‹ Publications diverses sur le fidéisme et son application à l'enseignement Chrétien traditionnelChapitre 29 sur 59 · PAT, O0 VU · texte numérisé non relu

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des Écritures. C’était la doctrine de toutes les synagogues de ce temps, en Palestine et dans la diaspora. Si les auteurs du Nouveau Testament ne font pas toujours d'une manière très exacte leurs citations de l'Ancien Testament, c'est qu'écrivant en grec, ils ne pouvaient citer de l’hébreu, et que tantôt ils traduisaient euxmêmes, parfois très librement, tantôt ils citaient de mémoire la traduction des Septante, dont ils n’avaient pas toujours des manuscrits sous la main. J'ai connu un digne et pieux pasteur, théopneuste convaincu, dont lescitations bibliquesn'étaient fréquemment qu’approximatives. Cela ne l’empêchait pas de croire fermement à l'inspiration divine de chaque mot de l’Écriture.

En second lieu, je ne saurais admettre la modification arbitraire du sens traditionnel et historiquement consacré du mot orthodoxie. Certes, ce mot, d’après ses racines grecques, signifie a doctrine correcte. Ainsi compris, chaque chrétien qui croit avoir la vraie doctrine évangélique a le droit de se l'appliquer. On a également essayé d'appliquer le mot catholique, d’après ses racines, aux chrétiens protestants. Mais une fois que le sens d’un mot a reçu sa consécration historique et est entré avec ce sens dans le langage usuel, il faut se résigner à ne l’employer que dans le sens courant. Dire que les Pères de Nicée et de Chalcédoine étaient des « hétérodoxes », c’est jouer sur les mots. Nos Réformateurs ont recu intégralement les décisions christologiques des premiers conciles œcuméniques. On n’est un protestant « orthodoxe » qu'à la condition de les recevoir intégralement comme eux.

Enfin, je dois protester énergiquement contre le reproche de vouloir accommoder l'Évangile au goùt du jour. Ce n'est absolument pas ma pensée. Qu'on veuille

bien me le croire. Ce qui répugne au monde, c’est moins telle ou telle doctrine, que la conversion du cœur. Or, J accentue cette conversion avec toute l'énergie dont je suis capable, et je ne ferais pas l'ombre d’une concession pour gagner un mondain. Il n’y a ni repentance, ni conversion au rabais. Mais d'autre part, je m'applique tout aussi sincèrement à bien saisir la vraie pensée, le véritable Évangile de notre Seigneur Jésus- Christ. Et si, par mes études, mes méditations et mes prières, je suis arrivé à la certitude qu'une doctrine traditionnelle est contraire à l’enseignement au Christ, je l'abandonne résolument, dût-elle être consacrée par tous les Conciles et toutes les Confessions de foi. Il se peut que, grâce à l'élimination d’une erreur historique ou dogmatique, je gagne à l'Évangile une âme pour laquelle cette doctrine avait été jusque-là une pierre d’achoppement. Cela n’est pas accommoder l'Évangile au goût du jour, c’est faire un œuvre bénie au service de la vérité.

(Église libre, 1897, no 16.)

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A PROPOS DU ©FIDÉISME »

L'Eglise libre, dans son numéro du 6 août, reproduit sans réserves et en l’approuvant, me semble-t-il, un entrefilet du Réveil d'Israël concernant le « fidéisme ». Comme l’auteur de cet article vise mon enseignement et celui de tel de mes collègues, et qu'il nous prête une. théorie que nous sommes loin de professer, je demande la permission de relever son assertion pour la recüfer.

L'auteur rappelle une parole de saint Paul, qui dit en parlant d'Hyménée et Philète : « Ils se sont écartés. de la vérité, en disant que la résurrection des morts est déjà arrivée, et ils renversent la foi de quelques-uns » (II Timoth. 2, 18). Cette parole, d’après le Réveil d'Israël, serait en opposition avec la thèse du fidéisme.Nous jugerions les erreurs doctrinales autrement que l’apôtre. Loin de blâmer Hyménée et Philète, la nouvelle École dirait : «Oh! cela n'y fait rien, ils croient tous quelque chose, n'importe la nature de leurs croyances. »

Nous enseignerions donc que ce qu'on croit importe peu, pourvu qu'on croie quelque chose. Or, nous n'avons jamais rien dit de pareil. Un tel enseignement serait absolument contraire à nos principes. L'auteur

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de l’article s’est évidemment mépris sur notre pensée. Il m'importe d'autant plus de signaler ce malentendu, qu'il a aussi été reproduit ailleurs. Peut-être n’ai-je pas été jusqu'ici assez clair dans l’exposé de mes idées. Raison de plus pour écarter les fausses interprétations.

Fidèles à l'Évangile du Christ tel que nous le comprenons, nous enseignons «le salut par la foi, indépendamment des croyances ». Voilà notre thèse. Cette formule, dans notre pensée, exprime une idée claire et précise.

Remarquons tout d’abord qu'il s’agit des conditions personnelles du « salut », c’est-à-dire de l'état d'âme dans lequel doit se trouver l’homme qui veut obtenir de Dieu le pardon des péchés et échapper à la condamnation. Cet état, d’après notre conception, c'est la repentance et le don du cœur à Dieu, en d’autres termes : la foi, au sens religieux de ce mot.

L'objet de la foi religieuse est Dieu. Les formes sous lesquelles se manifeste cette foi peuvent varier selon les temps, les lieux, les individus. Mais si la foi est réelle, elle se ramène toujours, en dernière analyse, à la foi en Dieu. On se méprend totalement sur notre pensée, quand on nous reproche d'enseigner une foi «sans objet », une foi qui consisterait uniquement à « croire quelque chose ». La foi, — la foi religieuse et salutaire, — dans notre doctrine, est la consécration de l'âme à Dieu. Et nous croyons et professons que Le qu'un homme a cette foi, il est sauvé. |

Il est sauvé, dût-il avoir dans sa tête toutes sortes d'idées erronées. Ces erreurs ne sont pas, selon nous, un motif de condamnation. Dieu ne damne pas un homme qui lui a donné son cœur, quand même cet homme aurait sur la nature de Dieu et les choses de la

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religion des croyances incorrectes, des erreurs dogmatiques sévèrement jugées par les théologiens. Il est sauvé malgré ses erreurs. C’est là notre doctrine du «salut par la foi, indépendamment des croyances », la doctrine « fidéiste ».

Le Réveil d'Israël nous oppose le jugement de Paul sur Hyménée et Philète. Retenons cet exemple. Il se pourrait qu'il y eût dans l’une de nos paroisses un homme confondant, comme Hyménée et Philète, la résurrection avec la conversion. Si cet homme vit dans la repentance et la foi, s'il a vraiment consacré son cœur à Dieu, pourrons-nous admettre que Dieu le condamnera à cause de son erreur doctrinale? Je suis assuré que les honorables rédacteurs des deux journaux mentionnés ne l’admettent pas plus que moi. Is sont quelque peu fidéistes, eux aussi.

S1 Jésus-Christ n’a pas enseigné théoriquement cette doctrine, il l’a pratiquée dans la plus large mesure à l'égard des Samaritains et des païens. La Cananéenne dont il a guéri la fille, était une païenne; iln'en a pas moins fait le plus grand éloge de sa foi. C'était du fidéisme. Nous sommes donc bien convaincus d'être fidèles à l'esprit du Christ en enseignant «le salut par la foi, indépendamment des croyances ».

st-ce à dire que nous considérions les doctrines, les croyances comme inutiles ou de peu d'importance ? Loin de à! Elles exercent l’influence la plus puissante sur l'esprit, le sentiment, la volonté ; elles sont un moyen pédagogique de premier ordre. Et à ce point de vue elles sont d’une importance capitale dans le domaine religieux. C’est à ce point de vue que Paul juge l'erreur d'Hyménée et de Philète. La vérité agit dans le sens du bien; l'erreur dans le sens du mal. On ne sau-

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rait attacher trop d'importance à la pureté de l’enseignement évangélique. C’est précisément pour cette raison que nous faisons une campagne si résolue pour ce que nous croyons être le pur Évangile de notre Sei- gneur Jésus-Christ.

Nous serions les hommes les plus inconséquents du monde si, nous figurant que les doctrines importent peu, nous nous donnions tant de peine à propager celles que nous croyons vraies et à combattre celles que nous lenons pour erronées. Nous serions, de plus, bien sots de nous exposer par notre enseignement à des attaques souvent très pénibles de la part de gens que nous aimons et honorons, et dont, à notre grand dommage, nous nous exposons à perdre la précieuse amitié. Ces souffrances, on ne les accepte que si l’on y est forcé par la conscience.

Qu'on cesse donc de nous accuser d’attacher peu d'importance à l’enseignement doctrinal; et que, pour ne pas se méprendre sur nos vues, l’on veuille bien mettre quelque soin à distinguer les conditions subjectives du salut et les moyens pédagogiques objectifs servant à produire la foi salutaire. Cette distinction est indispensable pour porter quelque clarté dans les discussions théologiques qui agitent aujourd’hui le monde protestant.

(Église libre, 1897, n° 34.)

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