‹ Publication des manuscrits de Charles FourierChapitre 4 sur 136 · DATES · texte numérisé non relu

DATES

livrer mon secret dans aucun sens. Les plagiaires sont si communs ! Il faut bien se précautionner contre eux , et annoncer les découvertes avant de les livrer.

Les journalistes de Paris na. pensèrent pas qu'un travail sur l'association agricole , manufacturière et domestique fut digne de l'attention d'un siècle perfectibilisè. Je n'avais pas fait le voyage de Paris pour aller humblement solliciter une analyse favorable. Ils déclaièrent donc que la découverte annoncée éimiimpossiële ; ils m'adressèrent des railleries insignifiantes, me critiquèrent sur la forme et esquivèrent tout débat sar le fond.

De mon côté, je ne jugeai pas à propos de répliquer à ces diatribes. Ma théorie n'était pas avancée. Je n'avais publié un livre d'aperçus que pour satisfaire divers curieux, prendre date, sonder l'opinion et échapper aux reproches de délai qu'on aurait pu me faire. Une découverte d'où dépend le changement de sort du genre humain mérite bien que l'auteur s'empresse de l'annoncer. Tant pis pour le siècle s'il ne se hâle pas d'en proGter. Le délai a coûté à la seule France trois millions d'hommes perdus dans les combats , sans compter ses autres disgrâces.

L'annonce faite en 4808 disait très-franchement que mon calcul était loin d'être achevé, mais que, vu son utilité, j'offrais de le livrer encore tout informe , sauf à laisser à d'autres l'honneur de le perfectionner. Les aristarquos de 4 808 ne s'occupèrent qu'à me critiquer sur les imperfections que moi-même avais déclarées. Ils auraient mieux fait de me suppléer et d'achever une théorie dont je laissais entrevoir les précieux germes. S'il avaient été adroits, ils se seraient emparés de cette nouveauté, qui était alors à son berceau ; ils m'auraient excité à publier un travail à peine dégrossi , et m'auraient ravi, sinon la palme entière, au moins la majeure partie.

J'eus raison de différer, car ce ne fut qu'en 48U que j'inventai les principales dispositions en Attraction composée, et je ne parvins qu'en 1819 au calcul de l'association simple. Si j'avais divulgué en plein mes connaissances de 1808, plus d'un savant aurait pu arriver avant moi au point où je parvins en 181 4 et années suivantes. On aurait eu d'autant plus beau jeu pour me supplanter, que j'étais absorbé par des fonctions mercantiles qui ne laissaient aucune marge aux

DBS TVA VAUX. S

tudes. La stagnation industrielle causée par les évènelents de 4814 et 4845 me détermina à m'éloigner du comlerce et à me livrer exclusivement à ma découverte. Je me Mirai en 4846 pour travailler aux développements et à la Maction. C'est donc seulement depuis 4846 que je suis à ouvrage.

Les débutants sont sujets ^ plier au premier feu. J'avais pporté un plan très-régulier, mais je me laissai déconcer- $r par Ténormité du travail et le nombre effrayant de prolèmes k résoudre. Divers incidents vinrent me contrarier et le rebuter, — tant qu'enfin je me fixai à un avorton de plan, ui, joint aux débrouillements et préparatifs, me fit perdre ne belle année. Je reconnus bientôt l'insuffisance de cet i>régé, j y renonçai , mais il n'avait pas moins consumé année 4846 en fausses mesures, et mon travail ne comlença réellement qu'en 4817, sur le plan que je suivrai dans I grand traité de l'Attraction.

Les auteurs qui travaillent à la toise penseront que j*aurais a remplir bien des volumes depuis 4847. Ils ignorent que >uvent un problème peut arrêter tout travail pendant des ïmaiaes entières, et forcer à refaire le travail de plusieurs lois.

Montesquieu a employé vingt-cinq ans à composer six pets volumes très-vantés , et qui pourtant ne remédiaient à ucun des 7 fléaux de l'ordre civilisé, barbare et sauvage :

» Indigence, — 2« Fourberie, — 3* Oppression, — 4«» Carnage,

5*> Excès climatériques, — ô*» Venins morbifiques, — 7® Obscurité dogmatique ;

X Duplicité universelle d'action.

Or, si l'on titre d'immortels ceux qui ont mis vingtrcinq DS à composer un ouvrage inutile qui ne remédie à aucun B8 maux dont il se flatte de donner l'antidote, ne peut-on as accorder même terme à celui qui s'engage à donner le smède à tous ces maux ?

A ce compte, je ne devrais mon traité qu'en 4 842, et enore faudrait-il que j'eusse les facultés qu'avait Mont^quieu, es secrétaires et une grande fortune , des partisans assurés t des prédécesseurs qui pendant vingt siècles lui ont préaré les voies et dégrossi le travail.

Page 1