Cf. Abel undSimson, op, cit., II, 370, note
5. « Si terram promissam Abrahae et exhibitam Josuae dedero illi, propter Ionginquitatem locorum non potest eam defensare a barbaris : vel, si juxtamagnanimitatem suani defendere cœperii, timeo ne Bnitimae regno Francorum provinciae discedant ab ejus imperio. » Monachi Sangallensis Gesta Karoli II, 9. Mon. Gemi. hist. Script or es, II, 753.
LES TRADITIOÎÏS ISOLÉES 95
sens à un passage des Annales Elnonenses minores y où il est dit que Charlemagne étendit sa domination jusqu'à Jérusalem '. Rien ne permet de supposer que l'auteur de cette chronique se représentait le fait autrement que le moine de Saint-Gall ni qu'il fut pour lui autre chose que le résultat delà diplomatie de Charles *.
Il est impossible de trouver avant le xii* siècle, même dans un texte clérical, la trace d'une croyance à la conquête de Jérusalem et à la croisade de Charlemagne. Il semble au contraire, et le moine de Saint-Gall ' nous l'atteste, que pendant longtemps au moyen âge on ait considéré comme impossible une intervention de l'Occident pour la délivrance du Saint-Sépulcre. La chrétienté pouvait gémir de le voir aux mains des Infidèles ; elle resta longtemps sans concevoir la possibilité d'une conquête. L'idée d'une croisade ne s'est présentée à son esprit que relativement tard, vers la fin du xi* siècle et très peu de temps avant sa réalisation •».
En tout cas, jusqu'au xii* siècle, on peut affirmer, que ni le peuple ni le clergé n'ont cru à une expédition entrçprise par Charlemagne pour délivrer le Saint-Sépulcre. La preuve en est dans le silence observé à son sujet, durant toute la période qui a précédé et préparé la Croisade. Si vraiment elle eût été l'objet d'une croyance populaire, si même le clergé seul eût cru ou feint de croire à sa réalité, il n'eût pas manqué d'évoquer l'exemple de Charlemagne pour échauffer le zèle des fidèles et les exciter à aller en Terre Sainte. C'était l'occasion de mettre en œuvre toutes les traditions se rapportant à
1 . « Hic est Karolus imperator Blius Pipini parvi, qui acquisivit regnum usque Hierosolymas ». Monum. Germ, hist. Scriptores, V, i8.
2. De plus on ignore la date de ce texte. S'il est vrai que les Annales Elnonenses minores s'arrêtent à Tannée 1061, ils peuvent n'avoir été rédigés que beaucoup plus tard. Cf. Riant, Archives de V Orient latin, I, p. 15, note 15. Leur rédaction pourrait être postérieure à la Croisade, ce qui enlèverait toute valeur à leur témoignage. Il est du reste rejeté également par Rauschen comme trop vague et très douteux. Cf. Die Légende Karls des Grossen im XI und XII Jahrhundert, p. 143.