IN8UBRECTI0N CONTRE LE HASARD
EnGn, Tesprit humain pourra se soustraire à la tyrannie du hasard , marcher a pas do géant aux découvertes , ot y marcher régulièrement, grâce au calcul de Tallraction qui lui ouvre les voies.
Mais Tesprit humain, en entrant dans cette carrière, d'où il se croyait exclu, doit se résoudre à sMsoler enfin des guides qui Tont trompé pendant trois mille ans, des sciences dites incertaines. Cest pour tout civilisé un pas difficile à franchir, que de renoncer à ces vieilles chimères. J'ai cru devoir faire de leur dénonciation quelques articles spéciaux , et j'y emploie les quatre discours annexés aux quatre livres de Touvrage. Nous allons commencer par la plus discréditée des quatre sciences, la Morale, véritable mère des erreurs, puisqu'elle a la première égaré Tesprit humain , en lui persuadant de s'insurger contre les passions et TAttraction, au lieu d'en faire l'élude régulière.
Vous avez fait tant de folles insurrections contre les puissances légitimes en Civilisation ; osez en faire une contre la puissance vraiment illégitime, le hasard , dont la tyrannie en progrès scientifiques déplaît aux souverains comme aux sujets. Go sera une insurrection vraiment sainte, en ce qu'elle s'accordera avec les vues de Dieu et des hommes do bien , en ce qu'elle tendra à bannir des sciences le charlatanisme et l'intrigue. A ce prix , les souverains seront d'accord avec les savants pour s'insurger contre l'influence du hasard , et ramener le génie à des voies fixes , à des méthodes différentes de ces quatre sciences désastreuses qui ont bouleversé le monde en le leurrant de quelques fumées de bonheur.
Le côté honteux de ces rêveries, c'est que les peuples, quoique bien désabusés par l'expérience , bien convaincus que la Civilisation n'est qu'un cercle vicieux qui reproduit toujours les mômes abus sous diverses formes, et qu'il n'y aurait de voie de salut que dans la recherche d'une société plus élevée on degré; — les peuples, dis-je, ne veulent tenir aucun cas de celte vérité que proclame l'expérience. El d'où vient cet esprit rétif aux vérités expérimentales? C'est que la philosophie qui les dirige a la funeste propriété de honnir des esprits toute lumière qu'elle leur promet. En fei|;nanl do les appeler sans cesse à consulter rexpéri'jnee et la nature, elle les habitue à ne tenir aucun
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compte ni do l'un ni de l'autre, et à prendre pour expérience et pour nature les dogmes trompeurs qui n'aboutissent toujours qu'à enraciner la Civilisation , condamnée par l'expérience et antipathique avec la nature directe , ou vérité, toujours bannie et impraticable dans les relations civilisées.
J'ai vu des philosophes se moquer des deux cent mille volumes (le théologie qui sont amoncelés dans la première galerie de la bibliothèque de Paris. Ils s'ébahissaient sur la folie de l'esprit humain , qui travaille ainsi pendant dix huit siècles à enfanter des visions qu'une lueur de bon sens replonge dans le néant. C'était en 4 800, époque où la théologie était très-inutile. Je répondais à ces philosophes qu'aux deux cent mille t^mes dont la chute les égayait, il faudrait en ajouter bientôt quatre cent mille autres qui tapissaient la galerie philosophique. Là-dessus grande raillerie de ces beaux-esprits qui m'accusaient de vision. Hélas ! on n*a pas attendu que je leur donnasse le coup | | , et déjà leurs systèmes,
confondus par le dénouement des révolutions, sont placés de toutes voix au rang où eux-mêmes plaçaient en 4800 le fatras théologique.
(1820.— 31, cote 9.)
La philosophie moderne, en pratiquant les principes qu'elle lous recommande sans cesse , aurait fait rentrer l'esprit hunain dans les voies de la science utile, et aurait fait un propres colossal dans la carrière. Dix années auraient suffi aux lavants pour obtenir plein succès en suivant les règles que e viens d'extraire de leurs écrits.
Au lieu de suivre cette marche, qu'a fait la science ? elle ('est enfoncée dans les subtilités scholastiques, dans une conroverse idéologique tellement inutile , qu'elle est devenue m objet de risée , non sous le rapport du raisonnement , nais par pitié pour l'importance que mettent les auteurs à le pareilles futilités, d'où on ne recueille, en dernière anayse , aucune connaissance neuve et utile , outre qu'on n'y )eut puiser aucun dogme fixe et qui ne soit sujet à des conroverses interminables.