DOCTRINE ET FOI
cessus psychologique qu'aucun homme capable d’observer ne mettra en doute. La doctrine produit la foi.
Mais la doctrine elle-même, d’où vient-elle? Elle n'est pas tombée du ciel comme un aérolithe. C’est dans l'esprit de l’homme qu’elle a pris naissance. Cela n'est pas douteux. La vérité religieuse a jailli de l’esprit de l’homme religieux. Elle est née sous l'influence de l’action interne du Saint-Esprit. C’est la foi qui à produit la doctrine. |
Ces deux thèses, contradictoires dansles termes, sont également vraies l’une et l’autre. Seulement pour en saisir la vérité, il faut savoir distinguer entre la genèse d'une idée et son act'on pédagogique. Si vous me demandez quelle est l'origine de la doctrine religieuse, je réponds: elle naît de la foi religieuse. Et si vous me demandez quelle en est l’action, je réponds: elle produit la foi.
La pensée et la vie religieuse sont ensemble dans un rapport permanent d'action et de réaction. Nous ne réussirons jamais à faire le départ de ces deux activités dans la vie spirituelle d’un homme, ni même dans notre propre esprit. Elles se pénètrent etse conditionnent réciproquement de la manière la plus intime et la plus indissoluble.
Cela n’arrange pas les logiciens à outrance, qui veulent à tout prix emprisonner la vie dans leurs formules algébriques. Mais la vie ne s’en soucie pas. Et malgré toutes les critiques des théoriciens, la foi continuera à produire la doctrine, et la doctrine la foi. Telle est Ia volonté du Créateur.
(Vie nouvelle, 1898, n° 6.)
Quand on veut soutenir une controverse théologique, il faut s’armer de patience. Là aussi, la parole de La Fontaine trouve son application : « Patience et longueur de temps font plus que force ni que rage. » On a beau avoir réfuté une objection erronée, elle reparaît sous une autre forme, si ce n’est sous la même; et puisque le contradicteur ne se lasse pas de la répéter, il ne faut pas se lasser de la réfuter, en cherchant à y apporter un peu plus de lumière. Il y a des gens que ces répétitions fatiguent ; ils ont cependant un moyen fort simple d’y échapper : c’est de ne pasles lire. Quant à moi, j'ai pris la résolution, quoi qu’il m'en coûte, de faire de mon mieux pour écarter les malentendus au sujet d’une question dont l'importance n'échappe à personne.
Ces observations s'appliquent à l’article déjà mentionné que mon honorable collègue, M. le professeur H. Bois, a consacré au fidéisme, dansle dernier numéro de la Revue de théologie de Montauban (1898, n° 1).
Dans divers articles, dont M. Bois fait des citations, j'ai montré dans quel sens il est juste de dire que « la foi dépend des croyances », et dans quel sens il est également juste de dire que « nous sommes sauvés par la
foi, indépendamment de nos croyances. » I paraît que je ne me suis pas expliqué assez clairement, car M. Bois, en s'excusant de répéter ce que d’autres avaient déjà dit avant lui, reprend un syllogisme que je croyais avoir réfuté.
Voici ce qu'il écrit :
« Raisonnons un peu :
« La foi dépend des croyances,
« Or le salut dépend de la foi,
« Donc le salut dépend des croyances.
Le fidéisme accepte les prémisses, il ne peut Hit la conclusion. » (p. 90).
. Le syllogisme est parfait au point de vue de la logique verbale, de même que la contradiction verbale est évidente entre ces deux thèses : « La doctrine produit la foi »et : « la foi produit la doctrine. » Mais de même que ces deux thèses se concilient parfaitement quand on va au fond des choses, de même le paralogisme que me reproche M. Bois se dissipe quand on y regarde de près.
J'ai toujours enseigné — et M. Bois veutbienle reconnaître — que la foi qui sauve est un don du cœur à Dieu, une détermination de notre mot dans son unité. Or le mot dans son unité comprend la pensée, le sentiment et la volonté. Il y a donc dans la détermination qui constitue la foi un triple facteur : un élément de pensée, de sentiment et de volonté. Ces trois facteurs sont réunis dans l'unité de la conscience personnelle.
Quand l'enfant embrasse sa mère, il y a dans cet acte un élément de pensée, de sentiment et de volonté. Appelez, si vous voulez, l'élément de pensée une croyance et vous pourrez dire qu'il y a une croyance dans le mouvement de cet enfant. Il ÿ a de même une pensée
ou une croyance dans le mouvement du cœur vers Dieu, dans la foi. Si c'est là ce que M. Bois veut dire, je suis. d'accord avec lui; et je n’ai jamais prétendu le contraire. Pour qu'il n’y ait plus de pensée dans l’acte d’un homme, il faut que cet homme soit arrivé au dernier degré du ramolissement cérébral, 1l faut que son moi se soit complètement disloqué.
Mais chez l’homme sain, le moi comprend les trois facultés de l’âme, dans leur unité. Si cet homme se repent de ses péchés et donne son cœur à Dieu, il a la vraie foi, la foi qui sauve. Et dans cette foi, il y a un élément intellectuel, une certaine croyance plus ou moins nette, plus ou moins consciente, qui, dans la forme, varie sans doute d’un individu à l’autre.
Mais, outre cet élément intellectuel constitutif de sa foi, cet homme a encore d’autres croyances, des croyances, au sens courant de ce mot, peut-être justes, peutêtre fausses. Il croira, par exemple, que les récits miraculeux de la Bible sont des légendes, que Jésus a été fils de Joseph et de Marie, que le dogme de la Trinité est une invention des Pères grecs, que l’homme est sauvé par les bonnes œuvres, que la sainte Vierge exauce nos prières, que le pape est infaillible. Voilà des croyances qu'un chrétien peut avoir et qui sont très discutables.
La question qui se pose maintenant est celle-ci : Y a-t-il des croyances obligatoires? Faut-il, pour être sauvé, avoir telles ou telles croyances prescrites par l'Eglise? Faut-il croire, sous peine de damnation, telles ou telles doctrines, tels ou tels faits ? Ou bien suffit-il, pour être reçu en grâce, de donner son cœur à Dieu? Sommes-nous sauvés par la foi seule, quelles que soient du reste nos croyances ? Voilà la vraie question!
À cette question le fidéisme répond catégoriquement :
ns croyances.
C’est ainsi que se résout a ti verbale que
En. M. Bois, et qu'il suffit de serrer d’un peu près pour qu'elle s’évanouisse.
(Vie nouvelle, 1898, n° 7.)
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