‹ Publications spécialesChapitre 138 sur 274 · Cf. suprdypp, 190 sq · texte numérisé non relu

Cf. suprdypp, 190 sq

2. Le Pseudo-Turpin parle expressément d'une visite au saint Sépulcre et, si la Vie de saint Sacerdos ne dit rien des motifs qui conduisirent Charles à Jérusalem, rien non plus ne permet de supposer que ce fut le désir de délivrer la Palestine des Infidèles.

3. De même que dans le récit de la S(^a Charles donnait directement à Orléans le bois de la Croix, dans la Vie de saint Sacerdos il en attribue, dés son retour d'Orient, un fragment à Téglise de Sarlat, et, d'après le Psetido-Turpitiy il en distribua les différents morceaux à un certain nombre d'églises.

4. Nous verrons qu'en fait le Pseudo-Turpin est postérieur à la Descriptio, mais la façon dont l'un et l'autre conçoivent le Voyage en Orient est étrangère au rapport d'âge qu'on peut. établir entre eux. Quant à l'opinion contraire, qui consiste à considérer que c'est le Pseudo-Turpin qui a précédé la Descriptio, M. Castets qui l'a soutenue ne l'a appuyée d'aucune raison valable. Cf. lier Hierosolymitanum {Reinie des langues romanes, 1892, pp. 428-^29). Ce n'est assurément pas, parce que l'un ne mentionne pas les reliques de Saint-Denis qu'il est forcément antérieur à l'autre. Rien n'obligeait l'auteur du Turpin à servir les intérêts de l'abbaye en contribuant à propager l'histoire de ses reliques.

de formes assez particulières de la légende du Voyage en Orient, distinctes de celles qu'elle a prises dans le récit de la Saga et dans la Descriptio. Il n'y a rien d'extraordinaire à ce que Hugues de Fleury et l'auteur du Pseudo-Turpin aient connu cette tradition cléricale, sans doute très souvent invoquée à cette époque, et dans le même dessein qui avait inspiré aux clercs de Compiègne et à ceux de Saint-Denis l'idée de l'utiliser. Peut-être même est-ce la légende créée par Benoît de Saint-André dès le x* siècle, qui a donné à un clerc postérieur l'idée de raconter cet autre pèlerinage de Charlemagne à Saint-Jacques de Compostelle, qui fait le sujet du Pseudo-Turpin. En tout cas, ce qui n'est pas douteux, c'est qu'en dehors du récit de la Saga et de la Descriptio la légende du Voyage, à peu près à la même époque, a fourni la matière d'autres récits, qui, en raison des intérêts différents qu'ils étaient destinés à soutenir, devaient se différencier d'eux et modifier, comme ils l'ont fait eux-mêmes, la donnée primitive '. L'allusion du Pseudo'Turpin et celle de la Vie de saint Sacerdos, se réfèrent évidemment à un ou à deux de ces récits, qui n'ont de commun avec la Descriptio que le fond premier de la légende du Voyage en Orient. Elles n'intéressent ni l'histoire de la légende de la Croisade, ni celle de la Descriptio. Surtout elles ne peuvent, en ce qui concerne l'âge de celle-ci, nous fournir aucun témoignage. '

Il en est, sans doute, autrement d'un autre texte, donné par M. Rauschen comme étant de la même époque, et où il croit voir la preuve, que la Descriptio était non seulement composée mais déjà très répandue dès iiio *. Ce texte, sous une forme très brève, rapporte que Charles le Chauve, voulant honorer certaines églises de France, enleva d'Aix-la-Chapelle les reliques que Charlemagne y avait déposées à son retour d'Orient, et qu'il donna le clou et la couronne à Saint-Denis en même temps que la Sindon à Compiègne '. C'est

1. Nous retrouverons plus loin les traces de ce développement de la légende.

2. Cf. Rauschen, Die Légende Karh des Grossen im XI und XÙ Jahrhundert^ p. 99, et Neue Untersuchingen^ etc., p. 264.

3. (f Cumque universo pêne orbi Karolus iniperaret, placuit pre ceteris nationibus Gallias honorare, reliquiasque quas patruus suus Karolus Magnus Constantino-

la donnée même de la Descriptio que l'auteur s'est borné à résumer \ •Reste à savoir quel est cet auteur et la date à laquelle il a écrit. L'importance de ce texte tient uniquement au fait, que M. Rauschen reconnaît en lui un fragment de Hugues de Fleury, emprunté à la deuxième édition de son Historia Ecclesiastica, laquelle était, comme on sait^ achevée dès iiio *. S'il en était ainsi, il nous serait en effet impossible de maintenir la date approximative, que nous avons fixée pour la composition de la Descriptio '. Mais, en réalité, il n'y a aucune raison de modifier nos conclusions C'est par une erreur difficile à expliquer, que M. Rauschen a pu considérer comme appartenant à la deuxième édition de l'ouvrage d'Hugues de Fleury un fragment qui n'en a jamais fait partie» La référence même, qu'il donne pour ce passage ^, ne renvoie pas airx extraits publiés par Pertz de V Historia Ecclesiastica. Il est, en effet, publié comme appartenant à une chronique, qui a bien pour fond premier un remaniement de cet ouvrage, mais qui a modifié sa source, et qui est certainement postérieure à la deuxième édition de YHistoria Ecclesiastica, Cette Historia Francorum Fossatensis, d'où est extrait le passage en question est une copie, faite à Saint-Maur-des-Fossés, du remaniement de l'i/w/or/a jBrW^wj/jca exécuté à Saint-Magloire K Le passage lui-même est une addition, qui est personnelle au moine de Saint-

poli advectus Aquisgrani posucrat, clavum scilicet et coronam apud sanctum Dyonisium, Compendiura vero, quod instar Constantinopoleos suis diebus decreverat fabricari et de nomine suo Karnopolim sicut Constantinus Constantinopolim appellarat Sindonem delegavit. » Monum, Germ. hist. Script. ^ IX, 372-373.

1. La seule différence c'est que Tauteur a cru comprendre que les reliques venaient non de Jérusalem mais de Constantinople. C'est une vnéprise dont nous avons signalé ailleurs d'autres exemples. Cf. supra^ p. 191.

2. Cf. Molinier, Sources de T Histoire de France^ II, p. 308.

3. On ne saurait admettre en effet que la Descriptio est de Tannée môme, qui vit rachévement de cette seconde édition (11 10). Il serait peu vraisemblable, qu'à peine écrite elle eût été connue et utilisée par Hugues de Fleury. De plus, nous avons cru reconnaître à certains indices qu'elle devait être postérieure de plusieurs années à 1109. Cf. supra, p. 221, note 2. On pourrait, sans doute la considérer comme écrite après la Croisade, mais, de toute façon, elle devrait avoir été composée avant 1109, et même dès les premières années du xii« siècle.

4. Il renvoie en effet à Pertz, Monum. Germ. hist. Script. ^ IX, 372.

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