertus, plante délicate qui ne fleurit qu'au soleil

d'une civilisation avancée*. » Enfants d'un siècle douloureux, après avoir trop longtemps pleuré sur nous-mêmes, nous commençons à pleurer sur les autres, et des larmes moins stériles. Dans ces dernières années un grand courant de sympathie et de charité a traversé les âmes. 11 est venu du Nord : d'Angleterfe et surtout de Russie. Des hommes comme Tolstoï ou Dostoïewsky, ont exalté, glorifié la souffrance. Ils l'ont proclamée belle et sainte par elle-même ; ils en ont fondé la religion, dont ils se sont faits les prêtres; ils ont courbé leurs genoux et les nôtres, devant l'infortune de l'humanité. La suprématie du simple et du souffrant, dogme fondamental de la littérature russe contemporaine, ne se retrouvet-elle pas dans Parsifal^ cette histoire d'un malheureux sauvé par un innocent ? Aussi bien, pour rencontrer de semblables doctrines, Wagner n'avait pas besoin de passer la frontière. Déjà son compatriote Schopenhauer, que tout le monde cite et que peu de gens ont lu, avait fait de la pitié la base du monde moral ; Wagner en fit la base du monde esthétique. On aperçoit d'ici le champ ouvert par un tel rapprochement à la psychologie de l'art telle que l'entendent ou

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