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ENGRENAGE A DENTURE DE PEAU

Par M. CAROW, à Paris.

(no. 14, pl. 14.)

Les engrenages, les coussinets et autres pièces analogues sont des organes tellement employés dans les machines, dans les transmissions de mouvement de toute espèce, qu'on ne sait trop apporter de soin dans leur confection, soit pour les rendre plus parfaits et plus durables, soit pour les exécuter avec plus de régularité, plus d'économie. Jusqu'ici les substances employées dans la fabrication de ces organes étaient le fer, la fonte, le cuivre, le bois. Tout le monde sait que les engrenages métalliques ont l'inconvénient de faire beaucoup de bruit, surtout lorsqu'ils marchent à une certaine vitesse, et cela quelle que soit d'ailleurs la précision avec laquelle on a taillé leur denture, à plus forte raison lorsqu'ils sont bruts, parce qu'alors l'irrégularité des dents ajoute nécessairement à leur jeu, et par suite aux chocs, aux secousses plus ou moins rapides aui augmentent

le bruit. Avec des engrenages à denture de bois, cet inconvénient est beaucoup moindre, surtout lorsque les dents sont bien divisées, bien taillées, mais, en général, ce système ne peut s'appliquer qu'à de fortes dentures, car appliquées sur de petits engrenages, les dents s'usent trop rapidement et demandent à être remplacées beaucoup trop souvent ; ces sortes d'engrenages exigent d'ailleurs des frais d'entretien, qui, après un certain temps de travail, deviennent assez considérables.

M. Caron a cherché à éviter ces inconvénients en composant les dentures non avec du cuir ordinaire, comme on l'a déjà fait, mais avec des rondelles de peaux, du genre de celles connues dans le commerce sous le nom de peaux de Buenos-Ayres.

La première opération à faire subir à ces peaux, pour les rendre propres à cette application spéciale, consiste à les passer à la chaux, par les procédés analogues à ceux mis en usage par les tanneurs ; elles acquièrent alors une dureté extrême, mais elles présentent en même temps une surface rugueuse, très-rude, qu'il faut nécessairement adoucir et polir.

On mouille d'abord la peau pour l'assouplir, puis on la met en presse, et on l'y laisse sécher, jusqu'à ce qu'elle ait repris sa dureté primitive; en cet état les surfaces peuvent être rabotées comme le bois. Cette opération se fait en effet avec les mômes outils, et avec les mêmes soins que le rabotage du bois ; mais on peut aussi, dans un grand nombre de cas, se contenter de limer ou de râper les surfaces, au lieu de les raboter, pour enlever seulement les parties les plus saillantes, les aspérités les plus fortes, en diminuant le moins possible l'épaisseur de la peau.

Dans tous les cas, quels que soient les moyens que l'on emploie pour dresser ou unir les surfaces, il importe de s'arranger de manière à superposer plusieurs peaux préparées comme nous venons de l'indiquer, afin d'avoir l'épaisseur convenable dans les objets que l'on veut fabriquer avec ces matières ; et afin que cette superposition soit aussi exacte, aussi parfaite que possible, il est nécessaire que les surfaces qui doivent être en contact soient suffisamment unies et planes, exemptes d'aspérités.

Pour que ces différentes peaux ainsi superposées soient parfaitement adhérentes l'une à l'autre, on enduit leurs surfaces de la meilleure colle forte qui puisse se trouver dans le commerce, puis on les met sous presse, en ayant le soin de les y laisser le temps nécessaire pour qu'elles se sèchent complètement.

Les espèces de planches , plus ou moins grandes, que l'on obtient de cette manière, présentent une très-grande ténacité ; on peut dire, sans crainte, que la matière est aussi dure et même plus dure que certains bois, et qu'elle se travaille absolument comme on travaille les métaux euxmêmes ; ainsi elle se taille, se rabote, se refend de même, avec les mêmes outils.

Pour la fabrication des dentures d'engrenages, on découpe des rondelles z du diamètre voulu fig. 14), et on les met sur la machine a diviser

PUBLICATION' IMUSTRIKLI.L 201)

pour tailler 1rs dents sur toute leur circonférence, comme on le ferait pour des dentures de cuivre. On a le soin de les serrer ensuite entre des plateaux ou des disques en métal y, qui les maintiennent et les empêchent de se déformer par le travail.

Pour des pignons ou des engrenages de petit diamètre, il suffit de découper dans la pièce même un morceau correspondant au diamètre extérieur de la roue que l'on veut produire, puis, après l'avoir percé à son centre , de le tailler suivant le nombre et la forme dps dents qu'il doit avoir, et enfin de le serrer entre deux disques de même diamètre, en cuivre ou en fonte, qu'on relie par des vis, des boulons ou des rivets.

De tels pignons peuvent engrener, soit avec des roues en cuivre, soit avec des roues en fer ou en font»*, et marchent avec une douceur extrême, sans occasionner le moindre bruit, malgré le nombre de tours considérable qu'on peut leur foire faire dans un très-court espace de temps.

Sur le même principe, l'auteur confectionne les roues ou les pignons d'angle, en serrant également la matière préalablement découpée ou tournée en cône, et taillée entre deux rondelles ou deux disques métalliques.

Pour les engrenages de grandes dimensions, on dispose le corps de la roue, comme celui d'une roue ordinaire en fonte, avec un moyeu et des bras proportionnés à la force qu'elle doit avoir; seulement à la circonférence on ménage une espèce de gorge formée par une partie en équerre qui est fondue avec la pièce, et sur laquelle on ajuste des segments de cercle découpés dans la matière ; ces segments sont juxtaposés de telle sorte à présenter, étant réunis, une grande bague, de la dimension convenable pour remplir toute la gorge de la roue. Après avoir taillé les dentures sur toute la circonférence de cette rondelle ainsi composée, on la fixe d'une manière solide et invariable sur la roue, au moyen de plusieurs boulons à écrous, et de la seconde joue rapportée ; de sorte qu'elle se trouve, comme dans les engrenages de très-petites dimensions, serrée entre deux joues qui compriment la matière fortement, et l'empêchent de se déformer par le travail.

Nous avons vu l'application de ces engrenages à plusieurs appareils dans lesquels les mouvements sont extrêmement rapides comme dans les hydroextracteurs analogues à ceux que nous avons publiés dans le troisième vol., comme aussi dans les machines à lustrer les fils de lin , de chanvre ou de coton, que nous ferons bientôt connaître, et dans Us métiers de passementerie à recouvrir et à rider les fils d'or, d'argent ou de soie (tome 5'), et nous avons toujours remarqué avec une grande satisfaction que les mouvements sont extrêmement doux. Comme cette denture en peau, quoique très-dure , est d'une matière qui parait constamment grasse, on n'a presque jamais besoin de la graisser; aussi, nous sommes persuadé qu'elle sera adoptée dans un grand nombre de cas.

Filature m^rtmtque «lit Lin et du Chanvre.

PEIGNEUSE CIRCULAIRE,

(Système BUSK),

Construite par H9I. LACROIX, père et fils , à Rouen.

Depuis que nous avons publié la Peigneuse de M. de Girard, construite par M. Decoster (1), il s'est produit, soit eu France» soit en Angleterre, bien des ma hines différentes pour le peignage mécanique du lin et du chanvre. Malgré les difficultés incessantes que l'on rencontre, malgré les essais souvent infructueux, malgré les dépenses considérables que plusieurs inventeurs ont faites pour parvenir à résoudre le problème, on voit encore fort peu d'appareils fonctionnant avec avantage dans nos grandes filatures. On ne peut s'empêcher de reconnaître évidemment que la solution d'un tel problème est très -importante et intéresse un grand nombre d'établissements; mais il semble que les difficultés augmentent avec les progrès que l'on voit faire dans la mécanique ; cela peut se concevoir jusqu'à un certain point , si l'on remarque que les ouvriers peigneur» deviennent beaucoup plus habiles et font aujourd'hui plus d'ouvrage qu'il y a quelques années, et qu'en outre, leurs produits sont plus parfaits et laissent généralement bien peu à désirer. En présence de ces résultats , on comprend que le peignage manuel est devenu économique , et que pour lui préférer un peignage mécanique , il faut nécessairement que celui-ci soit bien supérieur.

Or, afin de bien se rendre compte des obstacles que les machines rencontrent pour remplacer avec avantage le travail fait à la main , il faut dire qu'elles doivent pouvoir opérer sur toute espèce de lins, quelle que soit leur nature, quelle que soit leur longueur. L'ouvrier, qui a l'habitude, qui a l'intelligence nécessaire, sait très-bien distinguer les différents lins, et effectuer le peignage en conséquence , mais la machine ne fait aucune

(I) Voyez celte mtebine dan» te premier volume, premier», deuiiéme ou troisième édition de ce Uccueil.

distinction : elle travaille avec la même énergie les lins les plus doux et les lins les plus durs , elle ne peut pas choisir ; elle exécute tout ce qu'on soumet à son action avec la même régularité , lorsque souvent il serait utile qu'elle put opérer tantôt avec plus de force et tanlAt , an contraire , avec plus de douceur. Néanmoins, malgré ces difficultés, on verra que l'on est parvenu, au moins jusqu'à un certain point, à les surmonter en grande partie, et à produire aussi bien, si ce n'est mieux , qu'à la main ; ce qui prouve que le génie de l'homme en mécanique ne voit pas de limite.

Mais ce n'est pas tout encore : il ne suffit pas de faire des machines intelligentes, plus habiles même que les ouvriers les plus exercés , il faut que ces machines puissent être alimentées rapidement, à très-peu de frais, et qu'elles puissent remplacer un grand nombre de bras, ce qui n'est véritablement pas facile, et ne parait même pas possible , du moins à en juger par tout ce qui s'est fait jusqu'ici. En effet , on sait que, quel que soit le système proposé, on doit, pour apporter le lin à l'appareil, le pincer par poignées entre des mâchoires qui le serrent très-fortement afin de résister à l'action des peignes. Or, l'opération d'ouvrir ces mâchoires ou ces pinces, de prendre une poignée de lin pour l'y placer entre elles, puis de les fermer et de les placer sur la machine, est une opération qui, quoi qu'on fasse , exige nécessairement une certaine main-d'œuvre. Il est vrai que l'on forme aisément des enfants (des garçons de 9 à 10 ans) pour ce travail, qu'ils font, lorsqu'ils ont acquis de l'habitude , avec une dextérité, une promptitude réellement surprenante; c'est dans l'usine que l'on peut voir, avec admiration, l'agilité de ces jeunes êtres, condamnés à faire la môme chose pendant dix à douze heures par jour.

Mais malgré la célérité, l'économie avec laquelle cette opération est effectuée, il ne faut pas moins de cinq à six enfants, et souvent plus, pour entretenir convenablement une machine qui opère sur 5 à G00 kil. de lin par jour; il faut, en outre, quelquefois deux à trois ouvriers pour la diriger, enlever les lins peignés et lesétoupes, etc.

C'est, sans contredit, la machine de Girard qui , la première, a donné l'idée de s'occuper, en Angleterre , comme chez nous, du peignage mécanique du lin. Toutes celles qui ont paru depuis ne paraissent être établies que d'après deux principes, dont l'un, comme le plus naturel peut-être, consiste à laisser les peignes fixes et à promener le lin à la surface comme dans le pclgnage à la main; mais son application pratique, reconnue comme défectueuse , l'a fait promptement abandonner. L'autre, au contraire, consiste à promener les peignes sur le lin qui, lui même, est conduit en sens inverse suivant diverses modifications faites dans l'application du principe. Cette application a lieu, dans certains systèmes par des courroies ou chaînes sans fin; dans d'autres, au moyen de cylindres rotatifs. Ces derniers sont les plus répandus, parce qu'on a reconnu la supériorité Incontestable des machines à cylindres par leur plus grande

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