EN QUOI CONSISTE
J'ai dit que si la vérité était mise en usage dans les relations civiliséed, elle servirait à ruiner tous ceux qui la pratiqueraient. De là naît Falternative suivante : ou la prtti* que de la vérité est contraire à Tordre civilisé, — ou bien si l'homme est destiné à pratiquer la vérité, ce sera dans quelque autre société que la Givilisaiion, société qui conduit à une perte inévitable quiconque pratiquerait constamment la vérité. ^
Dans Tordre combiné, Ton sera véridique en affaires d'intérêts, non par amour de la vérité, mais par amour du bénéfice, du plaisir, de la célérité, de Téconomie, et parce qu'on serait assuré de trouver la ruine et le déshonneur dans la pratique du mensonge.
La vérité n'a rien de beau par elle-même ; elle est belle relativement et selon ses résultats. Ainsi la vérité partielle est hideuse, puisqu'elle conduit aujourd'hui les honnêtes gens à leur ruine; elle peut même causer la perte d'un empire dans la bouche d'un ambassadeur. C'est donc manquer de bon sens que de trouver la vérité belle et de la vanter tant qu'on ignore Tart d'en obtenir d'heureux résultats.
Les philosophes qui ont vanté la vérité , l'auguste vérité, qu'ils pratiquent si mal, n'ont jamais reconnu en quoi consiste sa beauté. Le voici.
La vérité sera belle dans Tordre combiné , parce qu'elle sera universelle et deviendra agent économique et mécanique de circulation ; elle abrégera des neuf dixièmes les relations sociales, les peines et dépenses que la fausseté entraîne aujourd'hui. Mais , dans Tordre civilisé, la Vérité na pouvant pas opérer cet effet , elle n'est rien moins que belle; c'est pourquoi elle excite le dégoût et se trouve étouffée partout où elle parait. La Vérité , en Civilisation , produit moins do bénéfices que le men.songe ; elle doit donc être odieuse à tout le monde, car chacun tendant à des buts fixes, aux fo}ers d'attraction, aux luxes et aux groupes, doit désirer la fortune qui conduit au luxe et aux groupes , et doit haïr la Vérité qui éloigne de la fortune, du luxe et des groupes. Malgré cela il se trouTe , par exception , quelques dvilisés amants de la Vérité ; aussi sont-ils disgraciés de la fortune et couverts do ridicule ; heureux encore s*ils en sont quittes pour le ridicule 1
Il n'est qu'un moyen de faire régner la Vérité, c*e6t de la
LA BEAVTÉ DE LA VÊniTÊ. «39
rendre plus lucrative que" le mensonge. Alors on s'atlachora fortement à la Vérité , oomme voie de fortune ; i'hommo le plus ambitieux sera le plus véridique , et le règne de la vérité se fondera sur Tamour de Tor et de l'argent , ce vil métal si odieux aux philosophes.
Dans Tordre combiné , l'on regardera comme insensé quiconque songerait à tromper dans les relations industrielles; car sa fourberie le conduira à une ruine inévitable; et par la mémo raison Ton doit regarder aujourd'hui comme insensé quiconque pratique la Vérité; C4ir elle ne peut lui \'aIoir que des revers dans les sociétés civilisée , barbare et autres périodes de rincohérence. Aussi tous les pères enseignent-ils ù leurs enfants déjà grands la dissimulation avant toutes choses, et plus Tautorité paternelle est grande, plus on voit régner la dissimulation , témoins les juifs et les Chinois.
Dire que la Vérité dominera pleinement dans les affaires d'intérêt, ce n*estpas induire qu'elle dominera dans toutes les relations de Tordre combiné ; elle régnera dans les relations où elle sera plus arcélératrico que la fausseté.
Il y a exception de 1/8 à ce règne do la vérité comme à tout autre. Il restera une branche de relations mensongères, un levain de fausseté, qui ira se. loger notamment|dans les séries amoureuses, où la fausseté sera dans certains cas plus favorable aux groupes que la vérité. Au reste, Texercico du mensonge ne sera admis que dans certains groupes, comme ceux do coquetterie et de galant(?rie de l'un et de Tautre sexe. Mais les habitués de ces groupes seront collectivement consentants aux infidélités, et en feront leur divertissement, sans qu'il en résulte aucun dommage pour personne d^autres groupes, comme ceux qui professent la constance ne consentiront pas aux infidélités ni aux mensonges qui s'ensuivent ; ils élimineront de leur sein ceux et celles qui seront conyaincus d'en commettre , après trois censures réitérées du groupe. Au reste, chaque homme ou femme sera absolument libre d'agir à sa volonté et changer de goût quand il lui plaira; mais il sera obligé de se ranger dans le groupe affecté à sa passion dominante. Une femmo ne pourra pas, comme en Civilisation , avoir trois ou quatre amants publiquement favorisés et faire la vestale. Elle aura s'il lui plait une douzaine de favoris à la fois, mais elle sera obligée de se ranger
410 LE MEIISOIIGB EST UNE VBETC EN CITIUSATION .
dans le groupe des Messalines, coquettes, galantes ou aatres. Il en sera do même des hommes. Mais pourquoi renierait-on ses penchants quand on sera libre de les déclarer? Les groapes de Messalînes et de coquettes seront utiles, comme d'aatres, dans la masse générale. Qiaque passion est bonne à quelque chose. Dieu n'en a créé aucune^d'inutile, et tous les goûts seront jugés bons , excepté ceux de Fassassinat, dn larcin , du commerce et de la calomnie. Aujourd'hui Ton déguise son naturel pour complaire à des préjugés. Par respect pour les lois conjugales, on se vante d*une fidélité que personne n'observe, et qui, si elle existait, rendrait le monde plus triste qu'un cloître, sans remédier à aucune des fourberies industrielles; car quoi de plus cauteleux et de pins insipide que les habitudes de certaines villes cafardes, comme BÂIe, où l'on ne permet pas même de danser? Le rigorisme dont on s*y pique en affaires d'amour empêche-t-^l que l'astuce n'y domine dans les affaires d'inlérêtî
Le but de Dieu n'est pas de faire régner ni vérité ni Ebosseté , ni vice ni vertu , mais seulement de conduire le genre humain tout entier au 3 foyers d'attraction , au luxe, aux séries de groupes et au mécanisme universel , n'importe par quelle voie : or, Dieu ayant reconnu que la vérité était le procédé le plus commode, le plus économique, le plus accélérateur, il a dû adopter la vérité pour son système de rela^ tiens. C'est pour cela qu'eUe r^nera dans l'ordre combiné, et, par opposition , le mensonge doit régner dans Tordlv civilisé et barbare.
((Ayant reconnu que la vérité était le procédé le plus commode et le plus économique , il a dû adopter la vérité pour Tordre combiné, et le mensonge pour Tordre civilisé. Cette observation peut servir à rectifier nos préjugés sur la vertu. II n'y a de vertu que ce qui favorise le mouvement dn progrès social. Le mensonge est une vertu en Civilisation , para qu'il y est plus utile que la vérité ; mais le mensonge sera vice dans Tordre combiné, parce qu'il y sera si nuisible aux relations sociales , qu'un simple mensonge pourra causer la punition d'un canton entier. Quant à présent, que sont vos hommes réputés vertueux ? Des imposteurs , des chariatans qui mentent à chaque parole. Mais un homme franc n'obtiendra que la cigutf pour récompense. Les mots de vertu et de vice sont donc des mots Tidies de sens; ce sont des noqis
NVMIOlf DU TRAVAIL. 44«
oonvenus pour désigner les actions convenantes ou inconve- BBDlaB dans chaque période sociale. C'est une vertu chez eartains sauvages que de faire souffirir mille tourments à un prisonnier, ou bien de faire cuire un homme après sa mort , •et d'en fiaire manger un gigot à ses meilleurs amis. Les vertus de Civilisation sont également ridicules, témoin la conlinence ou chasteté que nous préconisons , et qui est la conduite la plus opposée au vœu de la nature; aussi sera-t-elle déolarèe vicieuse dans l'ordre combiné.))
5» I^hUion du travail.
Rien de plus ridicule que la confusion qui règne dans les Invaux des civilisés, bien qu'ils aient composé d'innombrabii&è traités sur l'économie. On voit souvent parmi nous les hommes les plus vigoureux faire l'ouvrage des petites filles de l ans. On voit dans les rues de nos grandes villes des bras mâlea el velus occupés à égousser des pois verts, peler des légumes, découper du papier pour les papillottes de conflsear. Ces bagatelles doivent être la tâche des groupes de -Mtits enfiints qui desservent les cuisines et ateliers. Les benabîns d'un el d'autre sexe doivent faire preuve d*habilefé k tous ces petits emplois lorsqu'ils demandent à entrer dans le S* choeur (chœur des néophytes) à l'âge de 4 ans.
Ifevoitron pas aussi dans toutes nos villes de vigoureux Jeûnes gens de vingt ans, armés d'une serviette et voiturant à force de bras une lasse de café, un verre de limonade? Si dans J'ordra combiné les garçons do 80 et 30 ans s'occupaient à de semblables vétilie^, il faudrait donc que les en- AutB de 4 ans allassent peser sur le soc!
On retrouve cette bizarre distribution dans tous les iravanx de l'ordre incohérent. La place d'un jeune homme de 10 ans esMle de tenir une plume et de passer ses jours aceroopi dans un bureau? Si les jeunes gens, dans l'onlre combiné, remplissaient des fonctions sédentaires, il faudrait donc qœ les vieillards allassent fiaire manœuvrer- les pompes qui arrosent les jardins I
Toal travail de ciseaux ou d'aiguille sera l'ouvrage de quelques femmes trop jeunes ou trop âgées pour exercer des iMctions pénibles. Tout travail de comptabilité sera réservé MI penMNUM âgées d'un et d'auire sexe qui , ayant une
4 a TEAVAIL PAftCBIXAIBS.
tète reposée et manquant des forces nécessaires pour la Ir». vail actif, se plairont à gérer le comptoir de la Phalange; encore abandonneront-ils à regret les groupes des traTaas champêtres ; mais, au déclin de l'âge, ils seront charmés da coopérer aux relations de ces groupes dont ils auronC Dut partie dans le cours de leur vie.
Le principe de la confusion industrielle qui règne parmi nous, c'est qu*un individu n'exerce qu'une seule profesaioa divisée en une 30* de branches, — et , dans l'ordre eombÎDé, l'individu n'exerce qu'une branche dans 30 professions diverses. Par exemple , qu'un groupe d'espaliers s'assemble pour l'échenillage , il pourra manquer peut-être à l'assem» blée les 2/3 de ses membres qui ont une répugnance pour cette branche de travail , et refusent de coopérer aux aasamblées tenues pour cet objet. Le lendemain , en passant devant leurs espaliers, ils voient l'échenillage exécuté avec la plus grand soin ; ils en félicitent les auteurs avec d'autant plus d'empressement , qu'ils s'y seraient refusés eux-mêmeSf malgré le vif intérêt quMls prennent au succès de leurs espaliers. Ainsi les divers membres d'un groupe sont en félidtatîoii continuelle, et s'exaltent réciproquement dans leurs travaux parce qu'ils n'en adoptent que la branche qui leur platt. Ils excellent bientôt dans cette branche à laquelle ils se bornent; mais qu'on les force d'exercer comme en Civilisation tontes les branches d'un travail , ils tomberont dans le dégoât et l'imperfection qui accompagnent toutes les occupations des civilisés.
Une des principales économies de l'ordre combiné ceoaîstera dans la réunion de nos petits travaux domestiques on travaux de ménage. Citons pour exemple la manutenlioii da liquide, tels que le lait et le vin.
On voit en Civilisation cent femmes partir du villaga et aller perdre leur matinée à la ville pour y vendre un broc de lait. Au lieu de ces cent femmes, une Phalange enverra un char suspendu portant un tonneau de lait et aooompa* gné d'un homme pour le soin du cheval et du char. AjoutoM que, pour recevoir et acheter le lait apporté à la ville par cent villageoises , on met en course 3(K) servantes qui desservent 300 cuisines incohérentes. Voilà donc 400 villa» geoises et 300 servantes pour faire Touvrage d'un homme et d'un cheval ; car le tonneau de lait, arrivant dans une Pha-
lange ou à la ville, ira tout droit à un atelier de subsistances de 3 ou i classes, ainsi que je l'expliquerai plus loin.
Cette prodigieuse économie de bras aura lieu on tout «eus dans l'ordre combiné , et couvrira do ridicule nos travaux réputés les plus économiques. Un canton de vignobles qui a aujourd'hui 2 ou 300 cuves dont la plupart sont très-gauchement soignées, aura 5 ou 6 cuves pour classer les qualités. Souvent même plusieurs Phalanges propriétaires associées d*UD coteau réuniront tout dans la même cuvcrie, et fourniront en nombre proportionnel les cohortes qui soigneront la culture et la manutention. On peut donc avancer sans exagération que la plupart des travaux de l'ordre combiné n'emploient que le 20* ou le 30" des bras que ces travaux emploient dans l'ordre incohérent.
J'ai dit que l'économie portera principalement sur ce que nous nommons travail de ménage. Analysons cette épargne dans la branche la plus étendue , celle qu'on nomme cuisine ou préparation des aliments. Deux économistes praticiens , M. le comte de Rumford et M. Cadet de Vaux , ont entrevu à cet égard l'économie naturelle, qui est la combinaison des travaux. Ils ont manqué tous deux une brillante invention , sur laquelle ils avaient la main. Il est plaisant de penser qu'avec leurs modestes spéculations do soupes économiques et autres bagatelles domestiques, ces messieurs ont failli découvrir la théorie d'une association do 7' période , et par conséquent ils ont failli renverser la Civilisation ; mais ils ont commis dans leurs plans la mémo bévue que les jésuites commirent au Paraguay, ils ont oublié d'appliquer aux travaux combinés des associations graduées, et non pas des mercenaires non associés. S'ils eussent essayé cette méthodes, ils seraient entrés dans une route qui les aurait menés loin en peu de temps. On deut dire que dans cette affaire la Qvilîaatîon a frisé de bien près le précipice. Il sera plaisant de connaître combien ce galimatias civilisé , barbare et sauvage tient à peu de chose , et combien il est de points faibles sur lesquels une chiquenaude peut le faire écrouler à jamais.
Venons aux mesures d'économie domestique que j'ai annoncées. Pour nourrir un de nos villages composé de 4,000 personnes et 200 familles, il faut, même en été, 200 feux, 200
4U CUIinilfl BT TABLM.
ménagèrea accroupies devant 200 poU au féo. La conaornmation de bois et de surveillants n*esi pas moins.effrayante à
la ville.
Dans les cuisines d^une Phalange de 4,000 personnes, il suffit de 4 grands feux pour le détail de chaque aleliar. lien est 3 où Ton prépare des alimenta de 3 classes pour las ridies, les moyens et les pauvres de la Phalange. Dans un 4* atelier, on prépare les mets spécialement commandés. Laa achats de provisions sont Touvrage d'une section de la Régence. La préparation et la manutention sont affectées an ((sectes)) séries de cuisiniers, de cavistes et d^intendants qni veillent aux approvisionnements, et disposent les consomna* tiens journalières. On sait quelle est la proportioB des 3 classes de consommateurs : environ 400 riches, 300 moyoni et 600 pauvres. De quelque manière qu'ils varient leurs banquets, on sait prévoir ce qui leur est nécessaire, ainsi que les augmentations convenables pour les fêtes et stations de caravanes et autres événements.
Chaque individu de la classe pauvre a crédit ouvert mat tables de 3' classe. Il obtient ce crédit à titre d'avance sur le dividende qui lui sera alloué pour prix de ses travaux an« nuels. Quoiqu'il ne possède pas d'actions, qu'il n'ait nnito propriété, on ne court aucun risque en lui faisant des avances de nourriture et vêlements; car on sait que ses passions l'entraînent dans une cinquantaine de groupes avec lesquds il coopérera à la production générale , lors même qu'il ne s'occuperait que d'arts, de sciences, de fleurs et autres oo* cupations qui sont improductives parmi nous , mais qui ne le sont pas dans Tordre combiné ; car elles soutiennent l'ar* deur des producteurs.
Personne n'est astreint h manger à une classe fixée. Les plus pauvres , quand ils se mettent en fête , peuvent se faire servir en 4'" classe et même en commande. Un groupe en masse a toujours plein crédit à cet égard ; quant aux indî* vidus , la Régence leur accorde des crédits plus ou moins limités , selon la confiance qu'ils méritent individuellement. Celui qui est dissipateur n'a point de crédit ouvert , et ne peut manger hors de la 3« classe qu'un petit nombre de fois. On ne lui ôte pas tout crédit , mais on lui flxe une limite. D'ailleurs, il n'a pas besoin d un crédit : il a souvent des invitations pour manger en 4^ dasse , — • et , tout pauTfS
LIBRE CHOIX DRS METS. 44ri
qu*j] est, il tient à une cinquantaine de groupes, qui, au jour de leur fête, sont traités en 1"" classe par leurs chefs de l'état-major, et quelquefois par un sectaire d'ordre inférienr, QD bachelier qu'ils ont reçu. Ces repas coûtent peu, car, sur «ne assemblée de 30 conviés que Tinvitant veut traiter, il peut s*en trouver :
8 y qui aient crédit aux tables de \^ classe; leur écot ne coûte rien ;
40, qui aient crédit aux tables de 2' classe, leur écot ne coûte que la différence du prix de la 2*" à la l~ classe,
42 de la 3* classe, leur écot coûte la diflorcnce du prix de la 3* à la 4'%
Ces frais, partagés entre les plus riches, sont peu sensibles, et procurent très souvent de franches lippées aux gens sans fortune. C^cst ainsi que les pauvres jouissent indirectement de la fortune des riches, et se réjouissent do voir des richei dans leur Phalange, et leur sont entièrement dévoués.
Les groupes des repas varient sans cesse; ils concertent leur composition à la Bourse comme tous les autres groupes. A mesure qu'ils se rassemblent dans dos salles publiques ou particulières , ils délibèrent sur la carte , ainsi que cela se pratique chez les restaurateurs civilisés, où l'on mange incohéremment comme des animaux qui ne songent qu'à se gorger. Dans Tordre combiné , on no prend les repas qu'en groupe, ou en duo, quatuor et sextuor, s'il s*agit d'une séance amoureuse. Dans tous les cas , l'on délibère sur la carte. Il y en a 3, de 4'*, de 2*, de 3' classe. Si une carte de 3' classe contenait une liste de 30 mets à choisir par tiers, le groupe fait la note d'un contingent de 40 mets.
Les groupes d'enfants jouissent pleinement de cotte liberté de choix; elle est très importante pour développer leurs passions, exercer leurs sens par les fantaisies journalières, par les débats sur leurs goûts respectifs. C'est par là qu'ils acquièrent de bonne heure un grand développement dans l'excercico des fonctions du règne animal ou végétal. Il est nécessaire , dans Tordre combiné , qu'un enfant sache apprécier et critiquer les mets aussi bien qu'Apicius. On verra que la gourmandise, réputée vice parmi nous, devient, dans l'ordre combiné, la base des vertus sociales, le véhicule de l'émulation industrielle.
(( On prendra donc toutes les mesures possibles pour ex-
446 RAFFinnsvEirr oastrosoprique.
dter le raffinement même chez ceux qui mangent habituel* lemeat aux tables de 3* classe. Quelques civilisés vont rS* pondre qu'il sera bien aisé d*cxciter la gourmandise chez les enfants, mais pas si aisé de la satisfaire. Je leur rappeHe à ce sujet que je fais entrevoir l'ordre combiné , et que Je us le démontre pas. Dans des mémoires plus étendus , je doa* neraî des développements que cet aperçu ne peut pas comporter ; j'expliquerai comment Tordre combiné donne uns telle abondance de choses exquises, que beaucoup de mets, qui sont servis aujourd'hui sur les tables des bons boargeoi% seront laissés aux pourceaux, dans l'ordre combiné.
D^à, l'on a pu s'apercevoir que j'évite d'aborder un chapitre qui n'est pas de petite importance. C'est celui de la bonne chère de Tordre combiné , comparée à la mauvaise chère des civilisés , qui , pour la plupart, ne se noorrisseat que d'ordures.
Pour aborder cette discussion, il faut préalablement ooanattre à quel point se fixe la population dans l'ordre combipé, comment elle se maintient en masse insuffisante pour consommer ce que son travail lui produit. II faudra expliquer en outre quelle est Tinfluence des séries sur la perfection dei' cultures et autres exploitations. Il faut expliquer comment les produits qui sortent des mains d'une série passioinellei atteignent à une perfection à laquelle nos plus habiles agronomes n'oseraient aspirer. II faudra démontrer que les {[9» tes]) séries industrielles produisent une si grande abondance qu'il reste beaucoup de superflu pour les animaux , malgré les envois que l'on fait au dehors , do sorte que tout ce qui tend au médiocre est écarté , mOme des tables de 3* classa.
En vain dirait-on qu'une Phalange , placée en mauvais terrain, comme les sables do la Wesphalie, de la Champagne ou de la Gascogne , ne pourra jamais faire grande chère. L'objection n'est pas fondée , car, l'ordre conS>iné ayant h bculté d'exécuter les plus immenses travaux sur l'irrigatioB et le transport des torres, toute Phalange aura bientét un aol productif en plusieurs genres» parce qu'on rapportera par tout mauvais canton diverses qualités de terre. Ces travaux causeraient en Civilisation des dépenses si énormes « qu'on nV serait en concevoir l'idée. C'est pourquoi les cultuiée dvUiaéaa resteraient à jamais dans l'enfanoe. ))
DBS SUB8I8TAHGB8 BN HARKONIB.' 447
La théorie de la bonne chère, qui est la base do THannoaie sociale, se lie aux questions les plus importantes de la politique , notamment à la limite naturelle ou balance qu^l convient de maintenir entre la population et la production. lé laisse à part cette discussion trop élevée pour un mémoire ai je ne veui rien de scientifique , afin qu1l soit à la portée des femmes comme des hommes. Je passe aux aperçus du genre de vie animale qui succède aux insipides ménages et I ta mauvaise chère des civilisés.
Avant de parler du matériel des repas , il faut expliquer lenr composition. Les rassemblements do table se négocient peur la plupart à la Bourse, ainsi que les autres assemblées. Leurs groupes se composent généralement d'âges rapprochés, \ior% les repas de famille et de corps. On ne verra pas un père ou un pédant s'asseoir à une table d'enfants pour les sbséder et moraliser pendant le repas. Ils ne sont contenus lue par les esprits de corps dont je parlerai plus loin. Dans tons les cas, les repas se composent de sociétés passionnésent assorties. On n'y voit pas, comme parmi nous, des per- MHinages hétérogènes dont la présence embarrasse une cornlagnie entière pendant tout le repas, ainsi qu'il arrive d'une lemoisellede 43à 4 4 ans, dont l'aspect peut flatter, mais lont la présence interdit plusieurs sujets de conversation; ^ qni la rend déplacée hors des repas de famille et de corps. I y aura des festins composés tout exprès pour y voir des eanea demoiselles; mais leur société étant le but du rasaemilement, elles ne gêneront plus la conversation.
Poar éviter toute confusion et toute gône , on fait manger M enfants dans des salles où ils n'entendent point la con- «nation des adolescents. Il y a des salles particulières pour BB gronpes qui les demandent et pour les compagnies mélogées des deux sexes. Il y a des salles afTeclées aux repas la corps et de gala ; puis il y a 4% grandes salles publiques le 1**, IT et 3* classes pour les hommes et femmes au dessus a la puberté, et 6 pour les groupes des 2 sexes au dessous e la paberté.
Les repas de famille n'étant qu'une des nombreuses vaitléB dettennent , comme les autres repas , une fête prq|e«
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4 48 JOOtffÊfi
tée et négociée à la Bourse. Un exemple fera mieux reasorlir la langueur des coutumes civilisées sur cet objet. Sans mettre en parallèle les fêtes délicieuses des riches dans l'ordre combiné, je ne citerai que les repas d*une pauvre eirfiuit h qui ses parents ne donnent aujourd'hui un morceau de pthi noir qu*en l'assaisonnant d'injures.
Il y a 5 repas dans l'ordre combiné : l'antienne, le déjeu* ner, le diner, le goûter et le souper. La petite Liicile, âgée de 7 ans, fait à 4 heures 3/4 du matin l'antienne ou premier repas avec des jeunes filles de son âge. Elle va* au groupe des pigeons, qui tient séance jusqu'à 6 4/2. De là elle va aux . cuisines, à un groupe de menus ouvrages. A 7 heures 3/4 , ce groupe se sépare , et Lucile va déjeuner avec un groupe de petites figurantes qui s'assemblent pour la répétition d'un ballet. (Les fonctions théâtrales sont dans toute Phalange une branche de bénéfice pour les pauvres.) A 40 heures la répétition est finie, Lucile prend des rafraîchissements dam une salie do café , et elle va joindre dans les appartement! un groupe de camérières dont la séance dure jusqu'à midi. De là elle se rend à la Bourse, au parquet des enfanta, pour y faire ses négociations, concerter ses travaux et ses repas du lendemain et surlendemain. Lucile, étant du chœur des adeptes, doit savoir négocier et connaître divers signaux. Peut-être même sait-elle crayonner sur une carto le détail des groupes qu'elle a choisis pour le lendemain. Elle devn avoir ce petit talent pour entrer à 8 ans au chœur des Lycéens.
Au sortir de la Bourse , Lucile va dinar avec son groupe des volières , dont la fête se rencontre ce Jour, et qui est traité en corps et en chère de commande par la présidente du groupe.
Lucile, étant restée trop long-temps à ce repas, a manqué le groupe des fraisières d'Orient , qui est parti à 2 heures 4/4 pour aller cultiver une pièce de fraises. On aperçoit sou drapeau et le groupe qui s'enfonce dans les futaies , à r«x« trémité d'une colline. Cependant elle trouve quelques tralneuses qui se rendent de ce côté , et qui la détournent pour l'attirer dans un groupe de reine-marguerites formant l'eucadrement d'une pièce d'orge. Le groupe fait accueil à Ludle pour l'enrôler, car on la dit fort intelligente. Dne des oÂ-