FABRICATION MANUELLE DES ÉPINGLES
« Dbessememt du fil L'ouvrier preud l'écheveau de fil de laiton venant de la filière, et pour lui faire perdre sa courbure, il le place sur uu dévidoir, puis en faisant passer le bout, après l'avoir saisi avec des tenailles, entre les clous d'un instrument qu'on nomme engin, il le tire en courant sur une longueur d'environ dix mètres; quittant ce bout, il revient à l'engin, où il coupe le fil; après quoi il recommence la même opération, et cela jusqu'à la fin de la botte de fil. Lorsque l'ouvrier en a dressé une botte de 10 à 15 kilogrammes, ce qui s'appelle une dressée, il en prend le bout du côté de l'engin, sur lequel il frappe de petits coups avec une spatule, pour les mettre tous dans le même plan vertical ; il lie ensuite la botte avec du fil de laiton, et la découpe p;»r longueurs de trois ou quatre épingles ou tronçons , à l aide d'une cisaille, de forme particulière, qu'il fait agir étant assis par terre, au moyen de ses jambes et de ses bras.
« Empointage. Cette opération s'exécute sur des meules de fer ou d'acier, taillées en lime et trempées en paquet à toute leur force. Les épingliers en ont de deux tailles différentes, Tune pour dégrossir, dont la taille est forte, et une d'un diamètre moius grand, dont la taille est plus fine, et qui sert à terminer la pointe. Le dégrossissage et le finissage sont exécutés par deux ouvriers différents. On peut dire sans crainte que l'empointage exécuté manuellement est l'une des opérations les plus délicates et les plus dangereuses pour les ouvriers.
« Découpage des tbonçons pab longueub d épinglb. Tant que les tronçons conservent assez de longueur pour être saisis à la main, le coupeur en prend une poignée qu'il présente à une cisaille disposée à cet effet. Avant de la faire agir, il a soin que toutes les pointes se trouvent dans un même plan vertical parallèle au tranchant de la branche fixe ; ce qui s obtient au moyen d'une feuille de tôle placée à la distance convenable, qui détermine la longueur des épingles. Il rend à l'empointeur les tronçons qui n'ont plus de pointes, et lorsque enfin ces tronçons ne contiennent plus que deux épingles et qu'il faut les couper par le milieu, il les assujétit avec un coin dans une espèce de boîte en fer, ce qui permet de les présenter
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à la cisaille. Les tronçons ainsi empointés s'appellent hanses; ils portent une petite rebarbe occasionnée par la cisaille, qui sert à arrêter et fixer les têtes.
« TORTILLEMENT DU FIL POUB FAIBB LES TÊTES. I.e fil de laiton qu'OU deS-
line à faire les têtes est plus mince que celui des épingles. On le tortille en hélice sur une broche, comme les élastiques de bretelles, sur une longueur d'un mètre et demi à deux mètres, à l'aide d'un petit touret.
« Section des tètes. Un ouvrier assis par terre prend dans une de ses mains une douzaine de ces petits torons, qu'il présente par un de leurs bouts bien égalisés à une cisaille dont il fait agir la branche supérieure, l'inférieure étant fixée à l'autre main, observant de ne jamais couper ni plus ni moins de deux révolutions de fil.
« Recuit des têtes. On prend une grande cuillère en fer, qu'on remplit de têtes, on la fait rougir sur un brasier et on la trempe immédiatement dans l'eau froide ; la trempe produisant sur le cuivre un effet inverse de celui qu'elle produit sur l'acier, on ramollit ainsi les têtes et on rend le frappage plus facile.
« Fbappagb ou façon des têtes. Cette opération, qui n'a rien de pénible, s'exécute par des femmes ou des enfants, au moyen de petits montants fixés sur les côtés d'une table. Chaque ouvrière ou têtière, assise sur un banc en face de son mouton, les deux avant-bras placés sur des appuis fixés au niveau de la table, fait jouer le mouton avec un de ses pieds, à l'aide d'une pédale et d'un levier correspondant placé dans le haut, sur les traverses supérieures. La masse du mouton , qui ne pèse qu'un kilogramme à un kilogramme et demi, porte de chaque côté deux petites oreilles percées de trous verticaux, dans lesquelles passent deux petites tringles en fer solidement fixées en haut et en bas, qui servent de guide au mouton, conjointement avec une tige qui, partant du milieu de ce mouton, va passer dans un trou correspondant, percé de la traverse supérieure qui assemble les poteaux verticaux qui s'élèvent à chaque angle de la table. Sur le haut de cette tige est une masse de plomb de forme sphérique ou cylindrique, pesant environ cinq kilogrammes. La tête du mouton se termine par une pièce en fer dans laquelle est enchâssée une petite matrice en acier, percée d'une anche ou têtolr^ cavité hémisphérique destinée à former la moitié de la tête de l'épingle ; au-dessous est une petite enclume portant également une matrice percée d'une anche toute semblable qui communique avec une petite rigole creusée dans l'outil et servant à recevoir le corps de l'épingle, qui serait aplatie sans cette précaution. Chaque ouvrière est munie de trois écuelles en bois, dont l'une est pleine de hanses empointées, une autre de têtes, et la dernière sert à mettre les épingles terminées. D'une main elle enfile, sans y regarder, les épingles dans les têtes, ce qui s'appelle brocher, de l'autre elle les place dans les anches, et elle fait jouer le mouton avec le pied, en ayant soin de faire tourner en même temps l'épingle pour bien frapper la tête de tous les côtés. II faut cinq ou six coups de mouton pour chaque tête.
• Jaumb ou décaper les épingles. Les épingles sortant des mains des têtières sont noires, surtout la tête ; on les décape en les faisant bouillir pendant une demi-heure dans de la lie de vin ou une dissolution de crème de tartre ; on les lave ensuite à l'eau avec soin.
« Blanchir ou étambr les épingles. On a des bassins d'étaln de 0m 45 de diamètre, à rebords très-peu élevés ; on en couvre le fond d'une couche très-mince d'épingles de la même espèce ; puis, posant ces bassins l'un sur l'autre, en forme de pile, au nombre de dix-huit ou vingt, et cette pile sur une grille de fer où sont
attachées quatre cordes, deux ouvriers le» portent dans une chaudière de cuivre, ayant 0>n 50 de diamètre et 0m 75 à 0m 30 de profondeur, établie sur un fourneau; ils continuent à y ajouter autant de piles semblables que la chaudière peut en contenir, en ayant soin de faire sortir en dehors le bout des cordes attachées aux grilles. On remplit ensuite cette chaudière d'eau bien limpide, dans laquelle on jette deux kilogrammes de crème de tartre , on laisse bouillir le tout ensemble pendant quatre heures , après quoi on retire séparément chaque pile, qu'on plonge dans de l'eau fraîche et claire.
« Éteindbs les épingles. On donne ce nom au lavage à l'eau froide qu'on fait subir aux épingles.
« Séchage et polissage. On sèche les épingles et on les polit en les mettant avec du son dans un tonneau que l'on fait tourner sur son axe.
■ Vannage. On sépare les épingles du son, au sortir du tonneau, au moyen d'un van à blé ordinaire ou ventilateur.
« Piquée les papiers. Les épingles se vendent ordinairement boutées dans du papier, par rangées de vingt-cinq, cinquante ou cent. Ce papier est disposé de manière à présenter autant de fois deux plis qu'on veut mettre de rangées d'épingles, et puis, au moyen d'un peigne à manche, dont les dents, au nombre de vingt-cinq, sont irès-eflilées, on perce à l'endroit du pli , en frappant avec un marteau sur le manche du peigne.
> Routage. Cette opération consiste à placer les épingles dans les trous du papier (I).
Nous verrons plus loin que ces deux dernières opérations s'effectuent aujourd'hui mécaniquement avec une grande régularité, aussi bien que celles relatives à la confection même des épingles.
Malgré le grand nombre d'opérations nécessaires pour cette fabrication, les ouvriers acquièrent une telle habileté qu'ils arrivent à produire une quantité considérable d'épingles dans un temps donné. Ainsi on estime qu'un atelier de 14 personnes, ouvriers et ouvrières, peut livrer par jour environ 100 milliers d'épingles de tous les numéros. Douze mille du n» 6 • se vendent ordinairement 4 fr. ; ce prix, extrêmement modique, tient à la judicieuse division du travail.