Cf. Rauschen, Nem Untersuchungen, etc., pp
2. Des trois manuscrits utilisés jusqu'ici pour l'établissement du texte, le manuscrit P (Paris. Bibl. Nat. latin 1270) est le seul à présenter la leçon sur laquelle
Ton s'appuie : « multe quoque contrarietates inerant»- » Le manuscrit de
Vienne, d'accord en cela avec celui de Montpellier, offre la variante : « multe et varie contrarietates immimbant. » En outre, WVita Karoli Magni ,com posée d'après la Descriptio en suivant un manuscrit assez voisin de P, donne pour ce môme passage : « multe et varie contrarietates . . ,i»érant » (cf. ^û\xsc\vçny Die Légende Karls des Grossen, p. 45, 12-13). On ne saurait par suite accorder une très grande valeur au texte de P, et l'on doit se demander, si ce mot quoque, auquel on prête tant de sens, ne serait pas une variante du scribe, qui écrivait vers la fin du xn<: siècle (cf. Rauschen, ibid., p. 100). Il n'y aurait par suite rien à en tirer touchant la composition de l'original. Tout au plus pourrait-on chercher à quels événements l'allusion pourrait s'appliquer. Une autre hypothèse, peut-être plus vraisemblable encore, consisterait à considérer quoque comme une faute pour un pnmitif quequ^ = quaeque, le mot pouvant être pris comme synonyme de variae. Un manuscrit aurait donné « tnulte queque contrarietates -» ce qui équivalait à « multe et varie contrarietates ». De toute façon, on ne peut faire fond sur une allusion, qui sans doute n'existe pas.
3. Nous savons notamment qu'en 1107, quelques années à peine avant la date que nous assignons à la Descriptio, le pape Pascal II vint en France pour solliciter contre l'empereur Henri V l'appui de Philippe I, de son fils Louis, alors roi désigné, et de toute l'Église gallicane (cf. Luchaire, Ijouis VI le Gros, p. 25). Même, à cette occasion, il avait visité l'abbaye de Saint-Denis. « Il fut reçu magnifiquement dans l'église, y fit ses dévotions; en souvenir ,de quoi il octroya à l'abbaye plusieurs beaux privilèges » (Cf. Doublet, op, cit., p. 1277, et Félibien, op, cit., p. 135). Sa venue, en tout cas, et les raisons qui la provoquèrent auraient donc pu frapper l'esprit d'un moine de Saint-Denis. Ainsi, si l'on doit maintenir le texte cité par M. Rauschen et y voir une allusion à des faits contemporains, nous aurions là la preuve que la Descriptio sl été écrite non pas vers 1075, mais sensiblement à la date que nous avons nous -même fixée.
Un autre argument, sur lequel on s'est appuyé pour prétendre, que notre texte était plus ancien que nous ne le croyons, est le fait qu'il a été écrit à une époque, où l'Église célébrait les IV Temps d'été dans la deuxième semaine de juin. C'est la date, avons-nous vu, à laquelle, d'après la Description avait été fixé, dès Torigine, l'Endit d'Aix et puis celui de Saint-Denis ' Mais, de ce fait même Ton ne saurait rien tirer. Il est certain, qu'à l'époque où la Descriptio place l'établissement des deux Endits, c'était bien dans la deuxième semaine de juin que se célébraient les IV Temps d'été. Ce qui est plus curieux, et ce qui même a paru à certains décisif, c'est qu'une réflexion personnelle de l'auteur permet de penser, qu'au moment où il écrit, si la date primitive de la célébration de l'Endit a été modifiée, l'usage ancien s'est encore maintenu *. Or, comme l'on admet qu'à partir de 1093 la cour de Rome l'a réformé et a transféré à la semaine de la Pentecôte l'observance de ce jeûne, il semble établi par là, que la Descriptio est antérieure à cette innovation dans la discipline ecclésiastique '.
Il est certain, qu'à cette date une décision du pape Urbain II intervint, pour confirmer un décret antérieur de Grégoire Vil et sanctionner la décision, prise vers la fin du xi* par différents conciles +, de placer dans la semaine de la Pentecôte la célébration des IV Temps d'été. C'était la consécration d'un usage déjà établi dans certains pays et qui remontait très haut, puisque nous le voyons attesté par les décisions d'un concile tenu à Girone en 517. Mais, c'est une question de savoir, si l'autorité d'Urbain II réussit immé-
i. On a ensuite, pour des raisons que nous avons cru soupçonner, préféré une date fixe et choisi le 7 juin. Cf. supra^ p. 214 et note 4.
2. « .... et in II. ebdomada ejusdem mensis, qua omnis ecclesia quatuor temporum célébrât jejunia » Éd. Rauschen, p. 124, 20-21.
3. « Anno 1095 Dominicae incarnationis tota pêne ecclesia recepit a Sede Romana ecdesise decretum apostolicac auctoritatis ut semper in prima Qjiiadragesimae hebdomada jejunium veris semperque in ipsa Pentecostes hebdomada jejunium aestatis celebretur. » Cité par Rauschen, Neue Untersuchun^eny etc., p. 263.
4. Notamment les conciles de Quedlinbourg (1095), Constance (1094), Plaisance et Clerraont (1095). Cf. Rauschen, IJeue Untersucbungen, etc., p. 263.
diatement à imposer sa décision à toute l'Église et si, même après 1095, certains diocèses ne sont pas restés fidèles à l'ancienne pratique. Le texte, que nous avons cité, semble du reste faire des réserves. Ce n'est pas toute l'Église, mais presque toute l'Église, « pêne tota Ecclesia », qui, d'après lui, reçut et accepta le décret du Saint-Siège. Les décisions pontificales ne s'imposaient pas, en effet, au moyen âge aussi absolument, ni aussi vite que de nos jours. Il se pourrait donc, que celle-ci n'eût pas aussitôt obtenu une adhésion unanime '. Il est probable, qu'elle n'a été adoptée que peu à peu par chaque diocèse et à peu près quand il a voulu. Mais la preuve nous en est fournie par une étude de Muratori sur le jeûne des IV Temps *, où, après avoir rappelé dans quelles circonstances Grégoire VII et Urbain II promulguèrent ce nouveau règlement, il cite au moins deux faits qui attestent, que, même après 1095 ^^ longtemps après, l'usage nouveau n'avait pas réussi à s'établir partout. L'un d'eux 'est une lettre de Geoffroy de Vendôme à Hildebert de Lavardin, devenu évêque du Mans, ce qui la place vraisemblablement plusieurs années après la promulgation du décret d'Urbain II K Dans cette lettre Geoffroy demande à son correspondant, en quelle semaine de juin il compte célébrer les IV Temps d'été ^. Il est donc certain, que, plusieurs années après 1093, quelques-uns au moins des diocèses de
1. Migne rappelant la décision du concile de Clerniont, relative au même objet et que Urbain II ne fit que sanctionner, déclare qu'elle n'obtint pas d'effet immédiat. Cf. Patrologie latine^ CLVII, note 236.
2. Nous devons l'indication de cet ouvrage et des renseignements qu'il contient à l'obligeance de Mgr. Duchesne, directeur de l'École française de Rome. Malgré tous nos efforts, nous n'avons pu nous le procurer, ni l'utiliser directement. Il est intitulé De IV Temporum jejuniis et se trouve au tome XX des Opère minori de Muratori, Naples, 1763.
3. La lettre n'est pas datée, mais du fait qu'elle est adressée à Hildebert, évéque du Mans, il s'ensuit qu'elle est postérieure à 1097. Hildebert de Lavardin occupa en effet le siège épiscopal du Mans de 1097 à 11 24. De plus, il est certain qu'elle n'est pas des premières lettres adressées par Geoffroy à Hildebert, ni des toutes premières années de son épiscopat. On peut vraisemblablement la considérer comme étant des premières années du xii^ siècle.
4. « Sed veniatis Lavarzinum, quod optamus, facturus sicut ante proposuistis, et in qua hebdomada Junii jejunla sitis celebraturus, nobis notificare curctis. » Migne, Patrologie latine, CLVII, col. 127.
Goulet. — Voyage de Charleniagne en Onent. 15
22é CHAPITRE IV
France hésitaient dans Tapplication des prescriptions pontificales. Le second des faits cités par Muratori, plus significatif encore par sa date, est un acte du concile tenu à Oxford en 1222, sous le pontificat d'Honorius III. Pour régulariser des pratiques trop diverses au sein de l'église ^l'Angleterre, le concile fixa précisément à la deuxième semaine de juin la célébration des IV Temps d'été \ Ainsi, plus d'un siècle après leur promulgation, les décrets de Grégoire VIII et d'Urbain II ne faisaient pas encore loi en Angleterre.
Dans ces conditions, du fait que l'auteur de la Descriptio voit, encore de son temps, les IV Temps d'été célébrés dans la deuxième semaine de juin, il est impossible de conclure qu'il écrit avant 1095 *. On peut, en effet, admettre qu'à Paris, comme dans le diocèse voisin du Mans, on n'avait pas tout de suite accepté ou appliqué le décret du Saint-Siège. Une première preuve en est le fait, que l'abbé Lebeuf, historien fort instruit de tout ce qui touche le passé de l'église de Paris, et qui n'ignorait pas le décret de 1095, "'^^ persiste pas moins à penser, que la Descriptio a pu être écrite aux environs de iioo ^ Mais de plus, à propos de la fête instituée en 1109 par Tévèque de Paris et du jour choisi pour sa célébration annuelle, il affirme qu'à Paris, à cette date, on ne tenait pas compte des prescriptions d'Urbain II +. Peut-être, dans cet attachement à Tancîenne discipline,
1. « In Martio prima hebdomada jejunandum est feria quarta etsexta et sabbato. In Junia secunda quod dupliciter observatur a pluribus : in prima hebdomada post litanias aut in hebdomada Pentecostes. » Mansi, Conciîiorum amplissima coîUctio XXII, col. II 54.
2. Il faut noter que M. Rauschen lui-même ne considérait pas ce terme comme absolument rigoureux. Il paraît au moins admettre, qu'après 1095 un certain temps a dû s'écouler, avant que le décret d'Urbain II eût reçu sa pleine application, puisqu'après avoir dit (Neue Unlersuchungerty p. 263) que la Descriptio avait été écrite avant 1095, il se contente à la page suivante {ibidem^ p. 264) d'affirmer, qu'elle ne peut pas être postérieure à 1 100. Il est vrai, qu'ailleurs (ibidemy p. 264) il la place avant 1100, probablement avant la première Croisade, pour déclarer en un autre endroit (ibidem, p. 265) qu'elle est de la même époque que la Chanson de Roland.
3. Cf. Histoire de la banlieue ecclésiastique de Paris, p. 248.
4. « Le jour qui fut choisi fut le deuxième mercredi de juin, parce qu'on était encore à Paris dans l'ancien usage de célébrer le jeûne des IV Temps de l'été dans la deuxième semaine de ce mois et non la semaine de Pentecôte comme on a fait depuis «.Lebeuf, op» cit., p. 253.
y avait-il un peu du désir de manifester cette indépendance, dont on trouve la trace, dès le moyen âge, dans les rapports de l'église de France avec la cour de Rome. C'est peut-être ainsi, qu'il faut comprendre l'insistance de l'auteur de la Description à nous présenter l'ancien usage des IV Temps observé, non pas par le seul diocèse de Paris, mais par « toute » l'Église '. Il n'est pas illégitime de voir là un essai d'gpposition à la réforme tentée par la cour de Rome, si surtout l'on remarque la variante, que, pour ce même passage, nous donne le manuscrit de Montpellier. Non seulement, d'après lui, c'est à l'ancienne date, que « toute » TÉglise célèbre les FV Temps d'été, mais même, c'est à cette date qu'elle « doit » les célébrer *. Il n'est pas sûr, en effet, que ce ne soit pas là la leçon originale ^ En tout cas, des hésitations que nous avons constatées dans l'observance du nouvel usage, il est permis de conclure que, malgré son témoignage formel, la Descriplio n'est pas nécessairement antérieure à 1095.
Tels sont cependant les seuls arguments, que l'on tirait du texte lui-même pour affirmer son ancienneté. En réalité, rien dans la Descriplio ne nous force à la considérer comme écrite avant la Croisade. Rien, par suite, dans ce texte ne s'oppose aux conclusions très différentes auxquelles nous sommes arrivés.
Reste un argument, extérieur en quelque sorte à la Description par lequel on prétendait démontrer, qu'elle est, en tout cas, antérieure à iiio. On continuait à penser, qu'elle avait été écrite avant 109s, ^^^^ ^^ croyait avoir la preuve, qu'elle avait été assez vite
1. «. . .quaomnis Ecclesia quatuor temporum célébrât jejunia. » ÉJ. Rauschen, p. 124.
2. « In idibus junii et in secunda ebdomada syban, id est ejusdem junii, dum omnis Ecclesia celebrare débet jejunia quatuor Temporum. » Iter Hierosolymitanum. Éd. Castets, p. 57.
3. Le dernier des trots manuscrits jusqu'ici utilisés, celui de Vienne, ne contient pas ce passage et ne peut par conséquent nous renseigner sur la valeur des variantes présentées par les deux autres.
répandue, pour que, dès iiio, certains écrivains ecclésiastiques pussent s'y référer comme à une histoire authentique.
On avait, en effet, cru trouver dans un passage de la Vie de saint Sacerdos remaniée dans les premières années du xu* siècle par Hugues de Fleury ', et dans une allusion du Pseudo-Turpifiy qu'on datait de II 10, la preuve, que dès cette époque la Descriptio était très connue ^. Mais, en ce qui concerne ce dernier, la date assignée à sa composition est certainement trop récente. La partie de l'ouvrage, où se trouve l'allusion, et l'ouvrage tout entier sous sa forme actuelle ne semblent pas pouvoir remonter au delà de 1120 '.A cette date, nous admettrions nous-même, sans aucune difficulté, que l'auteur du Pseudo-Turpin ait pu connaître Iz Descriptio, Mais, en réalité, pas plus que le passage de la Vie de saint Sacerdos ^, celui du Pseudo- Turpin 5 ne suppose le récit du moine de Saint-Denis *.
Dans l'un comme dans l'autre texte, on fait allusion à une tradition, d'après laquelle Charlemagne aurait rapporté d'Orient un fragment du bois de la Croix; le premier affirme, qu'une partie aurait été donnée à l'église de Sarlat, au lieu que le second ne dit rien de son attribution. Mais, dans ces deux allusions, nous ne retrouvons aucun des traits essentiels de la Descriptio. Il n'y est pas question
I . Celte vie de l'évêque de Limoges se trouve publiée dans Migne, Patrologie latine, CLXIII, col. 992.
. 2. Cf. Rauschen, Die Légende Karts des Grossen im XI und Xll Juhrhunderl, p. 143.
3. Cf. G. Paris, Littérature française au moyen âge, 2« éd., p. 56.
4. « ...Inter quas idem princeps dominus amabilis Karolus Magnus honestavit imo sanctificavit hanc de qua loquimur ecclesiam de Sarlato non modica portione ligni Crucis dominicae quod ut in quibusdem actibus ejus legitur, ipse imperator cum multis aliis reliquiis detulerat ab Hierosolyma. » Migne, Patroîcgie latine, CLXIII, col. 992.
5. « qualiter Romae imperator fuit et dominicum Sepulcrum adiit, et
qualiter lignum dominicum secum attulit, unde multas ecclesias dotavit scribere nequeo. » Turpini Hi^toria Karoli Magni, chap. xx, éd. Cas têts, p. 40.
6. En ce qui concerne le premier de ces textes, il faut noter en effet, que si M. Rauschen considérait que le récit auquel il se réfère ne pouvait être que la Descriptio {Die Légende Karls des Grossen, loc. cit.), Migne pensait qu'il pouvait, avoir en vue le Pseudo-Turpin lui-même. Cf. Patrologie latine, CLXIII, col. 992 note 33.
de rattribution primitive de la relique à Aix-la-Chapelle et de son transfert à une date postérieure. On ne voit pas non plus, que l'expédition de Charlemagne soit conçue comme formée d'un double voyage à Jérusalem et à Constantinople. Elles n'ont de commun avec le récit de Saint-Denis que la circonstance, d'après laquelle la relique aurait été rapportée non de Constantinople mais de Jérusalem. C'est là une modification de la légende du Voyage en Orient, qui s'est produite sous l'influence des événements de la première Croisade '.
D'autre part, si ces deux textes semblent se référer à une tradition assez voisine du récit de la Saga par le fait, que, comme lui, ils conçoivent l'expédition, non comme une Croisade, mais comme un voyage essentiellement pacifique ^, si, eux aussi, suppriment l'intermédiaire d*Aix ', ils ignorent le Voyage à Constantinople et diffèrent absolument de ce récit en ce qui concerne le lieu d'origine de la relique.
En réalité, l'allusion de la Fie de saint Sacerdos et celle du Pseido- Turpin ne se ramènent ni au récit de la Saga^ ni à la Descriptio. Dans ces conditions, on ne peut, comme on l'a fait, chercher, d'après ces seules allusions, à établir que la Descriptio est ou n'est pas antérieure à ces deux textes •*. Elles attestent simplement l'existence