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FABRICATION DES MACHINES LOCOMOTIVES

ÉTABLISSEMENT DE MM. DBBOSHB BT CAIL

M. HOUEL , Ingénieur.

Il y a dix ans à peine, aucun mécanicien français n'avait eu l'occasion de construire une machine locomotive , et aujourd'hui , on peut en compter dix à douze principaux, qui, pour la plupart, ne craignent nullement la concurrence anglaise, à égalité de conditions. Parmi ces constructeurs, nous nous plaisons à citer MM. Derosne et Cail , qui, montés d'abord pour établir des appareils de sucrerie et de distillerie (I), se sont, dans ces derniers temps, décidés à entreprendre l'exécution des locomotives et des machines a vapeur de grande puissance.

En janvier 1846 , ils signèrent le premier marché pour une commande de locomotives destinées au chemin de fer du Nord. Jusqu'alors leur établissement n'était outille que pour leur construction spéciale d'appareils à sucre; mais ils n'avaient ni remplacement, ni les outils nécessaires pour la fabrication des nouvelles et grandes machines qu'ils devaient exécuter bientôt, et cependant ils s'étaient engagés à livrer au mois de juillet suivant , la première locomotive faite par eux.

Dans les six premiers mois de 1845 , ils surent organiser d'une part , à Chaillot, un atelier d'outillage et un atelier de montage sur une vaste échelle, et de l'autre, a Grenelle et à Denain, des ateliers de forge, de fonderie et de chaudronnerie, qui les mettaient à même de faire face à toutes leurs commandes Et malgré l'étude de tous les plans nécessaires à cette grande organisation , malgré la formation complète d'un personnel nombreux , ils devançaient de près d'un mois l'époque de leur première livraison.

Lorsqu'on visite aujourd'hui avec quelques détails ces divers et vastes ateliers , cette foule de machines-outils qui toutes travaillent, et ont un service spécial; lorsqu'on cherche à se rendre compte des projets qu'il a fallu étudier pour la disposition et l'agencement de tous ces outils , on est vraiment étonne de l'activité qu'il a fallu déployer pour les exécuter en un temps aussi court, et pour satisfaire en même temps aux exigences des époques fixées pour les livraisons, qui se succédèrent rapidement , puisqu'à partir du mois de juin 1846 jusqu'à ce jour, c'est-àdire en moins de dix-huit mois , la maison a livré plus de cent vingt locomotives.

On voit qu'à ce compte , c'est près de sept locomotives par mois , et aujourd'hui cet établissement est en mesure d'en faire le double, ou environ quatre par semaine, soit ceut quatre-vingt-dix à deux cents par année, c'est-à-dire un tiers à moitié (dus que dans les plus grands établissements anglais. Cela prouve une fois de plus ce que nous avons avancé plusieurs fois , qu'on peut faire en France , dans la mécanique, tout autant qu'en Angleterre-, et, par conséquent, on peut répondre victorieusement à tous ceux qui prétendent toujours que nous sommes en retard sur nos voisins d'outre-mer, qu'ils u'ont qu'à visiter nos établissements de construction. C'est qu'en effet , il est , à notre connaissance , arrivé bien des fois que ceux-là même qui se plaisent à critiquer, à trouver nos constructeurs inférieurs aux constructeurs anglais, n'ont pas vu nos usines, nos ateliers, nos moyens d'exécution , et n'ont fait que visiter les fabriques de la Grande-Bretagne. )

Or, que l'on veuille se donner la peine de comparer, par exemple , les chaudières

(«) Voytz leur» appareil» publie» avec deuil» dan» le tome *• de ce Recueil.

PUBLICATION INDLSTKIBLLB,

construites, soit chez MM. Derosne et Cail, soit chez M. Lemaitre, soit chez M. Durenne, avec toutes celles qui viennent d'Angleterre, on reconnaîtra que non* seulement elles ne le cèdent en rien sous le rapport de la bonne confection , mais encore qu'elles leur sont parfois supérieures , et que , si on fait abstraction du plus haut prix de la matière première , elles sont faites avec autant , si ce n'est plus, d'économie. Au reste, les ingénieurs anglais qui sont venus en France ont pu s'en convaincre par eux-mêmes , et plusieurs d'entre eux ont eu la bonne foi de le déclarer. Il en est de même des machines locomotives et de beaucoup d'autres appareils; aussi nous ne croyous pas qu'on ose aujourd'hui, malgré le peu de nationalité que Ton rencontre trop souvent chez nous, préférer sous le rapport de la construction, les machines exécutées en Angleterre ou en Kcosse, à celles qui sortent des ateliers de nos principaux constructeurs.

L'outillage des ateliers de MM. Derosne et Cail est extrêmement remarquable. Il dépasse dans son genre , bien certainement , tout ce que nous avons pu voir soit en Belgique, soit dans la Grande-Bretagne; et ce que l'on ne peut cesser d'admirer, c'est le bon ordre, la bonne organisation qui régnent dans les ateliers , dans le service, dans tous les travaux en général.

Mais il faut dire aussi qu'à la téte de cette grande maison , MM. Derosne et Cail ont placé un ingénieur plein d'ardeur et de volonté, M. Houel, sorti des Écoles royales d'arts et métiers , et qui , après s'être formé dans rétablissement , a grandi avec lui, et montré bientôt par son courage, par son intelligence et par son dévouement, ce qu'un homme de cœur et de téte est capable de faire en peu de temps, avec les simples moyens matériels qu'il peut avoir à sa disposition.

Nous devons le déclarer, c'est avec bonheur que nous trouvons l'occasion de parler d'un ancien camarade d'école, qui a montré une énergie et une capacité vraiment rares, et que nous ne pouvons qu'admirer et citer comme modèle. Avec une abnégation qui dépasse réellement toute expression , il s'est dévoué corps et âme , pour la réussite d'une si vaste entreprise, le jour, par son activité, en faisant exécuter, et la nuit, par ses veilles, en étudiant les projets.

M. Houel a compris , plus que personne , que pour parvenir à faire bien et vite , en construction de machines , il fallait non-seolement étudier avec soin les dessins d'ensemble , mais encore exécuter tous les tracés de détails. Aussi , aucun organe , aucune pièce , quelque simple qu'elle soit , n'est donnée aux contre-maîtres des modeleurs , des forgerons ou des ajusteurs, qu'après avoir été dessinée sous toutes ses faces , avec les indications et les notes nécessaires pour que son exécution soit tout ce qu'elle doit être , sans tâtonnement , sans erreur ; et comme il tient avant tout à ce qu'on se rende parfaitement compte de toutes les parties , même les plus simples, un seul tracé ne sort jamais de l'atelier de dessins sans qu'il l'ait examiné, et sans qu'il en ait discuté tous les éléments.

11 a su, à cet effet , former un personnel de dessinateurs qui le comprennent et le secondent activement ; ce sont, pour la plupart, des anciens élèves des écoles d'arts et métiers , qui travaillent aussi avec zèle et intelligence.

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