‹ Publication des manuscrits de Charles FourierChapitre 22 sur 136 · RÉPONSE · texte numérisé non relu

RÉPONSE

(Uo médecin de Lyon, M. Martin aine, avait écrit flous le pseudonyme de Philoharmonicos, une lettre au rédacteur da Jottrmà deLffon (19 octobre 1811), qu'il terminait ainsi : • Je sali vraiment étonné, et je ne suis pas le seul, que l'auteur de la TkéÊm des Quatre mouvements n'ait pas saisi cette occasion (la comète de 1811) de rappeler le souvenir des vues neuves et des conoeptions hardies dont son prospectus est semé. Peut-être est-il dini le cas du bonus aliquando dormiiat Ilomerus. Puisse celte leçon le tirer de sa létliargie ! » La réponse de Fourier ftit publiée dans le même journal le 31 du même mois.)

Réponse à VarticU signé : PhUoharmanicas.

L'anteur de cet article me reproche ma léthargie, et- m'interpelle de donner sur la nature et les fonctions des comètes, les lumières qu'on ne peut obtenir de nos sciences.

Sans doute je suis le seul qui pourrais résoudre ce problème et donner sur les comètes des notions bien neuves, bien rassurantes et surtout bien surprenantes. Mais pourquoi dévoilerais-je ces mystères? Serait-ce pour rassurer le peuple? il a besoin de terreurs factices , les comètes sont pour lui des mélodrames célestes : il se plaît li les redouter dans Fespoir qu'elles écraseront le palais du riche avec la cabane du pauvre. Est-ce donc la classe opulente qu*il faut éclairer? Cette classe ne voit que par les yeux de la cabale philosophique ; elle attend sur toute idée neuve que les feuilletons de Paris aient décidé s*il faut rire ou pleurer. Or si je dis des nouveautés sur les comètes, chacun, avant de croire ou douter, attendra les décisions de Paris aussi niaisement que Thomas Diafoirus quand il dit : baiserai-je, mon père? Je me tairai donc sur les comètes, car ce que j'en peux dire contredirait en tous points la cabale philosophique; elle veut de tout novateur un tribut d'encens, et ja n'en ai point pour elle.

Lorsqu'on a recours à moi pour expliquer les mystères astronomiques, on oublie qu'il y a en France des génies transcendants qui se chaînent de dévoiler Puniven, Telle fut la promesse que fit, il y a deux ans, un bel esprit de la capitale, M. Azaïs, parlant à FAthénée de Paris, qui écouta gravement ces sornettes. Et comment ne Teût-on pas éoosié?

AU DOCTEUB FHILOHARMONICOS. 49

Il dévoilait un nnivors tout d'encens; il en distribuait d'aburd aux savants des classes fixes, les nommant en toutes lettres et à plusieurs reprises; puis il encensait les puissances philosophiques et politiques, sans oublier Tauditoire; bref, il était prodigue comme le sacristain quand il parcourt les stalles et encense jusqu'au dernier prestolet. Cette profusion d'encens fit fortune, et les journaux de se pâmer d^admirntion et de prôner à l'avance sa découverte. Eh bien ! quo ne le consulte-t-on sur les comètes? Il en doit éclaircir les mystères , car elles font partie de cet univers qu'il prétendait dévoiler. Par (urient montes.

Avant lui , j*avais publié un livre où je promettais de dévoiler Punivers et de révéler au genre humain une destinée sociale autre que l'état civilisé, barbare et sauvage ; mais, loin de suivre les règles de la charlatanerie , loin de distribuer Tencens k chien et à chat , je présentai aux quatre sciences philosophiques le calice d'amertume ; je leur annonçai que trois d*entr'elles, politique, morale et économie, allaient étnt confondues et anéanties; que la quatrième, la métaphysique 9 serait couverte d'humiliations. Alors les journaux de crier à l'imbécile, au maniaque, à l'enragé qui n'encense pas la philosophie : diffamons, étouffons sa découverte avant même qu'elle ne soit publiée. J'ai pris au mot ces messieurs; j'ai enseveli ma découverte, jusqu'à ce que la Civilisation fût siifiisanunent punie de celte impertinence, et j'rspèrc qu'il suffira de quatre années (mars 4808 à 1812). Au bout do ce terme je commencerai à publier ma Théorie, et d'après le parallèle des biens qu'a produits la Civilisation pendant ces quatre années, et do ceux qu'aurait produits l'ordre sociétairo qui aurait pu commencer en 4808, on jugera qui de moi ou des civilisés aura été mystifié par ce délai , et Ton comprendra qu'avant de railler sur une découverte, il serait prudent d'attendre qu'elle fût publiée, examinée et mise à Tépreuve.

Eh I pourquoi se rappelle-t-on, à propos de comètes, d'une annonce qui méritait l'attention sous tant d'autres rapports? N'ai je pas dit que l'avènement du genre humain à Tordre sociétaire, ou vérité universelle, aura pour premier résultat de rendre impossible tout monopole industriel, toute piraterie ou entrave à la circulation sur terre et sur mer, et que , par suite de ce nouvel ordre , rAngieterre, à qui

M ÛPON8E

86B esoadres deviendront une surcharge, sera obligée de les vendre comme marchandises de rebut, d'en traiter sur estimation avec le monarque fédéral à la disposition de qui se* rent remises toutes U*s forces navales du globe , pour exercer la haute police du mouvement industriel sur toutes les terres et Ips mers. 11 me semble que cette perspective était bien faite pour piquer la curiosité, et faire désirer la publication d*une théorie qui promet de tels avantages.

Votre prospectus, dira-t-on , inspirait la déûance par une bitarrerie qui éclatait dôs le titre (Thiarie du qnatr9 numvefMnli et des destinées générales ; à Paris , diez Bninot* Labbé; à Lyon, chez Bohaire, Cartons, etc.). Faites donc le procès à Newton, de qui j'emprunte le titre, et dont je suis le continuateur. Il a , par des calculs sur l'attraction matérielle, pénétré les lois du mouvement matériel. J'ai suivi son procédé et la route fra3rée par lui ; j*ai commencé au point où il s'était arrêté, et par des calculs sur les trois branches d'attraction qu'il avait négligées. J'ai déterminé les lois des trois mouvementé, social, instinctuel et organique; lesquelles lois, ajoutées à celles du mouvement matériel, complètent la théorie du système de la nature, qui est subdivisé en quatre mouvements, quoi qu'en disent les railleurs (a).

Mais ce livre promettait des résultats tout-à-fait risibles. Du pain au même prix que la farine ; des confitures fines à plus bas prix que le pain. — Eh bien 1 je promettais encore trop peu, dans la crainte d'exagérer ; car, après des renseignements plus circonstanciés , j'ai reconnu que le bon sucre de cassonnade , dit cassonnade blanche , sera d'un quart moins coûteux que la farine , et qu'on aura quatre livres de belle cassonnade pour trois livres de farine. Quant aux confitures fînes , à dose égale de fruit et de sucre , elles coûte» ront certes moins que le pain , car , tout bien calculé , on aura environ trois livres de confiture une pour une livre de pain, dès que le nouvel ordre sera organisé.

Voilà qui est bizarre, j'en conviens ; mais une chose qui me semble plus bizarre, c'est de n'avoir fait aucune recher^ che sur les destinées sociales, et d'avoir pu croire que Dieu ait créé les hommes et les passions, sans avoir statué sur le

[a) Mus tard Fourier adopta une autre nomenclature , et reoon* ont elmi montementB, y compris le pivotai.

AU DOCTEim PHILOSARMOIVICM. M

mécanisme qui leur est convenable. Dieu serait donc plus imprudent que nos moindres ouvriers, car, quand un maçon rassemble des matériaux de construction, il a auparavant réglé remploi et les dimensions de Tédifice qu'il doit former. Or, DOS passions étant des matériaux d'édifice social , Dieu n'a pu les créer et distribuer avant d'avoir adopté un plan pour le mécanisme social du genre humain, plan dont la découverte était la tâche des métaphysiciens.

Au lieu de remplir cette tâche , ils ne s'attachent qu'à d'inutiles subtilités, et entr^yent encore ceux qui ont fait leur devoir ; car aujourd'hui, à propos de comètee, on voit les feoiJletons eolaphiser sans relâche tous les astronomes et physiciens, qui ne nous doivent sur ces objets que les calculs matériels de dimension et de direction.

Les autres connaissances que Ton désire , sont du ressort des trois mouvements dont la métaphysique devrait donner la théorie , et Ton n'a rien à exiger des physiciens qui ont très bien rempli leur tâche ; tandis que les métaphysiciens, non contents d'être restés dans Tinnction , ont encore l'audace de vanter à tout propos leur inutile science, et prétendre qu'elle guide et dirige la marche des connaissances hu* maines. Rien n'est plus faux. Elle n'est que la mouche du ooche, et ses auteurs, tout boursoufilés d'orgueil, ressemblent aux janissaires qui ne sont bons qu'à faire cabale et vacarme dans une capitale, qui refusent le service quand il faut aller à l'ennemi, et molestent les troupes plus utiles qu'eux.

C'est ainsi qne la coterie métaphysique insulte aujourd'hui aux astronomes, et m'insulta dans le temps où j'annonçai la découverte qu'elle n'a pas su faire. Sous peu , le dé* bat s'établira entre eux et mol, et ils trouveront â plaisant, plaisant et demi.

Quant aux comètes, qui étaient l'objet de cet aiticle, je donnerai, puisqu'on le désire, des éclaircissements à cet égard dans le volume qui paraîtra en 4842, et qui contiendra le traité de la Mécanique passionnée. On y trouvera, sous le titre de Politique céleste, un ample chapitre et de piquants détails sur les intrigues et les révolutions passées et futures des planètes et comètes.

52 PJa£iUKR£ ANKO.^CE

(1803, 3 décembre (Il ft'imairc nn 12), BulUiûi de Lyon. -. En n^ponse à une invitation qui lui était adressée dans ce journal* Fourter y publia , le 1 1 fhmalre an 13 , le morceiu suivant, qui fut la première annonce publique de son système, et précéda de quelques Jours l'article sur le Triumvirat continental, publié dans le même Journal le 25 frimaire an 12.)

Harmonie universelle.

Le calcul de Tharmonie dont Madame A. F. réclame la publicité, est une découverte à laquelle le genre bumain était loin de s'attendre. C'est une tbéorie mathématique des destinées de tous les globes et de leurs habitants, une théorie des ^seizo ordres sociaux (a) qui peuvent s'établir dans les divers globes pendant l'éternité.

Des seize sociétés possibles , on n'en voit sur notre globe que trois : Sauvagurie, Barbarie et Civilisation. Elles vont finir prochainement, et tous les peuples de la terre passeront à la quinzième société qui est l'harmonie simple.

Grands hommes de tous les siècles I Newton et Leibnitz, Voltaire et Rousseau, savez-vous en quoi vous êtes grands ? Cest en aveuglement. Vous ne semblerez bientôt que de grands fous , pour avoir pensé que la Civilisation étai^ la destinée sociale du genre humain. Comment n'avez- vous pM supposé que ces trois sociétés, sauvage, barbare et civiliââef sont des échelons pour s'élever plus haut, qu'elles sont un âge d'enfance et d'imbécillité pour la raison, et que Dieu se* rait imprévoyant, s'il n'avait inventé rien d% mieux pour le bonheur de l'homme. Ces trois sociétéà sont les plus désastreuses d'entre les seize. Sur les seize, il y en a sept qui établissent la paix perpétuelle, l'unité universelle, la liberté des femmes.

J'ai dû cette étonnante découverte au calcul analytique et synthétique de l'attraction passionnée que nos savants n'avaient pas jugée digne d'attention , depuis deux mille cinq cents qu'ils étudient. Ils ont découvBrt les lois du mouvement matériel ; cela est beau, mais ne détruit pas l'indigence. Il fallait découvrir les lois du mouvement social. Leur in-

(a) Cette nomenclature des ordres sociaux a été plus tard changée par Fourier.

DE L'HABMONIE UNlVSmSBLLE. 53

vention va conduiro le genre humain à Topulence, aux \o- ]uptés , à l'unité du globe. Je ic répèle , cette théorie sera géométrique et appliquée aux sciences physiques. Ce ne sera pas une doctrine arbitraire , comme les sciences politiques et morales, qui vont faire une triste fin. On va voir une fomeuse débâcle de biblicthëques.

Si jamais la guerre fut déplorable , c'est en ce moment ; bientôt les vainqueurs seront au niveau des vaincus. A qui serviront les conquêtes, quand le globe entier ne composera qu'une seule nation , n*aura qu*une seule administralion? Malgré cette imité , il n*existera dans Tharmonie aucune égalité.

On pourra ménager au chef de la France l'honneur de tirer le genre humain du chaos social, d'être le fondateur de rharmonie et le libérateur du globe, honneur dont les avantages ne seront pas médiocres, et seront transmis k perpétuité aux descendants du fondateur.

Quelques lecteurs crieront au rêve, au visionnaire. Patience I Sous peu , nous les éveillerons eax-mémes d'un rêve aflflreux, le rêve de la Civilisation. Aveugles savants, voyez vos villes pavées de mendiants, vos citoyens luttant contre la foîm, vos champs de bataille et toutes vos infomies sociales. Croirez-veus après cela que la Civilisation soit la destinée du g9nre humain, ou bien que J.-J. Rousseau ait eu raison en disant des civilisés : « Ce ne sont pas là des hommes, il y a là quelque bouleversement dont nous ne savons pas pénétrer la cause. »

COUBS DU MOUVBMBNT SOCIAL.

(1827.— Cahier 34, cote 10.)

Lorsqu'on entre en pays inconnu, il est d'usage de s'orienter, prendre des points de reconnaissance. Telle est la marche à suivre pour lire avec fruit cet abrégé. Les sujets dont il traite sont un monde aussi nouveau que le fut l'Amérique pour ses premiers conquérants : animaux , végétaux , tout y était neuf à leurs yeux. Il en sera de même des ressorts et leviers de T Association. Pour apprendre à se diriger dans ce pays inconnu , il faut imiter le voyageur qui du sonunet des monts envisage l'ensemble du pays, les chaînes, les forêts, les vallons, les fleuves, etc.

Envisageons de même Tensemble du mouvement social ; considérons d'un point élevé cette région nouvelle et sa diatribution , et si nous voulons connaître le rang qu'y occupent les sociétés existantes , Civilisation , Barbarie, Patriarcat, Sauvagerie, spéculons d'abord sur la carrière vitale ou durée approximative de la race humaine, sur la série des échetona qu'elle présente à parcourir.

(Voir le tableau ei-eantu.)

Nous voyons dans ce tableau quel rang tiennent les deux Civilisations, l'antérieure, qui existe à présent, et la postérieure, qui renaîtra vers la fin de la carrière humaine, après un laps d'environ 70,000 ans passés dans l'harmonie et le bonheur. Au bout de ce temps, le déclin matériel de la planète, sa chute en caducité, amèneront les produits immondes et destructeurs qu'aura donnés la 22« création , de grands changements dans la température et dans les productions du globe. Les ressorts d'harmonie sociétaire seront usés; ce bel ordre se dissoudra et THumaniU'î parcourra en sens inverse les 7 périodes qui cx)mmencent l'échelle et qui renaîtront pour former la phase de subversion postérieure ; mais on les parcourra plus rapidement. L'Humanité se soutiendra très-longtemps dans la période 27 (état chrysalide) , et ne tombera

COURS DU ■OUVEMENT. 85

CÂAElkAI VITÀLB ET SOCIALE DU GENIE MOMàOI.

Enfèma.

i*^ période. Èden, ou sériée conftMt.

E. Saayagerie.

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