Cf. Riant, Archives dt VOrient latin, I, p
Jusqu'à la fin du xi* siècle, le clergé lui-même ne semble pas avoir imaginé les rapports de Charlemagne avec Jérusalem autrement qu'ils n'avaient été. Tout au plus peut-on, dans certaines chroniques, constater une tendance à dramatiser les circonstances, qui déterminèrent Charles à s'occuper des Lieux Saints. Il y aurait été poussé, disaient certains, par les supplications du patriarche et des chtétiens d'Orient. Ceux-ci l'auraient supplié de se préoccuper de leur condition misérable et auraient considéré son intervention comme une véritable délivrance. Tel est assurément le sens d'un passage des Annales AUahenses majores qui, à propos de l'ambassade envoyée en 800 par le patriarche Zacharie, rapporte que ses ambassadeurs engagèrent en son nom Charlemagne à délivrer les populations chrétiennes *. Dans les Annales Nordhumbranenses, il est rapporté, à propos du même événement, que les ambassadeurs du patriarche firent entendre les mêmes plaintes et les mêmes désirs, mais l'auf teur ajoute, que l'empereur, touché par ces prières, leur promit son appui et s'engagea à aller combattre les païens sur terre et sur mer, si l'intérêt des chrétiens d'Orient l'exigeait '. Mais ce n'est là manifestement qu'une intention prêtée à Charlemagne par l'auteur de la chronique et, malgré Rôhricht ', il n'y a, dans ce texte comme dans l'autre, rien 'de plus qu'une représentation dramatisée de la réalité historique, qu'ils s'efforcent tous deux d'expliquer.
1. « ac otnnta Karolo patefecerunt ad liberandum populum christianum ».
Monum. Gcrm, histor. Script, y XX, 785. Cf. Riant, Archives de TOrient îatin, I, p. 15, note 22, et Rôhricht in Raumer, Hisiorisches Taschcfibuch^ 1875, p. 339.
2. d Similiter legati ab Hierosolimis a christianis populis ibi manentibus missi Romamque venientes, vexillum argenteum inter alla munera régi ferentes davesque locorum sanctorum dominicae résurrection is aliorumque ei optulerunt, obnixe flagitantes ipsorum esse susceptorem et defensorem. Rogabant eum ut christianae religion! subdita sancta ccenobia conservaret, regeret ac defenderet et contra
insurgentes gentes exurgeret bellica virtute et regali majestate Annuitbeni-
gnissimus rex beatis precibus (eorum) qui ad se confluxerant et non ^olum se parâtum esse ad devincendos initnicos in terra, v«:rum etiam in mari, si nécessitas compulisset. » Cité par Abel und Simson. Jahrbûcher des frânkischen Reiches unUr Karl dem Grossen, II, 234, note i.
. }. Rôhricht en effet semble croire à la réalité de cette intention. Cf. Raumer, Hisiorisches Taschenbtich, iS75>P'339-
Une autre tendance, sensible également dans certains textes cléricaux, est celle de représenter comme plus efFectif et comme une possession réelle le protectorat de Charles sur les Lieux-Saints. Cest ainsi que le moine de Saint-Gall ' attribue à Haroun-al- Raschid l'intention de céder à Charles la Terre Sainte en toute propriété et de la gouverner en son nom '. Il parle également d'un appel adressé à Louis le Germanique par les chrétiens d'Orient, au nom de la souveraineté exercée jadis sur eux ' par son père et par son aïeul ^. Mais il n'a pas l'idée que les droits de Charles sur la Terre Sainte soient le résultat d'une conquête, ni même qu'il soit venu luimême en Orient. La preuve en est dans la façon dont il présente l'ofFre d'Haroun aux envoyés de l'empereur. Celle-ci n'a d'autre objet que de dispenser Charles d'une expédition aussi lointaine qu'un voyage à Jérusalem. A si longue distance, il ne pourrait garder réellement la Terre Sainte, et, s'il le tentait, ce serait aux dépens de son royaume de France ; c'est pourquoi Haroun leur propose dé l'administrer en son nom K
L'anecdote du moine de Saint-Gall prouve donc qu'il ne regardait pas le protectorat de Charles sur les Lieux Saints comme résultant d'une conquête. L'idée en effet qui se répandit dans le clergé, c'est que l'empereur fut maître de Jérusalem, sans avoir eu à combattre et sans même être allé en Palestine. Il ne faut pas chercher d'autre
1. Cf. Monachi Sangallensis Gesta Karoli. II, 19 Monum. Germ. hist. Scrip tores, II, 753.