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LES MOYENS

La Psychotechnique a donc pour but de révéler et de préciser les aptitudes individuelles à des fins pronosti-

Leg

ques en vue de mettre l’homme qu’il faut à la place qu’il faut. Nous venons de voir la difficulté que soulève le concept « aptitude ». D’aucuns, comme PIÉRON, veulent la voir congénitale, d’autres, comme BonNNAIN, susceptible d’être acquise, de se transformer, de décliner suivant lindividu et suivant l’action du milieu. Nous nous garderons bien de prendre parti et d’entrer dans une discussion de philosophie. Admettons avec CLAPARÈDE que l’aptitude est «ce qui différencie sous le rapport du rendement, le psychisme des individus, abstraction faite des différences de niveau s’il s’agit d’une aptitude spéciale ». Mais si on ne considère que les facteurs psychiques, à quoi servira l'examen psychologique d’un candidat cheminot si celui-ci est daltonien, ou l’examen d’un candidat instituteur si celui-ci à une tendance aux laryngites. Il y a donc autre chose que le psychique. La Médecine psycho-somatique prouvera peut-être un jour le contraire. En l’état actuel de nos connaissances il y a le physique et le physiologique dont il faut tenir compte pour adapter au mieux l’homme à son travail. Certes les psychotechniciens l'ont bien compris dès le début, et ils ont pris pour eux les mesures physiologiques qui avaient été faites par d’autres. Chez l’homme il n’y a pas de hiatus entre le corps et l’esprit. Qui veut connaître l’un est obligé de s’occuper de l’autre. C’est là où le psychotechnicien doit, d’une manière impérative, donner la main au médecin s’il veut réussir dans sa connaissance de l’homme. « Question de frontière » dira-t-on. Certes. Mais la frontière est des plus floues. Chaque art a ses limites imprécises. Nous aurons l’occasion d’y revenir plus en détail.

Ceci posé, ne nous étonnons pas si le Psychotechnicien Pour dresser un bilan des capacités d’un individu, cherche aussi les capacités physiologiques qui lui sont facilement abordables en raison de ces connaissances forcément limitées dans l’art de la physiopathologie. Ainsi, par exemple,

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point n’est besoin d’être psychotechnicien ni médecin pour mesurer une acuité visuelle quand on sait que le sujet doit lire des lettres placées à 5 mètres de lui.

Avant ‘de parler des moyens utilisés en Psychotechnique, il nous a cru bon d’insister sur ce premier heurt avec les médecins qui pourraient s'inquiéter de l’envahissement d’une partie de leur art.

Le Psychotechnicien aura à sa disposition toute une série de moyens capables de lui faire connaître en quelques heures seulement l’homme dans son entier. O utopie ! il le reconnaît lui-même : «L'homme restera toujours un inconnu » (DE BEAUMONT).

Avant d'utiliser des moyens qui lui sont pour ainsi dire spécifiques, il n’a pas fait table rase du passé. Il continue à étudier l'individu en psychologue (au sens courant du mot), en morphopsychologue, en graphologue il sait se servir de son curriculum vitae, de ses réponses aux questions posées, de la lecture de ses diplômes, de sa vie sociale et familiale. Il sait s’entourer de renseignements donnés par la famille (surtout en matière d’orientation professionneile), par la maîtrise et également par le médecin (si celui-ci lui en donne). Mais le Psychotechnicien ne serait pas homme de science s’il ne savait se servir des moyens qu’il a en partie découverts, nous voulons dire les tests.

Les tests

S’il est un mot qui puisse être « galvaudé » c’est bien celui-ci. Primitivement employé par CATTEL, avec son sens anglais, «épreuve », il se développa tant et si bien en psychotechnique que son étude propre reçoit le nom de testographie.

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«Le test, écrit LAHY, est essentiellement une épreuve d'examen permettant d'apprécier telle aptitude par la mesure des résultats fournis par le sujet. L’épreuve est constituée par une tâche que le sujet doit accomplir dans des conditions rigoureusement fixées. »

De cette définition il faut insister sur deux parties «apprécier par la mesure » et « dans des conditions rigoureusement fixées ». | |

1° La mesure domine tout dans le test : c’est elle qui permet la classification en bon, moyen, mauvais. Restons scientifique, appelons ceci l’étalonnage. Après avoir créé un test on fixe arbitrairement une note pour chaque résultat en fonction du degré de réussite, par exemple de 0 à 10. On fait passer ce test à une population (la plus grande possible) en notant les résultats de chaque individu. Les individus qui auront la note 5 devront être les plus nombreux; quant à ceux qui auront 0 ou 10 ils devront être les moins nombreux. Ainsi le test aura une valeur, il sera étalonné et divisera les individus en 10 catégories, ou « déciles ». Ce pourrait être en 100, ou «centiles ». On n'aura plus qu’à examiner d’autres sujets et les situer par rapport à la première population (c’est pour cela qu’on a intérêt à ce que celle-ci soit la plus grande possible).

2° Le test doit être passé dans des conditions rigoureusement fixées, sinon il défie toute comparaison des hommes entre eux.

Ces conditions sont des conditions matérielles d’exament, des conditions d’énoncé de la tâche à accomplir, voire même des conditions d’intonation de l'examinateur, des conditions de la population à laquelle on s'adresse, etc.

À ce sujet un exemple typique nous a été donné par M°° PACAUD lorsque nous avons visité son laboratoire de Psychotechnique de la S.N.C.F. au cours des Journées de Médecine du Travail (Paris, février 1952). Dans un test écrit qu’elle faisait passer à des cheminots il était demandé

ni

de mettre une croix à l'endroit commun au carré et au cercle de la figure ci-dessous. La grosse majorité des cheminots mettaient la croix en 1. Le test était valable.

Un jour, lors d’une visite du

centre par des Polytechniciens, elle eut l’idée de leur faire passer cette épreuve : à sa grande surprise, la croix était mise à peu près par tous en 2

ou en 3 (à cause sans doute de l’habitude des lignes géométriques). Le test n’était donc plus valable pour tout le monde. Elle changea l'énoncé et au lieu d’« endroit commun », demanda « surface commune ». Les cheminots mirent les croix à l’extérieur de la figure. La «population » des cheminots était différente de celle des Polytechniciens. On ne pouvait leur faire subir les mêmes tests, du moins avec le même étalonnage.

C’est M"° PAcAUD qui nous dit également les qualités essentielles que doit comporter un test approprié au métier.

D’après elle il doit être :

Fidèle et constant, c’est-à-dire donnant le même résultat à des intervalles quelconques du temps;

Sensible, marquant des différences petites;

Homogène, s'adressant à la même fonction ou aptitude dominante, sachant bien qu’il peut y en avoir plusieurs. Comme un corps chimique, le test doit contenir le moins « d’impuretés »;

Valide. On a deux populations de sujets déjà classées par leurs chefs en bons et en mauvais. On leur fait passer les tests. Si les tests concordent avec les notations professionnelles, on peut les adopter. Ils sont valides.

Ces quelques considérations sur la définition et les qualités essentielles des tests nous montrent toute la complexité qui peut résider dans Pélaboration, dans la mise

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en service et dans l’application des tests. On comprend donc que, sauf don d’ubiquité, ils soient l’œuvre de spécialistes. Le test n’est pas à la portée de tout le monde. Qui dit test doit penser complexité et recherche. Ce n’est qu’imbu de ces principes que l’on doit aborder un test, même le plus anodin, car c’est bien souvent celui qui est le plus riche d’enseignements.

Mais le test ne doit-il pas montrer et mesurer uniquement l’aptitude pour laquelle il a été imaginé ? Oui, disent les scientifiques. Non, répond l'Ecole Zurichoise, avec l’ingénieur CARRARD. En faisant faire une tâche quelconque à un individu, le résultat final indique bien si celui-ci est apte ou inapte à la faire. Mais pendant l’exééution de cette tâche, un fin observateur notera judicieusement la façon, la méthode employée pour la réaliser, en un mot «le comportement ». De là à déduire son comportement devant sa tâche professionnelle, il n’y a qu’un pas : le pas a été franchi. :

Un exemple : il existe un test pour apprécier la représentation dans l’espace et le sens des volumes. C’est le casse-tête. Cette épreuve consiste à reconstruire un solide bois découpé en un puzzle de 8 pièces. On a eu soin de montrer pendant quelques instants le modèle entier puis de le retirer de la vue du sujet. Celui-ci doit reconstituer le modèle avec les 8 morceaux du puzzle. En dehors de l’étalonnage établi, l’examinateur attentif notera

Le coup d’œil, l'adresse, l’agilité des doigts;

Des dispositions intellectuelles : concentration, analyse, logique, synthèse, suite dans les idées, mémoire:

Des méthodes de travail : façon d’observer, ordre, minutie, patience, fatigabilité;

Des traits du caractère : confiance en soi, inhibition, maîtrise de soi, désir de s’améliorer, émotivité, nervosité.

Et pourtant c’est un test bien anodin d'apparence !

DO. | [0e

Voilà donc exposées quelques vues d'ensemble sur la testographie. Essayons maintenant de faire connaissance avec les tests. Ce travail ne nous permet pas d’énumérer tous les tests actuellement utilisés. En 1949 ils étaient plus de 10.000 (M° BAUMGARTEN). Nous parlerons seulement de quelques-uns que tout psychotechnicien praticien doit posséder. Nous les classerons suivant les facteurs qu’ils étudient. La description détaillée de chacun se trouve dans tout manuel de Psychotechnique.

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