LAPIDAIRE A HUIT PLACES
OU MACHINE
A AIGUISER ET POLIR LES GLACES ET VERRES D'OPTIQUE, Par M. COURSIER» Mécanicien à Paris.
Le polissage des glaces et des verres employés dans les Instruments d'optique, de physique et d'astronomie, est une opération qui est devenue assez importante, surtout en France, où l'on compte d'habiles fabricants qui travaillent pour tous les pays du monde. La petite machine imaginée et construite par M. Coursier est destinée à effectuer cette opération avec beaucoup de rapidité , en permettant d'y appliquer plusieurs personne* à la lois , dans un très-petit espace , sans qu'elles se gênent et sans que le mouvement ou le travail de l'uue soit nuisible ou embarrassant pour l'autre.
On pourrait en quelque sorte dire que M. Coursier a pris la disposition de son lapidaire sur celle adoptée depuis longtemps dans les moulins à blé, à plusieurs paires de meules et à beffroi circulaire. En effet, il a groupé autour d'un centre et d'un arbre commun huit petites meules horizontales, placées à égale distance, et mises à la disposition d'autant d'ouvriers polisseurs. Sur l'arbre est un large tambour à plusieurs gorges servant à commander, par des courroies étroites , les poulies montées sur les fers des meules, et qui sont nécessairement situées à des étages différents. Des fourchettes d'embrayage permettent d'intercepter le mouvement à volonté, en faisant passer les courroies des poulies fixes sur les poulies folles qui sont immédiatement au-dessous.
L'organisation du système est telle que le môme bâtis de fonte sert à recevoir toute la machine et son mouvement, comme on peut s'en rendre compte parle dessin fig. 3 et k, pl. tk.
La fig. 3 représente d'un coté, à gauche, une élévation latérale extérieure de l'appareil tout monté, et de l'autre, à droite, une section verticale passant exactement par l'axe.
La fig. 4 est un plan général fait à différentes hauteurs, soit au-dessus, soit au-dessous des meules, afin de bien faire voir toutes les parties du mécanisme.
Les petites meules A', sur lesquelles on fait frotter les pièces à aiguiser ou à polir, sont construites d'une manière fort simple et très-économique , qu'il peut être bon d'appliquer quelquefois dans différentes circonstances. Au lieu d'être un disque plein, comme les meules ordinaires, de ce qu elles
ne travaillent véritablement que vers la circonférence , quatre d'entre elles A, se composent chacune d'une sorte de couronne solide en émeri ou en composition d'émeri, comme on en trouve maintenant dans le commerce; coulée dans la rainure circulaire ménagée au pourtour d'un plateau de fonte B, cette couronne désaffleure les bords supérieurs de celui-ci (fig. a), afin de présenter une surface horizontale entièrement libre, sur laquelle on pose le verre, en le tenant à la main , pendant que la meule tourne avec une rapidité très-grande. Les autres meules À', placées entre les précédentes, sont bien aussi coulées dans des plateaux de fonte B', mais elles occupent alors toute la surface, à l'exception du moyeu (0g. a'), pour servir à polir des pièces de plus grandes dimensions.
Chaque plateau B ou B' est fixé au sommet d'un axe vertical ou ter de meule C, en fer forgé, qui, d'une part, est tenu dans un collet b placé immédiatement au-dessous , et de l'autre , dans une crapaudine b\ munie d'une vis de pression c, servant de pivot et eu même temps à soulager la meule. ( Voyez le détail fig. 6.)
Un grand et large tambour cylindrique D, fondu d'une même pièce avec les deux croisillons E, qui servent à le tenir sur l'arbre moteur F, sert à donner le mouvement à chacune des meules, en communiquant par les courroies d aux différentes poulies e, e' qui doivent tourner à une vitesse très-rapide. Les premières poulies e sont flxes sur les fers de meules C, par conséquent elles entraînent ces derniers avec ('Iles , lorsque les courroies passent sur leur circonférence; mais lorsqu'au contraire celles-ci sont descendues sur les secondes poulies «f qui sont libres sur les mômes fers , les meules s'arrêtent et ne travaillent plus. Les ouvriers peuvent à volonté donner ou interrompre le mouvement en faisant passer les courroies d'une poulie à l'autre, au moyen des fourchettes d'embrayage /, qui sont à leur disposition; ces fourchettes sont a poignée, comme le montre le détail fig. 5. On les fait osciller dans leur plan vertical autour d'un goujon qui fait partie d'un collier en deux pièces g , adapté aux colonnes mômes qui servent de support à toute la carcasse de la machine.
Des vis de rappel h sont appliquées dans les branches horizontales en fonte i et i', qui reçoivent les coussinets des fers de meules, et servent à rapprocher ou à éloigner plus ou moins ces dernières du centre commun, et par suite tendre les courroies sur les poulies , tout en permettant de régler la verticalité de chaque arbre C. Les branches inférieures i' font corps avec les colonnes creuses G et les panneaux à jour H, qui servent de socle ou de base à tout l'appareil. Au centre de ce système sont rapportés, d'une part, la crapaudine./ (ûg. 3), qui reçoit le pivot de l'arbre vertical moteur F, et plus haut, le collier en bronze k qui maintient cet arbre prés du tambour. Les branches supérieures i sont fondues avec des croisillons I et des consoles à jour J, qui s'élèvent à une certaine hauteur au-dessus, en prenant la forme convenable pour porter des tablettes sur lesquelles les ouvriers peuvent poser leurs pièces. Ces consoles se réunissant au som-
met, vers l'arbre central, se terminent en forme de douille renfermant à l'intérieur une longue bague en cuivre /, qui forme collet à cet arbre et le maintient également en cette partie, comme le moyeu du croisillon reçoit à son centre le coussinet m , qui le tient aussi immédiatement audessus du tambour. On voit donc que de cette manière, tout en ayant un bâtis léger, bien évidé partout, l'arbre moteur est suffisamment retenu, et peut tourner avec vitesse pour commander les différentes meules sans fléchir, sans vibrer.
Ce lapidaire, qui parait présenter une grande commodité pour le service, est en activité chez MM. Molteni, fabricants, qui viennent de le monter sur une grande échelle pour y exécuter mécaniquement un grand nombre d'objets d'optique ou de physique, et particulièrement des instruments de mathématiques.
Dison-, en passant , que M. Coursier exécute toute espèce de machines outils et qu'il y apporte beaucoup de soin et de précision. Nous lui avons vu construire une belle presse pour la fabrication de la gutta-perka , produit remarquable dont nous aurons à faire connaître les principales applications et les procédés auxquels elles donnent lieu.