‹ Ptolémée Gallio, cardinal de Côme [microform], étude sur la cour de Rome, sur la secrétairerie pontificale et sur la politique des papes au XVIe siècleChapitre 10 sur 23 · Cfr. Pmi,IPPSON, Granvella, p · texte numérisé non relu

Cfr. Pmi,IPPSON, Granvella, p

cino, et d'autres. Les troupes pontificales commandées par le cardinal Sforza leur livrèrent des batailles régulières, mais sans grand profit pour l'ordre public. Une partie des barons romains menaça de mettre fin sans cérémonies aux Buoncompagni, et dans le Vatican le vieux pape frémissait de ces atrocités. Personne n'était sûr à Rome, les familles nobles s'y combattaient en pleine rue. Et l'ennemi extérieur ne manquait non plus: les corsaires ravageaient les côtes du Latium (i).

lyC roi d'Espagne ne put point assister inactif à ce spectacle. Il essaya de tirer le pape de ses embarras en faisant des remontrances aux cardinaux influents (2) et en offrant au pape des secours militaires (3). A la demande du pape il envoya une flotte croiser devant les côtes du Patrimoine (4) et le vice-roi de Naples tenait une armée toujours prête à marcher sur Rome. Ees faibles efforts du pape et, encore plus, les manifestations de l'Espagne eurent l'effet de rétablir un calme relatif dans la ville des papes.

Grégoire XIII témoigna sa reconnaissance envers Philippe II en lui suscitant de nouveau les vieilles questions juridictionnelles, dont il se mit à réclamer la composition définitive. Ea Cour d'Espagne en fut profondément blessée et garda au sujet des ouvertures du pape une réserve impassible. Celui-ci pourtant ne sut point se désister de ses idées, et pendant les deux dernières années de sa vie il ne cessa d'importuner le goiivernement espagnol de demandes et de sommations dans le sens indiqué, de sorte que chez ce vieux lé-

(1) RANKB, Werke, t. XXXVII, p. 282—284.. — BrOSCH, p. 256 — 260. HÛBNER, p. 211 — 213, 223.

(2) Voir à l'Appendice la dépêche intéressante de Privili et l'autre de Gerini, pièce 27 A et B.

(3) MaPFRI, t. Il, p. 360.

(4) MaFFEI, t. II, p. 355 - 356. — Côme à Taverna le 23 mars et le i:er août 1583. A%nz. Spagna^ vol, 30, f. 299 et 34.8.

giste la juridiction ecclésiastique paraît être devenue lane manie sénile (i). — — —

Avant de terminer notre étude sur la politique de Grégoire XIII, jetons encore un regard sur ses relations avec la France, telles qu'elles se développèrent vers la fin de son pontificat. Nous avons déjà vu qu'envers Henri III Grégoire XTII se comportait en père indulgent et compatissant. Soutenir son pouvoir royal et lui concéder tontes sortes de subsides, voilà la ligne de conduite de Grégoire XIII! Le Saint-Siège avait pour la fille aînée de TEglise des égards particuliers.

Cependant le pape commença à s'inquiéter de l'état des choses peu rassurant en France et à se fâcher du mauvais usage que le roi Henri faisait de l'argent qu'il percevait sur l'Eglise. L'escapade du duc d'Anjou aux Pays-Bas en 1578 fut pour lui la cause de soucis graves ainsi que de l'envoi d'un nonce spécial pour présenter des remontrances au duc et au roi. Lorsque ce dernier voulut, en 1578, fonder l'ordre du Saint- Esprit pour attacher à sa personne une partie de la noblesse, il demanda au pape un impôt spécial sur le clergé pour avoir de quoi constituer les revenus des chevaliers du nouvel ordre. Le pape, méfiant, lui refusa net, mais il lui expédia un nonce extraordinaire pour expliquer au roi les raisons du refus. L'instruction du nonce, evêque de Gênes, est datée du 33 décembre 1578(2). Elle commence par des assertions de la faveur particulière du pape pour son fiLs aîné, le Roi Très-Chrétien, et affirme que le pape sera toujous prêt à satisfaire aux justes désirs de celui-ci. Le roi, assuré de l'amour paternel du pape, ne doit donc pas prendre en mauvaise part si celui-ci, en père commun de tous

(1) Nunz. Sfagna, vol. 10, années 1583— 1585, passim.

(2) Arch. Vat. F. Borghèse, Sér. II, vol. 462, f. 818.

2o6 CHAPITRE V

les rois, veut lui donner ses conseils quant à la conduite qu'il doit observer relativement aux choses de la religion et de l'Église. Le pape ne peut pas approuver le nouvel ordre chevaleresque, car le clergé est surchargé d'impôts et la noblesse ne s'est point montrée digne de cette nouvelle distinction. Les vrais moyens de pacifier le royaume étaient d'un ordre tout différent. Le roi devait porter un soin particulier à la nomination de sujets dignes aux évêchés et aux abbayes, il devait prêter son autorité à l'exécution des Canons de l'Église et surtout à celle du Concile de Trente, et il devait s'abstenir de toucher de sa propre initiative aux biens de l'Église. Il était nécessaire qu'il s'imposât une économie raisonnable pour pouvoir amortir ses dettes, et de recourir ensuite à la bourse de l'Église, ce qu'il pourrait faire toujours avec l'autorisation du pape, La justice aussi avait besoin de n'être pas si négligée qu'elle l'était depuis longtemps. Enfin, ce serait une oeuvre bonne et nécessaire de réformer les mœurs de la Cour, à cause du mauvais exemple qu'elles offraient à tout le pays. C'étaient là les conseils du pape au roi de France, et l'on doit dire que, s'ils étaient en partie impraticables, même ridicules pour ces temps-là, ils reconnaissaient assez bien les points faibles du régime de Henri III et ils posaient déjà en principe les deux revendications du pape qui devraient être les principales dans les années suivantes: la publication eu France des décrets du concile et la défense pour le roi de taxer le clergé sans le consentement du pape.

Kn effet, lorsqu'en 1580 le roi s'était avisé d'extorquer des ecclésiastiques deux décimes nouvelles, Anselme Dandino, qui en 1577 avait succédé à Salviati dans la nonciature, fit distribuer à Paris la bulle de la Saint-Cène. Cette bulle, comme on sait, prohibait aux princes de taxer le clergé sans la permission du pape.

Le roi fut furieux de cette insolence du nonce et il recourut à des représailles contre le représentant du Saint-Siège. Le pape de son côté s'en sentit profondément blessé, et il adressa au roi des reproches amers, au nonce les expressions de sou plein contentement (i). Vers 1580 la situation intérieure en France invite le pape à adopter un mode d'action plus énergique dans les affaires de ce pays (2). L'assemblée de Melun (1579 — 1580) avait osé se montrer assez désobligeante pour le roi et le clergé y avait émis des réclamations assez semblables à celles prononcées récemment par le pape. Au mois de novembre 1580 avait été conclu le traité de Fleix entre les huguenots et la couronne, et le duc d'Anjou avait accepté le choix des États révoltés d'être le souverain des Pays-Bas. Au commencement de 1581 il alla en Flandres à la tête d'une armée nombreuse, et il passa même en Angleterre pour conclure son mariage projeté avec la reine Elisabeth. Les relations entre la France et l'Espagne devenaient de plus en plus tendues. Il était évident que le roi soutenait sou frère aventurier, et d'un autre côté Catherine de Médicis ne faisait aucun secret de sa protection plus que libérale du malheureux dom Antonio. La perspective d'une guerre entre les deux puissances j)rincipales du monde catholique devenait donc de jour eu jour plus menaçante, et ce fut avec anxiété que le pape vit l'orage approcher. Il résolut d'agir et il confia sa nonciature de France à Giovan Battista Castelli évêque de Rimini, homme de talent, de caractère et de mœurs pieuses (3).

(i) Maffei. t. II, p. 117— 122.

[2) Cfr. Ai^BERi, Sér. II, vol. IV, p. 286—287.

(3) La lettre de Côme à Dandino du 6 mars 1581 montre que le pape était près du désespoir (Nunz. Franda, vol. 16, f. 27). Le 17 avril le cardinal écrit à Castelli: »Piaccia à la bontà et misericordia di Dio di placar hormai Tira sua, che d'altra ma-

2oS CHAPITRE V

L'instruction donnée à Castelli porte la date du i:er avril 1581 (i). Elle est d'un intérêt extrême et mériterait d'être publiée toute entière. J'en donne ici un résumé très court.

Le cardinal-secrétaire — car c'est bien lui qui a rédigé cette instruction comme toutes les autres laissées aux diplomates du Saint-Siège — commence par dépeindre les malheurs qui pourront naître de l'apparition nouvelle du duc d'Anjou dans les Pays-Bas. Un incendie énorme poiarra s'ensuivre. Il sera impossible de convaincre le roi d'Espagne que celui de P'rance n'ait pas sa main dans cet événement odieux. Par conséquent, le premier soin du nonce sera de faire que le roi et la reine-mère s'emploient de toute manière pour empêcher Anjou d'aller en Flandres. La position du pape lui impose de les rappeler à leur devoir à ce sujet. L'entreprise du prince, outre qu'elle est criminelle envers Dieu, est aussi dangereuse vis-à-vis d'un prince si puissant que le Roi Catholique. Le roi Henri doit absolument s'y opposer, le pape ne veut plus d'excuse. Si on ne peut pas le contraindre à empêcher son frère à main armée, il aura toujours assez d'influence pour défendre la marche de toute une armée française dans les provinces du roi d'Espagne (2). Le nonce est même

niera non si puô sperar il fine a mali cosi grandi li qnali vincono di gran lunga ogni rimedio htimano.» Nunz. Francia, vol. 16, 1 52.

(i) Elle se trouve en copie à la Bibl. Vat. MS. Barb. Lat. 5744, f. 119 et suiv.

(2) «havendo Sua M:tà composte le cose del suo Regno e trovandosi ttittavia armato con honeste forze non hà à dubitare di non poterlo impedire se vorrà: ne pero si dice che debba pigliar l'armi contra il fratello, ma solo lasciarsi intender chiaramente di non voler consentire che Egli vada à quella impresa, perché si sa che Egli prépara di andare con grossa compagnia di molti sudditi del Re, li qnali andando, daranno occasione al Catholico di dire che Sua M:tà vi consente se ben

tenu d'aller trouver le duc pour chercher à le réconcilier avec le frère dans le but de détruire les rebelles du royaume. De plus, il faut le dissuader du projet de mariage avec la reine Elisabeth, pour écarter ainsi une alliance inadmissible entre la France et l'Angleterre, et pour d'autres raisons encore (i). Le nonce devait ensuite passer aux empiétements du roi sur les libertés et privilèges du clergé — selon une instruction spéciale (2) — et toucher à l'affaire de la bulle in Coena Doniini en demandant une satisfaction du procédé mal justifié du roi. Le cardinal fait observer au nonce que la France est une province où tout ordre et toute moralité sont inconnus et où les œuvres humaines seront trop faibles pour restituer les bonnes mœurs (3). C'est

effettvialmente non vi consentisse: ne sarà come l'altra volta clie per esservi andato con pochissime persone si potè credere che il Re non vi havesse parte alcuna.»

(I) »S. stà vuole che ancor di questo V. S. parli à le lor M. M:tà mostrando qnanto un siniil matrimonio sarebbe odioso à Dio et vergognoso con gli huomini, poiche l'heresia et la mala vita di quella donna è si nota à tutto il mondo, che senza gran peccato non si puô pur pensare di havere alcuna prattica con Xei: ne con voce di matrimonio ne con altro più santo titolo si potrà mai honestare il commercio che si verra liaver seco massime cessando in Lei ogni speranza di poter haver figli per l'età sua troppo provetta che è quella cosa che dopo il rispetto de la religione deve esser di maggior peso ne l'animo del Duca, essendo questo il bisogno maggiore che habbi la famiglia sua di Valois che da molti anni iu quà régna in Francia, perche se il Re non ha figli, mancando Monsignore senza successione la Corona di Francia entrarebbe ne la famiglia di Eorbone de la quale è capo et principale il Re di Navarra capo et sostegno di tutte le Hérésie di Francia.» Plus tard il ajoute cependant: «forse come ê più credibile l'officio sarà superfluo perché ô Alansone burla la Regina ô la regina lui».

(2) Cfr, Richard, p. 207.

(3) — — — »quella misera Provincia, la quale è ridotta à taie che per ajuto humano non si puô haver gran speranza de la sua riduttione essendo persa ogni riverenza verso la reli-

d'eu haut qiie doit venir l'aide, et il est impossible de prescrire en détail et d'avance la conduite que doit observer le délégué du pape. Mais il doit s'efforcer de maintenir les bonnes relations qui on toujours existé entre le pape et leurs Majestés (i). Il faut toujours traiter avec la reine-mère ce qu'on traite avec le roi et même lui faire montre de croire que toute chose dépend de sa volonté et de sou autorité. La juridiction ecclésiastique — laquelle peut être reléguée aux audiences suivantes — a besoin d'être mieux sauvegardée, Le roi doit être persuadé de commencer contre les hugenots la guerre à outrance, qtda cum impiis numquam débet haberi pax. Mais il n'obtiendra plus d'argent de l'Église, le clergé étant ruiné et le pape réduit à la pauvreté. Sa négligence dans la distribution des évêchés à besoin d'être corrigée: plus de courtisans et de personnes indignes gratifiés de bénéfices ecclésiastiques, et la confirmation du pape sera toujours recherchée pour les nominations du roi. Sinon, le pape sera tenu de recourir à des moyens extrêmes. Si le roi n'observe pas le Concordat le pape ne le fera pas non plus. La mission du nonce consiste en outre à suivre attentivement tout ce qui se fait et se dit à la cour et de le rapporter fidèlement à son maître. Il entretiendra des relations amicales avec tous les ambassadeurs des

gioue etiam appresso à quelli che fanno professione di Cattolici, ogni rispetto et obedienza verso il Re, ogni timoré verso la guistitia et ogni erubescentia verso i cOvStunii buoiii et santi che solevano altre volte essere in quella nobilissima natione». (i) sdoverà RUa procéder sempre con maniera taie che possa conservare tra Nro Signore et quelle M. M:tà la buona intelligenza che al présente si trova tra loro. Et à questo fine avertira di far l'istesso capitale de la Regina madré che del Re non trattando mai con l'uno che non tratti ancora con l'altra, se non ci farà impedimento. Et potrà mostrar à Lei di conoscere et credere che ogni cosa dependa dal cousiglio et volere et autorità sua».

princes catholiques et il frayera avec des personnages influents à la cour, avant tout, avec l'archevêque de Lyon, Pierre d'Epinac, conseiller du roi. Ce sont là, en résumé, les prescriptions données par le ministre du pape à l'évêque de Rimini (i). Elles respirent, on le voit, l'action, l'impertinence, la méfiance à découvert, et n'ont plus rien de la bienveillance et de l'indolence des temps passés. Agir pour ]a conservation de la paix entre la France et l'Espagne et ramener Anjou dans les voies d'une politique saine et catholique — au point de vue de Rome — telles étaient désormais les fins principales de la politique de Grégoire XIII en France. Il avait un faible espoir de pouvoir détourner Anjou de ses relations compromettantes avec les hérétiques: d'arranger un mariage entre lui et l'une des infantes d'Espagne. Depuis quelque temps déjà on négociait ce mariage et le pape s'en était fait l'avocat intéressé (2). Il eut la satisfaction de voir ses efforts couronnés de succès et le gouvernement français entrer en relations suivies avec Philippe II pour préparer, à ce qu'il semblait, la solution désirée de cette affaire. L'ambassadeur de France à Madrid, le sieur de Saint- Gouard, reçut des instructions précises à ce sujet et alla même trouver le roi à Lisbonne pour conclure avec lui (3). Cependant, les intentions de la Cour de France n'étaient, bien entendu, nullement sincères et toutes les négociations restèrent infructueuses.

De plus, les sollicitations de Philippe II devenaient

(1) Cfr. Richard, p. 175. Mapi^EI, t. II, p. 195. (Ces deux aiiteurs indiquent comme but principal de la mission de Castelli celui de faire accepter le Concile de Trente). PHlI,lPPSOîsr, Granvella, p. 259. Selon lui l'envoi de Castelli était l'effet d'une pression énergique de Philippe II.

(2) Côme à Dandino le 23 janv. 1581. Nunz. Fra7icia, vol. 16, f. 10. Le même au même du 20 mars, îbid.^ f. 33.

(3) Phiijppson, 1. c, p. 268 et suiv.

importunes. L'arrivée de Castelli à la Cour de France n'avait point produit l'effet visé, tout au contraire, Anjou se présenta au milieu des Néerlandais révoltés et les armements des PVançais continuèrent toujours plus inquiétants. Philippe II demandait au pape des actes plus manifestes de son bon vouloir de conserver la paix et d'empêcher les extravagances des Français (i). Alors le pape se résolut à envoyer encore en France un nonce extraordinaire. Ce fut le marquis Horace Malaspina, qui partit vers la fin d'octobre 1581. Dans son instruction, datée le 29 octobre (2), le cardinal de Côme répète ce qui avait déjà été dit dans celle de Castelli au sujet du duc d'Anjou, quoique sur un ton beaucoup plus violent. Le nonce présentera les griefs amers du pape au sujet des procédés équivoques et malconseillés du roi, lesquels sont tous dirigés contre le Roi Catholique et contre la paix de la chrétienté. L'idée du roi de soutenir le- prétendant portugais dom Antonio — le rebelle, l'impie — lui vaut une réprimande sérieuse. Il est instamment prié de changer sa conduite et de ne plus troubler la paix en Europe. On croit voir percer dans cette instruction la haine couvant au cœur de celui qui l'a écrite, une haine profonde et indélébile contre les mauvais amis du catholicisme et de la politique espagnole.

La réponse de Henri III aux propos de Malaspina

(i) PmrjPPSON, 1. c. p. 265 et 273. Le roi de France adressait lui aussi, des exhortations au pape pour faire reprocher au roi d'Espagne son attitude hostile. Le cardinal de Côme répondit, un peu étonné, que le pape l'avait fait souvent, bien qu'on n'en parlât pas et qu'il ne manquerait pas de le faire encore (!). Lettre du 12 juin 1581. Nunz. Francia, vol. 16, f. 85.

(2) Comme dépeignant très bien l'homme qui l'a composée ie la donne tout entière à l'Appendice, pièce 28.

fut sèche et hautaine (i). Il déclara au nonce que les Pvspagnols l'avaient dénigré aux yeux du Saint-Père, puisque c'était chose connue par tout le royaume qu'il n'avait pas, lui, d'autorité sur son frère et que celui-ci s'était même soulevé les armes à la main contre son roi et frère. Il ne pouvait pas être accusé de le soutenir à présent, car si le roi de France n'avait pas désiré maintenir la paix parfaite avec le roi d'Espagne, ce dernier ne posséderait plus, à l'heure qu'il était, un seul arpent de terre dans les Pays-Bas. Quant à la protection accordée à dom Antonio, le roi disait qu'il était libre de protéger qni que ce fût et que sa mère la reine avait à soutenir des prétentions légitimes à la couronne du Portugal. Catherine de Médicis dit au nonce à peu près la même chose, «bien que d'une manière plus véhémente et plus fougueuse, selon la nature des femmes». La mission de Malaspina pouvait donc être considérée comme complètement échouée. Aussi provoquait-elle à Rome une désolation profonde. Le cardinal de Côme écrivit à Castelli que »les affaires de cette Cour sont désormais réduites à un tel état qu'il faut être content de tout ce qui n'est pas expressément mauvais» (2).

Cependant, au commencement de l'année suivante Henri III, soucieux de maintenir à tout prix du moins les apparences d'une paix entre lui et l'Espagne, étonna le pape en le priant de vouloir interposer encore une fois sa médiation pour le mariage entre Anjou et une infante d'E.spagne. L'esprit impressionable de Grégoire XIII en fut profondément touché et il promit de

(i) Maffëi, t. II, p. 201—203. — Côme à Taverna le 19 févr. 1582. Ntmz. Spagna, vol. 30, f. 29.

(2) Lettre du 5 déc. 1581 : »I,e cose di cotesta Corte .«îono ridotte à certo terniine, che si deve haver per buono tutto quelle che non è espressaniente tristo». Nunz. Franaa, vol. 16, i. 154. Cfr. PHH^IPPSON, Gmnvella, p. 276.

tout faire pour favoriser ce projet louable (i). Il le fit en effet (2), mais il se vit contrarié par les événements et par les princes italiens lesquels redoutaient un accroissement de la prépondérance espagnole (3). Bientôt il reconnut qu'il avait été joué par la politique française et il devint alors plus accessible aux représentations sérieuses de Philippe II. Il consentit à prononcer l'excommunication de tous ceux qui avaient favorisé les aspirations du prétendant dom Antonio (4). Un peu plus tard, Henri III lui ayant demandé d'envoyer quelqu'un en Espagne pour composer les différends entre ce pays et la France, le pape lui fit dire, que s'il était nécessaire de faire des représentations à quelqu'un c'était bien au Roi Très-Chrétien qu'il fallait les adresser, et non au Roi Catholique (5). A la Curie, on était plein de dédain pour les Français hypocrites (6),

Philippe II jugea opportun de se servir de cette animosité de Grégoire XIII envers la F'rance pour le décider à former avec lui et avec les princes italiens une ligue qui aurait pour but de défendre l'Italie con-

(i) Philippson, 1. c, p. 281.

{2) Côme à Taverna le 30 avril 1582: »Le risposte date da V. S. a l'Ambasciator di Francia et officii fatti seco per la buona intelligenza fra quelle due Corone sono stati convenienti à la petvSona et al luogo che V. S. lieue, et conformi à la mente di Nro S:re al quale sarà sempre gratissimo che in tutte le occasioni che se le presenterauno di far cou l'una et con l'altra parte di simili officii non manchi di farli. Noi facenio far il medesimo quasi ogni giorno co'l Re Christianissimo et trovamo buonissima dispositione, anzi desiderio infinito di star in pace scusandosi de le cose del fratello et de la madré che non sono in poter suo. 11 che V. S. potrà rappresentar à Sua M:tà quando gli parlera et fra tanto à l'Ilbnio Granvela». Ntmz. Spagna, vol. 30, f. 51.

(3) Maffei, t. Il, p. 267.

(4) PhIIJPPSON, Granvella, p. 282.

(5) Id., ibid., p, 291.

(6) Id., ïbid., p. 297 — 298.

tre une invasion étrangère (i). Il était bien évident que cette invasion ne pourrait venir d'autre côté que de la France. Mais à cette occasion Philippe II avait compté trop sur la complaisance du pape. Entrer dans une alliance dirigée contre la France c'était prendre décidément position pour un parti contre un autre, et Grégoire XIII comprit que cela ne se comportait point avec sa qualité de Père commun de tous les peuples. Il refusa donc, en affichant la plus stricte neutralité. Ce refus ne pouvait que dépiter le roi d'Espagne. En même temps il se voyait toujours plus entravé par les ennemis ouverts et secrets que lui suscitaient les intrigues de la Cour de France. Le parti espagnol à Rome se mit conséquemnient à réclamer du pape des manifestations énergiques contre le gouvernement de France (3). Mais Grégoire XIII, lassé de ces supplications éternelles, se renferma dans une attitude réservée et laissa aller les choses comme elles pourraient. Il ne voulait point entrer en rapports directs avec le roi de France (3) et il fit entendre à celui-ci qu'il ne pouvait plus pousser le roi d'Espagne sans l'offenser profondément (4). Sur ce, la guerre entre les Français et les

(1) PhIIJPPSON, Granvella, p. 298—299; 399—400.

(2) M., ihid., p. 305.

(3) Côme à Castelli le 28 février 1583. Num. Francia, vol. 16, 1 250.

(4) Côme à Castelli le 28 mars 1583. Ibid. i. 257. Le même ati même du ]8 juillet: »Poi che V. S. non si la.scia persuadere de le ragioni che N. S:re le ha tanto chiaramente rappresentate più d'una volta ne le lettere mie per le quali non vede Sua Bme corne potere honestamente et senza rossore entrare à persuader il Re catholico di pacificarsi con il Re Christianissimo et con Monsror suc fratello non conoscendo che quelle faccia altro che difender il suo che senza ragione gli vien travagliato, aspetterà la S:tà Sua che il tempo ne facci meglio capace V. S. essendo cosa assai évidente che questo officio di pacificarsi è solamente bisogno con Mons:or et con il Re suo fratello se è vero che Sua M:tà possi levar a Mons-.or il modo di offender il

2r6 CHAPITRE V

Espagnols devint de jour en jour plus imminente. Le pape, eût-il pu l'écarter s'il l'avait voulu? Vraisemblablement non, son pouvoir n'allait pas jusque là. Les partis se servirent de lui comme de prétexte et de moyeu, mais ils ne le considéraient point comme l'arbitre de la guerre et de la paix.

Cependant, le nouveau nonce en France Jérôme Ragazzoni, évêque de Bergame, (Castelli était mort le 2 mai 1583) qui arriva à son poste en automne 1583, avait instruction de s'employer pour le maintien de la paix entre les deux ennemis politiques (i). Mais ce n'était pas là son but unique et principal. Il devait, par commission spéciale, surveiller que les intérêts de l'Eglise ne fussent pas lésés dans l'assemblée du clergé qui devait se réunir à Saint-Germain-en-Eaye au commencement de l'année suivante (2).

En unissant tous les membres du clergé en un parti compacte le pape n'espérait rien moins que de pouvoir enfin mettre un fin à l'absolutisme arbitraire du roi en matière religieuse et ecclésiastique. Il rêvait aussi de pouvoir faire adopter à cette occasion les décrets du concile en France, et d'entraîner ainsi irrésistiblement ce pays dans le grand courant de la Contre- Réforme catholique. L'opposition du clergé, dirigée par le nonce, ne fut pas mauvaise, mais comme on sait, les notables de Saint-Germain-en-Laye n'aboutirent point (3).

La mort de François d'Anjou, le 10 juin 1584, changeait de tout au tout les voies de la politique euro-

Re Catholico et non lo levi». Nunz. Francia, vol. 16, f. 297. MafFEI (t. II, p. 336) vante l'activité du pape pour la conservation de la paix durant l'année 1583.

(i) Côme à Ragazzoni le 7 sept. 1583. Ntmz. Francia, vol. 16,

(2) Côme à Ragazzoni le 19 déc. 1583. Ibid., f. 334. (3; Cfr. Richard, p. 207—213.

péeune et mit au premier plan la question de la succession française. Le sort de la France devait être décidé par une lutte à vie et à mort entre les deux partis qui se partageaient le pays: le parti catholique €t espagnol des liguistes et le parti patriotique et huguenot des défenseurs des droits de Henri de Navarre. Il était bien naturel que la Ligue cherchât un appui et même un allié dans le pape et que celui-ci fût au moins intéressé à son action et à ses progrès. Pour nous, il devient d'un intérêt tout spécial de savoir si Grégoire XIII s'est laissé entraîner par la vivacité de ses sentiments à devenir le complice de la ligue et à se poser par là-même en adversaire déclaré de la royauté légitime en France. Malheuresement, sur ce sujet les renseignements sont épars, les documents écrits faisant pitoyablement défaut et les témoignages imprimés étant rares et par surcroît même contradictoires.

Durant la deuxième moitié de l'année 1584 la politique espagnole s'efforçait de toute manière de se concilier la faveur du pape. On le flattait, on le contentait par des services insignifiants, et le cardinal de Granvelle feignait même de désirer une solution équitable delà question juridictionnelle. Grégoire XIII, facilement impressionné, fut gagné entièrement (i), et il ne paraît pas avoir aperçu les buts égoïstes de Philippe II. Ce

(i) Cfr. p. ex. les lettres de Grégoire à Philippe II et de Côme à Taverna du 8 oct. 1584. Nimz. Spagna, vol. 30, f. 507 et 509. IvC roi ayant demandé le chapeau cardinalice pour Ascanio Colonna, on se vit forcé de le lui refuser, mais on le fit avec mille excuses, et Côme écrit entre autres: »N. S:re da un canto haveria voluto satisfare à Sua M:tà corne certo desidera di fare in tutte le cose honeste, et corne crede d'haver fatto dal principe del Pontificato sin à quest'hora in qualsivoglia materia et spetialmente in questa de Cardinali havendone creati molti à sua instanza (ce qui était bien vrai) et di diverse nationi, ma d'altro canto con l'obligo che S. B:ne tiene*, etc.

2tS CHAPITRE V

roi aspirait à obtenir le consentement et la bénédiction du pape pour ses plans de renverser, comnae chef de la ligne, le trône des Valois en France. Kn effet le pape avait déclaré qu'il ne tolérerait jamais l'hérétique le plus hérétique de tous, Henri de Navarre, comme souverain de ce pays, et il s'était déclaré pour la candidature du cardinal de Bourbon (i). Cependant il semble que d'abord il ne se soit pas rendu clairement compte de la complexité des affaires intérieures en France, et qu'il ait hésité au sujet de la position qu'il devait occuper quant à elles. Lorsque dans l'automme de 1584 (au mois de septembre?) le duc de Guise envoya à Rome une personne pour implorer la sanction papale à sa rébellion contre le roi et les pouvoirs légitimes, Grégoire XIII lui répondit que »si lui et ses alliés se mouvaient, comme ils l'affirmaient, purement dans l'intérêt de la religion, lui, le pape, approuverait une aspiration si noble et leur donnerait sa bénédiction» (2). Comme nous le voyons, les termes de cette réponse étaient plutôt vagues.

Philippe II ne voulait pas admettre que le duc de Guise apparût comme le chef de la Ligue française, il voulait lui-même en être la tête et l'inspirateur. Il voulait, en sa qualité de tuteur suprême de la religion catholique, déchaîner la guei're civile en France et guider par son autorité les champions de la cause légitime. Mais il avait besoin de la bénédiction et même de l'alliance du pape (3) pour couvrir son ingérence d'un

(1) PHIIvIPPSON, GranveUa, p. 402.

(2) MaFFEI, t. II, p. 379-380: «Consultato con molli Dottori^ e Teologi l'obbligo suo in questa materia, rispose col parère di essi aU'uGUio venuto di Francia, che se il Duca di Guisa, et gli altri suoi confidenti si muovevano puramente, come affermavatio essi, per conto di religione, approvava egli si nobile intente, e dava loro la benedizione sua».

(3) PHirjPPSON, Granvella, p. 412.

semblant de légitimité et pour pouvoir apparaître comme le champion de la foi orthodoxe.

Depuis des années déjà Philippe II tenait à sa solde Henri de Guise (i), et la réorganisation de la Ligue en 1584 avait été faite en grande partie à l'aide et sur la médiation des envoyés de Philippe II en France. Enfin le 16 janvier 1585 fut conclue l'union de Joinville entre les délégués espagnols et les principaux membres de la maison des Guise. Il y fut convenu d'exclure à tout jamais les hérétiques de la succession au trône et d'extirper dans tout le royaume les hérétiques et mécréants. Les décrets du concile seraient adoptés en France et l'entente la plus parfaite rétablie entre ce pays et l'Espagne, etc. La ligue, ainsi constituée, exhorta le pape à accorder sa sanction à la lutte qu'elle se préparait à commencer contre qui que ce fût qui soutiendrait les prétentions de Henri de Navarre. Il va sans dire qu'elle ne comptait point ménager le roi même si celui-ci se posait comme leur adversaire. Grégoire XIII, consentit-il à s'engager avec eux et à entrer en combattant dans une lutte qui pouvait facilement se tourner contre un monarque aussi affilié au Saint-Siège que l'était le Roi Très-Chrétien? Je suis convaincu que non.

Il est vrai que PHILIPPSON affirme que Grégoire XIII, complètement dominé par l'influence espagnole, aurait accordé l'absolution plénière à tous ceux qui recourraient aux armes et aurait promis, aussitôt les hostilités commencées, de lancer contre Henri de Bourbon l'excommunication plénière (2). Mais DE HiJBNER nous fait savoir que le pape refusa net de recourir aux moyens extrêmes que lui proposaient les chefs de la Ligue et qu'il se contenta de leiir adresser des paroles

(1) FORNKRON, Dîtes de Guùe, t. II, p. 235 (depuis 1578).

(2) PHn,IPPSON, Granvella, p. 425.

encourageantes, mais que ces derniers, trop avides de la bénédiction papale, auraient répandu en France que le pape avait sanctionné leurs entreprises. I^'attitude du pape aurait été déterminée par un fort courant national et anti-espagnol à Rome (i). L'historien contemporain DAVILA dit aussi expressément dans son » Histoire des guerres civiles de France »que Grégoire XIII, ne voyant pas trop ni les avantages ni la nécessite de la Ligue, avait refusé les demandes des Guise. Davila ajoute que le pape l'avait fait sur le conseil de son secrétaire, le cardinal de Corne (2). Comment expliquer cette conduite singulière du cardinal? Sans doute, si l'assertion de Davila est vraie, il faut croire que le cardinal, parfaitement renseigné sur l'opinion anti-espagnole de la Cour et probablement aussi sur les intentions secrètes du pape, lui avait donné ce conseil pour lui complaire et pour soutenir de son opinion celle du pape qui était vacillante. L'ambassadeur vénitien Lorenzo Priuli est bien de l'avis que Grégoire XIII avait tout d'abord favorisé les Guise, mais il ajoute comme son opinion que s'il avait vécu plus longtemps on l'aurait vu abandonner franchement leur cause (3). Knfin je veux citer une lettre du cardinal de Côme au nonce de France du 25 mars 1585. Il dit dans cette lettre que le pape a trouvé ridicules les bruits d'une alliance entre lui, le roi d'Espagne et le duc de Savoie — contre Gênes, prétendait-on — et qu'il autorisait le

(1) lîÛBNER, t. II, p. 6—7.

(2) DA\ti.a (éd. 1757), t. II, p. 123. Grégoire XIII différait de se décider: »Le pape se contenta de donner de bonnes espérances aux Ligueurs, et de les exhorter à veiller au bien de la Religion, et à l'extirpation de l'hérésie. Il continua à temporiser, et malgré toutes leurs instances, ils ne purent jamais tirer aucun écrit de sa main, d'où l'on pût conclure sûrement qu'il approuvoit et protégeoit la Ligue i>. — Cfr. la note à la même page.

(3) Al,BERl, Sér. II, vol. IV, p. 304..

nonce de les démentir catégoriquement (i). Cette lettre, il est vrai, n'est point une preuve telle quelle, mais jointe aux témoignages cités elle est peut-être un indice. Du reste, Grégoire XIII, le juriste par excellence, comment eût-il pu consentir à combattre un pouvoir légitime, une royauté sacrée, comme la royauté de France ?

Notons enfin que vers la fin de sa vie Grégoire XIII dépérissait rapidement. Il évitait plus que jamais le travail pénible et il commençait à négliger fort les choses temporelles et la politique du Saint-Siège (2). Il est bien clair que le cardinal de Corne, en sa qualité de ministre, devait en éprouver des suites désagréables pour son travail (3). Aussi s'en plaint-il, et la corres-

(i) »V. S. di nuovo scrive che si continua di ragionare che N. S:re et il Ré Cath:co con il Duca di Savoia siano in lega per guerra contra Geneva et che ne cresce tuttavia la voce: N. S:re al primo avviso di V. S. non ci presto orrechia piglandolo per cianza di Corte, hora che vede ciô che V. S. ne replica, gli pare necessario di dirgli che la voce è vanissima et di niun fondamento, et quando S. Stà pensasse à Geneva farebbe principale ricapito di S. M:tà Christianissima per molti rispetti, pero se la voce predetta escie da luoco alcun di credito, sarà con qualche altro fine, che per quell'impresa. Con questa informatione potrà V. S. rispondere à chi ne parlasse più». (Il faut dire pourtant que le sens des mots est obscur). Nunz. Francia, vol. 16, f. 453-

(2) Alberi, Sér. II, vol. IV, p. 304. Le 12 mai 1584 Priuli écrit au Doge ces paroles: »In qiiesto ragionaniento (une affaire quelconque) il Cardinale non solamente non si è offerto d'interponersi per accoraodar questo negotio, ma ha mostrato piu tosto di curarsi poco, dicendo che il Papa è vechio, aspro, et difficile». Arch, Ven. Disp. Roma (1584), filza iS, f. 115. — Babbi au grand-duc le 14 février 1585: »e bisogna che al Papa non sia detto il vero (des bandits), poiche non se ne fa un sentore al mondo, e manco alcuna provisione, amraettendo hoggi il papa pochi fastidij, perche è una grande età esser entrato nelli 85 anni». Arch. Fior. Med., filza 3604, f. 158.

(3) Il y en avait pourtant qui prétendaient que le cardinal

pondance avec les nonces devient bien maigre surtout ■dès la fin de l'année 1584. Le 10 avril 1585 Grégoire XIII mourut, pleuré de bien peu. La Cour de Rome avait commencé à trouver son pontificat trop long, et même désagréable, les Italiens en général lui reprochaient son asservissement total à la politique espagnole.

Par la mort de Grégoire XIII finit un pontificat qui a été un des plus remarquables dans l'histoire de l'évolution catholique. Les progrès que fit alors la cause catholique en Europe étaient énormes, et les décrire dépasserait de beaucoup les limites de ce travail. Nous nous sommes bornés à nous en former quelqu'idée, et parvenus à la fin de notre étude nous nous demandons quelles ont été les raisons de ce succès inouï. Certainement, nous devons l'avouer, la capacité politique fort disputable de Grégoire XIII n'y était pas pour grand'chose. Mais pourtant ce pape a eu, •dirai-je, deux idées heureuses qui ne pouvaient que favoriser grandement les progrès de la religion catholique: s'engager dans toutes les grandes entreprises politiques qui se tramaient alors en Europe, et seconder autant que possible les efforts de la royauté espagnole aspirant à la monarchie universelle. Le grand courant Teligieux qui emportait les hommes et l'habileté des serviteurs de la papauté fit le reste. Le serviteur principal du pape, son ministre même, le cardinal de CômC;, quelle part a-t-il eu à l'œuvre de son maître? Le succès de la politique de Grégoire XIII est déjà en luimême une preuve de l'utilité et de la grande habileté de cet homme, il prouve que comme directeur de la diplomatie pontificale le cardinal de Côme a été à sa

n'était point mécontent de la décrépitude du pape et qu'il contribuait même quant il le pouvait à en augmenter les suites •déplorables. Cfr. la pièce 27 B à l'Appendice.

place. Mais a-t-il eu de l'empire sur les opinions du pape, lui a-t-il suggéré des idées politiques, des entêtements, des changements de vue? Nous avons déjà répondu en partie à ces questions; maintenant nous pouvons nous prononcer plus distinctement encore et dire qu'il n'en a même pas eu l'idée. Certes, il a pu quelquefois s'opposer au pape dans les consistoires des cardinaux, il a aussi pu vaincre une fois ou l'autre son opiniâtreté dans quelque affaire sans grande importance; le caractère du pape même l'empêchait d'en faire plus. Mais il n'a jamais tenté de se poser en homme d'Etat indépendant et énergique. Il ne considérait pas sa position comme telle. Il écrit lui-même dans une lettre au nonce Frumenti:

»Monsignore, i Principi alcune volte fanno dele cose, le quali se ben sono fatte cou prudenza et maturità, nondimeno poiche non si puo penetrar à la cagione elle li ha mossi, sono giudicati reprensibili; et alcune volte ne fanno per loro niera volontà in un modo, che fatte in un altro sariano forse più laudabili; ne l'uno et ne l'altro caso parmi che il dover voglia che i Miuistri s'acquetino, et faccino legge à se stessi de la loro volontà; altrimente se i Principi non potessero trattar i negotij più per una via che per l'altra et communicaiii à chi più loro place, saria una spetie di servitù la loro» (i).

Est-ce que cela ne dépeint pas l'homme?

Ce qu'il y avait de subjectif dans ses vues, c'était sa sympathie tenace pour la puissance espagnole (2). Serait-ce trop hardi de supposer, malgré tout ce qui a

(1) Ntmz. Porhigallo, vol. 3, f. I3I.

(2) Il n'était point novateur. Il écrit une fois qu'il est »manco maie di passar innanzi seconde l'use trovato, che causar inconvenienti con le riforme, la quai cosa dipende da la desterità del Ministre». Bibl. Vat. Barb. Lat. MS. 574.1, f. 16.

été dit ci-dessus, que la complicité apparente du cardinal de Côme avec la politique de l'Espagne était cependant pour quelque chose dans le phénomène incontestable que surtout durant le dernières années de sa vie le pape Grégoire XIII se meut toujours plus dans les voies de la politique espagnole?

IvA MORT DU CARDINAI. ET LA FIN DESON SIÈCLE.

Le 24 avril 1585 le nouveau pape fut élu. Ce fut le cardinal Montalte, qui prit le nom de Sixte-Quint. Le même jour déjà, le cardinal de Côme dut quitter son poste comme ministre et chef de la secrétairerie, et le cardinal Rusticucci, l'ancien secrétaire de Pie V, fut installé à sa place (i). Le nouveau pape semblait donc vouloir revenir sur le système de Grégoire XIII et tenir ses parents éloignés de la direction des affaires en nommant à la charge de cardinal-ministre simplement un homme expérimenté. Cependant Rusticucci, peu actif, fut laissé bientôt à l'écart et remplacé par l'ancien secrétaire privé du pape, Decib Azzolino, créé cardinal le 18 décembre 1585 (2). C'était donc un secrétaireministre à l'instar de Ru.sticucci sous Pie V. Mais Azzolino mourut en 1587, et le jeune cardinal Montai to, neveu du pape, qui, déjà avant la mort de Azzolino, avait été initié au maniement des affaires étrangères,

(i) HûBNER, t. I, p. 203—204.

(2) Ar,BERi, Sér. II, vol. IV, p. 313.

reçut du pape la direction de la correspondance et de la secrétairerie (i). Sixte-Quint ne lui laissa pas d'indépendance, mais en principe il avait cependant réintégré le vieux régime népotique que déjà Pie IV avait tâché d'abandonner. Ajoutons encore qu'il combla de richesses sa propre famille, et que tous ses successeurs l'imitèrent fidèlement en se créant toujours un cardinalneveu à leurs côtés et en enrichissant démesurément leur propre famille. Le vieux népotisme romain était ainsi ressuscité et il eut une floraison nouvelle pendant le XVII:e siècle. Les prodigalités et les déprédations des Borghèse, Barberini, Chigi, etc., sont devenues célèbres dans l'histoire de la ville des papes {2). Enfin le pape Innocent XII (mort en 1700) mit fin à ces extravagances en interdisant à tout jamais l'usage des cardinaux-neveux. Il prescrivit que le secrétaire domestique du pape serait désormais ministre, et on commença à l'appeler Cardinal-Secrétaire d'Etat. C'est ainsi que, plus de cent ans après Grégoire XIII, le principe avancé par lui quant à la direction des affaires remporta enfin la victoire sur une coutume, consacrée par une tradition séculaire, mais ayant eu pour le Saint- Siège les conséquences les plus funestes.

Le cardinal de Corne dépossédé de son office et dénué de son influence ne resta plus longtemps à Rome. Dans l'automne de 1586 il se retira dans sa patrie lombarde qu'il n'avait pas visitée pendant si longtemps. Au mois d'octobre il se trouvait à Côme {3). Ses concitoyens le reçurent avec des transport de joie et le fêtèrent comme leur patriarche et leur bienfaiteur. Nous savons qu'il possédait, à l'autre bout du lac, le fief des »Trois Paroisses» qu'il avait reçu du roi

(l) HÛBNER, t. I, p. 414.

(2). Voir sur cela l'écrit intéressant // Nipotùmo di Roma, cité déjà dans cet ouvrage.

(3). A. MONTI, Periodico, Vol. III, p. I05.

CHAPIÏRR VI 227

d'Espagne par une grâce spéciale sous le titre de comté (i). En 1583 il avait, par un nouvel achat, étendu la concession du roi (2), et cette même année il jeta à Gravedona, située au milieu de ses possessions, les fondements d'un magnifique palais, destiné à devenir la résidence de sa famille (3). De retour en 1586 à Côme il se mit à hâter la construction de ce palais et il appela pour l'achever le célèbre architecte Theobaldo Pellegrini (appelé aussi Pellegrino Pellegrini) dont on admire à Milan des parties de la façade du dôme et la superbe cour du palais archiépiscopal. L'édifice, hissé sur un haut rocher dont le pied est baigné par l'eau du lac, a un aspect imposant — moitié château féodal, moitié séminaire ecclésiastique, mais avec tout cela une agréable villa. Il a une belle cour, de belles galeries et une salle grandiose au milieu. Des terrasses devant la maison on jouit d'une vue superbe sur l'extrémité du lac (4), Ee cardinal possédait encore ime autre villa dans sa propriété de Garrovo près de Cernobbio, édifiée dès 1568 et connue plus tard sous le nom de villa d'Esté (5). Elle est aujourd'hui complètement trans-

(i) L,e décret royal lui conférait le droit de transmettre le fief comme possession héréditaire (majorât) à celui de ses neveux que bon lui semblerait. Carte Ducali chez M. Monti. J'ajoute ici un »avis» de Milan du 22 février 1580: »I1 Cardinale di Como ha havuto del Re Cattolico le tre Pievi che avea la Sig:ra Marchesa di Marignano in pegno per settemila scudi. Cosa che ha causata grande alteratione a' questa signora che se ne sta sconsolatissima». Bibl. Trivulz. à Milan, Fonds Belgioiosod'Este.

(2) Les Carte Ducali citées.

(3) A. MoNTl, 1. c, p. loi. M. MONTi, Storia di Como, vol. II, p. 384.

(4) Le palais est appelé ajourd'hui »palazzo del Pero» ou le palais «des quatre tours».

(5) FOSSATI, Villa d'Esté, p. 23 — 25, qui affirme que Pellegrini avait bâti aussi cette villa.

228 chapitre; VI

formée et occupée par un hôtel (i). A Côme, il acheta et bâtit des maisons (2). Passionné pour les bâtiments il se mit à restaurer les églises de la ville. S. Abbondio, dont il était abbé commendataire, fut grandiosement restaurée à ses frais, ce qui aura terriblement abîmé son beau style ancien. A-t-il fait bâtir peut-être l'église de Saint-Georges, faubourg San Giorgio? Ses armoiries (3) sont gravées dans la pierre au-dessus de la porte et l'architecture, d'un joli style, est de l'époque.

Le cardinal avait un vif intérêt pour la charité publique et pour l'éducation de la jeunesse. En 1583 il fonda à Côme un collège qu'il dota de quelques prébendes qu'il avait reçues du pape des dépouilles de la société religieuse des Humiliés lors de sa dissolution. Il fit construire pour l'institut une demeure magnifique et il prescrivit d'y instruire et d'y nourrir gratuitement une quantité d'élèves pauvres. (De nos jours ceux-ci sont au nombre de cinquante). I/'instruction et la direction du collège furent confiées aux Pères Somasques (4). De nos jours encore le nom de l'institut est le »Collegio Gallio» (5).

(1) Plus tard, en 1596, le cardinal acquit une troisième villa, située à Balbiano, à mi-chemin entre les deux autres. Le lieu avait appartenu autrefois aux Giovio. MONÏI, Periodico, p. iio.

(2) Il habitait dans la ville la belle maison qui se trouve au numéro 5 de la piazza del Duca (paroisse de S. Eusebio). Elle était appelée jadis «palais du Duc».

(3) Les armoiries Gallio portent un aigle noir dans un champ rouge ; au dessous, un lion d'or en champ banc, entouré de deux ailes (?) et en bas un champ rayé en blanc et rouge. Cela d'après un écu ancien au collège Gallio à Côme. LiTTA en donne une réproduction un peu différente.

(4) Les prébendes en question rendaient gooo ducats par an. Voir pour les détails l'article de MONTi au vol. III du Periodico.

(5) On y conserve un portrait du cardinal le représentant dans ses vieux jours. Le tableau n'est pas excellent, c'est

Dans l'automne de 1587 nous le trouvons encore à Corne, mais peu de temps après il a dû retourner à Rome, puisqu'il fut^ en 1587 encore, créé cardinal-évêque du siège suburbicaire d'Albano(i). En 1589 il fut transféré au siège de Sabine, et en cette qualité il célébra en 1590 un synode provincial à Magliana. En 1591 il devint évêque de P'rascati.

Etabli à Rome il continua à s'abandonner à sa passion de bâtir. Il fit exécuter des embellissements à plusieurs églises: telles Sainte-Agathe des Goths et Santa Maria délia Scala (2). Mais le monument le plus important de son goût spécial qu'il ait laissé à la postérité, c'est la grande villa qu'il fit construire à Frascati. Nous ignorons quand il l'a commencée, mais le fait qu'à partir de 1581 environ il accompagne souvent le pape dans ses excursions à Mondragone, villa que le cardinal d'Altaemps avait bâtie pour Grégoire XIII près de Frascati, me semble indiquer que cet édifice magnifique était peut-être alors déjà achevé (3). C'est la villa actuelle de Torlonia, autrefois appelée aussi Ivudovisi et Conti (4). A l'époque dont nous parlons on l'appelait communément la villa »du cardinal». Les armoiries Gallio se voient encore à quelques endroits dans le pavé. Ee cardinal y séjourna souvent vers la fin de sa vie.

vrai, cependant j'en donne une réproduction au commencement de ce livre. .

(1) CappEU.E^TTI, t. I. p. 637. Il avait été alors quelque temps titulaire de Santa Maria del Popolo, élevée par Sixte- Quint au rang d'église cardinalice (MoRONi, t. XII, p. 155).

(2) MoRONi, t. XL, p. 272 et t. XII, p. 159.

(3) Déjà en 1579 il commence à dater des lettres »di Villa» ou »dalla Villa» (Fonds Borghèse, Sér. II, vol. 462, f. 794 et 802). V. la correspondence avec Borromée au vol. VIII du Periodico et corresp. manuscrite, fassim.

(4) MoRONi, t. Xly, p. 109. V. à l'appendice la pièce 3.

A Rome il prit part aux trois conclaves qui eurent lieu en 1590, 1591 et 1592. Il était toujours nommé parmi les »papables», mais son gouvernement sous Grégoire XIII et ses sympathies prononcées pour l'Espagne lui avaient procuré trop d'ennemis dans le Sacré-Collège (i). De plus on le traitait d'avare (2). Il était assez estimé de ses collègues, mais il n'était pas aimé.

Grégoire XIII l'avait fait protecteur de la Hongrie (3). Il était préfet de la Congrégation du Concile et de celle des Rites. En 1600 il passa au siège de Porte et Sainte-Ruffine, en 1603 à celui d'Ostie et Velletri et devint doyen du Sacré-Collège. Durant les dernières années de sa vie il vivait fort retiré: il ne visitait même pas les cardinaux ses collègues (4). Son âge l'en dispensait. Il continuait à être espagnol et il fut le principal appui du Roi Catholique dans le Collège cardinalice (5), où le parti français commençait déjà à

(i) Rel. de Giov. Dolfin (1598), Al,BERl, Sér. II, vol. IV, p. 492 — 493. En 1592 il était nommé le quatrième des papables, mais sa candidature était jugée d'une probabilité douteuse. Avvïso, du 4 janv. 1592. Bibl. Trivulz. F. Belgioioso-d'fîste.

(2) A Rome Pasqtdno proposait à Marforîo de faire élire pape le cardinal Sirleto (en 1585). Pasquino lui répond: Non^ quia dimnt quod eum Avaritia repelUt. Alors Marforio: Como. Pasquino: Non quia est eadem macula signatus et obstat ei Vicariatus Predecessoris, et denique coeteri Cardinales praemorttii nunc Po7itificis, inortui simt cum eo in hoc pontificato. Bibl. Trivulz. F. Belgioioso-d'Este.

(3) ClAPPI, p, 27—28.

(4) Barozzi et BERCHET, Relaziom\ p. 70 (année 1605).

(5) »Devoto servitor di S. M:tà Cattolica, poco amorevole del Gran Duca, più stimato, che amato in générale dà Cardinali è gia di età di anni 79». Ricordi fer la Carte di Roma. Arch. Vat. F. Pio, vol. 172, f. 307. — lya Relatione de Cardinali nella Vita di Cletnente 8:0. (Bibl. Vat. Urhin. 837) répète mot à mot le passage cité. — L'ambassadeur Dolfin dit entre autres de lui: »Como anch'egli è suddito e di volontà tutto spagnuolo, cardinale grande per richezze e per esperienza délie cose, avendo

faire une opposition dangereuse. Son vieux protecteur Philippe II mourut mais l'Espagne restait toujours la puissance la plus éminemment dévouée à la réaction catholique en Europe. C'était bien pour cela que Côme la servait (i).

L'occupation favorite du cardinal était pourtant d'administrer sa fortune immense, de l'employer au bien des pauvres et de la gérer à l'avantage de ses parents. Nous savons que, déjà sous Pie IV, il avait su amasser de l'argent. Durant le pontificat de Grégoire XIII il avait trouvé le moyen de s'enrichir encore davantage, et le pape le comblait de pensions et de revenus ecclésiastiques. Vers la fin du XVLe siècle il était incontestablement le cardinal le plus riche de Rome (2). Outre ses propriétés déjà énumérées dans la ville et sur le lac de Côme, il possédait des biens et des terres dans les cantons voisins: à Caiello, Cavaria, Brignano, Cantù, Galliano, etc. En 1582 il avait acheté

governato il pontificato sotto Pio IV e sotto Gregorio XIII. E perô, se bene egli ha inteso sempre le cose a modo degli Spagnuoli, ed è stato utio de principali strunienti délie rovine di Francia, dimostrando in tutte. le occasioni non pensare ad altro che al comodo ed alla sodisfazioue degli Spagnuoli, nondimeno non mancano di quel che credono ch'essi non dicano da dovero nel volerlo papa, e sia per questo, o perche il Collegio non lo pnô sentire, egli non ha parte alcuna nel pontificato». Al,BERI, Sér. II, vol. IV, p. 480).

(i) Il ne faut pas confondre avec le cardinal de Côme le cardinal Galli, de Osimo, créé cardinal le 17 décembre 1586. Celui-ci avait été au service de Sixte-Quint durant son cardinalat, il partagea sa fortune, fut créé légat à Ravenne en 1590, devint fort riche mais pas très considéré et mourut en 1620.

(2) Les papiers restants de la famille Gallio qui se conservent aux Archives de l'Oeuvre pie Trivulzio à Milan nous donnent une idée des possessions du cardinal. On trouve là des inventaires, des listes, des extraits d'actes officiels qui nous mettent en état de suivre à tâtons l'accroissement de cette fortune.

le marquisat de Scaldasole, près de Pavîe, et appartenant aux Malaspiiia (i). Il possédait un palais à Milan, des châteaux dans les environs de Rome, des rentes sur les prêts accordés aux municipalités' de Naples et de Milan, des intérêts sur la congrégation des Camaldules, des censés et des rentes de toutes espèces (p. ex. des centaines de luoghi di monte à Rome) (2). Ses revenus étaient tels qu'il avait pu, le 2 octobre 1587, faire à son neveu Ptolémée Gallio une donation de 60,000 ducats par an (3) — de l'argent donc dont il pouvait commodément se dessaisir. Ce Ptolémée était son neveu favorit, et il avait eu le plaisir d'assister à son mariage avec Barbare Visconti à Côme, au mois de septembre 1587(4). En 1595 il lui acheta, pour la somme de 150,000 ducats, le comté d'Alvito, état situé dans la province de Terra-di-Lavoro, royaume de Naples (5). Iva donation de 1587 fut alors révoquée, mais renouvelée et augmentée en 1597 elle institua le comte Ptolémée comme chef de la famille. Dans son testament, daté le 4 mars de la dernière année, le cardinal lui transmit la majeure partie de sa fortune avec le droit de majorât sur les comtés d'Alvito et des Trois Paroisses (6). Il avait donc réussi à fonder une famille

(i) Carte Ducali, Côme. Papiers Gallio, Oeuvre pie Triviilzio, Milan. L'achat eut lieu le 21 août 1582.

(2) Il avait prêté à la ville de Milan 40,000 scudi, à celle de Naples 46,000. Arch. Notarile à Côme, filza Olgiati Gio. P., 1581— 1609.

(3) Arch. Oeuvre pie Trivulzio, (Papiers Gallio) filza 2, n-.o 30.

(4) Ibid. 11:0 14. C'était probablement à cette occassion que Ptolémée prit le titre de «conte délie Tre-Pievi».

(5) Oeuvre pie Triv., filza i, pièce 2 (Pro pretio Ducatonwt

centum qtiinquaginta mille).

(6) Donation au comte Ptolémée du 16 juin 1597, document cité ci-dessus à la note 2. I,e testament du cardinal se trouve en copie aux Archives nommées tantôt, filza 2, pièce i. Il

«HAPITRE VI 233

qui pourrait compter sur la considération des hommes, une race dont le manque de nobilité était compensé, croyait-il, par les richesses incalculables dont il l'avait dotée. Les Gallio résidèrent à Côme jusqu'en 1630, où le chef de la famille le duc François s'établit à Naples et transplanta là la branche aînée. Elle y vécut jusqu'en 1800, apparentée aux premières maisons de l'aristocratie napolitaine. Une autre branche de la famille se transféra à Milan, où elle s'allia à la maison princière de Trivulzio et s'éteignit en 1757. Son héritage immense passa à un institut de charitéappelé désormais L'Oeuvre Pie Trivulzio.

La munificence du cardinal envers sa patrie n'était pas encore épuisée. En 1601 (le 8 juin) il fit une donation de 100,000 ducats d'or (i), qui serviraient à instituer à Côme une œuvre pie à laquelle il assignait une activité multiple. Les rentes du capital seraient employées à doter quinze filles pauvres qui voulaient se marier; les Ursulines, l'hôpital de la ville, la cathédrale et les pauvres en général en auraient tous leur part. Un conseil fut institué pour administrer la fortune, et les pauvres y auraient eux aussi leur représentant. » Opus Pium est Laicale non Ecclesiasticttm» ^ disait l'acte d'institution, chose qui nous étonne autant qu'elle nous inspire d'admiration. En 1604 (le 12 mai) le cardinal ajouta à la donation déjà faite la même somme pour servir aux buts déjà mentionnés. L'institut existe toujours, bien qu'avec un capital diminué (2). Elle porte le nom de l'Oeuvre Pie Gallio.

Le cardinal s'était toujours vivement intéressé à la conservation des actes et des documents écrits. A

a été signé le 4 mars 1597 »in casa délia mia residenza in

Borgo» (il habitait le palais Giraud à Rome).

(1) Institiitio o;peris PU, p. 3 et suiv.

(2) MoNTi, Perwdùo, vol. III, p. iio— iii; p. 123 et suiv.

234 CHAPITRE Yt

propos de l'Oeuvre Pie dont nous de venons de parler, il avait écrit à son neveu le comte que pour la prospérité de l'institut il était indispensable d'y avoir des archives en bonne forme pour conserver les papiers ayant trait à lui (i). Mais déjà sous Pie IV il avait pris soin de conserver auprès de lui une grande partie de la correspondance politique qui passait entre ses mains (2). Etant ministre sous Grégoire XIII il revint à ce système (3), et c'est probablement grâce à lui que nous possédons, relativement si complète, la correspondance politique de cette époque extrêmement importante. Car à la mort du cardinal tous les papiers trouvés chez lui furent transférés', par ordre du pape, aux Archives pontificales dans le château du Saint-Ange. En 1635 on trouva à Côme des liasses qui jadis avaient appartenu au cardinal. C'étaient là des paperasses concernant les négociations politiques de Pie IV et de Grégoire XIII, le concile de Trente, etc. Toute cette

(i) Lettre du 9 février 1602: »Nipote Carissimo, havendo io conosciuto di quanta importanza sia per stabilimento et perpétuité délia nostra opéra Pia il deputare in loco, nel quale si custodischino, le scritture appartenenti ad essa .... che facciate fare in Casa vostra in luogo sicuro et appartato un Archivio in buona forma». Impr. dans L'opéra Pia Gallio, p. 81.

(2) SaI,A, Documenti circa la vita etc. di S. Carlo Borro7neo, t. II, Sér, VI, numéro 3: »Poscritta di San Carlo al suc agente in Roma, che le scritture e lettere trattate da lui corne nipote del papa, le conservava in Roma ordinate del Card. di Como, e le ayrebbe consegnate quando S. S:tà avesse incominciato il negozio per far raccolta di tutte, non essendo espediente che andassero in mano di molti per esservi negozi importantissimi».

(3) Je trouve dans une lettre du cardinal au nonce de Naples le passage suivant (25 févr. 1576): . . . «l'infrascritta nota, la quale si trova hora appresso di me tra l'altre scritture de la detta lega . . . . (di Sua S:tà del Ser:mo Re Catholico et de S. %S:ri Venetiani). Nunz. Napoli, vol. 321, f. 26.

aubaine fut transférée à Rome (i). Ainsi, nous avons lieu de croire que tous les documents sauvés par la sollicitude du cardinal se trouvent actuellement aux Archives Vaticanes.

Le 3 février 1607 mourut à Rome Ptoléraée Gallio, cardinal de Corne (2).

Il avait, durant son existence variée, éprouvé les vicissitudes de la fortune, et il est à maints égards un représentant caractéristique de son temps. Il n'était nullement le seul en Italie qui s'était élevé de conditions humbles jusqu'à la dignité de prince de l'Eglise. Comme tel il avait, à l'égal de tant d'autres, amassé des richesses princières et donné origine à une famille puissante et considérée. Il représentait d'une manière remarquable les aspirations de la réaction catholique •en Europe, et il incarnait comme Italien l'absolutisme spirituel de l'Eglise et la domination odieuse de l'Espagne, qui ensemble étouffèrent l'évolution libre et

(i) L,'abbé Marc Gallio écrit le 24 janv. 1635 au cardinal Barberini, neveu du pape Urbain VIII: »D'ordine délia S:tà di Papa Paolo Quinto îel. mem:a furono conse^nate a Mons. Montarentio all'hora Commissario dalla Caméra tutte le scritture, che furono ritrovate in Casa alla morte del Card. di Como, concernenti alli due Pontificati di Pio 4 e Gregorio XIII fel. mem:a da riporsi nell'Archivio délia S.ta Sede in Castello. Hora essendosi à caso ritrovate moite altre scritture per errore già trasferite quà, del tenore, che V. Em:za si degnerà vedere nell'alligata nota, mi è parso mio debito à significarglielo, acciô giudicando l'infinita prudenza di S. S:tà, e di lei, che convenga si uniscano insieme queste con le altre sudette. V. Em:za si degni come humilmente la supplice», etc. Il y suit une liste des docuraments trouvés, Bibl. Vat. Barh. Lut. 6017. f. 94—96. — Memorie Vola?tti dell'Arcîiivio, dell'anno 1635: »Instrumento di consegna d'alcune scritture fatta a Mons. Conteloro, date dall'- Erede dell riv. Card. di Como al S:or Card. Barberino ad effetto di porle in Archivio di Castello S. Angelo e parte per conservarle nell'Archivio délia Caméra». 1635 (comm. M. Ranuzzi).

(2) Il fut enterré à l'église Santa Maria délia Scala à Rome.

nationale en Italie. Dans son testament encore il avait dit à son neveu le comte Ptolémée:

»Bt commando distrettamente al detto Tollomeo di esser fedele à Sua Maestà Catholica e alli suoi successori nel ducato di Milano conforme all'obbligo di buono et fedele vassallo, (Secondo l'Investitura datami dal Reverrmo Re Catholico»).

Il n'était jamais parvenu à jouer le premier rôle sur la scène des événements politiques, mais il y avait souvent joué un rôle secondaire d'une importance,, dirait-on, primordiale. Dans la ville de Côme il était arrivé à être »le premier», mais à Rome il avait dû. se contenter de n'être que »le second!»

Liste des pro?not?'ons de cardinaux, neveux des -papes.

Marïin V, élu le II nov. 1417.

Deuxième création, le 23 juin 1426, de quatorze cardinaitx, parmi lesquels Prospère Colonna, neveu du pape.

Eugène iv, élu le 13 mars 1431.

Première création, le 19 sept. 1431, de deux cardinaux, dont François Condulmaro, neveu du pape. (Quatrième création, le i:er juillet 1440: Pierre Barbo, neveti du pape).

Nicolas v, élu le 6 mars 1447.

Seconde création, le 18 déc. 1448, de six cardinaux, parmi lesquels Philippe Calandrini, iineveii-» du pape.

CawxTE III, élu le 8 avril 1455.

Première création, le 17 sept. 1456, de trois (?) cardinaux, desquels Jean lyouis et Rodrigue Borgia étaient 7ieveux du pape.

Pie II, élu le 19 aoiàt 1458.

Première création le 5 mars 1460, de six cardinaux, parmi lesquels Francesco Todeschini Piccolomini 7ieveu du pape.

Paui, TI, élu le 30 août 1464.

Première création (?j le 18 sept. 1467, de huit cardinaux, dont Marc Barbo, neveu du pape. (Création suivante, le 20 nov, 1468, de deux cardinaux, Baptiste Zeno et Jean Michiel, neveux du pape).

Sixte W, élu le 9 août 147 1.

Première création le 16 déc. 1471, de deux cardinaux, neveux du pape, Pietro Riario et Giuliano délia Rovere. (Quatrième création le 10 déc. 1477, de sept cardinaux, parmi lesquels Gerolamo Basso délia Rovere et Raffaello Sausoni- Riario, neveux du pape).

Innocent vin, élu le 29 août 1484.

Première création le 9 mars 1489, de cinq cardinaux, entre autres Ivorenzo Cibo, neveu du pape.

Al<EXÀNDRE VI, élu le II août 1492.

Première création, le 31 août 1492, d'un cardinal, Jean Borgia, neveu du pape. (Deuxième création, le 20 sept. 1493, de onze cardinaux, Césare Borgia, fils du pape, entre autres. Quatrième création, le 19 févr. 1496, de quatre cardinaux, parmi lesquels Jean Borgia, neveu du pape. Huitième création le 28 sept. 1500, de douze cardinaux, parmi lesquels Louis Borgia, neveti et François Borgia cousin du pape).

JUi.ES n, élu le 31 oct. 1503.

Première création, le 29 nov. 1503, de cinq cardinaux, parmi lesquels Galeotto délia Rovere et Clément Grosso délia Rovere, neveux du pape. (Deuxième création, le 12 déc. 1505, de neuf cardinaux, dont Léonard Grosso délia Rovere, neveu du pape).

LEON X, élu le 31 mars 15 13.

Première création, le 23 sept. 1513, de quatre cardinaux, desquels Jules de Médicis cousin du pape et Innocent Cibo, son neveu. (Cinquième création, le i juillet 1517, de trente-et-un cardinaux, parmi lesquels Jean Salviati et Nicolas Ridolfi, neveux du pape).

Adrien vi ne créa pas de cardinaux-neveux.

Cr,EMENT \T[I héritait des neveux de Léon X et ne créa qu'un seul parent cardinal, Hippolyte de Médicis, le 10 janv. 1529.

Paul m, élu le 13 oct. 1534.

Première création, le 18 déc. (?) 1534 de deux cardinaux neveux du pape, Alexandre Farnèse et Guido Ascanio Sforza. (Quatorzième création le 17 déc. 1542 de quatre cardinaux, parmi lesquels Ranuce Farnèse nevetc du pape).

Jules ni, élu le 7 févr. 1550.

Première création, le 31 mai 1550, d'un cardinal Innocent del Monte, adopté par le pape comme ?ieveu. (Troisième création, le 20 déc. 155 1, de quatorze cardinaux, parmi lesquels Fulvio délia Corgnia, neveu du pape).

Paui, IV, élu le 23 mai 1555.

Première création, le 7 juin 1555, d'un cardinal, Carlo Caraffa, nevezi du pape. (Troisième création, le 6 mars 1557, de dix cardinaux, au nombre desquels Alphonse Caraffa, neveu du pape).

Pie IV, élu le 25 déc. 1559.

Première création, le 31 janv. 1560, de trois cardinaux: Antoine Serbelloni, Jean de Médicis et Charles Borromée, tous trois »nevenx>y du pape. (Seconde création le 26 févr. 1561, de dix-huit cardinaux, parmi lesquels Marc Sittich de Hohenembs,

neveu, du pape).

Pie V, élu le 7 janvier 1566.

Première création, le 6 mars 1566, d'un cardinal, Michel Bonelli, neveu du pape.

Grégoire xiii, élu le 13 mai 1572.

Première création, le 2 juin 1572, d'un cardinal, Philippe Buoncompagni, 7ievai du pape. (Seconde création le 5 juillet 1574 d'un cardinal, Philippe Guastavillani, neveu du pape).

Sixte v, élu le 24 avril 15S5.

Première création, le 13 mai 1585, d'un cardinal, Alexandre Perretti, neveu du pape.

Grégoire xiv, élu le 5 déc. 1590.

Première création, le 19 déc. 1590 (i), d'un cardinal, Paul Emile Sfondrato, tievcu du pape.

Innocent ix, élu le 29 oct. 1591.

Première (et seule) création, le 18 déc. 1591, de deux cardinaux, parmi lesquels Antoine Fachinetti neveu du pape.

Gisement viii. élu le 30 janvier 1592.

Première création, le 17 sept. 1593, de quatre cardinaux, au nombre desquels Pietro Aldobrandini et Cinthio Aldobrandini neveux du pape.

Paui, V, élu le 16 mai 1605.

Première création d'un cardinal, Scipion Caffarelli Borghèse, neveu dit pape.

Grégoire xv, élu le 9 février 162 1.

Première création d'un cardinal (I.ouis Ludovisi) neveîi du pape. Etc.

Paul Tiej>olo au Doge, Rome le p mars 1566.

Archives d'État de Venise, Dispacci Roma, 1566 (Senato), f. 22.

Serenissimo Principe.

Mercore fô, come scrissi, che dovea essere concistoro, nel quale molti cardinali andorno à pregare il Papa che volesse far il nepote Cardinale, perô Sua Santità disse, che essa non lo haveria mai da se fatto, et che per la matina medesima ne havea parlato, parendole che si potesse scorrer à farlo, ma che dopo che era in quel modo astretta più per satisfar altri, che lei medesima era contenta di farlo, se cosi essi volessero. Disse prima il Decauo, che tutto il CoUegio desiderava la conserva-

(r) Quelques-unes des dates suivantes ont été tirées de ClACCONIUS et pourraient ne pas être tout à fait exactes

zion délia santità sua in quel loco dove l'havea massa, perô vedendo che sua Santità per la multitudine di negotij restava in modo occupata che con gran maleîicio délia sua vita potea supplire, restavano tutti contenti di questa risolutione, accioche il Cardinale che si facea la discaricasse di gran parte délie facende, et laudô la persona di lui, et li diede il voto, si corne fecero tutti li altri, benche alcuni raalvolentieri vi assentissero, et il Cardinal di Trani, che si ritrovava in casa rissentito da gotte chiaramente si havea lasciato intender, che non li haveria mai dato il voto per non interromper li decreti del concilio di Trente, ne quali è terminato, che nel far i Cardinali si osservi il medesimo, che si osserva ne li Vescovi per far li quali è necessario, che habbino 30 anni, dove questo non arriva anchora alli 25, ma se egli haverà (?) cura délie facende, come si crede, sarà necessario, che voglia persone instrutte apresso di se, che li diinostrino, et faccino per lui, perché in tutto è nudo d'ogni esperienza, come clii viene novamante al mondo. Et hieri che fui à visitarlo, dove si trovarono anchora molti cardinali egli era cosi perduto, che non sapea formar parola, intanto il segretario di siia Santità li sta appresso, il quale haverà molto poter ne i negotij poiche da sua Santità li viene attribuito grandissimamente, et questo convenirà riportarsi à lui (i).

ThEODORI AmidENIJ summorimi Po7itificî0n et S. R. E. Cardmalium

omnium suo aevo defimcUiin El<OGIA.

Extraits de Ptolomaeus Card. Gallius, Cardinalis Comensis.

Rome, Bibl. Corsini, MS. 238, f. 128. — Arch. Vat. Fonds

Pio vol. 119.

Paulus Jovius fuit Episcopus Nucerinus sui temporis historicus celebris uiagis quani laudatus, ut notât Lipsius: apud hune popularem suum divertit Romae Bartholomasus Gallius ex

(i) A ce sujet le cardinal de Granvelle écrit à Philippe II (lettre sans date): »Sa Sainteté me paraît de jour en jour une plus sainte personne: son zèle ne laisse rien à désirer; sa vie est tout à fait exemplaire. Elle n'a fait que céder aux importunités du sacré collège, en donnant son chapeau à son neveu, pour l'aider dans les audiences. Ce dernier apprendra: il en a besoin, et Sa Sainteté aussi, qui n'a encore que peu d'expérience des affaires d'État». (Gachard, t. II, p. EVI).

vili Novicomi loco natus, rogans ut de faniulatu sibi prospiciat, ille juvenem intuens vultu liberaliore dotatus, cuinam operi aptus esset ex eo, et nomen quaesivit: ttim ille, grammaticae operam dedi, et arti scribendi, in qua aliquid me profecisse existimo, nomen vero Bartholomeus est. Subdit Jovius, quandoquidem caracterum scriptor es, poteris apud me scriptoris muîiere fungi, et quia nomen Bartholoraei aequo prolixius est, potest corripi in Ptolomeum, et ex hoc nomine exinde vocitatus

est. Ptolomeus itaque noster in Jovii faniulatu, subque

illius disciplina in exarandis epistolis multum proficiscens, luculentioris fortunae jaciebat fundanienta, quae non diu morata est; nam Jovio procurante a Joanne Angelo Cardinale Mediceo epistolis conscribendis evocatur eoque ad summum Pontiîicatum

evecto brevi Cardiualium albo inscribitur. (L'auteur

fait a Pie IV l'objection d'avoir été assez «facile» a créer des cardinaux, et il continue:) Non ego retuH haec, ut Ptolomeum indignum Cardinalatu judicera. Fuit enim vir in arduis negociis pertractandis eximius, et prudens adeo ut a Gregorio XIII rursus in aulam adlectus regimini Reipublicae praeficeretur (?), quo sublato quieti se, frugulitati, et comparandis divitiis totum dédit, quas profecto congessit immensas, ac plane regias. Villam aedificavit Tusculi magnificam Pontificum mansione dignam, sumptuosiorem aliam in littore lacus Comensis sive Larii, cui adiecit magni pretii rura, et municipia. In Samnium oppidum émit Alviti cum Villis, et suburbiis titulo Ducis decoratum, et haec quidem donavit nepoti laico, clericis vero pinguia contulit sacerdotia, ut domus haec opibus undique collectis difflueret. Congessit autem tantas opes Cardinalis sub principatu Pii IV, et Gregorii XIII, apud quos summa poilebat auctoritate, et constat eum ab Hispanis uno donario accepisse centies aureorum millia, ut foedus inter Pontificem, Hispanuni, et Venetum ieriendum qua posset auctoritate, et ope promoveret. His accedebat intensa viri frugalitas, quibus efîecttim, ut opes longo temporis cursu versionibus suâpte naturâ in immensum crescerent, et Cardinalium ditissimus haberetur, et esset. Cumulo autem divitiarum intentus nullam partem Ecclesiae vel vivens detulit vel moriens reliquit. Errorem hune eniendare studuit.

Ego adoleseens hominem in Villa Tusculana saepius

conveniebam, et cum aliquando de more confabularemur, coelum obscurius minabatur pluvius, tum ille tonitrua, et fulgura summe timens praepropere se proripit in abditum subterraneura locum, quo fulgura non perveniujit, donec coelum serenitati restitutum esset.

244 APPEîvDICR

Pervertit ad ultimum seaiura : obiit enim annos natus octuaginta quinqne(!). Moritur Roma 3:a februarii 1607. Sepelitur apud S. Mariam de Scala (i).

Lorsque Pie IV était mourant ses parents les cardinaux d'Altaemps et Vitelli se présentèrent à son lit et l'exhortèrent à penser à sa famille. Le pape fit alors appeler tous les cardinaux »en congrégation», et il leur fit part de sa volonté: »â lor Signorie Ill:me face donatione al Conte Aniballe di scudij 100 M. Alla figlia del Marchese di Marignane sua nipote 40 M. per sua dote. Al Marchese suo fratello X M. Al S:or Gabriello suo nipote fratello del Cardinale Alteraps X M. Al S:or Gabrio X M., et altri X M. al S:or Fabritio suo fratello. XII M. alla sua famiglia et XXV da distribuirsi nel CoUegio, che nel tutto fa la somma di scudi 217 M. che in Castello se ne trova 210 M. Et se ben S. S:tà si trova molto declinata et secondo i medici senza speranza di salute crede perô lei altrimenti, stando con speranza di guarire; et perô ha voluto per ogni modo che questi donativi sieno in caso di morte, et che vivendo non s'intende fatto cosa alcuna; et il Cardinale Vitelli è stato quello che ha menato tutta la pratica, et se bene alla maggior parte de Cardinali è dispiacciuto cosi grossa alienatione, imperô nessuno ardi famé parola». (Serristori au grand-duc le 8 décembre 1,565. Arch. Fior. Med., filza 3285, f. 308).

Cependant la résolution du pape ne fut pas exécutée, et par la raison suivante: »la Bolla del Conclave fatta da S. B:ne leva tutta l'autorità à Cardinali di poter fare morto il Papa gratia alcuna ne manco eseguir le gratie fatte dalla stessa S. S:tà che non havessin havuto avanti alla morte sua, esecutione; ancorche i Cardinali mostrassero volontà verso questi signori parenti, nondimeno non trovaron verso à poter dar loro i danari, dicendo la Bolla che chi pagherà sarà obligato lui proprio, prohibendo al Castellano et à tutti il pagar di gratie fatte: di modo che si risolveron' di pensarla meglio». (Serristori au grand-duc le 10 déc. 1565. Arch. Fior. Med., filza 3285, f. 312).

(i) Dirk Amej'den naquit en 1586. En 1607, il absolva le Collège Germanique. Il vécut à Rome comme avocat de 1610 à 1630. On dit qu'il caractérise très bien les personnes qu'il dépeint dans ses » Éloges». V. A. PI. L. HensEN, Dirk Âmeyden. Uit de Katholik, CXXVII.

Le Cardinal de Came au Cardinal Santa Croe, Rome le 16 mars 1565.

(Extraits),

Bibl. Vat MS. Barb. Lat. 5759, f. 179.

Tra noî non occorrono cerimonie. — — —

Imperochè con le buone speranze che V. S. Ill:ma ci diede di quel negotio, mi subministrô la materia di poter fabricare sopra li fondamenti già da me gettati, sicome gagliardissimamente io attesi poi à fabricare, et con la gratta di Dio l'opéra si è condotta tante bene, che l'edificio ha ricevuta la sua perfettione. Sappi V. S. Ill:ma et tengalo per certo, corne il S:to Evangelio che il Cardinale Altaemps l'ha fatto Cardinale, et che senza lui ogni favore, ogni diligenza, ogni manifattura era nulla. Li particolari dell'impresa non capirebbero in cento carte. — — — — (Santa Croce doit lui témoigner sa reconnaissance) opérande che S. M:tà complisca con questo Signore l'intentione data, et lo faccia per ogni modo di présente, et in assai maggior somma di quel che V. S. Ilhma ci ha scritto, sicome S. S. Illnna lia assai più servito, et servira nell'avvenire à Sua Maestà di quel che ha promesso, ô che altri mai habbi saputo desiderare,

Questo è un Signore che sa, et puô, et vuole, et io son sicuro che la Maestà sua non hebbe mai in questo collegio persona di questo sapere, di questo potere, et di questa volontà, perô la sappia conoscere, et trattenere, mentre è in man sua di poterlo fare.

Questo solo voglio dirle io, ma con patto che melo creda se ben le paresse strano, che io hô sentito assai maggior piacere délia Sua che délia raia promotione, ô sia perché Lei lo mérita piti di me, ô pure perché per lei io m'era pure affaticato qualche volta dove per me stesso non hô mai mosso né passo ne

parola, b per quel che si sia, basta che la cosa stà cosi. —

V. S. Ilbma . . . dandomi speranza che Sua M:tà havesse potuto fare ancor con me qualche dimostratione, se le paresse innanzi che parta di là far qualche tentative ancor per me ô à parte con lei corne di sopra, ô in altra maniera, con dipingermi per persona di qualche importanza al servitie di Sua M:tà, me ne rimetto a lei: ben le dico che à me porti lei stessa qualche cosa di certo, ô mi porti l'esclusione, perché non vorrô che

pensino di tenermi [attaccato di speranze. lo credo d'haver servito assai à Sua Maestà, et sô che haverô modo di servirla, starà à lei à fare che io sia obbligato à farlo. Et iterum questa si stracci subito, et V. S. lllrma pensi che di tutto le restero obligatissimo dico etiam deU'esclusione.

Scrivo al Re, et alla Regina, supplico V. S. Ill:ma à presentarle con quattro accomodate parole, et prometta pur di me tutto quel che si puô d'un vero servitore.

Le cardinal de Côme au cardinal Cominendone^ Rome le 26 janvier 1566. Arch. Vat. Principi, vol. 25. f. 50.

Ilhmo et Rev:mo S:or mio Oss:mo.

V. S. Ill:ma non mi puô far maggior favore che commandarmi liberamente et lasciar da banda ogni pensiero d'havermi a ringratiar, à quel che si fà per debito non convengono complimenti. A me toeca ben di ringratiar lei de la raemoria che tien di me; et era ben ragione che corne a suo affettionatissimo servitore ella imponesse al Caligari che si servesse de l'opéra mia. Hora Nostro Signore stà risoluto et fermo ne la deliberatione già fatta, anzi vuole che ella vada subito in Augusta, corne ella intenderà più a pieno per le lettere che Sua Santilà le fà scrivere, et per quel ancora che il predetto Caligari, à cui ho communicato il tutto, le scriverà. Perô V. vS. vada per l'amor di Dio allegramente, credendo che questa sia mera vocatione di Dio benedetto, il qriale vuole cavar da lei qualche gran servitio a gloria del nome suo divino, et beneficio di tutti i christiani. Già sono quattro giorni ch'ella fu creato legato in Consistoro, ma per buon rispetto Sua Santità vuole ch'ella entri privato in Augusta; et perciô non se le manda hora lo spaccio de la legatione, il quale se le mandera perô molto presto. Lascio tutti quel termini che da gli altri si usano in simili casi; cioè di rallegrarmi seco, etc., perché dove sono tanti altri sodi rispetti d'amore, et d'osservanza, come sono tra lei et me, mi pare che si possa senza biasmo lasciar le vanità de le cérémonie: perô facendo qui fine, le bacio humilmente

le mani.

Di Roma a li 26 dio gennaro 1566.

Humilissimo servitore

Toi. Cardinale di Como.

Serristori au dite de Florence, Rome le 8 mars 1566.

Arch, Fior. Med., filza 3285, f. 60.

Fui qitesto giorno col Carde di Como, il quai' ancor lui si disculpe molto délie cose del Conclave, in le qtiali credeva che appresso all'Eccellenze VV., gli îussi stato dato carico senza ragion perche era stato et voleva esser sempre Servitore loro, ne haver nel Conclave fatto cosa fuor del servitio loro, et un giorno sperava haver occasion di giustificarle abboccandosi con esso loro che lo farà anchor che li convenisse allungar 50 miglia il Cammino ; non volendo far questo offitio con lettere, credo che saria molto à proposito che l'Eccellenza V. mi facesse scrivere un capitolo amorevole per S. S:ria Ilhma et mantenersi un amico che si contenta solo con le parole.

Le cardinal de Cônie ati cardinal Com7nendone, San Martino le 23 pan I57i-

Arch. Vat. Princip' vol. 25, f. 165.

Ilhmo et Rev:mo S:or mio Colmio.

Se ben questa légation e di V. Ilhma S. era stata prevista un pezzo fà, corne negotio degno de la prudenza et virtù sua, et delà confidenza ch'ella tiene con quel principi, et congnitione di quelle provincie, ne pareva che ad altri stesse meglio questa impresa; nondimeno essendone seguito hora l'effetto, ne ho sentito quel piacere che haverei fatto di cosa nuova e inaspettata, et me n'allegro seco, non havendo tanta considération e (et mi perdoni) a gli incommodi et disagi suoi, li quali sô che saranno molti, et forse più molesti per esser lei hormai si puô dir ligora et stracca in cose simili; quanto al gran servitio che io spero ch'ella sia per fare a Dio benedetto, a Nro S:re., et a tutta la republica christiana, onde risulterà parimente a V. S. Ilhma una gloria vera et immortale, veggo ancora che ella haverà occasione di far qualche gran bene nel negotio del serenissimo Gran Duca, et l'ho più volte considerato con infinito piacer mio, parendomi che con questo lei possa molto obligarsi

Sua Altezza, et tutto il sangue suo, li quali bisognerà che riconoscano ogni cosa non da l'auttorità che V. S. Ill:ma porta seco coma legato, ma da la prudenza et destrezza sua singolare, et da la gratia che da la persona sua ha con Cesare. Et come io son certo che per ogni rispetto, et maxime per la natura sua officiosa et cortese, V. S. Ilhma per (i") metterci ogni industria et poter suo, cosi ho preso ardire di farne sicurtà à Monsignore Ilhmo de Medici col quale m'è occorso di parlarne alcuna volta, se ben la S. S. Ilhma era di ciô per se stessa sicura, mostrando sempre di tener in lei grau confidenza, et di sperare per mezo suo ogni buon successo al detto uegotio. Hora s'io non conoscessi l'amore che V. S. Ilhma porta a detti signori, et ch'ella sa quanto importa a la quiète et ben publico che questa cosa pigli quai che buon verso, et non ci vedessi niescolato il servitio di Nro. Sre., del quale lei si è mostrata sempre ministre si amorevole et diligente, ardirei di pregarla io ancora per la servitù che ho seco, à voler in questo negotio praemere omnes vires suas: perô le dirô solamente che io sô per vera prova che quei signori sono molto grati et ricordevoli di chi in qualche maniera ha niostrato d'amarli, ne mai si lasciauo vincere in amore et forse sono ancora fortunati in retribuire. Et de hoc

satis.

Di San Martine a 23 di Giugno 1571.

Humilissimo servitore.

Toi. Cardinale di Como.

Le cardinal de Côme au cardinal Commendone, Rome le 18 décembre I57I- Arch. Vat. Principi, vol, 25, f, 176.

Ilhmo et Rev:mo Sig:r mio Cohmo.

Quel che la S. V. Ilhma mi rispose quando io le scrissi l'estate passata nel fattp del serenissimo Granduca di Toscana non mi fece già più certo di quel che io era prima de la sua buona voluntà verso me, ma ben mi pose in speranza che le cose di S. Alt. dovessero con il mezzo di lei trovar presto qualche buon assetto, la quale speranza mi è stata adesso aumentata da le parole de rilhmo signor cardinale de Medici, il quale havendomi per gratia sua dato conto di quel che sin hora V. S. Ill:ma ha fatto con l'imperatore (che non è stato poco

considerato il mal termine a che la cosa si trovava) mostra di sentirgline si grande obligatione, che io per la servitù che ho con l'uno et con l'altro non ho potuto lasciare di fargline testimonio, et insieme supplicarla che essendo hora gli humori assai più quieti di quel che siano mai stati, si degni abbracciare le occasioni che a la giornata si scopriranno di poter finire di ben rettificarli, il che dico per il negotio che hora si tratta di iinire la Maestà Sua Cesarea con gli altri principi de la santa lega, parendomi che in questo tempo la S. V. Ilhma possa haver moite occasioni da conseguir l'intento uostro, ricordando corne da se che il maggior condiniento di una buona et perfetta tmione sarebbe il metter fine in qualche honesto modo a questo disparere, non essendo dubbio alcuno che con questo la M:tà Sua si obligherebbe la Santità di Nro. Sre., che saria di gran momento per stabilire la lega con più vantaggio di Sua M:tà, et per l'executione ancora et progresse di tutte le guerre che s'haveranno a fare, et certo questi sono li negocii sodi ne li quali la M:tà Sua doveria premere per servitio di Dio et beneficio publico, et per gloria sua privata, et conimodo di sua casa, et non in queste vauità che a la fine non rilevano cosa alcuna: oltre che non sono anche da sprezzare li commodi et servitii che la M:tà Sua puô promettersi ne li bisogni suoi da l'istesso granduca, il quale se ben è et sarà sempre amorevolissimo verso il servitio di Sua M:tà, nondimeno si puô credere che per questo se gli accrescerebbono stimoli grandissimi, lo sô che la S. V. Ilhma per prudenza et bontà sua non ha bisogno in ciô di più litnga eshortatione : perô le dirô solo se un simile officio fatto da lei destramente et più d'una volta secondo le occasioni et congiunture che se le presenteranno, non partorisce qualche buon effetto, io non lo spero per adesso da nissuno altro modo di negociare, essendo cosa certa che questa sorte di negocii si fanno assai nieglio per parole private d'un amico che parli per occasione, che per l'auttorità di qualsivoglia gran principe, che faccia far officio ex proposito, et ancora la medicina rare volte si puo aspettar buona dal luogo istesso donde è uscito il maie. Io poi vederei si volentieri che ciô seguisse con il mezzo di V. Ilhma S., che se bene non ho cosa al mondo che più mi prenia che questo fastidio del Granduca, mi parrebbe nondimeno di non haverci in certo modo piena satisfattione quando si finisse per mano d'altri, desiderando io che ognuno le^tenga obligo, et maxime questi serenissimi, li quali sono li più veri et più costanti amici che l'età nostra sia usata di vedere, et non si scordano mai de li piaceri che vengono lor fatti, et sanno et

2£;o APPENDICE

possono retribviirli in molti modi. Alcune altre cose che m'occorrono le ho dette a mons:r Avogaûro, perô rimettendomi a le lettere stie, resto baciando a V. S. Illirna humilissimamente le mani, et desiderandole ogni félicita.

Di Roma a 8 di dicembre 1571.

Di V. Ill:ma et Rev:ma S.

Humiliss:o servitore

Toi. Card:l di Como.

Le protonotaire de Me'dicis an grand-duc de Toscane^ Rome le 4

juillet 1572.

Arch. Fier. Med., filza 3291, f. 217.

Sta mal contenta S. B:ne havendo infinité dispiacere che la legha sia sturbata et che il générale habbia commissione dinon partire; scuopre pocho i suoi consigli, et non piglia parère nelle cose di stato senon da Morone et qnesto assai occultamente, si sa nondimeno riconoscendosi dalle risolutioni i consigli; Altemps è amato assai da S. S:tà ma ripare che sia raaggiore l'amore che gli porta, che non è l'autorità ch'egli habbia, il quale non stà molto bene et spesso gli torna la febbre confidandosi egli nella sua gioventù et non si regholando corne dovrebbe havendo l'indisposizione che egli hà; si serve assai il Papa del cardinale di Como il quai è persona diligente et accorta et si va sostenendo col sottomettersi a Morone et coUo stringersi con il Bianchetto maestro di Caméra favoritissimo et cou i Musotti i quali sono una medesima cosa. E ben vero che alcuni altri familiari del Papa sono malissimo sodisfatti di Como perché si rechono da S. Sig:ria Ill:ma la cacciata di Ridolfo Scadinaro secretario vechio di S. B:ne et loro amiclio et parente, dicendo che l'ha perseguitato per rimaner solo; I parenti del Papa per ancora non maneggiono molto riuscendo i Cardinale Buoncompagno persona fredda et non si ingerendoanchor che habbia hauto un brève con di molta autorità; vSi ragiona che tra il So:r Jacopo Castellano et il Cardinale non sia molta confidenza, pure non ne so più che tanto, so bene che il Sig:or Jacopo è amato assai del Papa et è che sene saprà valere havendo ingegno assai destro et sendo vivace persona;,

si pensa che à settembre sia per venire à Roma il Giiastavillani Nipote di sorella et habbia à esser Cardinale et che sia per venire ancora il fratello di S. S:tà il quale havrebbe più presto voluto Cardinale il niaggior figliuolo che questo che è stato; degli altri parenti non pare che S. B:ne tenga conto alcnno ma ne ha pochi fuori di questi, à questi si ingegnerà di far de benefitij, ma cose moderate et che non li habbino à dar caricho; Con i principi Christiani non si scuopre il Papa senon neutrale et padre comune, par bene alterato col Re Cat:co per conto del'armata nondimeno non ci è rottura, délie cose di V. Alt:za mi pare amorevole. Credo bene che non gli mostri aîfettione che li porta pensando che sia il meglio far cosi. — Parla poco, risponde mozzo, ma pure in modo che è intesa, et non gli piaciono molti preamboli. Conserva le riforme fatte da Pio Quinto, osserva il Concilio, et nella residenza dei vescovi de curati et de canonici délie Cathedrali è severissime. Non pare che S. B:ne pigli passatempo di cosa nesstina, senon délia verdura et dell'aria et in (?) mutarla spesso sendo andata da San Pietro à San Marco, di qiiivi à Monte Cavallo alla vigna di Ferrara.

Gerini à Concino, Ro7ne le 28 juin 1572.

Arch. Fior. Med., filza 3291, f. 210.

Il Papa usa (come si dice) di non lassar mai intendere à nessuno in cosa alcuna prima, che si sia ben resoluto, sebene qualche volta tocca qualche motto nelli generali, et deliberato che ha, pare che non senta bene l'essere persuaso à rettrattarsi, come quello, che debba voler che le sue resolutioni habbino sempre effetto, poiche le fà maturamente, et con prudenza. Ma quando anco S. S:tà costumasse altrimenti, non ci si vede per ancora chi per molto intrinseco che le sia, et amato da lei, habbia ardire di replicarle, ô di por bocha dove determinatamente sia stata messa da S. B:ne. Et questo vo io ritrahendo ogni di più di luogo buono, et desidero che sia detto confidentemente à V. S. da me. —

Le cardinal de Came atc cardinal de Granvelle, Rome le 30 mai 1572.

Arch Vat. Ntmzîatura di Nafoli, vol. 320, f. i.

— — — In quella parte poi che V. S. Ill:ma si rallegra con me del carico datomi da N. S:re le ne bacio humilmente la mano, et perche la carica è assai grave aile mie deboli spalle, mi confiderô di poter comportar il peso havendo senipre avanti li ochi le attioni di V. S. Illnna le qiiali saranno à me spechi et esempio per quel poco clie mi tocherà d'haver à fare, et dove sarô buono à servirla, ella rai commandi con la molta auttorità che ha meco, poiche sa molto bene che non ha servitor piti devoto di me ne qui ne altrove, come ho detto più à lungo à l'Abbate Ximenes, al qtiale in questa parte mi riraetto, havendo lui à esser seco in brève. Cosi le bacio di nuovo le mani, et le desidero ogni félicita, etc.

Le cardinal de Côme an roi Philippe II, le 4 ptillet 1572. Arch. Vat. Fonds Pio, vol. 258, f. i (copie).

Sacra Cattolica Regia Maestà.

Mons. di Padova che vien mandato dalla San:tà di N. S:re alla M:tà V. le farà anco humilmente reverenza in nome mia, e le mostrerà la devotione mia et il desiderio che io ho di servirla in ogni cosa. Perche se bene io stimo che la M:tà Vrà gia sia sicura, che io non solo non mancherô d'adoprarmi in servitio suo, quando da lei mi sia commendato, ma che non lascierô mai passare occasione, dove io per me stesso vegga di poterla servire senza esser richiesto. Nondimeno per satisfare al gran obligo mio con V. M:tà, ho pregato il detto Mons:or che faccia quest'officio, et supplico la M:tà (V.) humilissamente à crederli in ciô, come crederebbe à me medesimo. Cosi le bacio con riverenza le mani, e le desidero ogni félicita et augumento di stato.

Di Roma 4 luglio 1572.

(Collection Lettere del Cardinal di Conto).

Le cardinal de Came aie roi Philippe II le ï2 septembre 1572. Arch. Vat. Nunziatura di Spagna vol. 15, f. 54.

lo ringratio humilmente la Maestà Vostra del favor che le è piacitito di farmi con le due lettere che ella si è degnata di scrivermi, ne l'una mostrando di ricevere in grado quel poco ch'io faccio qui in servitio de le cose sue, il che io non reputo degno che se ne debbia pur tener memoria, rispetto a l'oblige, et al desiderio che ho di servirla ; et con l'altra raccommandomi il negotio del nipote del vescovo di Salamanca, a beneficio del quale ho ottenuto da Sua Santità tutto quello, che si è desiderato, corne la Maestà Vostra intenderà da l'ambasciator suo, al quale ho riferito il tutto. Resta ch'io supplichi V. M:tà a farmi favore di continuare a comniandarmi perché cosi conoscerô che ella mi fa degno de la gratia sua, la qtiale io stimo sopra tutte le cose del mondo. Con che resto baciando humilissemamente le mani di V. M:tà con pregar Dio Nostro Signore che le concéda ogni augumento di Stato, et la conservi felicissima.

Di Roma a li 12 di Settembre 1572.

Paul Tiepolo au Doge, Rome le 8 avril 1573.

Arch. Ven. Dispacci Roma 1573 (Senato) f. 87.

Me ne andai a trovar il Papa alla Villa di Altaemps,

dove egli era, lontana di qua intorno 12 miglia, poco discosto da Frascati. Stava S. S:tà in quello che io arrivai, in campagna, vicino perô alla casa, et subito, che intese la mia venuta, si retira dentro, et io fui fuori délia casa incontrato, et accompagnato dal Cardinal Altaemps, dal Castellano, dal Signor Felippo Guastavillani, et dal S:or Honorato Gaetano Capitanio dalla Guardia di S. S:tà, entrato che fui, et beu veduto assai da lei, non hebbi cosi tosto incominciato a parlar, che essa venue in cognitioue, dove io havea da finir, perô si messe, corne molto ben compresi, in un pensiero profoudissimo, et poi da mano in mano, segondo che andava dicendo, rai interrompeva con moite parole, aile quali convenendo risponder, receveva impedimento

in quelle, che haveva da dir; dessi nientedimeno compitamente tutto quelle che la Ser:ta V. mi commette senza lasciar ragion alcuna fin al passo, ch'il Baillo liavea conclusa la pace, al quale il Papa fermatomi disse, che io me ne andassi, che non mi volea più udir, io suplicai Sua Santità, che ascoltasse anchora il restante, ma ella recusandolo replicô, che nie ne andassi; voleva io pur far prova di esser udito, ma la Santità Sua levandosi con empito dalla sedia si messe ad una finestra, volgendomi le spalle, tornai anchora a suplicarla, che mi volesse udir, ma rivolta verso di me tutta accessa mi comandô al tutto, che mi partissi aggiungendo, che alhora voleva venir à Roma, dove intendarei il resto, replicando pur, che partissi, con dir che io era scomunicato; pero per il manco mal non possendo far altramente elessi di partirmi; uscito nelle caméra trovai il Cardinal colli predetti S.S:ri et a tutti con brevi parole narrai l'aviso date al Papa et l'altération sua, pregandoli à far buon officio.

L'cvêqtie de Pistoia au grand-duc de Toscane, Rome le 7 avril 1573. Arch. Fior. Med., filza 3292, f. 47.

Serenissimo Signor mio.

Il Papa fuor dell'espettatione d'ognuno tornô hiersera da Frascati à due hor di notte spinto da passione, et collera, presa per la nuova, che haveva havuta poco prima délia pace fermata infra li Venetiani, et il Turco sopra la quale havendogli l'Ambasciatore di Venetia, che gliela diede con infinité lacrime, volute parlarne à S. B:ne distesamente per ragguagliarnela più à pieno, si dice, che fù ributtato da S. S:tà con risentissime parole, il che è la cagione, che non si sappia con che conditioni particolari la sia seguita, se bene il populo ne discorre variamente.

Le cardinal de Côme à Mgr Ormaneto, évoque de Padotie^ le 7 avril IS73-

Arch. Vat. Nunziatura di Sfagtia, vol. 15, f. 227.

— L'ambasciator di Venetia résidente qui lia liavuto

aviso da suoi signori per corriero espresso qualmente hanno concluso la pace coi Turco. Et havendo date di ciô conto a N. S:re lascio considerare a V. S. quanto dispiacere et indignatione ne liabbi preso solo le dico che la Satitità Sua intesa la voce di pace si cacciô dinanzi l'ambasciator con brusche et acerbe parole dicendo che erano maledetti et escommunicati ed altre cose simili, con tanta ira et sdegno, quanto ben conveniva a chi ha posta tanta cura solicitudine et diligenza quanta ha fatto N. S:re in conservar et accrescer questa lega et maxime in proctirare la preparatione di quest'anno. —

Ma poichè la cosa è ridutta a termine, non si puô far altro che dolersene, et haver patientia, et pensar che Dio ci habbi mandato questo per li nostri peccati, bisognerà che ognuno da nio inanzi attenda a guardare il suo, al che come S. M;tà per la potenza sua haverà poca difficultà, cosi N. S:re per la piccolezza et qu alita del stato suo spererà di farlo con non molto incomodo, essendo ogni pensiero (vano?), di poter senza i Venetiani offendere il Turco ne le parti di Levante. V. S. potrà condolersi di questo accidente con S. M:tà in nome di N. S:re et mostrargli quanto da vero ne habbi sentito dispiacere, et nel resto anderà poi notando quale vsia l'animo et il disegno di Sua M;tà certiîicandola in ogni caso che l'intentione di S. S:tà è d'iutendersi ben seco in tutto quel che concerne il servitio di Dio et beneficio de la christianità.

Le cardinal de Côme au nonce de Venise, le 7 avril I573- Arch. Vat. Nunziattira di Venetia, vol. 13, f. 102.

Molto Rev:o Sig:re come fratello.

Quanta perturbatione afflittione et dolore habbi recato a N:ro S:r la inaspettata et infelice nova che hieri li diede l'Am-

basciatore de la Signoria de la pace fatta col Turco à V. S. sarà molto più facile d'imaginarlo che à me di scriveiio. Havuto Sua S:tà cosi indegna nova circa le 23 hore à la villa di Frascati ove si trovava si pose subito iu camino et venne à Ronia ove arrivé a le tre hore di notte, cosi travagliata et afflitta de l'animo, corne et più che se Roma et tutto lo stato ecclesiastico insieme fusse stato ruinato et disfatto, considerando et deplorande l'infinito danno che si vede da ciô risultare à la misera Christianità. Veramente quel Sigg:ri con una tal risolutione hanno cosi gravemente offesa la M:tà di Dio i Principi collegati et mancato à loro stessi che non è lingua ne penna che ne potesse parlare ne scrivere à bastanza tanto maggiorraente non potendo essi difendersi con l'allegar che li sia stata data alcuna giusta causa di partir da la confederatione poiche è noto à tutto 1 mondo con qttal fervore soUecitudine et vigilanza N:ro S:re habbi atteso sempre al buon progresso et accrescimento di questa lega non perdonando à sorte alcuna di spesa ne di fatica et corne siniilmente il Re Catholico hà mostrato cosi gran prontezza et buona voiontà che non si poteva desiderare maggiore et che le cose erano già à tal termine che uscendo in brève fuori un Armata grandissima et instruttissima se n'haveva da speiar con la gratia di Dio effetti desideratissirai di vittoria. Onde havendo essi con si grave injuria fatta à Dio et à gli huomini et con si grande infamia di quella Republica abbandonata anzi pervertita una tanta occasione, non so che si possa dir altro se non che habbino perso l'intelletto et che debbano aspettar altro maggior castigo di quello che hanno ricevuto. V. S. farà di cio con S. Ser:tà et con quel sSigg:ri Ill:mi quel risentimento et rammarico per parte di Sua B:ne che mérita l'importanza et acerbità de la cosa, il quai rammarico V. S. sia certa che non potrà esser cosi grande che sia uguale al dolore che Sua S:tà ne senti.

Mi duole in qtiesto fatto assai che V. S. habbi creduto tanto à le parole d'alcuni che non tutto che di quà sia stata di continue avvertita dei giusti sospetti che si havevano di questo accordo lei nondimeno ci habbi sempre data ferma speranza che quest'anno si attenderebbe gagliardamente al fatto de la guerra onde ella vede à quai partito siamo condotti.

V. S. havrà con questa dui brevi revocatorii de le gratie del sussidio de le X:me et de l'alienatione de béni ecclesiastici de H quali ella darà notitia à questi Sigg:ri lUuni con dire che essendo cessata la causa per la quale si era fatta tal concessione è parso à N:ro Sig:re giusto et honesto che esse gratie debbano

cessare, et cOvSi non mancherà V. S. di dar à detti Brevi la débita executione conforme à l'ordine et volontà di Sua B:ne.

Scrivo d'ordine di N:ro Sig:re al Cav:re Bruno che restituisca le due galère consegnateli per servitio di Sua B:ne et che de gli armamenti de' quali s'è proveduta de' senari di Sua S:tà si faccia quel miglior ritratto che si potrà vendendoli et dandone conto à V. S. la quale in ciô non mancherà di dar al Cavahre tutto l'ajuto et consiglio che sarà bisogno. Con che etc.

Le cardinal de Came à Orwaneio, le 16 août 1573. Arch. Vat. NtmziaUira di Spagna, vol. 15, f, 304.

A Monsignor di Padova 16 Agosto 1573.

A questi giorni il Re ni'ha scritto una lettera amorevole ringratiando V. S. corne s'usa per li suoi negotii. lo gli rispondo con la qui alligata, et perché ne l'ultimo c'è clausola di credenza in V. S. la prego a dir a S. M:tà ch'io non so corne meglio poter pagar gli oblighi che gli tengo che con dirgli la verità, di quel che tocca al suo servitio. Et questo è ch'io vedo veramente in N. S:re grandissimo amore et tenerezza verso le cose di Sua M:tà et non saprei in cio desiderar cosa alcuna, se non che si trovasse modo a queste diîferenze di iurisdittione, le quali per piccola favilla che paiano, senza dubbio irrumpent in maximam îlammam se non si cerca d'estin guérie. Et che percio io supplico privatamente la M:tà Sua a mandar presto li suoi commissarii qua, perché finita questa controversia, la quale si finira prestissimo con satisfattione commune, io vedo tutte le cose incaminarsi per una via molto facile et piana, et S. M:tà haverà maggior contentameuto di quCvSto pontificato che di qualsivoglia altro de l'età nostra, et che la M:tà Sua lo creda a me che conosco forse più di molt'altri la gran bontà di S. B:ne et l'affettione che in tutte le cose honeste è risohita di mostrar per effetto a le cose di S. M:tà corne a colonna vera del Christianesimo.

Le cardinal de Came à Philippe II, le 5 aoiit 1574. Arch. Vat. Nunziatura di Spagna vol. 15, f. 517.

S. R. C. M:tà.

lo ho da restar con grand' oblige a l'ambasciatore di V. M:tà del conto che particolarmente le dà d'ogni minima cosa ch'io faccio per servitio di lei, ma con molto niaggiore a la Maestà Vostra de la memoria che si degna tenerne, et del testimonio che me ne fa con sue lettere, si corne l'è piacciuto di far hora con quella di 21 di Giugno in risposta de la quale non m'estenderô in dir altro a V. M:tà se non che di tutto le bacio humilissimamente le niani, et la supplico a credere che come è gran tempo che io ho dedicato la mia servitù et quanto ho al mondo in servitio di V. M:tà cosi non posso ricever maggior satisfattione et contente che quando nie si présenta occasione di poterla servire nel che mi forzero sempre di corrispondere a la buona relatione de l'ambasciatore prefato, et a l'opinione et desiderio di V. M:tà A la quale con ogni riverenza bacio di nuovo la invittissima mano, et le desidero ogni vera et perfetta félicita.

Philippe II d'Espagne au cardinal de Cômc le 26 février 1579. Arch. Vat. Nunziahira di Spagna, vol. 14, f. 75.

Al muy R:do In christo padre Carde de Coma n'ro muy Caro y muy amado amigo.

Don Phelippe Por la gracia de dios Rey de Espana de las dos Sicilias de Hierusalem, etc. Muy R:do in christo padre Cardenal de Coma nro muy caro y muy amado amigo, Por cartas de comendador mayor de Castilla del mi consejo y mi Embaxador he entendido como su s:d ha sido servido de hazef car:l al arcobispo de Toledo, y lo que vos por vr'a parte haveis hecho y trabajado en este negocio, que es muy conforme a la voluntad que siempre he conoscido en vos para las cosas de mi serv.o. El favor y gracia que su s:d ha hecho al arcobispo

appe;ndice 259

lie estimado yo quanto es razon y los buenos off:os que vos liaveis hecho para ello os (?) agradezco mucho y ami Embaxador escrivo que hagalo lo mismo demi parte, y digalo demas que de lentendereis, y sea muy R:do Cardenal nr'o muy caro amigo n'ro S:or en vr'a continua guarda, del Pardo. X' XXVI de Hebrero 1579.

Yo El Rey.

Ant. Ferez.

Le cardinal de Côine au notice Fru^nenti, le 6 novembre 1579, Arch. Vat. Ntmziatura di Porhigallo, vol. 3, f. 106.

à 6 Nov. 1580 (!).

Molto Reveno Sig:re.

lo non potrei mai esprimere quanto gran dispiacere habbi sentito la S:tà di N:ro Sig:re de la mala satisfattione che la M:tà del Re et V. S. a bocca, et per una svia propria lettera scritta a Sua S:tà et molto più per la relatione del suo Amba- 5ciatore de la risolutione presa ultimamente ne la causa di D. Ant:o. Imperochè dove Sua S:tà ha sempre amato et molto stimato la M:tà Sua et procurato di dargli satisfatione in tutto quello che ha potuto hora pare che non solo si revochi in dubio il buon animo di Sua B:ne ma che quasi s'arguisca di mala intentione verso Sua M:tà et la quiète del Regno. Et certo se ■Sua M:tà pondéra tanto l'offesa che à un vecchio di 66 anni ha potuto apportare un brève pieno di giustitia et d'equità, doveva pur considerare quanto à un altio di 78 anni habbi potuto far •danno un résenlimento si gagliardo, fondato in cosa si poco ragionevole et ne la quai non poteva S. S:tà mancar di quel che ha fatto se non voleva esser notato da ciascuno per Papa ingiusto et forse anco imprudente. Il troppo zelo di Sua S:tà di satisfare al Re non solo ne l'effetto, ma ancora nel modo de la secretezza è stato causa di tutto questo inconveniente. Imperochè il primo brève fu formate da l'istesso Ambasciator ô suo Secretario ne fu visto da nessun ministro di Sua S:tà se non da quello" che lo scrisse poi et sottoscrisse: onde fu facile che Sua S:tà occupata da tante altre cure et che si fidava che nel Brève non fusse piti di quello che l'Ambasciator havea dimandato à bocca ciô è che si desse facoltà al Re di ca.stigar

26o APPENDICE

quel testimonii che erano falsi, et Don Atit:o istesso se li havea corrotti et subornati: fu facile dico che Sua S:tà non si accorgesse di quell'additione posta senza sua saputa cioè che Sua M:tà potesse giudicare sopra la legittimità ô illegittimità di I). Ant:o ch'era cosa molto absurda da commettersi fuor di questa Corte, et tanto più à un Re che si puô dire che sia la parte in questa causa la quai consideratione non solo è efficacissima per non commettersi la causa à. Sua M:tà ma doveria haver mossa la M:tà Sua à non accettarla quando anco Sua S:tà per se stessa havesse voluto coraettergliela, acciô il niondo non havesse mai d'haver scrupulo che Don Aut:o non fusse stato giustamente declarato illegittimo, essendo declarato per bocca di chi ha tanto interesse in detta causa. Ma Sua S:tà più presto che comportar un si grande inconveniente, non si è curata di metterci qualche poco de la riputation sua in declarar che quel primo brève fusse fatto per errore: et in questo si ha da laudar la carità et benignità di Sua B:ne che più presto ha voluto dir cosi, che dire di esser stata ingannata da nessuno, corne ben poteva dirlo con verità, se ben forse l'animo del'Ambasciatore non fu d' ingannare. Hora Sua S:tà in cosi gran frangente si è molto raccomandata à la divina bontà che l'inspirasse à pigliar quella risolutione che fusse più conforme al suo santo servizio, poichè di rivocar l'ultimo brève, et approvar la sentenza data corne Sua M:tà vorrebbe non bisogna haver speranza alcuna perché dove si tratta tanto à l'ingrosso de la giustitia et de la riputation et dignità di questa santa Sede vSua S:tà vorrebbe più tosto mille volte à morire che consentirci; et d'altro canto il dar satisfatione al Re et provedere che questa causa si finisca con ogni brevita è cosa che preme infinitamente à Sua B:ne acciô levato questo impedimento di Don Ant:o possa Sua M:tà attendere à componere, et assettar il resto per la quiète del Regno et présente et futura. Et vedendo che ciô non si potria conseguire quando la causa venesse à Roma Sua S:tà ha risoluto di pigliarci un rimedio et temperamento che senza dubio doverà esser grato à Sua M:tà. Et è questo di commetter la causa in partihus a V. S. et al Arcivescovo di Lisbona conj'unctim sopra che s'è fatto il Brève qui alligato con facultà di poter suspendere l'executione de l'ultime Brève: et di conoscere et terminare la detta causa etiam come in prima instantia summarie et rejectis nullitatibus et omni appellatione remota che sono tutte cose che spettano à levar presto Sua M:tà di questo intrigo, et prohibire che per questo conto il Regno non habbi d'haver perturbatione come Sua M:tà desidera. Se di ciô Sua

M:tà si contentera haveremo da render moite gratie à Dio et V. S. con ogni sincero amore et obvsequio verso Sua M:tà attenderà con ogni celerità possibile à vederne presto il fine, mozzando tutte le cavillationi et subterfugii in maniera che Sua M:tà conosca chiaramente che da Sua S:tà et da li suoi Ministri si desidera satisfarla per quanto si puô con giustitia honore et dignità: Et pur havemo à credere che Sua M:tà non sia per replicare poichè oltre il buon aninio che V. S. in ciô gli mostrerà dal canto suo vederà che V. S. ha per compagno un Prelato di tanta integrità et dottrina, et tanto suo servitore et confidente com'è l'Arcivescovo di Lisbona, tanto più essendo egli stato uno de' consultori ne la sentenza già data. Ma quando per disgratia la M:tà Sua persévérasse ne la satisfatione et non accettasse questo rimedio che Sua S: ta exhibisce per ultimo di tutto quelle che in questo caso si puo fare, m'incresce sin a l'animo di dover dire che Sua S:tà è forzata à comandar à V. S. et corne lo comanda espressamente di far instanza che queU'ultimo brève sia posto ne li atti de la causa, et Sua M:tà faccia poi ciô che vuole circa il mandar 6 non mandar qua il processo che non potendo noi à ciô sforzarla basterà à Sua S:tà che si veda et si sappia la nullità de la sentenza: et se Sua M:tà ricusasse di metter il brève ne li atti V. S. procurera che sia saputo et publicato per tutto il Regno nel raiglior modo che potrà et saprà scusandosi con Sua M:tà di non poter far di meno et dolendosi anco acerbamente che Sua M:tà non liconosca in questo îatto il rispetto et l'amore che Sua S:tà gli mostra, poichè la causa è tanto grave che non doveria vedersi altrove che à Roma, et Sua S'.tà la rimette costi per satisfar à Sua M:tà più che puô. Et se pur per qualche rispetto Sua M:tà havesse più caro che si vedesse quà V. vS. potrà offrirgli che Sua vS:tà ne sarà contentissima et ne ringratierà molto Sua M:tà; ma Sua S:tà spera che non s'habbi da venir à questo perché Sua M:tà non solo s'acqueterà, ma riconoscerà il favore che Sua S:tà gli fa con questa remissione, et ne ringratierà la B:ne Sua. Non lascierô anco di dire che quanto Sua M:tà volesse più presto che la causa si rivedesse per vïam appellationis N:ro Sig:re si contenta che in ciô si faccia la voluntà de la M:tà Sua. Et per questo rispetto nel brève dove si dice in prima instantia si è posta quella parola etiam, ch'è quanto ho da dire in questo particolare, pregando Dio N:ro Sig:re etc.

Page 1