Paris Alcan
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points en cause; de plus n'est-il pas regrettable de laisser un enfant diriger ses efforts vers un idéal de vie a-NMiel il n'aboutira pas, car, outre la somme d'énergie dépensée à peu près en pure perte, il faut redouter la dépression morale que produit chez lui ce genre de iéceplions ? Il serait donc très utile de déterminer quelles sont les carrières qui couvieusient aux aptitudes de chacun.
La solution de ce problème rencontre un sérieux obstacle dans la multiplicité des professions, L'Index des occupations lucratives pour les Etats-Unis donnait en igiSg.Saô carrières, et encore un grand nombre se subdivisent en plusieurs branchas. De plus les éducateurs et les psychologues, peu au courant de la plupart de ces professions, ignorent les aptitudes qu'elles requièrent. 11 sera toujours plus iacile d'indiquer à un jsune homme si telle profession lui con\ ient que de lui dire quelle est ceiitî de toutes les professions qui lui convient le mieux (bi294 aoô-^).
Les Américains se sont efforcés d'aborder scientifiquement la solution de ce problème. En 1909 Passons fonda à Boston un bureau de renseignements pour les carrières, ouvert gratuitement à tous les jeunes gens en quête d'une situation et aux adultes désireux d'eu changer. Non seulement ce bureau donne pour les carrières libérales comme pour les plus humbles métiers tous les renseignements nécessaires, mais il examine les candidats sur leuîs aptitudes professionnelles. Les tests rendent dans ce cas d'éminents services. Pour en donner un exemple, dans certaines usines l'employé doit avoir les yeux fixés sur un grand nombre de pièces en mou\ ement pour remédier aux troubles de fonctionnement tandis que dans d'autres son attention est concentrée 8ur un détail. Il est clair qno, si le test du champ de
APTITUDES PR0FE!^S10^N£:LLKS TtUf
l'attention révèle un déficit considérable, le sujet ne sera pas apte à la prenùére profession ; la bonne volonté ne suffira pas à lui faire prêter l'attention requise, elle ne donnera pas davantage à celui dont les réactions motrices sont lentes la vivacité nécessaire au chautïeur d'automobile pour arrêter immédiatement sa voiture, pas plus qu'elle ne mettra à l'abri des surprises de bavardage le secrétaire nerveux qui n'a que peu de pouvoir d'inhibition sur ses paroles.
Sans doute le maniement de telles épreuves est délicat et il y a danger de rendre de fausses décisions par suite de préjugés théoriques.
Un psychologue américain Mûnsterberg fut prié d'examiner la réaction à l'audition d'un jeune honjme qui se présentait comme sténographe pourvoir si elle étaitau-dessous delamoyenne. Il fitremarqueravec raison que l'exigence de cette aptitude partait d'une idée fausse : si quelqu'un a le retard considérable d'un dixième de seconde dans la réaction auditive, il n'en résulte en effet que le retard insignifiant d'un dixième de seconde à la fin de la dictée sténographique. Néanmoins l'examen par tests du candidat à une position peut être utile pour éliminer des incapacités réelles ; la réciproque ne sera pas toujours réalisée, car l'accommodation aux conditions d'expérience du laboratoire demande moins de qualités que l'adaptation à la réalité sociale vécue.
MÛNSTBRBBRG cite dcs Icsts très simples qui ont donné do bons résultats dans des questions d'apparence fort complexe. Plusieurs administrations américaines avaient demandé un moyen de discerner les candidats capables de faire face avec Bang-froid à une situation imprévue. Le lest suivant fut adopté
aSS .oYGHOLOUlE PÉDAGOGIQUE
avec succès. Snr 24 cartes sont écrites les voyelles A E O U de la manière suivante : dans un premier groupe de 8 cartes, ai fois ui:e des voyelles à tour de rôle et 9 fois chacune des Irois autres ; dajis le second groupe de 8 cartes, 18 fois une des voyelles à tour de rôle et 8 fois chacune des autres ; dans le dernier groupe, i5 fois une des voyelles à tour de rôle et 1 1 fois chacune des autres. Les cartes sont mêlées et le candidat doit )es distribuer en tas sépares selon la fréquence d'apparition d'une des lettres. Certains sujets perdent la tète devant l'imprévu de cette épreuve et n'arrivent que dilliciiement après beaucoup de temps et avec de nombreuses fautes ; pour d'autres l'opération se fait aisément, vite et sans erreurs (bi3û6-8). Différents tests ont été adoptés pour les conducteurs de tram^vays électriques, les téléphonistes, etc.
A l'ocnasion des études psychologiques sur les aptitudes professionnelles signalons les recherches de Taylor sur le facteur psychophysique des métiers. Si l'on travaille sans cesse à perfectionner le mécanisme des machines, poiu-quoi ne pas s'efûircer d'augmenter le rendement de l'outil humain en recherchant les mouvements les plus adaptés que doit faire aussi bien le travailleur en métaux ûus que le simple cantonnier ? Tay- Lou conformément à cette idée forma des spécialistes qui se nomment les ingénieurs du travail. Thompson, un de ses élèves, a montré que cette recherche de la meilleure manière défaire fonctionner le mécanisme humain pouvait porter des fruits sociaux importants. Dans une fabrique lao femmes devaient chaque année vériûer plusieurs millions de billes de roulement pour bicyclettes; plusieurs employées très anciennes .avaient par ailleurs acquis certainement le maximum de vitesse que peut donner l'habitude, étant donné qa© le travail se faisait à la lâche. On détermina scientifiquement la meilleure manière de procéder, la distribut'oti la plus utile des pauses pour le repos, etc., et, en exerçant dos employées selon ces principes, on lit faire par 35 fcinuieâ le Ir.ivail dciao avec une journée moins longue, coupée par déplus fréquents intervalles de repos; l'administration réalisa un bénéfice plus considérable, et les employées reçurent un solaire supérieur.
Eu France, VfnsLitui Marey s'occupe de l'étude psychophysiol .: ;ie du travail dans un laboratoire spécial.
coEDucATiorf aSo
70. La co=^ducatiou. Notions. Le mot de coéducation a été primitivement employé en Amérique pour désigner un système d'éducation dans lequel garçons et filles reçoivent des mêmes professeurs le même enseignement dans le même local et à la même heure ; le recrutement des différentes classes est déterminé par l'âge et la science sans considération de sexe.
La coéducation peut se faire à plusieurs degrés :
!• Les garçons et les filles sont réunis non seulement pour l'enseignement, mais aussi pour une vie sociale commune : c'est le système de la coéducation intégrale.
2° La réunion n'existe que pour les classes : c'est le système des écoles mixtes.
3° Les garçons et les filles sont réunis et pour l'enseignement et pour la vie sociale, mais avec nombre de restrictions visant à pourvoir aux nécessités particulières, intellectuelles ou économiques, des uns et des autres : c'est la coéducation restreinte.
Pour réaliser en son entier l'idée de la coéducation, le personnel des éducateurs doit lui-même être mixte: les jeunes filles doivent avoir quelques professeurs hommes et les garçons quelques professeurs femmes (bl321 1-25).
Si l'on fait abstraction des questions d'économie financière qui ont jusqu'ici dominé le problème, la question se pose ainsi : « Ce système est-il en harmonie avec l'évolution naturelle des aptitudes chez les garçons et chez les filles ? » (bl371) ; la solution est donc du ressort de la pédagogie individuelle. Il y aura à faire une étude préalable comparée de l'évolution des enfants des deux sexes sur les points qui intéressent l'éducation : force, résistance à la fatigue, évolution
Psychologie pédagogique. ig
ago rsYciiûLOGiii pldagogiqub
des intérêts. 11 faudra décider si les diilércnces conslatées sont accidentelles, duc;, par exemple à rëducation familiale, ou si elles apparliennent au sexe eri tant que sexe, y a-t-il des différences psychologiques sexuelles ? La femme a-t-elle une manière spéciale de juger, de réagir aux motifs sentimentaux, de se comporter par rapport aux motifs directeurs de la volonté ? La constance avec laquelle une particularité s'affirme dans tous les milieux, la résistance qu'elle oppose à tout dressage et toute modification, sou lien avec la finalité fonctionnelle du sexe, seront des signes indiquant qu'il s'agit d'une diiïérence essentielle.
71. Coéducation. Données expérimentales. Deux procédés se présentent pour aborder la question par l'expérience :
1° La comparaison des résultats obtenus dans les établissements scolaires selon que la coéducation y est pratiquée ou non.
2° L'étude directe des aptitudes particulières aux garçons et aux filles.
1° Résultats oblenus par lu système coéducatif. La coéducation se pratique à des degrés divers dans un grand nombre de pays.
Les Etats-Unis de l'Amérique du Nord sont la terre classique de la coinsiruction. Le système est universellement praliquô pour l'enseigTiement primaire: les écoles catholiques paroissiales elles-iuùmes ont adopté celle mesure. Pour l'enseigueluenl secondaire on comptait en iQog-iyio i i.o^S écoles mixlos avec 921. 73G élèves, 919 écoles séparées avec 110.725 élèves; la proportion serait beaucoup i)lus forle si on mettait à pari les écoles privées calholiques, elle est de 90 Vo di'Qs les ki^'iscliools oliiuiels. Dans le haut cnseiyaemtnl el renseignement li'ul'cssionncl, sur C23 Univcrsilcs on en compte i53 i)oui
coEuccATio.N agi
hommes, 129 pour feuiiues, 335 mixtes, d'après la statistique donnée en 1909 par le Bureau of éducation (Bi/|34i bi^oS ; bi4oo). Les feuunes entrent dans la composition du corps enseignant pour une proportion de 80 "/o- Los élèves des écoles primaires ont entre G et i3 ans, ceux des écoles secondaires entre i3 et 18 ans.
Le système de la coinslruction est largement répandu dan:i les Pays-Bas pour l'enseii^nenient primaire et secondaire, do même en iVorvè^e, Huède, Daiieniarh, Finlande, (bi^aC).
En Italie la loi du 4 juin nji i a Iransibrmé en écoles mixtes toutes les écoles primaires rurales; depuis la loi du 19 juilkl 1909, les écoles normales peuvent être transformées par le gouvernement en écoles normales mixtes. Dans le reste du domaine de l'enseignement, la coinslruction est pratiquée de fait, non de droit, dans une mesure assez large. Les jeunes tilles assisteutaux leçons sur des bancs séparés; si leur nombre est considérable, on fait souvent des classes à part pour elles, mais cela n'est pas de rigueur. (En Italie l'enseignement secondaire est reçu dans les gymnases de 12 à 17 ans eu moyenne; les élèves des lycées ont de 17 à 20 ans. Les élèves des écoles techniques ont en mo3'enne de 12 à i5 ans, l'enseignement dure 3 ans j après l'école technique on peut être admis à l'in -.tilut technique.) La première année d'institut technique est commune i>our les garçons et les (îlles; la seconde année sa diviàcea différentes sections: physique mathématique, comptabilité et arpentage, d'autres branches moins importantes. En 1910, dans les gymnases du gouvernement et gymnases assimilés il y avait pour 292 établissements 3i.i4 1 garçons et 3.919 filles; dans les lycées sur i3.74o élèves ou comptait C90 tilles. On a noté une augmentation du nombre des Jîllas dans les gymnases et les lycées en 1911: 4-449 ^^ 79i' ^^'*gymnase spécial pour jeunes tilles, le gynmasi' Hcgina L'ieni, a été ouvert à Rome en 1902 ; un tend également à multipliir les écoles tccimiques séparées pour jeunes filles : 4 en 1900, 9eni9i4.
En Angleterre depuis dix ans on a établi pour des raison d'économie l'enseignement mixte sur la plupart des sujets dans de nombreuses écoles secondaires.
La coéducatLon restreinte est pratiquée en Angleterre dans
plusieurs établissements. Bedale's school, fondé par J. H. Bx DLBY, compte plus de i5o garçons et filles; ils reçoivent une éducation conforme à leurs aptitudes respectives, mais de manière que tout ce qui peut se faire en commun se fasse en commun. L'égalité dans la différence est la devise de l'école (bi3i 1 464)- Les garçons et les filles demeurent dans des maisons séparées, qui sont autonomes. On se retrouve en classe, dans les laboratoires, pour les récréations et les repas ; la soirée est souvent employée à des conférences et des discussions communes (bi338; bi3ii).
L'ensemble des pays où se pratique la coéducation présente donc une large base d'enquête; il est néanmoins difficile de tirer des conclusions précises de ce moyen d'observation. Les enquêteurs ont trop parlé jusqu'ici des résultats obtenus dans telle ou telle école particulière; or, si en éducation le système est beaucoup, la personnalité de l'éducateur est peut-être encore plus décisive au point de vue du résultat.
C'est de résultats d'ensemble, assez étendus pour que l'influence de telle personnalité exceptionnelle ne se fasse pas sentir, qu'il faudrait partir si l'on veut arriver à apprécier ce que vaut le système en luimême.
Donnons quelques appréciations :
En se plaçant au seul point de vue scientifique l'avis de VEglise catholique possède une valeur exceptionnelle. Elle veut à la fois le développement de l'espèce humaine et la pratique de la morale, non seulement de cette morale qui sauvegarde la correction extérieure, mais de celle quiveillesurlespensées les plus secrètes. Un libre penseur, un membre d'une autre congrégation religieuse, ne se rangera pas à l'avis de l'Eglise catholique parce qu'elle est l'Eglise, mais s'il est sincère et instruit, il n'affirmera pas à la légère qu'elle manque
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d'esprit d'observation ; à ce titre l'enseignement et l'avis d© l'Eglise ont leur valeur dans un traité de science positive. Or l'Eglise catholique se montre défavorable, hostile même à la coéducation, cela sans aucune restriction pour l'enseignement secondaire. Ce n'est pas, comme on l'a parfois insinué par ignorance ou mauvaise foi, qu'elle désapprouve les études solides, et même supérieures, pour les femmes : elle accepte que les femmes suivent les cours des Universités ' et en 1899 Rome a donné son approbation à l'établissement d'un collège dans l'Université de Munster pour la formation des religieuses enseignantes (bl405).Mais l'Eglise voit dans la coéducation un danger pour la moralité de l'élève à l'âge où se donne l'enseignement secondaire (13 à 17 ans).
Quant aux avis particuliers sur la valeur des résultats du système, ils sont parfois divergents, même si l'on se borne à ceuxqui semblent s'appuyer sur l'observation.
Hennino, après une expérience personnelle de i5 années aux Etats-Unis, prononce ce verdict sévère contre la coéducatien (bi35oj : « Dans les public schools (écoles primaires), à partir de 10 ou 11 ans, chaque fllle a son garçon et chaque garçon a sa Glle préférée. » — Ce sont de petits présents, des visites, des rendez-vous au cinématographe. Dans les high schools (écoles secondaires) : « Il suffit d'écouter les conversations que garçons et filles de l'école secondaire tiennent dans les tramways, pour s'assurer qu'il est question de tout autre chose que d'algèbre, de César ou de Tile Live. Des propos, au moins choquants, pour ne pas dire obscènes, sont tenus à haute A^oix. » — L'intérêt à l'enseignement passe tout à fait au second plan. — La morale des adolescents est déplorable ; il n'est pas rare de voir disparaître pendant quelques semaines, et pour cause, des jeunes ûUesde