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CHAPITRE III

L'oAinour dans la oAlusique.

Des études chronologiques comme celles-ci montrent les dangers du dogmatisme et la fragilité des systèmes préconçus. Elles font voir aussi dans l'histoire de l'art, surtout dans l'histoire d'un sentiment dans l'art, la difficulté de trouver un fil conducteur qui jamais ne se rompe ou ne se dérobe, qui relie sans détours et sans erreurs les époques et les écoles. De l'amour surtout, le plus ancien, mais le plus changeant de nos sentiments, il est impossible de ramener les variations à une loi constante, à un progrès régulier. A peine se risquerait-on à dire que les anciens compositeurs voyaient et montraient de l'amour surtout l'élément sentimental, tandis que les modernes en ont montré plus souvent l'élément sensuel. Il sutfit, pour apercevoir cette

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transformation générale, de rappeler des noms que ne séparent pas seulement les années : Gluck et Gounod, par exemple.

Et encore cette vue d'ensemble n'est pas sans comporter des nuances, et peut-être plus que des nuances : des exceptions. On n'en saurait déduire de règle absolue. Fidelio^ par exemple, est beaucoup plus sévère que certaines œuvres antérieures : les Noces de Figaro ou Don Juan. D'autre part, dans l'œuvre d'un même maître, il faut parfois distinguer, et l'amour à''Armide ne ressemble pas plus à celui à' Aie este on à'' Orphée., que Pamour de V Africaine ne ressemble à celui des Huguenots. Mais, la tendance de la musique d'amour vers la sensualité, vers l'émotion physique, ne pouvant être contestée, il est bon de garder au moins cette idée générale comme une ligne de faîte, dont la courbe, inégale sans doute, domine cependant l'horizon.

Music is the food of love., la musique est l'aliment de l'amour, a dit Shakspeare. « Langue que pour l'amour inventa le génie, » a dit Musset. Avec moins de poésie et plus d'esprit, Berlioz a remarqué que, si l'amour ne pouvait donner aucune idée de la musique, la musique, au contraire, pouvait donner une certaine idée de l'amour. Oui, sans doute, une idée de l'amour, et

même des idées d'amour ; elle exprime l'amour, et l'inspire.

Il n'est pas étonnant que l'amour tienne dans la musique plus de place que dans les autres arts. La musique est le plus sentimental des arts ; or, de tous les sentiments, le premier, à l'ancienneté comme au choix, c'est l'amour. De plus, les sons produisent sur les nerfs un effet spécial que ne produisent ni les formes ni les couleurs, de sorte que la musique est à la fois conseillère et interprète d'amour.

Mais, si l'amour tient dans la musique une grande place, la première peut-être, il n'y tient pas toute la place. Il y a des œuvres, des chefsd'œuvre, où manque l'amour, où du moins il ne joue qu'un rôle secondaire : le Freischïit^^ Guillaume Tell, le Prophète. Ces œuvres sont des exceptions, je le sais, et le répertoire de la musique lyrique ou dramatique est en somme un répertoire d'amour. On risquerait de s'y perdre, si l'on ne se contentait d'y fixer seulement quelques points de repère. Ainsi ferons-nous, et dans le cours de cette étude nous ne nous arrêterons que sur les sommets.

i5o l'amour

Si l'on veut trouver en musique les premiers accents d'amour, on peut ouvrir un recueil de vieux airs italiens : Arie antiche, réunis par les soins de M. Parisotti i. Tous chants d'amour, et presque tous chastes et douloureux. La musique était trop jeune aux xvn" et xvni" siècles pour produire des œuvres sensuelles comme Faust, ou frénétiques comme Tristan et Yseult. Le domaine de rame, et celui-là seulement, était alors le domaine de l'art. Dans ces vieux airs, aussi peu de recherche que de sensualité ; de nobles mélodies et des harmonies fortes, voilà tout. Mais partout la tristesse, partoutles peines sans les joies de l'amour. Sous le ciel heureux d'Italie, toujours la mélancolie, parfois le désespoir. Dans ce recueil, on trouverait tout au plus un sourire, l'aimable arietta de Lotti: Pur dicesti, o bocca,boccabellal à peine une page joyeuse, un air de Carissimi : Vittoria ! Vittoria ! Encore n'est-ce là que le

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