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faculté qu'ils possèdent de se rapprocher de l'âme de l'homme et d'en devenir un organe aussi direct, aussi intime, aussi personnel que possible. « Qu'est-ce que le timbre d'un instrument, sinon une correspondance merveilleuse, j'ajouterai ne'cessaire et jamais impunément méconnue, entre la qualité du son qu'il émet et la qualité du sentiment qu'il éveille ? Sur ce point le Traité d^instrumentation de Berlioz est fécond en enseignements. Mêmes rapports entre les mouvements de la musique et les mouvements de l'âme; vive, la musique exprime communément la joie; lente, la tristesse. Enfin l'intensité du son, elle aussi, croît ou décroît avec l'intensité du sentiment, et cela encore est naturel, le son n'étant que la vie de la matière qui vibre, et cette vie étant plus ou moins active, selon que les vibrations se succèdent avec plus ou moins de rapidité.
Les voilà, les grandes lignes d'une psychologie instrumentale ; en voilà les principes élémentaires. Il ne s'agit point ici de les développer, mais peut-être nous aura-t-il suffi de les énoncer pour ébranler cette affirmation, que la musique, fût-ce la musique instrumentale, n'exprime pas de sentiments. A plus forte raison nous excusera-t-on d'avoir cherché dans la musique lyrique ou dramatique, la traduction de quatre senti-
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ments qui sont parmi les plus simples, les plus géne'raux, et, qu'on nous passe le mot, les plus musicables de Thumanité. Si ennemi qu'il fût de l'expression parla musique, voici ce qu'e'crivait Victor de Laprade; voici comment il se repre'sentait « un grand musicien, une àme haute, passionnée, religieuse, un artiste qui tire ses inspirations du fond de ses entrailles, comme Beethoven, et non pas de sa mobile fantaisie et des mobiles apparitions qui traversent le monde exte'rieur «. Interrogez un tel artiste, dit de Laprade, « sur l'état de son cœur, sur la direction de son esprit qu'il a cherché à peindre ; ses réponses, voulût-il les compliquer de philosophie et de subtile analyse, se résumeront toujours dans un de ces deux mots: tristesse ou joie. Ajoutons un troisième terme qui n'est guère qu'une combinaison des deux premiers: exaltation, fureur sacrée, ivresse delà colère qui appelle la bataille, ivresse de la colère qui appelle la volupté, ivresse plus haute et plus calme qui emporte l'âme vers quelque chose d'innomé. Cet innomé sera l'infini, sera Dieu, si vous le voulez. »
Nous n'en demandons pas, ou presque pas davantage. A ces trois ivresses, ou plutôt, pour employer des mots plus calmes, à ces trois sentiments, ajoutons en un quatrième : le sen-