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I. Cf. Aymeri de Narbonm, Édition Demaison, v. 4548 sq

Il se vanta d'une grande foleté Mes toz ses diz toma a fausseté Car il dist ce, voiant tôt son bamé.

Que famé rouse n'avroit en son aé Puis en ot une, ainz lonc terme passé Qu'il n'ot plus laide en une grant cité :

D'un pié clochoit, s'ot. I. oil avuglé, - Si estoit rouse et il rous par verte.

Il s'était également vanté de ne jamais fuir d'un combat et cependant les Sarrasins lui donnèrent la chasse. Enfin, il avait juré que de sa vie il ne mangerait de « torte » et il ne put pas davantage tenir serment.

Puis fu tele eure, ainz lonc terme passé Qu'il en menjast volentiers et de gré S'ele fust d'orge ou de plus aspre blé, . Et croûte et mie en menjast par verte

Qu'il n'en donast a dru ne a privé Quant asegié l'orent en sa cité Lî XII. fil Borrel le desfaé. ibid,^ v. 456^ sq.

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â la fin des repa.s des ' vœux • *. qu'on esr bien décidé à ne pas tenir f ne 5e conrprendraît pas, si on ne le' rattachait à sa vériuble r/rîgine. Vœux du héron, vœux du paon ou vœuï du &isan, ils ne sfjnt que des formes nouvelles, à peine dinércnciées, de nos anciens gabs*

Il n'est donc pas douteux, que b satire des gabs, qu'a voulu £iire Fauteur du Voyage en Oriml, retombe sur la société chevaleresque et sur Tépopée, qui en exprimait l'esprit et les mœurs. Notre poème n*est cependant ni une satire sociale ni une satire littéraire. Sa critique et son blâme ont pour principe une idée morale, empruntée aux enseignements de la religion chrétienne. Cest au nom de la morale chrétienne, et, en partie au moins, en se servant des formes mêmes de la religion, qu'il condamne une des tendances de la vie et de Tépopée chevaleresques. A vrai dire, la satire tient moins de place, dans les préoccupations de 1 auteur, que l'idée du profit qui peut, de son poème, résulter pour ses auditeurs, et la meilleure façon de comprendre ce Voyage en Orient est de le considérer comme un poème moral.

Sans doute, il peut paraître étrange, que la cause de la religion et de la morale soit défendue comme elle l'est, et par les moyens, que notre poète met en jeu. Cela est si vrai, que, sans même attribuer au poème le sens et l'objet que nous lui reconnaissons, certains avaient été choqués de voir les formes de la religion et Dieu luimôme, dégradés, en quelque sorte, et avilis par le fait, qu'ils sont mêlés aux aventures que l'on sait. Sans aller jusqu'à l'indignation un peu puérile de Léon Gautier, Gaston Paris déclarait, que « le dénouement miraculeux de l'aventure, l'intervention de la puissance divine dans l'exécution de certains gahs ont paru au point de vqc chrétien justement révoltants » *. S'il en excusait en partie le

1. Cf. Nyrop. Sioria deîV epopeaJrancesafXrad, Gorra, p. 1 19-120.

2. n Rien n'égale, scion nous, la désolante ineptie de tout cet épisode de notre poème : tous les personnages y sont à l'excès odieux et ridicules." Qu'est-ce que cette fille lubrique qui ne se révolte pas sous les coupables baisers d'un aventurier inconnu? Qii'est-ce que ce père qui prostitue sa fille pour avoir le plaisir de couper la tcte à ses h^tcs? Qu'est-ce que ce Charlemagne qui assiste à ce spectacle infâme

poète, c'est à la pensée « que ni lui ni ses contemporains n'ont pris les choses tellement au sérieux ». Il lui suffisait que l'idée dernière fût bonne et réconfortante pour l'amour-propre national. « Dieu aime tant Charlemagne et les Français, qu'il les tire même des embarras les plus mérités et les moins édifiants '. » Mais, à coup sûr, ni lui ni Léon Gautier n'eussent admis la signification morale de notre poème, ni considéré comme légitime l'emploi des moyens mis en oeuvre par le poète pour édifier ses auditeurs.

Et pourtant ce n'est pas le caractère plus ou moins familier, plus ou moins grossier ou scabreux de telle ou telle scène, qui doit nous faire méconnaître l'esprit de tout le poème. Si, à nos yeux, la gravité de la religion chrétienne semble incompatible avec certaines parties du Voyage eh Orient, peut-être l'auditoire populaire, auquel s'adressait l'auteur, en était-il moins choqué. La religion du peuple n'est pas, en effet, celle des théologiens, ni celle non plus des esprits éclairés ou des consciences délicates. L'idée qu'il s'en fait n'est, sans doute, ni très élevée ni très pure. Elle est, en quelque sorte, à sa propre mesure. Sa dévotion associe Dieu à tous les actes, même les plus familiers et les moins moraux, de sa vie. Il est celui qui récompense ou qui punit, mais qui ne refuse ni son pardon ni sa grâce, à qui les lui demande d'un cœur sincère. Dans n'importe quelle circonstance, la plus petite et la plus vulgaire, on doit se tourner vers lui et on ne le fait jamais en vain. Telle est l'idée, qu'aujourd'hui encore le peuple est porté à se faire de la Providence divine. Il ne croit, pas l'avilir, en la mêlant aux moindres circonstances de sa vie et aux plus douteuses. La sincérité du sentiment, l'ardeur de la foi excusent et justifient tout.

A plus forte raison, devait-il en être de même à une époque de foi aussi simple et aussi naïve que le moyen âge. Loin d'être choqué de voir Dieu lui-même s'associer aux gabs des Français, l'auditoire très populaire Pouvait légitime, que ceux-ci, dans l'embarras, eussent

avec un air penaud et en tremblant uniquement pour sa peau ? Qu'est-ce enfin que ce Dieu descendant du ciel pour consacrer une telle obscénité et sanctionner de tels crimes? » Léon Gautier. Épopées françaises y 2^ éd., III, 314. I. Cf. Gaston Paris, Poésie du moyen dge, p. 129.

recours à la toute-puissance divine, et très naturel aussi que Dieu ne leur refusât pas son aide. Au surplus, il importe de ne rien exagérer et le gab d'Olivier lui-même, le plus discutable de tous, est traité^ nous lavons vu, avec un réel souci d'éviter l'obscénité grossière '. Enfin, si l'on veut se convaincre, de ce que pouvait au moyen âge se permettre un auteur pieux, animé du désir d'édifier ses contemporains, il suffit de parcourir le recueil des Miracles de Nostre-Dame. On verra, comment, pour servir de cadre à des manifestations de la bonté divine et pour présenter au public des exemples d'édification, l'on n'hésitait pas, à cette époque, à imaginer les aventures les moins morales et à y mêler Dieu, la Vierge et les Saints *. Il n'y a pas, en réalité, d'histoire criminelle ou scandaleuse, où on ne les fasse intervenir, et l'intention pieuse excuse le choix des moyens. Le caractère des aventures attribuées à Charlemagne et â ses compagnons et la nature, de certains gabs ne peuvent donc rien prouver contre notre façon d'entendre le poème. Non seulement ce poème n'est pas une dérision de la religion, mais, même il est conçu dans l'esprit le plus strictement dévot.

Nous en avons eu une preuve dans l'importance, qu'il accorde aux épisodes, aux motifs et aux détails purement pieux '. Mais surtout, ^il veut donner une leçon morale et qui est en accord avec les enseignements de la religion chrétienne. En outre, un peu partout, nous retrouvons la trace de ces enseignements. Il prêche à ses auditeurs non seulement l'humilité, la maîtrise de soi-même, mais encore le mépris des richesses et tel est bien le

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