‹ Publication des manuscrits de Charles FourierChapitre 14 sur 136 · DEVOIRS DB LA CRITIQUE ENVERS LES INVENTEURS ILLÉTRBS · texte numérisé non relu

DEVOIRS DB LA CRITIQUE ENVERS LES INVENTEURS ILLÉTRBS

Les beaux-esprits, les esprits-forts ont rendu depuis un demi- siècle de si mauvais services au genre humain , qu*on peut s'enorgueillir de ne pas siéger dans leurs rangs, et d'être en butte à leurs quolibets. Toute insulte faite par leur coterie devient une recommandation pour celui qui eu est Tobjct. En conséquence , j'abonde dans le sens des journaux philosophiques de Paris (4808) ; j'admets , sur leur autorité , que je suis un pauvre d'esprit, un imbécillo, un cerveau malade. Je vais plus loin, je fais de moi un malade désespéré , car ils hésitent à me condamner; ils me disent d'abord in* sensé, puis à la phrase suivante ils avancent que mes raisoti'

nementê sont si bien faits^ si bien suivis Ne craignent-ils

pas de s'accuser eux-mêmes par ces contradiction , et de déceler leur secret, leur ligue pour écraser quiconque refuse le tribut d'encens au minotaure scientiGque, aux bibliothèques philosophiques?

Loin de capituler avec cette armée de cinq cent mille volumes, j'annonce sa ruine entière , le prochain écroulement de toutes les galeries de tomes. Une telle audace déconcerte la cabale, elle hésite sur les moyens do défense, elle délibère 8*il faut me déclarer bête a demi , ou bête en plein. Ces demi-mesures trahissent le secret. Ils auraient dû voir que je ne suis rien à demi. Quiconque me lira jugera que mon rôle, quel qu*il soit, en esprit ou en bêtise, sera complètement rempli.

D'où vient donc cette timidité de mes critiques? Suis je si hésitant pour accuser leur fatras philosophique , leurs cinq cent mille tomes de controverse, plus pesants sur leurs épaules que n'est le monde sur les épaules d'Atlas ? Quel bizarre débat ! Il faut que l'accusé donne courage h ses accusateurs ; il faut que je rassure ces terribles feuilletons de Paris , qui

ENVERS LES IIWENTEirRS ILLÉTBES. 25

m'attaquer qu'à demi-mot; qui d*une page à Tautre moi tantôt un fou , tantôt un sage. Ils semblent s'é* 3omme les délateurs de Suzanne , qui craignent de se et de trahir le complot. Je ne serai pas si entortillé Theure, quand ce sera ï mon tour de les ( ].

réalablement, je veux leur prouver qu'ils ont d'anus de torts que j'ai moins d'esprit. Je vais compacomme un imbécille devant la haute cour des feuilde Paris, pour y défendre la cause des pauvres t, mes nombreux confrères, qui auront bien gagné lume des cieux s'ils sont partout aussi maltraités ^rance.

B siècle, si fécond en discussions sur les droits géné- ) l'homme , n'a jamais statué sur les droits spéciaux [ue classe, par exemple sur les droits des inventeurs, kt de deux sortes, les savants et les sots. J'appartiens isse des sots par arrêt des feuilletons de Paris. En isnce, je réclame les droits de cette classe, au nombre \ : l'accès, Texamen , répreuve, un inventeur est illétré, incapable de produire conve* ent sa découverte, plus il importe au corps social de irer l'accès, Texamen et répreuve. Il existe à cet égard lune trés-préjudiciable dans la police scientifique. Bile e aucune protection aux bons simples à qui le hasard ) des découvertes. Ils n'ont aucun appui contre les esprits jaloux, qui chicanent sur les formes, le style, liode, etc., sans vouloir examiner le fond. Dès lors, ^ enteur est faible et crédule , il peut être intimidé par lier choc railleur, et par suite laisser perdre de préi découvertes. La raillerie, si estimée en France comme de briller sans science, concourt de quatre manières fer les découvertes des gens simples, savoir : 4^ en ant , 2<> en intimidant , 3* en irritant, i* en ralentis- Inventeur. C'est ce que je vais examiner. ?» distrayant Cinventeur, — J'en cite pour exemple itte. Si les deux enfant de M iddlebourg avaient montré nusette de verres opposés à quelque autre que leur s'ils l'eussent présentée à un de ces hommes qui jugent ins examen , à un Parisien , il se serait moqué d'eux isant qu'il ne peut pas exister de bon sens hors de Pâleur aurait dit : Allez, petits nigauds» petits provin-

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ciaux , polilcs lotos carrées (i), vous ôles des imbéciles avei vos gimbleltes de verre; si vous revenez nous ennuyer, ci vows donnera le fouet. — Les enfants auraient cru avoir di quelque sottise : ils se seraient retirés confus. Le lendemain une autre amusette les aurait distraits, leur aurait fait ou blier celle-ci , et Tinveotion de la lunette aurait été retardé et renvoyée peut-être à plusieurs siècles. On voit par-li combien en fait de découvertes les sots méritent plus de pro tection que les gens d'esprit, puisqu*en les distrayant ut seul instant de leur objet , on peut manquer des trésors qw le hasard leur livre.

%^ En intimidant Vinvenleur. — On peut présumer qw beaucoup de découvertes manquées pendant quatre à ciiu] mille ans, comme récrier, auront été faites ]>lus d'une foîl par quelque goujat, quelque grossier paysan qui aura es le bon sens de doubler une courroie de la selle pour soutenh les jambes. Cette idée vient assez naturellement à toute* valier qui a un pied malade; d'où je conclus que l'étrier, avant d'être répandu, avait peut-être été découvert plus de vingt fois, mais par des gens trop modestes pour s'apercevoir qu'ils faisaient une innovation do haute importance. Ib n*auront pas même songé à la communiquer, ou bien ik étaient peut-être de ces jocrisses qu'on raillo avant de \m laisser parler , et dont toute idée est rebutée par cela seul qu'elle vient d'eux. Il convient donc d'inspirer à chacun de l'assurance et même de la hardiesse à proposer | ] toute f |. (Test faute de celte | ] qu'on a perdu dee

connaissances précieuses , comme le ciment romain et it peinture sur verre, dont les derniers possesseurs purent entrevoir la perle prochaine , et n'osèrent peut-ôtre pas 9e mettre en scène pour proposer des précautions préservatrices. Il se peut aussi qu'ils les aient laissés perdre par jalousie ou spéculation d'avarice. Mais il n'est pas moins certain que la timidité, la ( ] a dû souvent causer des

pertes soit d'inventions, soit do connaissances acquises.

3" En irritant l'inventeur. — On court risque de le pousser h ensevelir son secret. Il faut donc se garder de l'aigrir avant d'être en possession de la nouveauté que le hasard on

(1) Ici une note étiiit indiquée, ronis elle n'n pas été écrite.

d'unie fausse critique. 27

Je calcul lui a livré; car il peut arriver que l'iiiibécillo s'offenso et punisse les mauvais plaisants par le silence. Eu voici un excin;)lo récent.

Un paysan de Savoie avait trouvé dans des abînaes presque inaccessibles de la Tarentaise une riche mine d'or dont on soupçonnait depuis long-temps l'existence, d'après la quantité de paillettes d'or que charrie l'Isère. La cour de Turin voulut connaître la mine ; mais on 8*y prit gauchement avec lui. Il parait que d'abord on le traita dédaigneusement; ensuite on le violenta, sans obtenir son secret; puis on revint trop tard aux bons procédés qui auraient pu réussir d'abord , mais qui ne calmèrent point le paysan exaspéré. Sur ces entrefaites il mourut et emporta son secret. On a fait depuis d'inutiles perquisitions; tout le savoir des ingénieurs et des géologues n'a pu suppléer la sagacité du rustre, ou, si l'on veut, le coup de hasard qui lui avait livré la mine. Avis aux beaux-esprits qui se moquent dos inventeurs avant de tenir leur secret. Qu'ils se rappellent que les sots, tels que le paysan de Savoie, n'ont pas , comme les philosophes, l'art de modérer leurs passions par la métaphysique moderne , par les perceptions d'intuition. Ils se Jivrent bonnement à la première impulsion , soit à la colère^ comme a fait le paysan, soit au dédain, comme j'ai fait mcimème. Dans l'un et l'autre cas , ils gardent leur invention , et c'est autant de perdu s'ils viennent à mourir,

40 En raleniissanl Vinvenleur. — C*est ce qui arrive avec moi. Les journaux ne m'ont pas entravé positivement : rien ne m'aurait empêché de publier ma découverte ; mais ils ont élevé des obstacles indirects (lui ont dû me ralentir. J'ai dû attendre un temps où l'on serait moins exigeant sur le belesprit. Quelque autre à ma place se serait exercé à prouver aux journaux Paris qu'il n'était point un imbécille. Moi , je les ai pris au mot, et à titre d'imbécille j'ai gardé le silence, en attendant que le siècle arrivât au dénouement de son bel esprit phiIosophi((uc. Maintenant la France peut faire le compte des biens qu'elle a recueillis en ralentissant la publication et l'épreuve d'une découverte dont le premier résultat aurait été la paix générale et l'entière liberté des mers et des colonies, dés 1809. Qu'on essaie d'obtenir de pareils résultats avec les lumières de ces beaux-esprits qui se sont mo<|ués de la théorie d'unité avant de la connaître , et que

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