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autres: la joie et la douleur. Ces deux e'tats de rame, la musique les exprime à n'en pas douter; elle les exprime à tous les degre's, et cela suffit à lui assurer un domaine psychologique conside'rable, et pour ainsi dire, illimité.
En dépit de M. Hanslick, ce pouvoir de traduire les sentiments et de représenter l'àme, cette humanité des sons, la musique instrumentale elle-même la possède. Uécole Hanslick n'a pas seulement trop séparé l'esthétique de la psychologie; elle a encore eu le tort de scinder la musique en deux, et de prétendre opposer la musique instrumentale à la musique chantée. En réalité la musique est une en deux personnes; M. Lévéquel'a très bien vu, et il a clairement démontré que la musique symphoniqueetlamusiquevocale,loinde différer par la nature, ne diffèrent que par le degré, et justement par le degré de l'expression dont chacune est capable. Quant à la faculté même d'exprimer, je dirais presque : quant au droit à l'expression, il est acquis, ou plutôt naturel et essentiel à toute musique.
D'abord à la musique vocale, qui sans doute a été la musique primitive, et dont la musique instrumentale n'est qu'une conséquence et une imitation. Oui, une imitation, et surles relations et les ressemblances de l'une et de l'autre, c'est M.
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Lévêque encore qu'il conviendrait de consulter. Avant tout on ne s'est pas assez demande' quelle part doit être attribue'e dans la musique, à la nature. Trop de gens s'en vont répétant que cette part est nulle, et qu'avec la nature, la musique, pas plus que l'architecture, n'a rien de commun. Cela est faux. La musique emprunte beaucoup à la nature, et par ce mot, cela va sans dire, je n'entend pas seulement la nature extérieure, cosmique, mais aussi et surtout la nature humaine : nos pensées, nos sentiments et nos passions. « Toute musique est vocale à l'origine » a dit Herbert Spencer ; or le phénomène vocal n'est que la manifestation par une excitation musculaire, d'une excitation mentale. « Les variations de la voix, ajoute l'esthéticien anglais, sont les effets physiologiques des variations dans les sentiments. . . chaque inflexion, chaque modulation est la conséquence naturelle de l'émotion ou de la sensation du moment, et enfin la raison du pouvoir expressif, si varié, de la voix, doit se trouver dans ce rapport général qui est entre les excitations musculaires et les excitations mentales. » Rien de plus juste, n'est-ce pas, ni de plus certain. Eh bien 1 il s'agit simplement d'admettre que la musique instrumentale elle aussi, dans une mesure moindre, mais réelle en-
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core,est en correspondance avec notre sensibilité, nos passions, notre âme enfin. Or, c'est ce que M. Le'vêque a montre' finement en plus d'une étude ingénieuse et neuve sur Testhétique comparée de Torchestre et de la voix. Il en est arrivé à constituer par là toute une psychologie, exacte et subtile, des instruments, des rythmes, des timbres, des mouvements et des intonations, à saisir des rapports cachés, mais réels, entre les variations non plus de la voix humaine, mais des voix instrumentales, et les variations de nos sentiments. De ces rapports, il donne des exemples faciles et frappants. Il constate que les instruments sont des voix plus ou moins parfaites, de même que la voix est le plus parfait des instruments. Il nous rappelle que les instruments « chantent « et que la hiérarchie s'établit entre eux suivant qu'ils ont plus ou moins d'aptitude à chanter. De tous les éléments, ou individus, qui composent l'orchestre, les plus élevés en dignité ne sont autres que ceux qui chantent le mieux. Le premier violon dans la symphonie ou le quatuor, n'est supérieur au second que parce qu'il est chargé du chant ; par là encore le violoncelle est au-dessus de la contrebasse. Enfin, pour résumer la pensée de M. Lévêque en citant ses propres paroles, la valeur musicale des instruments se mesure « à la