‹ Publications diverses sur le fidéisme et son application à l'enseignement Chrétien traditionnelChapitre 5 sur 59 · SUR · texte numérisé non relu

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La science moderne a bouleversé la vieille conception du monde. Elle a profondément remué toutes les notions philosophiques et religieuses. Les doctrines chrétiennes que nous ont transmises nos ancêtres ont

subi les atteintes de ce mouvement général. Tout le

christianisme est remis en question.

C’est pour le théologien chrétien le moment de se re-

cueillir et de faire passer sa foi et sa science par le

creuset d'une critique consciencieuse, éclairée, indé-

pendante. C’est le moment d'examiner si, dans la reli-

sion chrétienne traditionnelle, il y a des éléments étrangers qui devront être élagués, et de reconquérir à

la science théologique la place qui lui revient à la tête du mouvement intellectuel.

Deux fois le christianisme a jeté un vif éclat : la première fois, lors de son apparition, quand saint Paul l’eut fait pénétrer dans le monde païen; la seconde fois, lors de sa rénovation, quand Luther le retira des décombres de la superstition romaine, pour le présenter au peuple chrétien dans sa splendeur primitive.

Et quelle a été, l’une et l’autre fois, la puissance ca-

o) L'ÉVANGILE DU SALUT

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chée qui lui a valu ses immenses conquêtes ? C'est le dogme de la justification par la foi. Dans ce dogme se résume et se concentre la prédication de l' Éelise primitive et l’enseignement des Réformateurs. Il en est la quintessence. C’est donc ce dogme qu'il s’agit d’approfondir, afin d'y découvrir le secret de sa puissance. Et comme la puissance spirituelle est, par sa nature méme, impérissable, nous avons l’intime conviction que, si l’on parvient à faire renaître la substance de ce dogme dans la forme de la pensée moderne, on lui assurera de nouveaux et d'éclatants succès.

Le but de ces lignes et de concourir pour leur humble part à cette grande et sainte tâche.

L'histoire de la philosophie nous prouve que l'homme, abandonné aux seules forces de sa pensée, n'arrive qu'au doute. Le scepticisme est la forme la plus conséquente de la pensée philosophique. Toute philosophie, même la plus positive, est forcée de s’en tenir aux probabilités.

Les systèmes des plus profonds penseurs ne pourront |

s'élever au-dessus du doute, car plus la pensée est perspicace, mieux elle reconnaît les limites qu'il lui est 1mpossible de franchir. Jamais l'esprit humain ne saura, par ses propres forces, ni ce qu'il est, ni d’où il vient, ni où il va, ni ce qu'est le monde qui l'entoure. L'essence des choses restera pour lui un secret impénétrable. |

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Et cependant nous sommes. Nous existons bien réellement. Notre être est tout un monde incommensurable

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de vie, et nous nous trouvons au milieu d’ün monde plein de vie. Qui nous donnera la clef de ce mystère ? Qui répondra à ces nombreuses et redoutables questions qui surgissent dans notre esprit et qui touchent à nos intérêts les plus essentiels, à la vie même de notre être? Qui nous fera connaître la vérité?

Ici nous devons en appeler à un fait d'expérience intime, qui se sent, mais ne se démontre pas : à l’action, dans notre esprit, d'un facteur mystérieux, spirituel, indépendant de notre esprit et le pénétrant néanmoins au point de se confondre avec lui. Ce facteur est l’Esprit de vérité, le SaINT-ESPRIT, auteur et source de toute vraie connaissance, mais que n'arrivent à voir et à reconnaître que ceux qui se laissent éclairer par sa lumière. C'est ce qu'exprime le Psalmiste quand il dit : « C'est par Talumière que nous voyons la lumière » (Psaume 36, 10); et saint Paul énonce la même pensée quand il écrit aux Corinthiens : « Nous avons reçu l'esprit de Dieu, afin que nous voyions ce que Dieu nous révèle » (1 Cor. 2, 10-15).

Au point de vue de la logique formelle, il y a là un cercle vicieux. Mais ce même cercle, nous l’observons dans toute la nature. Qu'il s'agisse, par exemple, des rapports entre la lumière et la vue : nous ne voyons qu'à une double condition, c'est que, d’une part, il fasse clair, et que, d'autre part, nos yeux soient sains; et la netteté de la perception variera selon le degré de

clarté objective et selon notre puissance visuelle subjective. Il y a là une réciprocité qui pour constituer un cercle vicieux dans la logique formelle, n’en existe pas moins réellement dans la nature. C’est que la lumière . est une puissance qui témoigne d'elle-même, d'une manière directe et absolument suffisante. Il en est de méme des phénomènes du monde spirituel. Le soleil qui nous éclaire est le Saint-Esprit; l'œil qui perçoit la lumière est l'esprit humain; et les rapports entre les deux sont déterminés par les lois qui régissent le monde de l'esprit. Il y a, en dernière analyse, un cercle vicieux à la base de toute connaissance, car c’est toujours l’intelligence qui se légitime elle-même.

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Le Saint-Esprit est l'esprit de Dieu immanent dans l'esprit de l’homme. Il exerce sur l'esprit de l'homme une action immédiate, perçue par la conscience (1). Peu importe de savoir le mode psychologique ou physiologique de cette action, l'essentiel est d’en reconnaître la réalité. Nous nous trouvons là dans le domaine de l’intuition spirituelle, de cette certitude morale qui est le résultat, non de la réflexion ou du raisonnement, mais d'un témoignage intérieur portant en lui-même le cachet de la vérité. |

(1) Dans le sens le plus large, c’est-à-dire dans le sens à la fois formel-. et matériel, la conscience est le moi se percevant lui-même. Au point de vue formel, la conscience est l'organe qui perçoit le moi. Au point de vue matériel, elle est cette perception même: la connaissance du moi abstrait et du moi concret, du foyer de la personnalité et de son contenu. Le contenu dont il est question dans notre étude, c’est l’action du Saint- Esprit dans l'esprit de l’homme. Nous arrivons ainsi à ce qu’on est convenu d'appeler la conscience religieuse et morale ; et c’est dans ce sens que nous emploierons le terme de conscience.

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L'action du Saint-Esprit est libre et personnelle; elle a le caractère de l’action spirituelle qu'exerce, dans le domaine de la liberté, une personne sur une autre. L'homme, selon ses dispositions intérieures, S’ouvrira plus ou moins à cette action, à cette révélation divine, et selon ses facultés naturelles, il la percevra plus ou moins distinctement et plus ou moins purement. Inconsciente à l'origine, cette perception devient l'objet de lä réflexion et donne naissance à la conception subjective de la révélation objective.

La Révélation, une quant à sa source et à son caractère, porte essentiellement sur un double ordre de faits : sur la connaissance de la volonté de Dieu, conçue comme commandement et constituant le bien, et sur la connaissance des conditions auxquelles Dieu veut nous pardonner quand nous n’avons pas accompli sa volonté, c’est-à-dire quand nous avons fait le mal, quand nous avons péché. Ces deux ordres de faits avec leurs prémisses et leurs conséquences constituent la Religion.

Dans un sens plus restreint, on n’applique le terme de Religion qu'au second ordre de faits, à la doctrine du pardon. Et l’on donne le nom de Morale à la Révélation touchant la volonté, le commandement de Dieu.

L'accord entre les hommes sur les questions morales

est beaucoup plus grand que laccord sur les questions religieuses. C’est là un fait manifeste. Quelle en est l'explication, la raison d’être? Nous devons la chercher, d’une part, dans la différence intrinsèque entre un ordre et une parole de pardon, et, d'autre part, dans la facilité plus grande pour l'homme de saisir un commandement qui lui est imposé, qu'une grâce qu'il doit rechercher. Dans la mesure où l’homme se laisse

aller à la vie du péché, il s'éloigne de Dieu, et il devient

par là même d'autant moins apte à entendre la voix qui lui commande de faire le bien, à plus forte raison la voix qui veut lui parler de pardon.

Nous pourrons, dans cette étude, nous en tenir aux faits relatifs à la Religion proprement dite; il sera facile d'en appliquer les principes à la Morale.

La conscience du péché est un fait universel, qui s'affirme d’une manière immédiate et absolue. Il n'a pas besoin de démonstration; il n’en est même pas susceptible, pas plus qu'aucune autre notion initiale.

La notion du péché implique celles de la liberté, de la responsabilité, de la culpabilité et du châtiment. Ces quatres notions sont nettement affirmées par la conscience et inséparables de l'idée du péché.

Le péché porte en lui-même la nature de son châtiment. L'homme, par le péché, s'éloigne de Dieu, il se sépare de la source de la vie, il est donc condamné à mourir comme une feuille arrachée de l'arbre. La

mort est à la fois le châtiment et’ la conséquence fatale du péché. Elle est la juste sanction du commandement de Dieu.

Qu'est-ce que la mort? Nous n'arriverons jamais à mesurer toute l'étendue de cette terrible réalité. Nous en avons sous les yeux des manifestations multiples, douloureuses, effrayantes, qui empoisonnent notre existence; nous en subissons les atteintes, dans notre corps et dans notre âme, les uns plus, les autres moins, du berceau jusqu'à la tombe. Que sera la mort dans toute sa plénitude? Si la vie dans sa plénitude est le comble du bonheur, la mort dans sa plénitude sera l’accumulation de tousles maux. Notre âme frissonne à celte pensée, et cependant elle ne saurait s'en défaire, car l'esprit de Dieu ne cesse de la confirmer par la conscience,

Ce sont, d'une part, les misères de cette vie, jointes au témoignage intérieur de la culpabilité et aux appréhensions d’une juste condamnation, et, d'autre part, notre sentiment bien vif d’être créés pour la vie et non pour la mort, pour la félicité et non pour la souffrance, qui éveillent en notre cœur l'aspiration après la délivrance, après le salut. Nous voulons vivre, vivre heureux, vivre éternellement. Toute la notion du salut se résume en ces mots.

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