‹ Publications diverses sur le fidéisme et son application à l'enseignement Chrétien traditionnelChapitre 6 sur 59 · AIT · texte numérisé non relu

AIT

Comment arriver à cette vie, à ce salut ? La conscience nous répond : par le pardon des péchés. Mais

comment obtenir ce pardon? Voilà la question des. questions. Béni soit celui ‘qui nous donnera la vraie réponse ! Il aura apporté au monde la bonne nouvelle, l'evayyéAuoy, l'Évangile. FA

Oui, comment obtenir le pardon? — Nous ne saurions trouver la réponse par les lumières de notre raison, car le pardon est un acte essentiellement libre ; il est, par conséquent, soustrait aux lois de la déduction logique. Je suis libre de pardonner ou de ne pas pardonner à celui qui m'a offensé ; et jamais celui-ci, par la seule puissance de son raisonnement, ne pourra savoir, ni si je suis disposé à lui pardonner, ni à quelles conditions. Pour qu'il l’apprenne, il faut que je le lui fasse connaître. Pour que l’homme sachesi Dieu veut lui faire grâce, et à quelles conditions, il faut que Dieu le lui révèle. Saint Paul exprime parfaitement la nécessité psychologique de cette révélation, quand il dit: « Personne ne connaît ce qui est en l'homme, si ce n'est l'esprit de l’homme qui est en lui; de même aussi personne ne connaît ce qui est en Dieu, si ce n'est l’'esprit de Dieu... Dieu nous le révèle par son esprit. »( Cor2 10141

Or, nous avons vu que c’est par la conscience que l'esprit de Dieu agit sur l’esprit de l’homme. C’est done

par la conscience qu’il doit nous faire connaître sa vo-

lonté relativement au pardon.

Ici se pose une nouvelle question. Comme la percep-

tion plus ou moins nette de l’action du Saint-Esprit sur notre esprit dépend, d’une part, des dispositions de notre cœur, et, d’autre part, de la perspicacité de notre intelligence, et que rien ne nous garantit que nous sommes à tous égards dans les conditions voulues . pour percevoir la révélation divine dans sa pureté et dans sa plénitude, nous devons nous demander comment nous nous mettrons en garde contre l'erreur, et par quelle voie nous arriverons le plus sûrement à saisir toute la vérité révélée.

En théorie, la réponse est simple. Puisque l'esprit de Dieu se révèle dans la conscience de l’homme, c’est dans la conscience collective de l'humanité que se trouve la plus large mesure de la révélation divine; c'est là qu’il faut la chercher. Et le critère subjectif, pour cette recherche, ést la conscience individuelle. C’est l'esprit de Dieu en tant qu'il nous éclaire personnellement, qui nous sert de lumière dans l'étude des diverses manifestations de la conscience d’autrui ; et nous ne pouvons nous assimiler de ce témoignage que ce qui répond à notre conscience individuelle. La raison dernière de notre conviction est donc toujours le témoignage de notre conscience.

Ce principe seul répond à la nature intime de l’esprit humain ; et nous devons le maintenir malgré toutes les difficultés qu’en puisse présenter l'application. Tout principe réclamant la soumission aveugle à une autorité extérieure, quelle qu’elle soit, mène logiquement à la superstition et, en dernière analyse, au fétichisme.

Une autorité extérieure ne pourra être légitimement

es | L'ÉVANGILE DU SALUT

acceptée que sur le témoignage de la conscience, c’està-dire quand nous aurons préalablement, après un examen consciencieux, reconnu les droits de cette autorité à notre confiance. Et même dans ce cas, les doctrines acceptées uniquement sur la foi de l’autorité extérieure n'auront jamais dans notre esprit que le caractère de l'opinion, de la croyance, et non celle de Ja conviction intime, de la certitude morale. Le témoignage de la conscience seul produit la conviction au sens absolu du mot.

L'application de ce principe présente de grandes et nombreuses difficultés ; cela est incontestable : mais cela ne prouve rien contre sa vérité; pas plus que l'application facile d’un principe n'est une preuve en faveur de son excellence. L'univers est une chose infiniment complexe ; et la science moderne rejette, à juste titre, aussi bien dans le domaine de l'esprit que dans celui de la matière, la thèse, proclamée autrefois comme un axiome, d’après laquelle la simplicité serait . un des critères de la vérité. Que la vérité soit simple en elle-même, nous n’en doutons pas; mais ce qui nous parait tout aussi évident, c’est qu’elle se manifeste à l’homme sous une telle richesse de formes et de rela-. tions que l'esprit humain est incapable de l’embrasser dans son unité, et qu’il ne peut tendre à cette unité qu'en tenant rigoureusement compte de la variété et de la multiplicité de ses manifestations. Voilà pourquoi nous nous méfions, dans les questions de controverse religieuse surtout, de toutes les solutions simples, de tous les principes se recommandant par la simpli-

cité de leur application. Et, d'autre part, nous sommes loin de nous effrayer des difficultés que présente lapplication d’un principe, pourvu que ce principe sache se légitimer devant notre esprit. Or, c’est là le cas pour le principe que nous venons de poser comme critère de la vérité.

Voici maintenant les difficultés. Où trouver la manifestation de la conscience collective de l'humanité? Comment découvrir la vérité dans l’ensemble des docirines, souvent divergentes, parfois contradictoires, qui se réclament de la conscience ? Comment distinguer en nous-mêmes l’action du Saint-Esprit de notre pensée naturelle, surtout eu égard à l'immense influence de notre éducation première sur la direction et le développement de notre pensée? Comment, en un mot, faire le triage de ce qui est divin et de ce qui ne l'est pas, dans notre propre esprit et dans le témoignage des autres? La difficulté est énorme, mais il est impossible de la tourner sans s’abuser soi-même. Il s’agit de la regarder en face et de l’attaquer de front.

Nous avons dit que les rapports entre l'esprit de Dieu et notre esprit sont des rapports libres et personnels. Or, une des lois fondamentales des rapports personnels, c'est que plus l’intimité entre deux personnes est grande, plus aussi l’une s'ouvre à l'autre et lui révèle le fond de ses pensées. Une des conditions essentielles de la perception de la révélation divine sera

donc un rapport d'affection intime entre notre âme (1) et Dieu. « Celui qui aime Dieu, dit saint Paul, apprendra à le connaître. » (1 Cor. 2, 9 ; 8, 3.) Et nous con-

naîtrons Dieu d’autant mieux que notre amour pour:

lui sera plus vrai, plus pur, plus intense. « Tantum Deus cognoscitur, quantum diligitur », enseignait fort bien l'École de Saint-Victor ; et nous concluons avec elle : « Tantum de veritale quisque potest videre, quantum ipse est. » Il y a là aussi cette réciprocité qui, au point de vue de la logique formelle, constitue un cercle vicieux, et qui n’en est pas moins parfaitement réelle et conforme à la nature même de l'esprit. C'est sur la base de l'amour de Dieu que notre jugement spirituel deviendra de plus en plus sûr ; et en dehors de l'amour de Dieu, ilest impossible d’arriver à la connaissance de la vérité. Voilà un axiome du monde de l'esprit.

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