NOTICE HISTORIQUE SUR LES MODIFICATIONS ET PERFECTIONNEMENTS APPORTÉS
DANS LES PB0CBDÉ8 DE FABBÏCATION DBS EPINGLES.
L'une des premières fabriques marquantes dont il a été fait mention à l'exposition des produits de l'industrie française, en 1806, est celle montée A Aix-la-Chapelle, par M. Laurent Jccker, à qui le jury crut devoir accorder une médaille d'argent. L'auteur avait, dès cette époque, apporté une modification importante au mode d'emboutissage de la téte; au lieu de les
(1) Ixmltdu Dlcttonntire de* ArU olManufaclurci, \omtf.
emboutir une par une, comme on l'avait fait jusqu'alors, les tètes étaient coulées dans des moules au nombre de 60 à la fois, de sorte qu'un enfant pouvait en faire jusqu'à 180 par minute. Il employait aussi des moyens très-simples et économiques pour étamer les épingles et les polir.
On a également mentionné, à la même date, une fabrique d'épingles établie à Laigle (Orne) et dont les produits étaient estimés.
Le premier brevet d'invention pris en France, pour des procédés mécaniques appliqués à la fabrication des épingles, date de 1813; il a été délivré le 2 février de cette année à MM. Migeon et Schcrvier frères. Le système de ces fabricants, publié dans le tome XV des Brevets expirés, comprenait : 1° une machine à entailler les hanses des épingles et y couler les têtes; 2° deux machines à diviser et plier les cartes ou feuilles de papier sur lequel on met les épingles ; 3° une machine à percer le papier et à encarter les épingles. Ils montèrent à Aix-la-Chapelle une usine importante qui, en 1818, livrait journellement au commerce 3 millions d'épingles à tête coulée d'une qualité supérieure , d'après le rapport fait à la Société d'encouragement, à celle des autres manufactures.
Dans la même année 1818, cette société reçut de M. Doolittle, des États- Unis d'Amérique, les épingles fabriquées par un assortiment de 10 machines , pouvant donner par minute 300 épingles prêtes à être blanchies.
M. Leumel Wellman Wright, de Londres, se fit patenter, en Angleterre, le 15 mai 1824, pour une machine propre à fabriquer toute espèce d'épingles. Cette machine a été importée en France, et brevetée pour 15 ans, le 27 janvier 1825, au nom de M. Taylor : elle est décrite dans le tome XL des Brevets expirés. M. Molard jeune a été chargé de faire, en 1827, un rapport à la Société d'encouragement, au nom du comité des arts mécaniques ; nous croyons devoir en donner un extrait, pour faire connaître le principe de cette machine, qui est d'ailleurs publiée avec détails dans le . tome XXVI de son Bulletin.
« Le Gl de laiton, destiné à fabriquer les épingles, est roulé, comme à l'ordinaire, sur un dévidoir conique vertical, placé sur l'un des côtés de la machine. Il passe dans un dressoir ou engin, et est tiré horizontalement, dans sa direction, par une pince qui le livre à une cisaille, où il est coupé par longueur d'épingle et donne la hanse.
« Au même instant une pince mobile la saisit transversalement par le milieu, la transporte parallèlement à elle-même, suivant un plan horizontal, dans une deuxième pince qui la saisit par le bout destiné à former la tête. Aussitôt cette dernière pince prend sur elle-même un mouvement de rotation alternatif, tout en s'abaissant de manière à faire appuyer l'autre extrémité de la hanse destinée à faire la pointe sur une meule métallique à grosse taille qui exécute la première façon de l'empointage. On remarquera ici que la hanse est appuyée sur la meule par une broche verticale qui s'abaisse en même temps.
« Ce premier empoiutagc fait, l'épingle est saisie de nouveau à son milieu par une seconde pince qui la transporte toujours horizontalement à un deuxième tourct
et qui finit l'etn pointage sur une meule taillée en doux, et dont la disposition est la même que dans le cas précédent.
• L'empointage terminé, une troisième pince semblable reprend l'épingle et l'apporte, toujours parallèlement à elle-même, dans une mâchoire qui la serre fortement et où la téte, par une très-forte compression exercée par un piston, dans la direction de l'épingle, reçoit une première façon.
« La téte est achevée dans une matrice percée d'un trou du calibre du corps d'épingle, l'entrée est creusée en hémisphère. Une quatrième pince semblable y apporte l'épingle qu'uu piston dont la tète creusée comme l'entrée de la matrice comprime fortement ; ( épingle en est retirée d'abord par l'effet de la réaction d'un petit ressort à boudin placé derrière la matrice qui , ayant été comprimé par l'épingle, la repousse aussitôt que l'action du piston sur la téte cesse, et ensuite par une petite fourchette qui s'abat entre la matrice et la téte, et qui, par un mouvement rétrograde dans le sens de l'épingle, la retire entièrement de la matrice et la fait tomber dans une boîte placée au-dessous.
« Les divers mouvements simultanés que les nombreuses fonctions de cette machine exigent, sont produits par uu seul axe à manivelle qui communique son mouvement de rotation à un deuxième axe , à l'aide d'un pignon de 15 dents fixé sur le premier axe et d'une roue de 30 dents fixée sur le second, de manière que le mouvement de la manivelle se trouve ralenti de moitié ; et comme c'est le deuxième axe qui porte, tant en dehors du bâtis qu'en dedans, les excentriques et les cames qui font jouer toutes les pièces de la machine, il s'ensuit qu'il faut deux tours de manivelle pour produire une épingle. L'inventeur estime que sa machine, qui n'exige que la force d'un homme, quand on ne lui donne que 3G à 40 tours par minute, peut être menée avec une vitesse de 80 tours par minute avec un moteur plus puissant et produire 40 épingles dans le même temps. Bien qu'on ne l'ait pas fait tourner devant nous avec cette dernière vitesse, nous croyons qu'on peut sans inconvénient, tant que la machine n'est pas fatiguée, la lui donner, vu l'extrême régularité avec laquelle tous ses mouvements s'exécutent. l*e constructeur ayant fait en acier trempé toutes les pièces qui éprouvent des frottements, leur durée est pour ainsi dire illimitée.
■ Cette machine, dont l'emplacement n'exige pas plus d'un mètre superficiel, est du prix de 3,000 francs. On peut, avec des pièces de rechange, fabriquer par ce moyen plusieurs sortes d'épingles; mais il parait qu'en Angleterre, où elle est en activité depuis plusieurs années, on préfère en avoir une pour chaque numéro, ce qui ne laisse pas que d'employer un capital assez considérable, puisqu'on fait jusqu'à trente-deux numéros d'épingles.
« Après vous avoir rendu compte de cette nouvelle machine, une des plus ingénieuses assurément qu'où puisse inventer, et qui remplit parfaitement son objet sous le rapport de la perfection du produit, permettez-nous d'ajouter quelques observations sur son travail comparé avec celui qu'on obtient du travail manuel à la fabrique d'épingles de Laigle.
* Nous avons vu que la machine, menée avec la vitesse qu'elle comporte, peut faire 40 épingles par minute, ou 2,400 par heure;
Soit 28,800 par jour de 12 heures ,
en employant la force de deux hommes pour tourner la roue et un tiers d'homme pour en surveiller le travail. Pour simplifier, supposons qu'on ait trois machines
qui exigeront alors sept hommes, lesquelles pourront fabriquer 86,400 épingles par jour, prêtes à être blanchies et polies, deux façons que les machines ne leur donnent pas, mais qui sont si peu dispendieuses, qu'on peut n'en pas tenir compte.
« Or, d'après le tarif de Laigle, la façon de 12,000 épingles rivées, du numéro 18 correspondant à celles qui ont été faites sur la machine, se paie 2 fr. 25 c. Comme les trois macliines en produisent 86,400, les sept hommes ne gagneraient que 16 fr. 20 c, en les comptant sur le même pied ; de laquelle somme il faut déduire l'intérêt du capital, l'entretien, et le bénéfice de l'entrepreneur, il ne resterait donc qu'environ 10 fr. pour le salaire de sept ouvriers. Cetle machine, dans l'état où elle se trouve, tout admirable qu'elle est, ne nous parait donc pas présenter des résultats tellement supérieurs sous le rapport des bénéfices, qu'on puisse conseiller d'en faire usage immédiatement ; pous pensons que les fabricants de Laigle , que son annonce avait tant effrayés, pourront soutenir la concurrence avec cette machine, à cause de la bonne division du travail qu'Us ont adoptée depuis longtemps.
« Mais, d'un autre côté, la machine, sous le rapport de la salubrité, présente des avantages. On sait que lesempointeurs, malgré toutes les précautions qu'ils prennent, ne peuvent se garantir d'aspirer lap oussière de cuivre que l'empointage produit et qui les fait périr de très-bonne heure , s'ils ne quittent pas le métier : il nous semble que la machine, qu'on pourrait mettre dans une cage fermée de toutes parts, n'aurait pas cet inconvénient. On peut dire aussi que les têtes prises dans la hanse de l'épingle sont plus solides que les têtes rapportées, qu'un certain effort fait souvent glisser le long de la tige. »
Avant la machine de M. Wright, nous aurions dû citer celle de M. Spooner, brevetée en France, dès le 17 août 1814, et publiée, après déchéance, dans le tome XVIII. Cette machine, qui, suivant l'auteur, peut fabriquer, en une seule opération, des épingles en fil de laiton et autres, dans tous les numéros, est tout à fait incomplète, car le dessin qu'il en donne ne fait aucunement voir le mécanisme. L'auteur s'est contenté de représenter, par quelques lignes seulement, les deux cylindres qui servent à faire avancer le Ûl, deux barres droites a rainures demi-cylindriques qui forment conducteurs, deux autres plus épaisses dont la longueur, dit-il, est égale à celle du corps de f épingle, plus cinq fois le diamètre de la tête; en avant le couteau pour couper le fil, et en arrière deux règles garnies de cuir, pouvant glisser l'une sur l'autre sur leur longueur, pour donner un mouvement de rotation aux épingles; plus loin, le poinçon destiné à former la tête, et enfin la meule cylindrique d'acier, couverte de hachures, pour former la pointe, puis une meule verticale à gorge qui enlève la saillie laissée sur la tête par le poinçon.
Aucun mouvement, aucun mécanisme n'est indiqué dans le tracé ni dans la description, de sorte qu'il faudrait réellement inventer la plus grande partie de la machine pour la mettre à eiécution. C'est ainsi que souvent des brevets sont demandés avec des dessins, des mémoires incomplets, qui ne font pas suffisamment comprendre les inventions et occasionnent aux auteurs des procès dont ils sont souvent victimes.
Pour faire voir combien ce sujet a été étudié , mentionnons encore
PUBLICATION INDCSTIUELLB. U3
comme mémoire les divers brevets suivants qui ont été pris en France et en Belgique.
Brevets français. — Machine à frapper, au moyen d'une vis, les tôles d'épingles préparées à l'ordinaire. — Brevet d'importation de 10 ans, pris le 2 mars 1827, par M. Cunningham, et publié tome XXXV.
Machine à fabriquer les épingles de toilette, mue par un mouvement rotatif continu. — Brevet d'importation de 15 ans, délivré le 12 décembre 1832 à M. Bowe-Dauson, de Londres, et expiré en 1847.
Machines perfectionnées propres a fabriquer des épingles , aiguilles , rivets, vis à bois et clous. — Brevet d'importation de 10 ans, délivré le 20 février 1835, à M. Poole, de Londres, et expiré en 1845.
Machine propre à têler les épingles à têtes solides ou d'une seule pièce, — Brevet d'invention de 10 ans, délivré le 10 août 1836 & M. Rémond, d'Orléans, expiré en 1846.
Machine propre à la fabrication des têtes d'épingles d'après un nouveau système. — Brevet d'importation de 15 ans, délivré le 29 novembre 1838 à MM. Fouquet et fils de Buglcs.
Perfectionnements apportés aui machines ou appareils destinés a fabriquer les épingles et à les encarter. — Brevet d'importation de 15 ans, délivré le 8 octobre 1840 à M. Coates.
Machine propre à faire les épingles et clous d'épingles. — Brevet d'invention de 15 ans, délivré le 27 septembre 1841 à MM. Sudds, Windsor et Nicholson de Rouen.
Procédé propre à fabriquer les épingles. — Brevet d'invention de 10 ans délivré le 14 mars 1844 à M. Renaud, à Paris.
Perfectionnements apportés à la fabrication des épingles en fer et en acier. — Brevet d'invention de 10 ans (avec plusieurs additions), délivré à M. Chevrier, à Paris.
Épingles à tête sertie sans soudure. — Brevet d'invention de 15 ans, pris le 31 octobre 1844 par M. Bontant, à Paris.
Brevets belges. — Machine à pointer les épingles et à évider, trouer les aiguilles a coudre. — Brevet d'importation de 10 ans, délivré le 30 novembre 1837 à M. Cocker, à Louvain.
Perfectionnements apportés aux machines ou appareils propres à fabriquer les épingles et à les encarter. — Brevet d'importation de 5 ans, délivré le 7 décembre 1840 à M. Howland Bill, à Ixelles.
Machine servant à la fabrication des épingles — Brevet d'invention de 10 ans, délivré le 14 juin 18ï0 à MM. Larose et Florinus, à Liège.
Machine à fabriquer les épingles et les clous d'épingle. — Brevet d'importation de 5 ans, délivré le 22 août 1841 à M. Drouin, à Saint-Josse-ten- Noode.