GROUPES ÉCLIPSÉS
U est vrai que son terrain vaut mieux pour les fin nôtres n*ont pas de saveur auprès des leurs. Non libéré de prendre des consultations pour aviser < de nous soutenir. Nous avons travaillé aujourd*hi toutes les mauvaises plantes, et nous allons prés tien au sénat pour faire abattre quelques arbres a dit être nuisibles. Nous serons appuyés par mf la grande prétresse Ëgérie, qui sollicite du moii à réclipse. Vous saurez , Lucile, que nous voulon mer brigadière de notre groupe (la fonction de équivaut à celle des sergents et caporaux). Nous p nitivement la chevalière Zaluca , qui occupait ce est endoctrinée par son frère le gymnasien Amad à la tète de la cabale montée contre nous par le fhdsiers d'Occident. Zaluca , qui est descendant < la province, est remplie de prétentions; elle trouv de brigadière peu digne d'elle ; il n*y a que deux i était encore bachelière ; elle est reçue sectaire
chats. Le groupe qui les produira se rangera volontal la série éclipsée : elle porte la ^bannière noire, relégu leurs de son groupe dans la cravate de son drapeau < de la série dans les flammes de la bannière. Elle ne fal aéAce, ses produits ne pouvant cooTenir qu'à la ne animaux , parce que les groupes rivaux ou les Phalan tamtisent les meilleures choses à un prix inférieur. est dispositions, elle attire fort peu , recrute fort peu , i déelaré en éclipse par le sénat, risque de perdre ses ] de se voir forcé à renoncer à son Industrie , sans qu'o terdise.
On ne met un groupe en éclipse que pour amortir \ rence inutile entre voisins Inégaux en moyens. Si la P montagnes est éclipsée dans ses melons par celle de ofille-cl sera éclipsée dans son laitage par celle de Hi n aenvlent donc d'assoupir les rivalités de chacune sur !'• se trouve inférieure, paisqu'on gagne beaucoup plus à < melons de U plaine contre le laitage de la montagn groupes s'aveugleraient par leur Jalousie, Ils feraient gigantesques et ruineux pour soutenir la concurrci n'usait pas de quelque ruse politique pour atténuer les et diminuer leurs prosélytes dans les branches d'indi nplolteni sios sneeès.
CNB CAIUTANE AEMIVE. 454
lis seulament. et elle Youdrait d'un grade supérieur, comme dt la BOi»4ieDtenaDoe. Ce matin, à la bourse, elle a refusé boîdaiDeiit notre assemblée, disant d'un air dédaigneux : Ja suia engagée pour mon groupe de framboisiers, dont je suia aaDs4ieutenante. On sait qu*eile doit nous envoyer sa démissioii, et c'est sur tous que nous avons jeté les yeux. Mais élaa-voua fidèle à votre groupe? Ne déserterez-vous pas conune lalnca! Nous savons qu'on vous sollicite de toutes parts, car YOUi travsilln fort bien , et je gagerais qu'on vous a fait des oÉbea dans ce groupe des reine-marguerites, pour lequel TOUS noua avez quittés aujourd'hui. J*en atteste Ghloé, qui étaic avec vous, k
Ladle repond eo jurant de sa fidélité au groupe, etc.
Sur oea entrefaîtes, on voit entrer dans la rotonde Iris, aassagère de la régence. Elle a amené dans son cabriolet la
Ktnarche Frédégonde , sybille de la secte des pécheurs , et iM des grandes dames de la Phalange. ((Toute la jeunesse de la rotonde se lève pour saluer Frédégonde.)) Quand elle « pris place, elle demande les bergères qui doivent faire la liKtîon du soir au troupeau des volatiles d'Orient. On lui préae&le Lucile et Ghioé ; elle les informe du motif qui ramène, •lie Yient visiter un étang situé dans le pré où paissent les TolaiUea. Ladle et Chloé raccompagneront
Alors la messagère Iris fait part des mandements de la Bêgence. On vient d'apprendre qu'une caravane a devancé d'un jour son ordre de marche. Une colonne qui était attendue le lendemain arrivera le soir même, et la Régence mande à tous les employés de la secte des pages et camérièrcs qu'ils •bandonnent autant qup possible leurs rassemblements ooneerCés, et qu'ils se rendent après le goûter au caravanseraï pour les préparatifs. Iris ajoute quelques détails, comme une réduction sur le spectacle du jour ; elle donne divers ordres, et les bergères d'Orient reçoivent Tordre de cueillir des feuilles de fougère pour orner les corbeilles de fruit au •ooper de hi caravane. Ensuite la patriarche Frédégonde s'aaiieniine vers Tétang , qui est le but do sa promenade , ef prèa duquel paît la troupeau de volatiles. Une camérière se détache de la rotonde pour accompagner Frédégonde. Lucile et Chloé la devancent, portant les boites do pâtes apportées par la patriarche pour le repas de ses carpes. Les bergères de kl faction parUM les houlettes ï son arrivée, et les remet-
453 VIHTE A L'ÉTANU.
tent à Lucile et Ghloé. Elles vont prendre au kiosk le fauteuil de Frédégonde, et terminent leur faction en coupant des gerbes de fougère demandées par Iris ; puis elles vont se rafratchir à la rotonde.
Pendant que Lucile et Ghloé préparent les boccons de pèle pour les carpes, 1 Frédégonde raconte Thistoire de cet étang et les rivalités mémorables auxquelles il a donné Heo.* Elle cite les aïeux de Lucile et de Chleé, qui figuraient dans ce débat, et les fameux carpeaux qu'ils ont élevés. « Vous aliex voir, dil-«lle, la mère carpo qui est du même âge (|ne moi : elle a 460 ans; mon pèro la jeta dans Tétang le jour de ma naissance, avec un anneau d*or à la nageoire. Vous la verrez paraître avec cet anneau et prendre le boccon presque dans la main. Tant que je vivrai je viendrai quelquefois la voir et nourrir en mémoire de mon père, et je la recomman* derai au groupe de cet étang ; j'en ai été la présidente, j'en suis la doyenne , et il se plait à soigner ma carpe favorite, b
Ensuite Frédégonde s'informe des affaires de Ghloé et de Lucile ; elle apprend que Lucile va remplacer Zaluca sa septième descendante dans le grade de brigadièrc des fraisiers d*Oricnt. Lucile lui déclare qu'en acceptant cette place, elle craint d'indisposer Zaluca ; mais Frédégonde , qui est très équitable, blâme hautement les prétentions de Zaluca à devenir ofTicicre après un mois d'admission k un travail dentelle n'a nulle expérience, a Moi, dit Frédégonde, j'ai été quatre ans simple sectaire dans plus d'un groupe , sans avoir le moindre grade. » Puis elle promet d'appuyer le groupe des Fraisiers d'Orient dans sa lutte contre la cabale dont Amadis est le chef. En revanche , Lucile et Ghloé promettent d'apporter des boccons à la mère-carpe chlEqae fois qu'elles viendront à la faction,
Sur ce , un page arrive avec un cabriolet pour ramener Frédégonde. Six heures s'approchent et les deux bergères ramènent aussi le troupeau , après avoir cueilli uno gerbe jcs fcuiHaj^o.^ demandés par Iris. Elles arrivent au palais et goûtent avec des enfants qui vont préparer une exposition de fleurs pour le passage do la caravane. Après le goûter, Ghloé se rend à uno séance do lycco , et Lucile nu carnranserai, où elle travaille avec les camérièrcs «n préparer les chambres. A 7 heures 1/2 Lucile se rend à son groupe des fruitiers, pour y disposer les corbeilles de fruits garnies do
8EA VIGE non E8TIQUE. 4 53
e. On en sort à 8 heures 4/2, et Ludle doit se rendre «per de famille concerté pour 9 heures ; mais Tarri- De aile de caravane dérange ce plan : Lucile et sa
aouperont d'aventure aux salles publiques , où elle I quelques groupes d'impromptu. En attendant , un re s'élève dans le palais. Déjà un carillon du dôme s la caravane. Elle arrive conduite par le paladin I et la paladin Hersilie, que la Régence avait envoyés mmtre avec des pelotons de cavalerie des deux sexes. iqnerai plus loin comment on reçoit la caravane.]) aiaani le tableau de la journée d'une pauvre enfant
Ludle, j'ai donné quelques détails sur les intrigues plant pour faire voir qu*elle est jusque dans ses enus heureuse que les grands dans leurs plaisirs. Lueu quelques moments pénibles lors des reproches . , mais elle les oublie par zèle pour le groupe des
I dont elle partage les alarmes. Elle n'entrevoyait » ooorsde sa journée qu'une séance ennuyeuse, c'était ion vers le troupeau d'Orient, moment ((d'ennui)), 'elle n'y devait trouver qu'une seule compagne et e groupe. Mais la rencontre de la bonne dame Frédca répandu des charmes snr cette station. Lucile a nue protectrice pour son groupe de fraisiers ; elle va jriomphante le raconter à Atala et prouver qu'elle a im Intérêts de ce groupe qui Taccusait d'insouciance. ) reste de sa journée a été un tissu de plaisirs et de e joyeuses dans les divcrâ groupes, et ses journées du lafn et surlendemain seront variées au point de ne ibler en rien à celle-ci ; car, dans Tordre combiné , le des mêmes assemblées arrive , tout compensé , de seen semaine. Quel civilisé peut mener une vie aussi aussi variée?
endant Lucile n'est qu'une pauvre enfant de la classe mastiques ; mais, dans l'ordre combiné, le service do- [ne n est pas individuel et n'a rien d'avilissant. Un ) de pages n'est engagé a aucun maître ; il sert la Pha- . dont le service est aussi honorable que celui d*un eur. Au sortir de ses fonctions , le page n'est plus de s et peut s^asseoir à la table d'un grand qu*il a servi la
II est plus privilégié qu'un page [acluel| , en «e qu'il Mter de servir celui qui lui déplaît. Si Lucile est
1 54 DOMESnCITi PASSIONNÉE .
brouillée avec Clitie , elle ne sert ni Fappartement de Clitie, ni les tables où se trouve Clitie , qui n*est pas moins bien servie pour cela, car le service étant exécute par des groiH pes composés d'une cinquantaine de personnes, qu'importe à Clitie d*ètre servie par Lucile ou Zerbine? Au contraire elle aime à voir Lucile éloignée d'elle.
L'ordre combiné a cette propriété d'éloigner Tun de fantre ceux qui ne se conviennent pas, ou de les occuper à des fonctions différentes s'ils se rencontrent dans le même groupe. De cette manière , les haines ne peuvent s'envenimer, et se bornent à la dispute qui les a causées. Mais parmi nous les personnes inconvenantes sont sans cesse aux prises. L'épouse trouve un défaut à son mari ; elle le quitterait sans haine s'il n'était qu'amant, mais la loi a décidé qu^ls vivront face à face pendant toute leur vie. Chaque rencontra augmente leur aigreur; ils se découvrent réciproquement de nouveaux défauts, s'en supposent s'il n'en existe pas, et en viennent à s'abhorrer. Leur ménage devient un enfer par suite de quelque démêlé qui n'était dans le principe qu'une bagatelle, et qui les aurait brouillés tout au plus pour mie semaine dans l'ordre combiné.
On a vu que le service , dans la Phalange , n'est pas individuel , à moins qu'il ne se fasse par amitié. Toute personne a dans le groupe des serviteurs , des afBdés qui servent de préférence sa table et son appartement. La chancelière t^ rie tombe malade. Aussitôt les officières du groupe des camérières viennent lui rendre une visite, et plusieurs sollidcitent d'être désignées par elle pour sa garde personnelle , qui se relayera de deux en deux heures. La petite Lndle , comblée de ses bontés , prétend faire la première faction : on lui répond qu'elle est trop petite pour garder une malade. Lucile se désole et verse des larmes : Egérie décide que Lucile restera. L'enfant, flattée de cette préférence, s^iattache de plus en plus à Ëgérie , et la servira toute sa vie avec ardeur. S'il y avait engagement fixe et nécessité de service personnel, l'amitié cesserait bientôt entre Lucile et Égérie. ((Les femmes se haïssent entre elles dans Tordre dvilisé et barbare ; cependant elles sont plus aimantes que les hommes. Aussi , dans l'ordre combiné, s'aimeront-elles plus entre elles que les hommes ne s'aimeront entre eux.])
AMOUR ET TOILETTK. i:,:i
Je continue sur la composition des repas dans l'ordro eombiné.
Hors des repas de corps et de famille, la compagnie des banquets offk*e toujours quelque recontre piquante, soit qu'on les ait concertés nominativement à la Bourse, soit qu on les forme en impromptu dans des salles publiques où se rendent ceux qui n*ont pas de partie formée. On ne voit parmi nous que deux sortes de repas qui se rapprochent du ton de l*ordre combiné : ce sont le pique-nique et la partie fine; encore le jea des passions y est bien restreint , parce que les femmes civilisées sont étrangères aux plaisirs de la table el I d'autres plaisirs. Elles sont absorbées par Tamour et la toilette. Contrariées sans cesse sur ces 2 goûts dominants , elles deviennent presque indifférentes sur tous les autres objets. Aussi cultivent-elles les arts par vanité et non par goût. Leur indifférence pour certains plaisirs , comme celui de la bonne chère, semblera très-ridicule dans l'ordre combiné, où Ton qualifiera d^estropié social quiconque n'aura pas de goûts prononcés sur les 4 2 branches de passions, et spécialement sur la gourmandise , qui sera la plus nécessaire de toutes les qualités sociales.
L*antienne, le diner et le souper ont lieu dans le palais; le déjeuner et le goûter ont lieu le plus souvent dans la campagne et dans les châteaux pendant la belle saison. Les groupes éloignés des palais perdraient beaucoup do temps s'ils rentraient au palais pour déjeuner et goûter. Il est mieux entendu de transporter leur repas. Voici comment cela s'opère :
Je suppose qu'à 7 heures du matin la Direction des festins soit informée qu'il y a à peine 300 personnes dans le palais et au voisinage, et plus de 700 répandues au loin , savoir : 300 à l'orient, 200 au nord, 150 au midi, et 50 à Toccident; on connaît ces quantités fort exactement, parce que les sentinelles placées aux dômes des châteaux font signal aux groupes environnants de déclarer leurs intentions , et chaque groupe répond par les signaux de son kiosk , ou cn- ▼oie un des siens porter l'avis de son intention. La sentinelle de chaque dôme recueille et transmet les tableaux résultant de ses enquêtes, et l'on sait exactement les quantités et classes de personnes qui déjeuneront ou goûteront a tel château. On dispose en conséquence les envois de comestibles des 3 classes, et lorsque les convois de munitions sont prêts
4 tH^ BEPA0 DANS LA CAHPAGNE ,
à partir, la tour des sigoaux en donne avis , et les dômes des châteaux répètent le signal chacun dans leur distriel. Par eserople, le château d'orient signal à 7 heures 4/4 le départ du déjeuner, à 7 heures 3/4 l'arrivée du déjeuner, et à 8 hett> res le commencement du service. Les groupes répandus danS; l'orient arrivent à des heures différentes , après avoir achevé leur séance , et chacun en arrivant se répartit dans les salles de 4*;*, 2* ou 3« classe. Une sentinelle inscrit les officiaeti de 4** et â«; il est inutile d'inscrire ceux de 3«, car ils aa peuvent pas moins faire que de manger en 3' classe. De là chacun se disperse pour aller à d'autres rcndez-voos qui durent jusqu'aux environ de 40 heures, époque à laquelle on prend des rafraîchissements dans les rotondes ou cafés de la campagne et des ateliers. Personne ne tieut à un café exclusivement, on entre dans celui qui se trouve sur la route que l'on tient en changeant de groupe. Les comestibles qui y sont servis partent tous des mêmes ateliers.
Les séances de café sont fort animées vers 40 et 4 heures; Ce sont les instants où chacun change do groupe et entre quelques minutes au café voisin pour apprendre des nou« velles , car il y a dans Tordre combiné plus de nouvelles ea un jour, qu'il n'y en a en un mois dans la Civilisation. Ainsi Gléon, entrant au café à 40 heures 4/4, demande d'abord ce qu'ont dit les messagers de la Régence; car ils doivent être venus à 40 heures donner des nouvelles dans les cafés, indépendamment de celles qui arrivent chaque jour par les gazettes du congrès du Bosphore, qui recueille les nouvelles de tout le Globe. Cest une manie commune à tout le monde de demander sans cesse des nouvelles; on en veut avoir dix fois par jour, lors même qu'il n'y en a pas. Dieu ne nous aurait pas donné cette passion s'il ne voulait pas la satisfaire dans Tordre combiné.
Les 2 intermèdes de café ne sont pas des repas, car on ii*y prend que des bagatelles : chocolat, glaces, croquets, confitures, vins légers, crèmes, fruits et autres amusettos, pour aider la conversation. Si Cléon, après avoir déjeuné à 8 heures avec des pièces de résistance , s'arrête au café â 40 heures, et que, par distraction , il avale quelques biscuits, quelques fruits fondants, une bouteille de Champagne, en écoutant des nouvelles, ce ne sont pas là des repas pour de? Qstomacs d'autruches c^mme le^ auront ceux qui sont
CMfÈA, NOUVELLES. 157
él0Vé0 dans l*ordre combiné, gens qui, à 400 ans, seront à fat fleur de leur âge et en pleine galanterie, puisque le terme noyen de la vie sera de 4 41 ans ; — observons que je parle de gens élevés dans le nouvel ordre de choses. ((Cléon s*arnMe à ces rafratchissements , parce que, dans 1 ordre combiné, il faut toujours occuper à la fois le corps et Tâme , pour ne pas se trouver en sensation incohérente , comme serait un homme qui écouterait les nouvelles sans faire autre dioee; il n'éprouverait qu'une jouissance spirituelle isolée, œ qui est contraire...)) [Ici s'arrête le cahier 126, dont les dernières et les premières pages sont déchirées.]
Il est temps de passer à quelques détails sur le matériel des repas de Tordre combiné.
Les questions sur la bonne chère sont traitées facétieusement par les civilisés. Ils croient que la bonne ou mauvaise chère du genre humain est une affaire indifférente à Dieu. En outre, certains énergumènes politiques, depuis Diogène jusqu'à Ifably, ont eu l'impertinence de vanter la mauvaise saisine, et ont avancé que l'homme faisait un acte de raison et de piété en se rassasiant d'ordures telles que le brouet noir des Spartiates, les ragoûts à l'eau do Phocion , les rares de Gincinnatus et autres immondices prônées par les philosophes qui ne se soucient guère d'en faire usage.
La thèse qui devra nous occuper au sujet du matériel dos subsistances et autres objets de consommation , c'est que , dans l'ordre combiné , il en coûtera beaucoup moins pour obtenir des produits de qualité exquise et en quantité surabondante, que pour obteuir dans l'ordre incohérent des produits de qualité chétive et en quantité insuffisante.
L*examen de cette thèse se lie à diverses questions politiques, telles que,
La limite naturelle de population ,
La libre circulation par terre et par mer,
L'introduction d'un procédé véridique dans les échanges.
Ces dispositions et autres qui ne peuvent avoir lieulque dans l'ordre combiné, sont des préliminaires essentiels à rorganisation de la bonne chère universelle. Ce serait en vain que les léries passionnées donneraient les productions
158 ÉQUILUaE DB MPULATION*
les plm exquises , si l'une des 3 dispositions que j'tndkiiie était violée, le corps social retomberait toujours dans la panfreté où il est aujourd'hui. Il s'agit donc de résoudre par l'ardre combiné les 3 problèmes ci-dessus dont nn seul suffirait pour désorienter toutes les sciences de la CivilisaUoQ. En traitant des séries de groupes , j'ai fait entrevoir sofllsamment quelle sera l'excellence de leurs produits. Il resta donc à parler de la quantité, à démontrer qu'elle sera tura^ boudante, au point de devenir périodiquement gênante, et de forcer parfois les Phalanges à livrer aux pourceaux des sobsistances exquises pour là nourriture des hommes. Le game humain ne peut pas échapper à l'un de ces deux excès : manquer périodiquement de subsistances dans Tordre incohérent, ou regorger périodiquement de subsistances dans l'ordre combiné. Dans cette alternative, il n'y a pas à hésiter sur le choix; il vaut mieux l'excès d'abondance, qui est vraiment une calamité en Civilisation, témoin la France de 4806 ; elle sèche de misère au sein de l'abondance et du sap^rflu.
Mais comme il existe dans l'ordre combiné une liberté absolue de transports, et que chaque phalange est assez ricèe pour conserver son superflu pendant plusieurs années , la surabondance ne produit d'autre mal que de nourrir trop délicatement les animaux dans certaines années où les hom* mes né suffiront pas à consommer les productions dignes da leur table.
L'abondance se fonde principalement sur Tart de mainte* nir la population au-dessous des ressources offeries à la consommation. C'est ici la question la plus délicate et la plu simple de toute la politique ; mais à parler comme civilisé, on ne peut pas débattre cette question sans tomber dans le cercle vicieux, parce que les besoins des armées et la répugnance qu'excitent le travail militent pour laisser accrottre la population sans mesure. Si le peuple était trop bien , il ne voudrait ni s enrôler, ni travailler avec ardeur. Voilà deux objections qui ne sont pas applicables à Tordre combiné , inais qui sont décisives en Civilisation , et qui Jettent dans le àercle vicieux toute la politique civilisée. Le plus sage est ce(ui qui avoue n'y rien concevoir. Tel est l'avis de Stewarti . qni"^ discuté assez longuement les moyens de iiMi<iil«iilr Nqwihre eiUre la pofmtolion e$ Im ^produtHon iurmeê-
ABONDANCE DB SCfCBE. 159
HwM. 11 finit par «vouer que ni lui ni d'autres n'y conçoivent rien. C'est la plus importante vérité qui ait été ëlB depuis l'existence de la Civilisation. On peut en conclure qne les dviiisés, ne sachant pas résoudre le premier problèflie de la politique, n'ont aucune notion certaine sur auflone branche de cette science.
Lorsque le Globe sera au complet d'environ 4 milliards daas l'ordre combiné , le rapport entre la production et la population se fixera a tel point qu'on se trouvera dans le cas do provoquer et non de modérer la consommation individuelie. Il existera habituellement une crainte d'être encombré par le superflu. Tel est l'aperçu auquel il faut se fixer avant que je ne le démontre dans un écrit spécial. Raisonnons sur l'emploi de ce superflu.
Prenons pour objet de comparaison des denrées de première nécessité, comme le sucre et le vin. Un civilisé dirait : le pain et le vin ; — mais dans l'ordre combiné, les comestibles préparés au sucro seront aussi nécessaires et aussi abondants que le pain.
En effet , supposons-nous arrivés à Tépoque où le globe cultivable sera mis en exploitation régulière jusqu'à la haoteard*Ardiangel, et porté au complet de i milliards. Alors l0 sucre sera commun dans la zone torride, comme la farine de froment Test aujourd'hui dans la zone tempérée. Cette farine sera plus précieuse qu'aujourd'hui , parce que la culture du blé n'exerçant pas autant d'attraction que le travail dei jardine et des animaux, le grain deviendra plus précieux que la viande à égal poids , et la zone torride n'ayant pas de blé n'obtiendra pas d'échanger poids par poids le sucre et la farine de froment. J'estime que 2 quintaux do belle farine vaudront communément 3 quintaux de sucre blanc en poudre. Ajoutons que la libre circulation régnera sous l'égide de l'Empereur d'unité, et indépendamment des querelles particulières des souverains, et qu'une nouvelle méthode d'éohanges aura succédé aux Intrigues et fourberies du commeree qui souvent doublent le prix originaire d'une denrée avant qu'elle ne soit parvenue au consommateur.
Alors le prix du sucre , joint aux modiques frais de transport et de commission, sera de niveau en Europe avec le prix de la farine ; mais les objets qu'on prépare au sucre , les
460 AI^TIUKNK l>>\FANil.>lB.
fruits, les laitages, etc., coûteront beaucoup moins que ie sucre, ou plutôt ils ne coûteront presque rieo. Le soin des fruits et des troupeaux étant prodigieusement attrayant , dans l'ordre combiné , et devant causer les rivalités les plus actives entre les classes riches de chaque phalange, il résultera une telle afiluence de bon laitage et de beaux fruits, qu^oa sera obligé de livrer tout laitage médiocre aux animaux , tout fruit médiocre aux pourceaux, et tout beau fruit taché à la confiserie journalière ; d*où il suit que la confiture fine pré~ parée à égal poids de sucre et de fruit ne sera pas plus coûteuse que le pain blanc , compensation faite du déchet qu'éprouve le sucre dans cette préparation , car elle sera à 1/2 composée de fruits qui coûtent à peine le-4/i de la farine. Cette circonstance balancera le déchet du sucre et gonflement de la farine imbibée d*eau ; mais la confiture moyenne à 4/2 poids du sucre sera bien moins coûteuse que le paiu. 11 en sera de même des sucreries mêlées de laitage et d'oeufs , qui seront en même abondance que les fruits, et coûteront iMen moins que le pain.
D'après cela , de quoi devrait se composer une Antienne économique préparée pour les enfants les moins riches qui mangent en 3^ classe? En arrivant le matin à 4 heures 4/2 aux salies de PAniienne , ils y trouveront des assortiments de crèmes sucrées , des plateaux couverts de fruits magnifiques qu'on saura conserver d'une année à l'autre, des kyriel* les de compotes, des marmelades , des croquettes et autres rocamboles dont la préparation sera moins coûteuse et moins pénible que celle du pain. C'est pourquoi de tels mets, qui font aujourd'hui les délices des riches , seront par économie prodigués aux enfants pauvres par la même raison qu'on leur prodigue aujourd'hui du pain dans des vues d'économie.
On peut déjà entrevoir pourquoi Dieu donna aux enfants de tous pays une attraction si for(e pour les mets sucrés, principalement pour les laitages et fruits préparés au sucre. C'est que ces objets doivent former une partie de leurs repas et principalement l'Antienne ou repas du lever. Ai^ourd'hui, ▼DUS accusez de gourmand et vicieux Tcnfant qui convoite les sucreries. Ce n'est pas lui qui est vicieux , ses goûts portant sur la nourriture que Dieu lui destine : c'est la GviUsation qui est vicieuse de ne pas lui fournir a'tte nourriture pour laquelle Dieu lui inspire attraction.
FABRICATION SÉRIAIBK. 464
On pourra objecter qu'il est ridicule de rassembler tant de mets pour un petit repas d*enfants pauvres , qu'il suffirait de leor servir une grande jatte de crème sucrée, une de marmelade, une de compote, sans leur servir des assortiments de 5 oa 6 crèmes sucrées, 5 à 6 compotes, etc., ce qui cause des préparatifs trop dispendieux pour des enfants pauvres qui payent leur nourriture ; car chacun est à son compte séparé , dans Tordre combiné. Voici la cause de cette variété dans ie service.
Si Ton ne fabriquait qu'une crème , qu'une compote , on ne pourrait pas former les cuisiniers en série ; leur travail serait moins attrayant , moins parfait et plus coiïteux. A la vérité, pour fabriquer 5 compotes du poids de 20 livres, il y a on peu plus de manutention que pour une compote du poids de 400 livres; mais, dans le premier cas, on forme série parmi les cuisiniers . et il en résulte des avantages infiniment supérieurs an petit inconvénient d'une manutention plus ou moins divisée. Quand cette thèse sera celai rcie , on ne s'étonnera pas quil faille servir 5 à 6 crèmes , 5 à 6 compotes à TAntienne des enfants pauvres. La Phalange aura trouvé son compte à fabriquer 5 à 6 compotes plutôt qu'une seule. Il faudra bien la servir, quand elle sera faite. £h! qu'importe que l'enfant puise 5 cuillerées dans un vase ou bien une cuillerée dans 5 vases? la consommation est la même dans tous les cas, et il reste l'avantage d'avoir entretenu la série dans cette f8i>rication , puis Tavantagc de former le jugement de Tenfant qui raisonnera bien mieux sur 5 compotes que sur une seule. Cette variété provoquera leurs débats, leurs rivalités sur le fruit qu'ils cultivent, ctc'estlc but qu'il importe d'atteindre dans Tordre combiné.
Après le sucre et ie pain , je cite le vin. On peut se figurer qnclle sera Taffluenco des grands vins , quand on exploitera , dans les deux hémisphères, des millions de côleuux incultes entre les 30* ei 40* degrés, où croissent les vins substantiels et chauds. L'Amérique pourra comporter la culture de la vigne , quand l'exploitation universelle aura modiflé sa température. Si l'on réfléchit sur la perfection des cultures et manutentions de Tordre combiné , on croira facilement que tous les vins précieux , comme Madère , Chypre , Xérès , deviendront aussi pou coûteux que le vin Test en Franco où il
lei ABONlIANaB DE Vm.
ii*eêt pas compté aux auberges dans Técot d*un. voyageur. Quant aux vins de moindre valeur qui seront la boisson de d* classe , on peut estimer que le peuple ne boira pour piaaller que du* vin équivalent â un bourgogne on bordeaux qui se paie sur les lieux un demi-écu la bouteille.
Les vins, grossiers comme ceux de Languedoc, ou fWblea comme ceux du Rhin , seront coupés au fur et à mesure de consommation avec les vins chauds du 30* degré. Ceux du 45* acquerront considérablement de valeur. Les connaistances œnologiques et les meyens d'exploitation que poaaèderont les séries de vignerons et de cavistes, la ricbease des phalanges , qui permettra de ne consommer chaque vin qa*à l'époque de sa maturité, radoucissement et la régularité de te température et autres moyens de perfectionnement, feront abandonner tous les médiocres coteaux , comme il en cal beaucoup vers le 45* degré. On peut juger des torrents de vin que produira le 35«, si Ton observe qu'un seul point de ia France, le Bas-Languedoc, fournit à lui seul de quoi remplir de vin et d'eau-de-vie tous les magasins des ports d*Bu« rope et d'Amérique. Le peuple aura donc des boissons salubres et agréables, et les riches auront les vins précieux de tous les points de la terre. Aujourd'hui la gestion de cette branche de subsistance est livrée à des empoisonneurs pu* blics qu'on nomme marchands de vin , et dont les fourberies commerciales augmentent prodigieusement les obstacles à la bonne chère, déjà si faible sur ce point.
Ce que je dis du sucre et du vin s'applique h tous les oo* mestibles. Citons les produits de la chasse et de la pèche. Les civilisés, qui font des traités en vers et en prose sur la bonne chère , ne savent pas encore produire une infinité de comestibles précieux et salutaires , notamment le poisson et le gibier. Ils sont réduits aux dons de la nature, qui est une marâtre bien avare quand elle n'est pas stimulée par Tindustrio de l'homme.
La pèche, aujourd'hui si dédaignée, sera prodigieusement attrayante dans l'ordre combiné , par suite des travaux qui seront exécutés pour procurer à chaque Phalange un courant d'environ ((24)) 32 pieds cubes par seconde , indépendamment des eaux fluviales , dont on ne peut pas disposer à volonté. Quoique les civilisés n'aient pas découvert jos-
COVftANTS D^BAU. 463
qn'à préseDi de» moyens faciles pour élever l*eaQ à peu de liraig à la hauteur des trombes marines, il est indubitable qfm ce moyen existe el sera inventé. En voici Tindice : si l'opération n*était pas possible et peu coûteuse , Dieu aurait disposé rattraction de manière que ce courant de 24 [3S] pÎQCIa cubes par seconde no fût pas nécessaire au déveioppe- ■lent des passions; mais s'il nous a donné des passions qui •liront besoin de ce courant d'eau pour se satisfaire dans chaque Phalange, il a dû aviser aux moyens d'exéculor l'entreprise. Ainsi , par la boussole , il a avisé à nous guider lacilement sur les mers qu'il nous destinait à parcourir. On doit donc tenir pour certain que l'art d'élever un énorme oourant d'eau à la hauteur des trombes sera découvert, et qoe cet art reposera sur quelque procédé aussi simple que oelui de fendre les rochers avec quelques grains de poudre, braver l'immensité des mers avec une aiguille aimantée. Ces méthodes, avant d'être connues, nous semblaient encore plus introuvables que ne peut sembler le procédé pour l'éié* vation d'une trombe. En attendant qu'il soit découvert , son absence causera une lacune dans le mécanisme social de rordre combiné, et notamment dans tout ce qui concerne la pidie. Jusqu'à cette invention. Ton sera obligé de pratiquer •■ sommet des vallées de grands lacs fermés par une écluse qu'on pourra ouvrir de toise en toise , pour en tirer de forts courants pendant les sécheresses, et même pendant l'hiver; mais le moyen ne sera pas praticable en tous lieux. Je suppose que la Phalange dont nous parlons puisse se procurer le courant de 32 pieds cube par seconde, ledit courant élevé à la hauteur de 42 toises au moins, peut ménager des jets, dea cascades et des robinets sur les divers points du canton et dea ateliers. En attendant l'invention de la mécanique, oa se rédimera comme on pourra sur cet objet et sur d'autres qui ne seront pas portés à la perfection dès la première année.
Voici comment l'organisation de la pêche est indiquée par l'attraction.
La Phalange pratique dans son canton divers bassins d'eau courante alimentée par la mécanique d'élévation , et formés au besoin de la même eau, qu'on relève du bassin inférieur dans le supérieur. Â chaque bassin est affecté un groupe de la aériea dea péchaora et des pêcheuses. Le bassin contient
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une ou deux espèces de poissons dont le groupe soigne Téducation et la nourriture. On transporte dans des courants voisins ou dans des bras de ruisseau grillés le poisson qui doit être engraissé et prochainement consommé. Enfin, l'on élève le poisson comme les volailles, de manière à le rendre beaucoup plus délicat que celui qui est fourni par la nature, et l'on accole les espèces dans chaque endroit , de manière qu'elles s'accordent ou se dévorent convenablement entre elles. Par exemple, on trouve dans la puUulation des carpes de quoi nourrir le bassin de brochets. On porte à chaque bassin des rebuts de diverses classes qui se trouvent dans les inunenses cuisines de la Phalange, et Ton porte aux cou* rants des pâtés, ou viandes, ou salaisons, pour engraisser ce qui est prêt à manger.
Les civilisés opèrent en sens contraire : ils élèvent des poissons de la qualité la plus médiocre dans des étangs croupissants qui putréfient Talmosphère pour ne donner qu'une chétive nourriture , inférieure encore au poisson donné par la nature que l'industrie humaine doit surpasser en tout sens.
La privation est bien plus grande à l'égard du poisson de mer, comestible aussi sain que délient. On ne sait pas où pratiquer au voisinage de la mer des bassins pour y tenir des réserves de poisson et en faire usage aux époques où le mauvais temps interdit la pèche. On n'a point de chars suspendus pour le transport, point de routes unies pour éviter les secousses qui échauffent la viande morte, point d'établissement pour rafraîchir ce poisson d'espace on espace , par des courants d'air ou autres moyens. Tant d'inconvénients inévitables en Civilisation privent les souverains mêmes du poisson de mer dans toute résidence un peu éloignée des mers ; en même temps le peuple entier est privé de poisson d'eau douce. Dans toute région populeuse le poisson devient excessivement coûteux , rare et mauvais partout où la population prend quelque accroissement. En résultat la Civilisation est si novice dans cette brar.. ho d'industrie, que les poissons les plus estimés, coux que l'on sert sur la table des grands, seront rebutés dans Tordre combiné.
Même dénuement règne à l'égard du gibier. 11 est impossible de mettre d'accord les civilisés sur les époques où une chasse doit commencer ou finir. Chacun détruit, sans mesure,
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méaie daoi les forêts privilégiées. La distribution de nos foréte est Tcavrage du hasard. Rien n*y est ménagé poar l'entretien da gibier, qui , dans l'ordre combiné , deviendra abondant sans être malfaisant , d'après les précautions simaltanées de toutes les Phalanges. II faut compter parmi ces précautions la palissade mobile et grillée , qui remplacera nos murs et nos haies, et qui ouvrira et fermera à volonté chaque portion du territoire au gibier et aux troupeaux.
Les séries qui , dans chaque Phalange , soignent les troupeaux, sont excessivement jalouses de la beauté et de la prééminence de leurs animaux. On peut en conclure que les fa. meuses laines qu*on nomme aujourd'hui ségovianes et léonèaes aeitmt abandonnées pour les vêtements des pauvres. Gomment le riche voudrait-il se vêtir des produits de ces toisons qui abonderont dans tous les cantons de la zone tempérée, et qui seront en divers lieux bien autrement parfaits qu*à Léon et à Ségovie ? C'est pourquoi , hors les instants de travail agricole , le riche se vêtira des duvets de viçogne, de castor et autres animaux qui ne peuvent pas être élevés domestiquement dans l'ordre incohérent. On verra dans l'ordre combiné les hautes montagnes remplies de vigognes, pour lesquels on transportera l'icho et autres nourritures qu'ils affectionnent ; on verra les vallons de l'intérieur peuplés de castors qui travailleront et formeront en toute sûreté leur édifice aquatique , parce qu'il sera convenu d'observer en tous lieux les ménagements convenables pour les amorcer au travail. On leur préparera au centre des forêts et au bord des ruisseaux les objets convenables pour construire leur écluse; enfin, chaque canton soignera à frais communs les républiques de castors et les troupeaux de vigognes, comme chaque canton soignera ses troupeaux domestiques ; et , au lieu de détruire incohéremment les animaux , la contrée se concertera pour en faire sociétairement l'éducation et l'exploitation.
Je me borne à ce peu de détails sur l'abondance qui régnera dans l'ordre combiné. Ceux qui répugneraient à espérer des résultats aussi brillants doivent se rappeler deux choses :
4* Ce fait immense n'aura pas lieu dans les premières années, soit à cause de la grossièreté et de Tignorance des gé-
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néraUofid actuelles , qui , dans le principe , a'organiseroM bourgeoisement , et qui , au lieu de châteaux , construiront de bons hangards en bois et en terre ; au lieu de kiosks A flèche sur chaque pièce de terre, ils feront une bonne diM* mière où Ton pourra également entreposer les objets de aeN' vice : les naïades et bamadryades de la génération acUM^Ue seront des paysannes bien Têtues et bien nourries qui tvw le temps se dégrossiront un peu.
Mais tout enfant élevé dans le nouvel ordre, et même lont paysan qui aura un peu d'aptitude, se polira aussi prompile» ment qu*un manant à qui un héritage imprévu donne un MM et un million. Ce manant prend bien vite les airs d'un eibh din : le changement sera bien plus rapide encore dans Tordre combiné , où la grossièreté d'un seul cultivateur, d'un Mlri enfant, attire des quolibets sur la Phalange entière de la part de SCS voisins, qui se croient plus polis. De là vient que BOt grossiers villageois parviendront bien plus tôt qu'on m croit à représenter des sylvains et des nymphes dans leurs groupes industriels , surtout lorsque la génération actnello commencera ^ faiblir en nombre.
3^ Il faut se rappeler que les sociétés 6 et 7 (garanties et groupes), qui sont intermédiaires entre la Civilisation et l'or* dre combiné, donneraient des résultats plus bourgeois et plus analogues aux humbles désirs des civilisés. Je pourrais donc me rapprocher de leurs vues étroites en don]giBnt des tableaux radoucis, comme ceux des périodes 6 et 7, qui m sont point formées en séries passionnées. Leur bien-être, moins éblouissant, trouverait beaucoup plus de croyants; mais il faut observer que Télablissemcnt de la 6^ période est au moins vingt fois plus difficile que celui de Tharmonie uni* verselle. Quant à la 7' période , elle n'est qu'une ébaudto informe de l'ordre combiné , et son établissement est encore sujet à des difficultés que ne présente point l'Harmonie. Comment donc songerait- on k s'arrêter aux sociétés intet^ médiaires quand l'ordre combiné peut s'organiser sans causer le moindre froissement et avec tant de rapidité qu'il semblera sortir de terre 1 C'est donc sur celui-là aeul q«e doivent se porter les regards et les vœux.
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Arcliiteetiire*
Parmi les travaux merveilleux que doivent sxécuter les Phalanges, chacune dans leur canton, nuls ne sembleront plus impossibles que ceux de rarchitecture. Comment se figurer qu'une Phalange de mille personnes, obllg^^e de cultiver ses champs et soigner ses troupeaux et ses manufactures, donner encore beaucoup de temps aux spectacles , aux arts , aux amours, trouvera le temps et les moyens do construire, en moins de deux siècles , un palais et des châteaux bien plus somptueux que ceux des potentats civilis(^s, et qu'avant deux siècles chaque canton, où Pon voit aujourd'hui un dégoûtant village, aura une multitude de colonnades , dômes et pérystiles eonmie ceux de Saint-Pierre , Saint-Paul , Sainte-- Sophie , Sainte-Geneviève , puis une campagne couverte de châteaux , rotondes , kiosks et belvédères , où le marbre et les statues éclateront de toutes parts? On croira aux autres prodiges sur les eaux , les boragRç; , les fleurs , et môme les musées de chaque Phalange; mais on refusera de croire qa*une société de mille personnes puisse , en moins de deux ^ècles, faire à elle seule des ouvrages que les plus grands souverains n'exécuteraient pas dans ce laps de temps , en y employant des troupes et des trésors.
Sans discuter les moyens qu*aura l'ordre combiné pour exécuter .ces travaux , je répète que ce n'est ici qu'un aperçu dans lequel je ne puis entreprendre aucune explication qui entraînerait de longs détails ; que ce luxe de bâtiments n'étant pas nécessaire à Tordre combiné, il ne s'organisera pas moins dans des édifices de bois et de brique , tels qu'on en voit dans certaines villes de France , où les gens riches ont des logements très-somptueux dans des maisons construites en lolivee et en terre. Il n'est donc pas nécessaire de supposer œ luxe de bâtiments pour concevoir le mécanisme de l'ordre combiné. Quant à ceux qui consentiront à y croire provisoirement , je dois leur dire que les preuves de la possibilité de ces travaux sont tirées de quatre sources :
4* Les progrès de la mécanique. Dans plusieurs branches de la construction, elle est encore dans l'enfance. On voit partout une vingtaine d'hommes occupés à soulever un marteau on mouton sur une poulie. Cet ouvrage devrait être fait
4d8 PROMFTITUDR D^EXÉCOTIOBT.
par un seul homme , 8*il existait une invention mécanique pour l'exécuter.
2<> Les facultés qui seront fournies par la nouvelle organisation des^ travaux publics. Aujourd'hui Ton rassemble 200,000 henunes pour s'entr'égorger et ravager tout le pays 20 lieues à la ronde; alors, on rassemblera 200,000 hommes pour faire dans une campagne 20 ponts , recouvrir 20 montagnes, tailler 200,000 blocs de marbre, etc.
3» Les rivalités de phalanges à phalanges. Àujourdliaî les phalanges de Tibur et Lucrétile sont dans des édifices de terre ; demain celle do Tibur fait peindre les murailles du sien; après demain Lucrétile veut enchérir et commence imè' rotonde en pierre et à colonnes. Ainsi tout s'exécute de proche en proche et par toute la terre.
4» L'aptitude personnelle de ceux qui ressentiront cet or-' gueil. Tous les enfants de l'ordre combiné étant dès l'enfanoe maçons et charpentiers, forgerons et artistes, porteront dans ces travaux l'ardeur de Tamour propre irrité : le riche y prendra part pour diriger et exciter le pauvre , moins dans des vues sordides que pour soutenir la rivalité commune.
On pourrait donc tout au plus contester sur le terme qu'exigerait ces entreprises, prétendre qu'elles exigeront iOO ans , 600 ans. Quant k moi , je fixe le terme de leur achèvement à 200 ans , dont il faut encore déduire les 60 premières années. Celles-ci seront employées à des travaux plus urgents que les colonnades, savoir : les canaux d'irrigation , le recouvrement des montagnes , le dessèchement .des marais et autres entreprises de première nécessité, après lesquelles on commencera à lutter de splendeur et remplacer l'édifice provisoire par un somptueux palais. En attendant , il est certain que le faste ne sera pas tel que je le dépeins ; mais il y viendra par degré. Supposons nous done arrivés à l'an 2000, où le luxe aura pris ce grand essoFi et observons que dès notre âge un tel faste peut avoir lieu dans chaque Phalange , qu'un souverain formera à grands frais pour sa résidence.