‹ Psychotechnique et Médecine du TravailChapitre 45 sur 54 · ET LE MONDE DU TRAVAIL · texte numérisé non relu

ET LE MONDE DU TRAVAIL

Sur les bases nouvelles que nous venons d'essayer d'étudire, Ce service pourrait remplacer l'actuel «service médico-social ». Sous son étiquette nous jugerons bon de

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mettre le nom du Médecin qui en sera la «plaque tournante ». Certes, ce n’est point par esprit de «chauvinisme médical ». Nous avons suffisamment démontré le rôle prépondérant du Médecin. Mais aussi ce service gagnera plus facilement la confiance du travailleur qui croit toujours la Médecine capable à elle seule de le soulager de ses ‘misères et de ses maux, et de prolonger son existence. De cette croyance, le Psychotechnicien ainsi associé au Médecin, en bénéficiera. r

Avant de reprendre une à une les critiques adressées à la psychotechnique par le monde du travail, critiques que nous avons mentionnées au deuxième chapitre de notre étude, nous estimons qu’il est nécessaire d’envisager quelques problèmes qui, actuellement, sont d’une grande acuité.

Le premier est d'adopter la psychotechnique pour la sélection des sujets assurant un emploi de sécurité. En effet, il semble que, dans cette sélection, la Psychotechnique fasse ses preuves. C’est d’ailleurs en cette matière qu’il faut voir une de ses origines «industrielles ». Or celles-ci remontent au début du siècle. Depuis, les sociétés de transport en commun qui l’ont adoptée, voient le pourcentage de leurs accidents de route diminuer alors que les dangers de circulation augmentent. Aussi le Conseil Supérieur de la Médecine du Travail ne se montre point hostile à une surveillance médicale et psychotechnique en ce qui concerne les emplois de sécurité qui comportent une responsabilité vis-à-vis des tiers, aux conditions expresses que la. psychotechnique, telle qu’elle est actuellement pratiquée, soit réformée. Nous avons envisagé plus haut les cadres généraux de cette réforme. Le Conseil Supérieur y adjoint l'agrément officiel des laboratoires et leur surveillance officielle, l'emploi de tests scientifiquement validés (excluant formellement les tests à caractère psychanalytique), la responsabilité du chef du laboratoire. Il

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propose également une autre extension des dispositions de l’article 13 du décret du 26 septembre 1946, permettant de comprendre les examens psychotechniques, effectués par des laboratoires agréés, dans les examens complémentaires auxquels peut recourir le Médecin du Travail (ceux-ci étant à la charge de l'employeur).

Un autre problème est celui des candidats à la Psychotechnique. Qui faut-il examiner ? En dehors des postes de sécurité, il reste l’immense masse des travailleurs. Nous l’avons vu, ce sera au Médecin, dans ces études biologiques de postes, de décider de l’opportunité d’un examen complémentaire de certaines aptitudes. Dans l’état actuel des moyens de la Psychotechnique cet examen reste souvent long et par suite onéreux. Il doit être utile pour une sélection des cadres lorsque l'employeur croit ne pas assez connaître ses subordonnés. De même, pour une promotion ouvrière.

Il existe des postes qui nécessitent non seulement des aptitudes spéciales mais une intégrité constante de ces aptitudes. Quelle sera donc la fréquence des examens psychotechniques ? Nous avons vu celle utilisée à la R.A.T.P. Cette fréquence sera fonction du poste envisagé et également fonction du comportement du sujet à sa tâche.

Ce problème a pour corollaire un autre problème qui soulève déjà bien des discussions. C’est celui de la mutation des sujets déclarés inaptes au cours d’une visite périodique. Le Médecin du Travail en connaît déjà toutes les difficultés. Chaque mutation sera un cas d'espèce que le service médico-psycho-social devra approfondir. Le sujet devra être examiné au moins deux fois. Il pourrait même faire appel à un expert sur sa demande. Le Docteur PERROT s'exprime ainsi : «Il faut concilier à tout prix le souci (toujours primordial) de la sécurité et celui d'arriver cependant à ne pas trop limiter un travailleur dans son

activité et dans son salaire. Les seuils, ou plutôt les échelons des mesures sensorielles et psychomotrices au-dessous desquels laccident deviendrait systématiquement de plus en plus probable ne sont encore connus de personne au monde, faute de statistiques assez nombreuses et assez fouillées ». L'auteur donne de l’importance à la note d’atelier où son chef l’a vu travailler tous les jours, pendant des années, porteur de l’affection cause de son inaptitude. Quatre cas peuvent se présenter :

1° la note d’atelier est bonne, l'examen psycho-médical bon, le sujet sera conservé;

2° la note d’atelier est bonne, l'examen psycho-médical mauvais. C’est là surtout où se situe le cas d’espèce;

3° la note d’atelier est mauvaise, l’examen psychomédical bon. Ce sera au chef d'atelier à décider en toute connaissance de cause;

4° la note d'atelier est mauvaise, l’examen psychomédical mauvais. Le sujet devra être muté.

En tous les cas le sujet reconnu inapte à la suite d’un examen psychotechnique périodique ne doit pas subir de préjudice moral ou matériel. La conclusion de l'examen ne doit pas conduire au licenciement ni même au déclassement professionnel.

Déjà, GopaRpD et BUCH, au cours d’une sélection de pontonniers titulaires de l'emploi, disent : «… Il a été entendu que les inaptes seraient éliminés progressivement et seulement après étude individuelle du reclassement de chacun, la notion de salaire équivalent dans le nouveau poste devant être notre principal souci ».

De même, dans une communication à la Société de Médecine du Travail de Lyon, M. LACROIX, secrétaire général du centre d'orientation professionnel de Bourg, parlant de la sélection de conducteurs, «avait demandé aux employeurs une garantie d'emploi et de salaire équivalent pour les sujets déjà en place qui seraient refusés aux

examens de sélection ». C’est également une des autres conditions requises pour la surveillance des titulaires d'emplois de sécurité qu’exprime le Conseil Supérieur de la Médecine du Travail.

Les préventions que pouvait avoir le monde du travail pour la psychotechnique tomberont d’elles-mêmes devant une psychotechnique ainsi réformée et humanisée comme nous nous sommes efforcés de la concevoir. Le Psychoiechnicien doit avant tout obtenir la confiance de tous ceux avec lesquels il doit collaborer.

L'introduction d’un service de Psychotechnique, tout comme d’ailleurs le service médical, doit se faire sans heurts, avec tact et modestie. Point de révolution des méthodes dans les ateliers. Il vaudrait mieux apporter au début des améliorations dans des domaines réduits.

Vis-à-vis de l'employeur, le Psychotechnicien doit l’avertir de ses limites et de la pauvreté relative de ses moyens. [l ne doit pas se montrer dogmatiste et dire par exemple le lendemain de son arrivée : « Je viens d’étudier votre usine, c’est tel et tel atelier qui ne vont pas, car ils ont des chefs incompétents ». Et les ateliers de tomber certainement de mal en pis.

Il doit savoir que les résultats de ses examens ne seront utilisés que comme renseignements d'appoint par le service du personnel. Quitte à lui à les transformer en renseignements primordiaux, par la valeur de ses pronostics.

Envers la maîtrise, le psychotechnicien doit l’informer de ses buts et de ses recherches. En retour il doit lui demander aide et assistance loyale pour tout ce qui est analyse de poste, notation professionnelle, contrôle de ses pronostics. Lui fournissant des ouvriers mieux adaptés à leur travail, ses rapports avec eux seront certainement modifiés dans le bon sens. ;

Enfin cadres et employés pourront se rendre compte des résultats concrets qu'apportera le psychotechnicien:

Pour commencer, comme le dit BONNARDEL, ils le verront avec le Médecin sur les lieux du travail, dans les ateliers, «payant de sa personne ». Ce sera peut-être un cas de diminution d’accidents à une machine jusqu'ici meurtrière, un cas de promotion d’où le «piston» sera exclu, une absence de déclassement d’un ouvrier inapte, qui mettront en confiance, plus que tout diagramme ou statistique souvent incompréhensible.

Quant au droit au travail à l'embauche, celui-ci demeurera. Il y a de la place pour chacun (certes, hélas, en fonction du marché du travail). Le Médecin du Travail n’embauche pas que des « Appollons » (de loin s’en faut), le Psychotechnicien n’embauchera pas que des «Pallas Athénées ». Il permettra même, avec l’appui de certaines lois, de «caser » des diminués physiques ou mentaux.

Enfin, quant au respect de la dignité humaïne, celle-ci demeurera. Le psychotechnicien ne décelant que des aptitudes ou des traits de caractères que tout un chacun pourra s’apercevoir, avec la différence qu’il s’en apercevra dans des délais plus longs. Il ne sera point fait mention dans les conclusions des causes intimes et inconscientes des traits de caractère, celles-ci étant respectées en vertu du secret professionnel auquel sera légalement tenu le psychotechnicien.

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