Cf. Morf, Rotnaniay XIII, p
2. Cf. Pertz, Monum. Gertn. hist. Scripiores, II, p. 743 : u Et maxime quia pridem magnanimus Karolus, cum legati régis Bizantini venirent ad se, et de domino suo illi suggérèrent, quia fidelis ipsi amicus esse voluisset, et si viciniores essent, eum filii loco nutrire et paupertatem illiusrelevaredecrevisset,ferventissitno igné se intra pectus retinere non queunte, in haec verba prorupit : ! tttinatn non esset ille gurgitulus inter nos : for si tan divitias orientales aiit partiremur^ aui pariter participando communiter haheremus. »
LES TRADITIONS ISOLÉES Si
tendance à rehausser le prestige de Charlemagne et à Télever audessus de tous les rois et princes de son temps. Il s'agit, cette fois, d'une ambassade non de l'empereur grec, mais du roi des Perses, le maître de l'Orient, et qui, dans l'imagination populaire, par sa puissance, par ses richesses infinies, passait vraiment pour le roi des rois. Or, quand ses envoyés arrivèrent en présence de Charlemagne, ils furent, à ce que raconte le moine de Saint-Gall, véritablement éblouis par le faste de sa cour \Leur admiration pour les riches vêtements de ses chevaliers, ^ue surpasse encore la magnificence de ceux de l'empereur, la naïveté avec laquelle elle s'exprime rappellent un peu la surprise que, dans le conte charmant de Jean de Paris, le brillant cortège du héros provoque à la cour du roi d'Espagne. Ainsi, dès la fin du ix^ siècle, Charlemagne est considéré comme ayant été de son temps le monarque le plus riche et le plus puissant.
Mais le développement de la légende carolingienne, en exaltant la personnalité de Charles, eut aussi pour effet de surexciter en France l'amour-propre national. A distance des événements, la domination du grand empereur parut vraiment avoir été universelle. Il devint le roi des rois et conquit tout le monde connu. La tradition ne pouvait tolérer qu'il eût eu ailleurs un égal. Elle devait lui
1. Cf. Monum. Germ, hist. ScriptoxtSy II, 751 sq. : « Per idem tempus etiam
legad Persarum direai sunt Post anni revolutum circulum apud Aquasgrani
famosissimum virtutibus Karolum defessi et nimîo defecti reppererunt circuitu. Kuntiatique imperatori, diiati sunt ab ejus conspectu usque in vigiliam Paschae. Cumque in festivitate proecipua incomparabilis ille incomparabiliter adomatus fuisset, jussit introduci persoaas ejus gentis, quae cuncto quondam erat orbi terribilis. Quibus tamen excellentissimus Karolus ita terrîficus videbatur prae omnibus, quasi numquam regem vel imperatorem prius vidissent. Quos ille blande susceptos hoc munere ditavit, ut quasi unus de filiis ejus ubicunque vellent ambulandi, et singula quaeque perspiciendi, et quaecunque rogandi vel interrogandi Ucentiam haberent. Quo tripudio gestientes, ipsi adherere, ipsum adspicere ipsumque admirari, cunais orientalibus praeposuere divitiis. Ascendentesque in solarium quod ambit aedem basilicae, et inde despectantes clenim vel exercitum, iterumque et iterum ad imperatorem regredientes, propterque leticiae magnitudinem risum retinere nequeuntes, complosis manibus aiebant : Prius terreos tantum homtnes vidimus, nunc autem aureum. Deinde ad singulos procerum accedentes, novitatemque vestimentorumsive armorura admirati, ad mirabiliorem sunt Augusiura regressi. »
CouLET. — Voyage de Charlemagne en Orient, 6
subordonner Tempereur grec lui-même et faire de Constantinôple une dépendance de son empire.
Notre poésie héroïque, qui, dans l'état où elle nous est parvenue, est tout entière postérieure au plein épanouissement de la légende et à cette exaltation de Charlemagne, n'a naturellement gardé aucune trace ni de la réalité historique, ni de la pi'einière forme qu'elle avait .revêtue dans l'imagination populaire. Il n'y a que le poème actuel de Girard de Roussillon, qui semble conserver le souvenir d'une sorte de subordination de l'empire d'Occident par rapport à Byzance. D nous montre non pas Charlemagne, mais son aïeul Charles Martel, se faisant couronner à Rome, qui lui a été donnée par l'empereur grec, et, en effet, aux premiers temps du moyen âge, Rome reconnaissait la suzeraineté de Constantinôple '.Toutefois, la personnalité de l'auteur, qui est certainement un clerc, nous autorise à penser que ce n'est pas là un trait populaire. On retrouverait plutôt dans nos anciens poèmes des traces de la conception, d'après laquelle il y avait égalité absolue entre les deux empires *. Mais l'on ne saurait prétendre, que dans l'épopée française le roi ou l'empereur de Constantinôple soit toujours resté indépendant de l'empereur de Rome.
Les textes sur lesquels on s'appuyait pour l'affirmer n'ont pas une autorité suffisante '. L'un même, notre Voyage en Orient ^ n'a pu être invoqué que par erreur. Si Charles y refuse les trésors du roi Hugon, il accepte le don de sa terre et son hommage +. Un autre est cette Descriptio de Saint-Denis, texte purement clérical, qui, nous le verrons 5, n'a rien emprunté aux traditions poétiques. Le troisième enfin est un récit de la Karlamagnus-Saga dont nous