LES HKBBES ET LES LÉGUMES
Les machines à hacher la viande sont devenues d'une application assez importante, si on en juge par le nombre des hrevets qui ont été demandés et délivrés pour ce sujet, depuis quelques années. Le premier privilège accordé en France, date de 1839; ies autres le suivent, pour ainsi dire, d'année en année; mais ce ne sont véritablement que les derniers appareils proposés en 18-16 et 184?, qui paraissent produire les résultats que Ton a cherche à atteindre.
Le principe des premières machines a quelque analogie avec de certains hachfepailles, à lames droites et parallèles, à mouvement alternatif; d'autres ont été faites avec des lames circulaires, a mouvement continu ; mais probablement que l'on a reconnu que ces sortes de machines ne hachaient pas assez lin, ni assez rapidement, car on n'en voit aucun emploi chez les fabricants qui sont susceptibles de s'en servir.
TJn mécanicien de Paris, M. Foulquié, qui s'est fait doublement breveter en 1841 et en 18(2, pour un hachoir rotatif, a eu l'idée de disposer une lame cylindrique sur un axe horizontal, et tranchant par la base circulaire, sur laquelle sont rapportées d'autres petites lames droites qui coupent perpendiculairement les parties séparées par la première. Les substances jetées sur une grille placée au-dessus descendent, au furet à mesure qu'elles sont tranchées et réduites en petits prismes* ou parallélipipèdes, dans une trémie située au-dessous. Cet appareil est publié dans le tome LXH des Brevets expirés.
MM. Georges t*t Leclerc, qui ont pris brevet en 1842, ont imaginé une lame horizontale, excentrique, montée sur un arbre vertical, et armée sur sa superficie d'un certain nombre de couteaux, de faible longueur, et de forme circulaire. La matière tombant d'une trémie dans une ouverture réglée par un registre horizon-
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tal, est tranchée au fur et à mesure qu'elle descend, par la rencontre des lames avec la base de l'orifice; puis elle est reçue, toute réduite, dans un vase inférieur. Ce brevet, demandé pour cinq ans, a été déchu en 184.'>. et publié dans le tome LVII.
Quelques mois après, les inventeurs précédents, M Renard, de Paris, se faisait aussi breveter pour un hachoir dont la disposition est tout à fait différente de celles qui l'ont précédée. Son système consiste en un couteau vertical, mais marchant sur une ligne horizontale, et ayant en quelque sorte la forme d'une langue de carpe, armée sur ses deux faces opposées de petites lames tranchantes, horizontales, ayant le même mouvement que le couteau principal, c'est à-dire rectiligne alternatif.
M. Renard observe, dans le Mémoire descriptif qui accompagne sou brevet, « que les différents hachoirs exécutés jusqu'à lui ont présenté des inconvénients, « principalement pour leur application à la viande, et qui ont fait renoncer a leur « emploi. Les uns offraient une complication de construction qui en élevait le « prix, d'autres broyaient la viande au lieu de la hacher, ou bien ne la coupaient « qu'en tranches au lieu de la couper en deux sens ; pour ceux qui la coupaient de « cette dernière manière, ce n'était point instantanément que cette double action « avait lieu, et soit par l'emploi de couteaux circulaires, soit par l'emploi de cou- « teaux verticaux, la viande restait en partie entre les lames, ou bien elle s'y trou- « vait broyée, ou bien encore, l'amas de viande qui se formait, soit parmi les lames, « soit entre elles et les pièces dans lesquelles elles manœuvraient, paralysait la - machine dans ses fonctions, en la rendant diflicile à marcher, en altérant les « couteaux, enûn, en détériorant la machine par l'absence de régularité de son « action... »
On voit, d'après ces observations, que M. Renard parait avoir bien étudié la question, et a cherché à vaincre les difficultés qu'il avait reconnues ; cependant sa machine ne parait pas avoir eu de succès. En 1845, son brevet tombait dans le domaine public, comme étant déchu, abandonné par l'auteur.
Sans passer en revue toutes les machines successives qui se sont présentées, et qui ont à peine vu le jour, nous croyons devoir arriver de suite à celles qui paraissent avoir quelque succès, et auxquelles les fabricants semblent donner la préférence. Nous suivrons exactement l'ordre des dates des brevets En première ligne, nous devons placer M. Fouet, qui s'est fait breveter, pour quinze ans, le 5 mars 1846.
Le principe sur lequel repose cette machine, consiste dans la disposition de plusieurs couteaux parallèles et verticaux, montés sur un arbre découche, auquel on imprime un mouvement de rotation continu. Ces couteaux tranchants sont à développante de cercle, et marchent dans un billot ou vase creux, en forme de sphère, qui tourne sur lui-même très-lentement, afin de présenter successivement de nouvelles substances à l'action des lames.
Cette machine fut construite chez If. Cambray, mécanicien à Paris ; mais elle ne tarda pas à être modifiée. L'auteur crut reconnaître qu'il n'était pas convenable de faire marcher le vase qui contient la viande, d'une manière continue, parce que, comme les couteaux marchent aussi continuellement et dans des plans perpendiculaires au mouvement du vase, la chair n'est pas coupée nettement, franchement, comme on tient à l'obtenir dans la charcuterie pour la fabrication des saucisses ou des cervelas; elle est plutôt déchirée, broyée que tranchée, d'où il résulte que l'on forme une sorte de pâte, de bouillie épaisse, au lieu de produire ces espèces de petits prismes, extrêmement réduits, que les fabricants cherchent à obtenir.
M. Fouet apporta donc une première modification à son système, en faisant marcher, par un mécanisme différent, le vase qui contient la substance, par intermit-
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tence, de telle sorte qu'il reste fixe au moment où l'action des couteaux a lieu, et tourne sur lui-même d'une petite quantité, dès que les couteaux cessent de couper, ce qui se répète naturellement à chaque révolution de ces derniers. Il prit une addition pour ce changement, le 10 juin 1846.
Quelques mois plus tard, il apportait encore un nouveau perfectionnement à son appareil, en y appliquant un mécanisme à ressort, qui donnât de l'élasticité au vase sphérique, afin de lui permettre de Qéchir, lorsqu'il se rencontre quelque résistance, quelque obstacle qui pourrait, sans cette flexion, nuire aux tranchants des couteaux. Il fit aussi une disposition qui permit au vase de se retirer en avant de l'appareil, soit pour mettre, soit pour enlever les substances. Cette addition est importante, en ce qu'elle évite d'enlever l'arbre des couteaux de la place qu'il occupe dans ses coussinets, ce qui est à considérer, si l'on veut bien remarquer que, pour des machines un peu puissantes, l'arbre avec ses lames, et le mouvement qu'il porte, devient une pièc« lourde, embarrassante et susceptible de blesser. Ces améliorations furent brevetées à la fin de 1846, et au commencement de 1847.
Plusieurs autres brevets d'invention ont été demandés en 18i6, pour des machines à hacher la viande, et chose remarquable, à quelques mois de distance. On y trouve trois appareils semblables, construits sur le même principe, et par trois personnes différentes. Ainsi, après M. Fouet, est venu M. Mareschal, qui s'est fait breveter le 15 juin 1846, pour une machine tout à fait analogue, c'est-à-dire disposée avec des lames verticales et parallèles, à développantes de cercle, montées sur un arbre horizontal animé d'un mouvement de rotation continu, pendant que le vase sphérique dans lequel elles tournent, pivote sur lui-même très-lentement.
Le lendemain, 16 juin, M. Seraine, mécanicien fort recommandable, de Crépy (Aisne) , se faisait également breveter pour un appareil reposant exactement sur le même principe, et construit avec les mêmes éléments. Mais ces deux derniers inventeurs ne tardèrent pas à s'entendre; l'un se chargea d'exploiter Paris et ses environs, l'autre quelques départements.
M. Sénéchal, serrurier-mécanicien, a Bellevilte, fit aussi, dans la même année (25 novembre) breveter une machine à hacher, qui toutefois parait s'écarter des trois précédentes. En effet, son système consiste à faire mouvoir sur une table des lames circulaires montées sur un arbre horizontal que l'on promène, soit à la main, soit plutôt par une transmission de mouvement, sur les substances mêmes que l'on veut débiter, et qui sont étendues sur la table Des modifications ont été depuis proposées par l'auteur, mais le principe ne parait pas avoir été changé.
Enfin, le même M. Seraine, de Crépy, est encore l'inventeur d'un autre système de hachoir, breveté seulement en 1847. Ce dernier consiste dans la disposition d'une lame en hélice, tranchante sur toute la courbe, et tournant sur un axe vertical avec une grande rapidité, pendant que le vase dans lequel elle est excentriquement placée, et qui contient les substances, est animé de son côté d'un mouvement trèslent. La chair étant continuellement amenée contre un couteau fixe, se trouve à chaque révolution dé la lame hélicoïde, tranchée successivement et sur toute la hauteur de la masse. Cet appareil est fort ingénieux et susceptible d'être accepté dans le commerce, comme étant d'une grande simplicité, et pouvant se livrer à très-bon marché. L'auteur en exécute sur de très-petites dimensions, qui peuvent servir pour les restaurants et maisons bourgeoises, et qu'il peut livrer à 56 ou 60 francs, et même au-dessous.