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absolument gracieux. I n’y a pas un atome de mérite du côté de l’homme.
« Nous avons déjà reconnu que la tendance bien consciente et même passionnée de l’Apôtre est d'anéanür, jusqu’au dernier vestige, le mérite propre de l'homme, afin d'attribuer toute gloire à Dieu, à Dieu seul.
« Cela nous apprend que Paul ne considère pas la foi comme une vertu, en récompense de laquelle Dieu nous accorderait la justice. Les théologiens qui attribuent le moindre mérite à la foi, sont en dehors de l'esprit paulinien. Aussi devons-nous maintenir rigoureusement le principe luthérien : « L'homme est justifié, non à cause de la foi /propter fidem/, mais par la foi /per fidem) ». La foi est un moyen de salut, et non pas une vertu méritoire substituée à la vertu méritoire des œuvres. Paul n’a pas remplacé une justice propre par une autre Justice propre; la justice de la loi par la justice de la foi. La justice par la foi n’est pas une justice propre, mais un don de Dieu : Swseay HO, XAOUTL. » | |
Voilà, mot pour mot, ce que j'enseigne à mes élèves, et ce qui est au fond de ma foi religieuse et de ma conviction théologique. J'espère que cet exposé suffira pour convaincre mes honorables critiques que je ne songe n1 de près ni de loin à attribuer une vertu méritoire au mouvement du cœur vers Dieu, qui constitue la foi.
Que ce mouvement se produise, et Dieu pardonne. Certes, la foi doit progresser. Dieu demande à chacun d’être fidèle avec les dons qu'il lui a confiés, et il nous Jjugera selon notre fidélité. Mais, pour accorder sa grace, il n’a pas fixé une dose déterminée de foi, au-
dessous de laquelle il n’y aurait pas de pardon. Même si la foi est encore faible, rudimentaire, comme celle du larron sur la croix, pourvu qu’elle soit vraie, le pécheur est sauvé. Voilà l'Évangile du Christ, l'Évansile du salut. J'ai la conviction intime que cette doctrine est la vérité. Cela me donne la joie et la PÈSS dans la vie et dans la mort.
(Vie Nouvelle, 1898, n° 5.)
Le collaborateur de ce journal qui signe « Un croyant » a accueilli ma réponse à ses questions sur le /idéisme d'une façon si aimable et en même temps si judicieuse, que je me fais un plaisir de lui soumettre quelques nouvelles réflexions sur ce sujet, dont l'importance ne saurait être exagérée, car il s’agit de notre salut éternel.
L'apôtre Paul, après avoir exposé la doctrine de la justification par la foi, fournit, à l'appui de sa thèse, la preuve scripturaire. « Abraham, dit-il, eut foi en Dieu, et cela lui fut imputé à justice. » (Rom. 4, 3; Gal. 3, 6; comp. Genèse 15, 6). Paul en conclut que la doctrine du salut par la foi est déjà enseignée dans l’Ancien Testament.
Je suis absolument de son avis. Voyons d’un peu plus près le passage qu'il cite. Abraham et sa femme, Saraï, sont avancés en âge, et ils n'ont pas d'enfants. Dieu révèle à Abraham, qu'il aura une descendance nombreuse comme les étoiles du ciel. Abraham, malgré toutes les apparences contraires, a foi en cette promesse ; et Dieu lui impute sa foi à justice.
Ne dirait-on pas que c’est un fidéiste qui a écrit ces lignes? En quoi consiste la foi que Dieu impute à justice au patriarche? Elle est tout simplement une con-
fiance absolue en la parole de Dieu. Pas autre chose.
Oh, je sais qu'il y a des théologiens qui veulent voir, dans cette foi, la foi au Messie promis. On a recours à cette interprétation pour identifier la foi d'Abraham avec la foi en Jésus-Christ. Mais rien, dans le texte de la Genèse, ne nous y autorise. I n'est nullement question du Messie dans ce passage. Abraham croit à la parole de Dieu, et c’est la foi à la vérité de cette parole, en d’autres termes la foi en Dieu, qui lui est imputée à justice. |
Certes, le Messie devait naître de la progéniture du patriarche. Mais le récit de la Genèse n’y fait nulle allusion. Et l’exégête n’a pas le droit de détourner un texte de son sens clair et précis, pour le faire cadrer avec ses théories dogmatiques. Le texte de la Genèse enseigne purement et simplement le salut par la foi, tel que le professe le /idéisme. Que cela nous plaise ou nous déplaise, il en est ainsi, et nous n’y changerons rien.
On m'objectera, peut-être, que depuis la venue du Christ, la situation a changé; et que, désormais, c’est la foi en Jésus-Christ qui est la condition du salut. Oui, elle est la condition du salut pour tous ceux qui ont appris à connaître le Christ. Cela n'est pas douteux. C’est l’enseignement explicite de l'Évangile. Encore faut-il toujours se rappeler que Jésus à dit : « Celui qui croit en moi croit, non pas en moi, mais en Celui qui m'a envoyé » (Jean 12, 44). C'est parce qu’elle implique la foi en Dieu que la foi en Jésus-Christ nous sauve.
Mais Jésus lui-même à mis une restriction à la doctrine du salut par la foi en lui. Parlant de ses ennemis, il dit : &« Si je n'étais pas venu et que je ne leur eusse point parlé, ils n'auraient point de péché... Si je n'avais
pas fait parmi eux les œuvres que nul autre n’a faites, ils n'auraient point de péché » (Jean 15, 22-24). La restriction est formelle. Celui qui ne connaît pas le Christ ou qui le connaît mal n’est pas coupable, quand :l ne croit pas en lui. Il se trouve alors, toutes choses égales, dans la situation d'Abraham. Et, s’il croit en Dieu avec la foi d'Abraham, je ne doute pas que Dieu ne lui impute sa foi à justice, comme il l’a imputée au patriarche. "Hu
Je pourrais ajouter que Jésus a dit que même le blasphème à l'égard du Fils de l’homme sera pardonné (Luc 12, 10), et que le seul péché irrémissible, c’est le péché contre le Saint-Esprit, c’est-à-dire la détermination du cœur contraire au témoignage interne de l'Esprit de Dieu : l’incrédulité.
L'Évangile du Christ est le salut du monde. J’en suis intimement convaincu. Il est le salut des individus et des nations. Hors de lui, il n’y a point de salut. Mais un élément constitutif de cet Évangile, c'est précisément cet appel divin : « Mon fils, donne-moi ton cœur ! » Celui qui répond à cet appel est sauvé, quelles que soient, du reste, ses croyances. Ce n’est pas l’hérétique, comme le disent les vieux Symboles, c’est l’incrédule qui est condamné. Voilà la vérité évangélique que le fidéisme s'applique à mettre en relief.
(Église libre, 1898, n° 5.)