Chapitre VII. — Du libre arbitre . ou liberté morale
Article Ier. — Ce que c’est que le- libre arbitre 327
Le principe du libre arbitre a sa source dans la faculté de se déterminer, de décider, de vouloir. — Toute volonté n'érnane pas cependant du libre arbitre. — Dans les cas suivants: 1° lorsque les désirs et les motifs ne sont point combattus par des désirs, par des motifs opposés; 2° lorsque les désirs, les motifs qui se font opposition, n’intéressent point le bien et le mal, et par conséquent la conscience morale; 3° lorsque les désirs, les motifs qui se font opposition, intéressant le bien et le mal, le désir qui porte au bien est plus grand que celui qui porte au mal ; dans ces trois cas, dis-je, ce n’est point par le libre arbitre que l’homme décide, veut; c’est par son désir unique, ou par son désir le plus grand. — Les décisions opérées par les désirs, dans ces trois circonstances où le sentiment du devoir, où l’obligation morale, n’a pas lieu d’intervenir, sont tout à fait dans la nature des choses, l'homme n’ayant alors aucun motif d'agir autrement que selon ses désirs. Dans ces cas, les décisions étant
3ÜÜ
fixées invariablement par les désirs les plus grands que l’homme éprouve, désirs qu’il ne se donne pas, mais qu’il subit, ne sont réellement point libres. — Lorsque le désir qui porte au mal a plus de puissance que celui qui porte au bien , c’est par le libre arbitre que l’homme choisit et décide le parti qu’il prend; car alors il a des motifs pour choisir l’un ou l’autre parti et pour ne plus se décider invariablement par son désir le plus puissant.
Il peut choisir le mal , parce qu’il le désire le plus, et il peut choisir le bien , parce qu’il sent le devoir de le choisir. — Le libre arbitre, n’étant appelé à décider que dans le cas où intervient le sentiment du devoir moral, ne réside donc que dans la liberté morale , et non dans les autres libertés, qui sont Seulement la faculté de faire ce qu'on désire, lorsqu’on n’en est pas empêché par autrui; liberté possédée par les enfants, par les aliénés et même par les animaux.
Article II. — Conditions nécessaires à l’existence du libre arbitre.
ou liberté morale 34G
Première condition. La présent» du sens moral dans l’esprit. . . 34G
Les connaissances morales possédées intellectuellement, et retenues par la mémoire seule, ne remplacent pas les connaissances morales données par le sens moral. — Les sentiments moraux qui n'inspirent aucune idée d’obligation morale et qui ne portent à agir que par l'attrait d'une satisfaction, ne remplacent pas non plus le sens moral comme condition de l’existence du libre arbitre. — Le sens moral étant, par le sentiment du devoir qui lui est inhérent, l'élément essentiel à l’existence du libre arbitre, le libre arbitre est toujours en rapport avec le sens moral; de là, le libre arbitre relatif, le libre arbitre partiel, le libre arbitre temporaire.
Deuxième condition nécessaire à l'existence du libre arbitre. L'iu-
terventiou de la faculté réüective 3G'^
La faculté réflective n’cst une condition à l'existence du libre arbitre que dans une circonstance déterminée. — La faculté réflective n’est point un élément du libre arbitre : 1° lorsqu'elle crée des motifs en faveur des divers désirs éprouvés ; 2° lorsqu'elle recherche, en cas de doute, le désir dont l'accomplissement doit donner le plus de satisfaction; 3° lorsqu’elle combine les moyens de favoriser l’accomplissement des désirs. — Ces trois sortes d'actes réftectifs sont les seuls qui ont lieu lorsque le sentiment du devoir moral n’est pas présent dans l’esprit pendant une préméditation. — La faculté réflective est un élément du libre arbitre, seulement lorsqu'elle produit une délibération entre deux motifs que l'homme peut également choisir, ce qui n’a lieu que lorsque l'homme éprouve en même temps un bon et un mauvais désir, et que le désir pervers a plus de puissance que le désir moral. — Toute préméditation n'est donc pas une preuve de l’intervention du libre arbitre dans une décision.
Article III — Conditions nécessaire» à l'exercice du libre arbitre. 370
L’homme libre moralement pouvant vouloir, soit par ses désirs soit parsonlibre arbitre, il y a des conditions pour qu’il veuille par ce dernier pouvoir. Ces conditions sont au nombre de deux :
1° il faut que l'homme ayant à choisir entre le bien et le mal, le désir qui le porte au mal soit plus grand que celui qui le porte au bien; 2° il faut que les partis entre lesquels l’homme a à choisir représentent ses propresdésirs; ou bien, s’ils lui sont imposés par les circonstances, il ne faut pas qu’un des partis lui répugne invinciblement. — Définition du libre arbitre.
Article IV. — De lu volouté 37G
Le mot volonté est appliqué à deux pouvoirs actifs différents :
1° au pouvoir actif des désirs que font naître les éléments instinctifs, pouvoir qui réside dans la demande de satisfaction de ces désirs; 2° au pouvoir actif du libre arbitre. — La première volonté n'a rien de libre, puisqu’elle dépend des désirs qu’inspirent les sentiments, les passions, les besoins, et du degré de puissance de ces désirs. — La seconde volonté seule est libre. —
Les diverses propositions que nous venons d'émettre à l’occasion du libre arbitre n’ont rien qui puisse les faire accuser de fatalisme.
Article V. — Des motif» des déterminations 383
L’homme n'agit que lorsqu’il est engagé à agir par des motifs, des mobiles, des désirs. — Agir par indifférence n'est pas dans sa nature.
Article VI. — Des impossibilités morales ou instinctives 386
11 n’est pas possible à l’homme de faire ce qui répugne invinciblement à ses sentiments. — Les impossibilités varient selon la nature instinctive d’un chacun. — Elles ne détruisent pas le libre arbitre, elles limitent seulement le champ de son exercice.
Article VII — Des nécessités morales ou instinctives 391
L’homme n’agit par nécessité que lorsque, étant obligé de se décider entre plusieurs partis, non présentés par ses propresdésirs, mais imposés par autrui ou par les circonstances, un de ces partis répugne invinciblement à ses sentiments. Il se décide alors par nécessité à prendre l'autre parti.
Article VIII. — De l’irrésistibilité dans la question du libre arbitre. 397
Article IX. — De l’hérédité des éléments instinctifs dans la question du libre arbitre 398
La question de l’hérédité des éléments instinctifs n’intéresse pas directement la question du libre arbitre. — L’hérédité est un des deux moyens par lesquels les lois naturelles nous dotent de nos facultés.
Article X. — De la constance dans la répétition de certains actes,
constance aflirmée par la statistique. — Explication de cette
constance 401
Puisqu’il est démontré que l’homme veut, décide la plupart de ses actes par ses désirs, la constance avec laquelle les actes, voulus par ces désirs, se reproduisent, devient explicable ; les éléments instinctifs d’où naissent les désirs, les circonstances qui les excitent, et celles qui rendent possible leur accomplissement, dépendant des lois naturelles et non du libre arbitre.
Article XI. — Solution ratiounelle d une objection sérieuse qui a été faite contre l’existence du libre arbitre, objection tirée de la
prescience de Dieu 411
La prescience de Dieu doit être limitée aux actes de l'homme voulus par les désirs. — L’intervention d’un pouvoir surnaturel dans les actes de l'homme , si elle avait lieu, empêcherait l’exercice du libre arbitre de celui-ci, et enlèverait tout mérite à ses actes. — Des personnages dits : providentiels et supposés dirigés directement par Dieu.
Article XII. — Du mérite des actions 42 0
Le mérite d’une action ne réside ni dans la beauté, ni dans la bonté de cette action; il réside tout entier dans la vertu, c’està-dire dans l'efTort qu’il a fallu faire pour vaincre les mauvais penchants qui détournaient d’accomplir cette action.
Article XIII. — Du mal moral 4‘23
Récapitulation des matières précédentes. — Aperçu général sur la constitution psychique de l'homme 425
(’.hacithe VIII. — Considérations sur les fonctionsdu Système nerveux. 432 Article Ier. — Fonctions du système nerveux 432
La matière organisée et même la matière inorganique produisent, par leur obéissance aux lois naturelles, des actes intelligents. — Importance du système nerveux, chargé par les lois naturelles de présider à la manifestation de toutes les activités de l’esprit et du corps. C'est dans l’unité de ce système que se trouve l'unité de l'homme avec ses pouvoirs psychiques, automatiques et organiques.— Fonctions de la substance blanche et de la substance grise du système nerveux.
Fonctions du grand syinputhiquo se rattachant aux phénomènes
psychiques 438
Les divers phénomènes des émotions sont principalement sous la dépendance du grand sympathique.— Les organes dont les fonctions dépendent du grand sympathique sont ceux sur lesquels les affections morales ont le plus d'influence. — Les maladies de ces organes sont celles qui ont le plus d’intluencesurle moral.
Fonctions des hémisphères cérébraux 442
La fonction attribuée aux hémisphères cérébraux de manifester le moi, l’esprit, est un fait incontestable. — La substance grise ou celluleuse des hémisphères cérébraux est la seule active dans les manifestations psychiques ; la substance blanche ne joue dans cette manifestation qu’un rôle secondaire. — Quoique la substance grise des hémisphères soit celle qui préside aux manifestations des facultés de l’esprit, il existe de nombreux motifs pour qu'il n’y ait pas un rapport exact entre la quantité de facultés intellectuelles manifestées et le développement de la substance grise.
— Énumération de ces motifs. — Explication de certains faits qui pourraient jeter quelque doute sur la réalité de la fonction que possède le cerveau de manifester l’esprit et ses facultés. — Fonctions organiques des hémisphères cérébraux. — Le volume du cerveau a uneintluence incontestable sur le volume du corps chez l’homme et chez les animaux supérieurs. — Fonctions des lobes olfactifs.
Ponctions <los organes nerveux automatiques J76
Les organes nerveux automatiques font exécuter au système musculaire les mouvements, les actes commandés par le cerveau, organe qui manifeste l’esprit. — Fonctions de la moelle épinière, du bulbe rachidien, de la protubérance annulaire. — Fonctions du cervelet. Il est l’organe qui préside à l’adresse dans les mouvements.
Article II. — I)o l'automatisme. 490
Ce que c’est que l’automate organique. — Premier mode d’activité de l’automate. Actes psychiques devenus automatiques par le fait de leur répétition. De l’habitude. — Deuxième mode d’activité. Actes automatiques en rapport avec la pensée, avec l’activité de l’esprit. — Troisième mode d’activité. Actes automatiques n’étant pas en rapport avec l’activité de l’esprit . — Quatrième mode d’activité. Actes automatiques ayant lieu alors que l’activité de l’esprit est suspendue , l’esprit ne se manifestant plus par suite de l’inactivité complète du cerveau en tant qu’organe
psychique.
Article III- — Phénomènes physiologiques et psychiques du somrneil 50 ’t
Phénomènes physiologiques du sommeil. Ces phénomènes sont la conséquence du repos du cerveau. — Ce repos est nécessaire afin d’éviter les effets que produirait, si elle n’était interrompue, la congestion cérébrale artérielle occasionnée par l’exercice de la pensée. — Fonction importante et nécessaire des sinus de la dure-mère. — Dans le sommeil, le cerve.au s’isole du reste du système nerveux. D’un côté, les impressions sensorielles n’arrivent plus, ou n’arrivent qu’incomplètement au cerveau; d’un autre côté, en tant qu’organe manifestant l’esprit, le cerveau n’a plus d’action sur les centres nerveux automatiques, et il y a suspension du mouvement volontaire. — Du cauchemar. — Pendant le sommeil , les centres nerveux automatiques font
exécuter au corps, par leur propre activité, quelques actes semblables à ceux qu’ils lui font exécuter pendant la veille sous le commandement du cerveau. — Phénomènes psychiques du sommeil. — Il y a des sommeils sans rêves. — L’esprit peut exister sans penser. — De l’activité psychique dans les rêves.
Article IV. — Phénomènes physiologiques et psychiques de l'auesthésie 526
Les agents anesthésiques agissent en paralysant les organes nerveux. Les effets que ces organes produisent, diffèrent suivant les organes nerveux qui sont paralysés. Description de ces divers effets. — Les mouvements et les actes qui ont lieu pendant la paralysie du cerveau, premier organe nerveux paralysé, en général, par les agents anesthésiques, sont des mouvements et des actes automatiques dont l'esprit n’a aucune connaissance, puisqu'il n’y a point participé. — Parmi ces actes automatiques, il y en a d’intelligents. Cette intelligence ne doit pas empêcher de les considérer comme automatiques. Ce qui caractérise les actes psychiques, c’est la connaissance de ces actes par le moi, et non l'intelligence qui apparaît dans ces actes. L’intelligence peut être manifestée sans personnalité, sans esprit; elle résulte alors de l'obéissance des organes aux lois auxquelles ils sont soumis. — Les boissons alcooliques, certaines causes pathologiques telles que l’épilepsie, l’éclampsie, une commotion cérébrale, etc., peuvent produire une paralysie cérébrale en épargnant les centres nerveux automatiques, et par conséquent des états semblables à ceux qui sont déterminés par les agents anesthésiques. — Si l’ignorance, de la part de l’individu, de ce qui s’est passé pendant qu’il était sous l’influence de ces causes, vient de ce que son esprit n’y a point participé, le cerveau étant alors paralysé, dans certains cas cependant l'ignorance vient de l'oubli, l’esprit ayant participé à ces actes, les ayant commandés.
Article \ . — LMiéuoinôues physiologiques et psychiques du somuumbulisnte 550
Le somnambulisme est la conséquence d’une paralysie nerveuse du cerveau avec persistance de l’activité des centres nerveux automatiques, activité qui est parfois exagérée. — L’ignorance des faits passés pendant le somnambulisme ne vient point de l’oubli, il vient de la non-participation de l’esprit à ces faits, la manifestation de l’esprit, pendant cet état, étant suspendue par suite de la paralysie du cerveau. — Tous les actes de l’individu pendant cet état sont commandés par les centres nerveux automatiques, seuls alors en activité. Preuves et considérations à 1 appui de cette opinion . — Interprétation de l'ignorance des faits accomplis pendant le somnambulisme, donnée par divers auteurs. — Explication de la connaissance qu'ont eue certains somnambules des actes qu’ils ont accomplis pendant leur accès. — Phénomènes ayant rapport aux sens pendant le somnambulisme. Ils se rapportent tous, ou à des paralysies qui suspendent
les fonctions des nerfs des sens; ou à l'activité restreinte de ces nerfs, activité circonscrite par l'objet du rêve somnambulique; ou à des hyperesthésies de ces nerfs qui permettent à ces organes d’être impressionnés par des excitations d'une faiblesse extrême. — La transposition des sens, dont on ne peut pas actuellement affirmer la réalité, paraît cependant possible. —
Cas de somnambulisme naturel compliquant les phénomènes fébriles d’une fièvre éruptive à son début. — De l’extase somnambulique. — Somnambulisme déterminé par l’action paralysante du gaz acide carbonique sur le cerveau.
Article VI. — Phénomènes physiologiques et psychiques de la léthargie â84
La léthargie complète est caractérisée physiologiquement par la cessation de la fonction psychique et des fonctions automatiques du système nerveux et par une diminution considérable dans l’activité de ses fonctions organiques. — La léthargie incomplète est caractérisée par la persistance de la fonction psychique du cerveau et par la suspension des fonctions des centres nerveux automatiques. L’esprit est actif, mais il ne peut faire exécuter au corps aucun mouvement. — Cet état physiologique est l'inverse de celui du somnambulisme. — Les personnes susceptibles de tomber facilement en somnambulisme sont également susceptibles de tomber en léthargie. — Les procédés employés pour déterminer le premier état, peuvent déterminer aussi le second
Article VII. — Phénomènes physiologiques et psychiques de l'extase 5^4
L'extase est déterminée par l’exaltation de certains sentiments spéculatifs, et non actifs. — Elle produit une surexcitation du cerveau, qui exagère momentanément la puissance des facultés psychiques, et une concentration sur cet organe île 1 activité nerveuse. Cette activité, en se retirant des nerfs de la sensibilité, détermine leur paralysie. — Explication physiologique des phénomènes présentés par les trembleurs des Cévennes et par les extatiques Jansénistes.
Conclusion de la première partie. — Définition de 1 Homme