LA PSYCHOTECHNIQUE : BUTS - DÉFINITION
Lorsque l’on parle de Psychotechnique on pense immédiatement aux tests, sortes de jeux, de questionnaires qui sont capables de dire si l’on est adroit, optimiste, jaloux, etc. On a certes raison mais la discussion tourne ‘en raillerie et « moquerie est souvent indigence d’esprit ». Disonsle tout de suite, la Psychotechnique n’est pas uniquement l'application des tests, c’est une science nouvelle, complexe, ardue pour le profane, encore mal équilibrée dans le cadre de la société actuelle et qui voudrait être pleine de promesses pour la société future.
C’est la conséquence logique de l’étude qui s’est faite jour à la fin du siècle dernier, de la psychologie appliquée, rameau de la philosophie classique et universitaire. L’ancienne psychologie étudiait d’une manière analytique chaque aspect de la pensée humaine. La nouvelle psychologie, qui se dit également expérimentale, étudie chaque aspect non seulement en lui-même mais avec les réactions que peuvent avoir à la fois les autres aspects et aussi le monde extérieur. Pour étudier ces réactions il fallait soit les observer, soit les susciter. De là est née l'expérience et la mesure en cette matière de la connaissance humaine qui aurait pu en paraître à jamais dépourvue. La Psychologie appliquée fit faire de grands progrès à la psychiatrie, à l’étude du psychisme des enfants et des foules. Elle
devait aussi contribuer à essayer de sauver l’homme du
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marasme dans lequel il risquait de tomber, lorsqwil inventa la Machine. C’est alors que fut créée la Psychotechnique, science aux buts éminemment pratiques puisqu’ils s’insèrent dans le monde moderne et nouveau de PAtelier.
Son domaine est très vaste et le cadre de ce travail ne permet pas d'envisager toutes ses applications. On fait appel à elle
—— dans le choix d’une profession. C’est l’orientation professionnelle, qui veut essayer d'enlever un peu de mystère «à la source des préparations qui attendent l’homme au seuil de sa vie » (PÉGUY);
—— dans l’embauche et dans la promotion ouvrière c’est la sélection professionnelle pour un poste donné, essayant d'éliminer dans une usine la rotation d'éléments inadaptés et insatisfaits, les « éternels mutés » comme les appelle BONNARDEL;
— dans l’étude des facteurs de fatigue et d'accidents du travail;
— dans le reclassement des diminués physiques ou mentaux par l’étude très poussée des possibilités qui leur restent pour rentrer à nouveau dans la société active;
— dans les méthodes rationnelles d'apprentissage d’un métier;
— dans les problèmes matériels de l'ambiance du travail.
Enfin, et entre autres applications, elle voudrait contribuer à l’étude des relations du compagnon dans son équipe de travail, et voire même à la refonte de la hiérarchisation des salaires en fonction de la hiérarchisation rationnelle des qualités demandées. Ces dernières études paraisent embryonnaires. Elles constituent un rameau de la Psychotechnique que PALMADE appelle Sociotechnique, branche elle-même de la sociologie.
L’étendue de ses applications fait comprendre mieux comment une science si vaste défie la définition au sens que nous lui donnons habituellement. En effet, comment la résumer en quelques mots courts et concis, capables de « visualiser » son action et sa portée. C’est la raison qui nous a incité à exposer d’où elle venait et ce qu’elle faisait, avant de la définir.
Pour BONNARDEL c’est l’espoir d’atteindre par des procédés de mesure standard divers aspects du comportement de l’homme.
Pour DE BEAUMONT c’est l’ensemble des méthodes où techniques qui permettent de mesurer le psychisme.
Pour PALMADE c’est la Psychologie du Travail.
Pour l'Association Internationale de Psychotechnique c’est l’application des méthodes de la psychologie expérimentale à la poursuite de fins pratiques dans toutes les sphères de la vie humaine, individuelle et sociale.
Les définitions pourraient ainsi se multiplier. Nous avons retenu et faisons nôtre pour ses qualités étymologiques et claires, celle que nous a donnée M. CABANIEU, Psychotechnicien de la Caisse régionale de Sécurité Sociale de Bordeaux. Cest : | ;
«1° L’étude de la psychologie appliquée à la technique des métiers;
«2° L'étude de la technique des métiers dans ses rapports avec la psychologie ».
Le but de la première partie n’est autre que l’orientation professionnelle, celui de la deuxième, la sélection professionnelle.
Sa clarté la rend peut-être simpliste. Disons-le tout de suite : elle traduit bien la pratique courante actuelle dons le monde du travail. |
Re TT EM HISTORIQUE
Quels sont les hommes qui se sont penchés sur le berceau de la Psychotechnique ? De tout temps les hommes ont voulu se mesurer entre eux. S’il fallait un premier, il fallait nécessairement un dernier, de là la notion de catégories : les bons, les moyens, les mauvais. Par ailleurs, les hommes ont voulu aussi se connaître eux-mêmes, connaître leurs possibilités corporelles ou mentales pour bien réussir dans la vie et par là même connaître leur avenir et leur destin (nous dirons aujourd’hui leur horoscope). C’est done un problème qui a toujours préoccupé l’humanité.
Le médecin et le philosophe s'étaient déjà donnés la main dans l’Antiquité. Hippocrate rangeait les hommes en quatre catégories : les lymphatiques, les bilieux, les nerveux et les sanguins. Platon répartissait les citoyens de sa « République » suivant leurs aptitudes en quelques grandes classes.
Si on excepte quelques moines de Cluny qui faisaient de l'orientation professionnelle par intuition et Vauban, qui en 1680 préconise de se rendre compte Sans la mesure du possible de l'intérêt psychique que l’ouvrier apporte à la réalisation de sa tâche (cité par DE BEAUMONT), il faut arriver au milieu du xix° siècle pour voir à nouveau les médecins et les philosophes étudier l’homme de tous les jours (et non l’homme malade) dans sa physiologie et sa psychologie.
Peut-être est-ce de là que vient le malaise existant entre médecin et psychotechnicien. Dès le début on a trop séparé le physiologique et le psychologique sans se rendre compte des interréactions continuelles. On y a pensé trop lard, le mal était fait. Il faut le réparer.
Vers 1850 s'ouvre l’ère de la physiologie avec CI. BER- NARD et sa rigueur d’expérimentation, MAREY et son tam-
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bour, Mosso et son ergographe, ATWATER et l’énergétique humaine.
LoTzE, médecin et philosophe, publie en 1852 sa Psychologie médicale; FECHNER, autre Allemand, professeur de physique, formule la loi suivant laquelle la sensation varie comme le logarithme de l'excitation — le système nerveux se prêtait déja aux mesures mathématiques — Wuxpr publie la Psychologie physiologique «t fonde à Leipzig un premier laboratoire de psychologie expérimentale qui avait pour but l’étude des différences sensorielles. En 1890, aux U.S.A., CATTEL, disciple de Wuxpr, développe l’étude expérimentale de lindividu par la méthode des témoignages ou fests, terme qu’il fut le premier à employer.
En France c’est l’œuvre de RIBOT et l’ouverture en 1889 du premier laboratoire de psychologie expérimentale par BEaAuISs. En Angleterre c’est GALTON, aux Etats-Unis c’est JAMES qui apportent leur contribution à la science naïissonte.
Celle-ci va faire un pas de géant avec l’œuvre fondamentale de BINET et SIMON qui publient vers 1905-1908 leur échelle métrique de lintelligence, permettant d’établir un rapport entre l’âge réel de l'enfant et son degré de développement intellectuel par comparaison avec une moyenne établie par eux.
Lay et TOULOUSE créent un laboratoire de Psychologie appliquée à l'Ecole des Hautes Etudes.
Aussi, avant la Grande Guerre, la grand majorité des pays avaient leurs laboratoires de psychologie. Déjà on parlait de sélection professionnelle, d'orientation professionnelle, en particulier. pour les conducteurs. La science nouvelle allait recevoir une consécration officielle par l'application en 1917 aux soldats de l’armée américaine, des fameux tests «Army alpha» et «Army béta». Ils étaient conçus, les uns pour ceux qui savaient lire, les
autres pour les illettrés, et étaient destinés à faire de la sélection professionnelle. pour la profession du meilleur guerrier ! Ces tests ont pleinement réussi; ils furent continués et resservirent sous d’autres formes dans de nombreuses armées de la guerre 1939-1945.
Les lendemains de la Grande Guerre furent fertiles en applications industrielles de la Psychotechnique. Ce sont les conducteurs qui en bénéficièrent les premiers. On sélectionne les aviateurs dans tous les pays. Dès 1923, Lany sélectionne les conducteurs de tramways et d'autobus de la région parisienne. Nous aurons d’ailleurs l’occasion d'en reparler.
Par ailleurs, des offices d'orientation professionnelle sê. créent sous l’égide des Chambres des métiers, comme à Strasbourg, puis à Paris. Le 26 septembre 1922, reconnaissance officielle de l'orientation professionnelle placée sous la direction du Sous-Secrétariat à l’Enseignement technique. En 1928, création de l’Institut National d’Orientation Professionnelle, avec PIERON, LAUGIER, FONTEGKNE.
En 1938 elle est rendue obligatoire en France.
À l'étranger l'effort est semblable.
Les Associations internationales se créent, des Congrès se tiennent. La science nouvelle a droit de cité.
FLACHOT reconnaît dans cette évolution trois stades successifs :
1° un tâtonnement fait de plus de bonnes volontés que de réelle technicité;
2° une étape où les possibilités nouvelles de la technique entraînent la croyance que tout se résoudra aisément dans le chiffre et par le chiffre pur. C’est l’époque où l’on prête à BINET cette phrase : « L'intelligence, c’est ce que je mesure ! »;
3° une ère enfin, plus juste sans ‘doute, et ramenant la technique à son rôle de moyen (et non de fin en soi), indispensable mais limite. La considération de la spécificité du