Psychologie naturelle
L’homme, né dans une ignorance complète des vérirités scientifiques, doit les conquérir par l’étude attentive de la nature.
Ses premières interprétations des phénomènes naturels, inspirées par ses éléments instinctifs, au lieu de provenir de l’étude des faits, ont dû, le plus souvent, se trouver erronées. Après ce premier travail fictif, l’homme édifie peu à peu la science réelle par l’observation et le raisonnement. Si quelques vérités scientifiqueslui sont déjà parvenues, celles qui lui restent à découvrir sont innombrables.
Telle n'est point cependant la manière de voir qui a cours dans le monde. Au lieu de reconnaître son ignorance, on prétend posséder la science universelle; et lorsque des vérités obtenues par la méthode scientifique viennent dissiper les illusions dont on s’est bercé, on est surpris de ce que la réalité diffère totalement des idées en lesquelles on a mis si longtemps sa confiance. Quelle vérité fut plus opposée aux idées adoptées de longue date,
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et par cela fut plus choquante, que celle du système solaire découvert par Copernic, système si puissamment affirmé par Galilée, ce grand génie qui ne prit pour guide dans ses travaux que l’étude de la nature, laissant de côté les doctrines péripatéticiennes purement imaginaires, considérées à son époque comme représentant la vérité absolue? Ne perdons jamais de vue cet enseignement.
Quand les vérités nouvelles contrarient les idées fausses auxquelles on est attaché par l'habitude, il arrive le plus souvent qu'au lieu d’étudier et de discuter sérieusement ces vérités par la méthode qui les a établies, on les repousse sans examen, ou bien on les combat avec des épithètes imméritées , ce qui est plus facile que de les réfuter ; ou encore 5 on leur attribue un sens qu’elles n’ont point, afin de mieux les déprécier dans l’opinion publique. Cependant, quelques esprits plus philosophiques examinent consciencieusement les principes émis ; peu à peu, la lumière cesse d’offusquer les regards, on s’habitue à sa clarté, et les vérités nouvelles qui paraissaient blessantes, dangereuses même, finissent par être universellement adoptées; car le vrai remporte tôt un tard la victoire, et alors, surpris de sa simplicité, frappé de son évidence, on se demande comment il se fait qu’on ne l’ait pas connu plus tôt.
Cet ouvrage, entièrement basé sur l’étude de la nature, appelle une critique sérieuse , scientifique. Ma confiance en lui est d’autant plus grande qu’elle ne s’est établie que lentement et sur des preuves accumulées. Combien de fois ne me suis-je pas arrêté interdit devant les nouvelles données psychologiques qu’imposaient à mon esprit les faits et leurs conséquences ! Je cherchais alors des objections, je désirais même, dans l’appréhension que me causait la nouveauté de ces données , trouver des arguments capables de ruiner les premières assises sur lesquelles elles s’appuyaient. Mais non, l’inflexible logique
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me prouvait de plus en plus leur solidité, et devant la vérité patente j’ai dû abandonner l’erreur partout où elle m’a été démontrée.
Oue le lecteur ne se hâte point de porter son jugement sur les principes psychologiques nouveaux contenus dans le tome ier. Ces principes, déduits en partie de la clinique morale renfermée dans les deux derniers volumes, ne peuvent être jugés avec une complète connaissance de cause qu 'après la lecture de l’ouvrage entier. A la suite de cette lecture, il reverra avec plus de fruit les principes psychologiques exposés dans les chapitres ni, iv, v, vi et vii du premier volume. Les conséquences avantageuses au point de vue pratique qui découlent de ces principes, conséquences sanctionnées par l’expérience, me sont un sur garant que ces principes ne sauraient être erronés. et me fait espérer que ce travail fixera l’attention îles esprits progressistes.