‹ Publications spécialesChapitre 94 sur 274 · Cf. Rauschen, Neue Untersuchungetti etc., p · texte numérisé non relu

Cf. Rauschen, Neue Untersuchungetti etc., p

ciemment, tous les efforts de la critique pour rattacher la Descriptio aux traditions populaires, auraient pour effet d'établir, que cette histoire de reliques, analogue par son objet au récit du moine italien et à celui de la Saga, est uniquement inspirée de la même fiction.

C'est, en effet, la légende du Voyage en Orient que nous retrouvons dans la Descriptio. Inventée pour authentiquer des reliques, elle ne servit jamais guère qu'à cela. C'est la fin que s'étaient proposée les moines de Compiègne, en la remettant en œuvre, et c'est ce qui devait décider l'auteur de la Descriptio à l'adopter à son tour. Il était naturel, que, pour créer une histoire aux reliques de son abbaye, il utilisât une tradition, déjà plusieurs fois invoquée dans un dessein analogue, et par là même suffisamment accréditée dans le monde des clercs. Il avait tout intérêt à mettre l'autorité dont elle jouissait au service des prétentions qu'il soutenait, et, pour cela, à répéter ce que celle-ci avait réussi à faire admettre. Il devait donc forcément s'en tenir à elle et en adopter la donnée générale, quitte à en modifier les circonstances et les détails, en vue de rendre son propre récit plus authentique encore et plus vraisemblable.

Il était, en effet, dans la destinée de cette légende de se transformer en quelque sorte, d'église en église, en raison des intérêts divers et rivaux qu'on lui demanda successivement de soutenir. La concurrence, qui, au xi* et au xii* siècles, s'établit entre un grand nombre d'églises de France pour la possession de reliques souvent douteuses, amena une sorte de surenchère dans leurs prétentions. Chacun s'ingénia à' composer à ses reliques l'histoire, qui les rendait à la fois les plus glorieuses et les plus authentiques. Même quand ils invoquaient la même tradition, les clercs d'églises rivales devaient, par l'introduction de circonstances et de détails nouveaux, chercher à la tourner chacun à son profit particulier. Et c'est évidemment ainsi, qu'il faut expliquer les divergences, que l'on constate entre deux récits aussi voisins que celui de la Saga et la Descriptio de Saint-Denis.

L'auteur de la Descriptio devait renchérir sur les moines de Compiè-

îèo CHAPITRE IV

gne, tout comme ils avaient eux-mêmes modifié le récit de Benoît de Saint-André ou la donnée primitive de la légende. La Descripiio et le récit résumé par la Saga ont en effet pour objet de défendre des intérêts distincts et opposés, d'authentiquer des reliques différentes et qui se disputaient la vénération populaire. Il ne faut donc plus s^étonner, comme on Ta fait parfois % de ce que la liste des reliques ne concorde pas dans l'un et dans l'autre récit. C'est parce que Compiègne et Saint-Denis ont chacune leurs reliques, que toutes deux ont eu l'idée de remettre en œuvre la légende du Voyage en Orient. L'une écrit l'histoire de son Suaire, l'autre celle de la couronne, du clou et du bois de la Croix qu'elle prétend posséder. Chacune ne mentionne d'autres reliques, que pour procurer aux siennes une vénération et une authenticité égales à celle qu'on accorde à ces dernières. Compiègne n'a rien trouvé de mieux, que de reconnaître à Aix la possession du periT^mutriy à Orléans celle du bois de fa Croix et à une église, dont le nom s'est perdu, celle de la lance de saint Mercure ^. De même, le clerc de Saint-Denis, qui écrivit la Description ne mentionne le Saint Suaire donné à Compiègne et les reliques restées à Aix ' que pour rendre, en quelque sorte, ces deux églises complices du mensonge historique, dont il composait l'histoire de ses propres reliques. Ce que prouve la mention de ces reUques étrangères, c'est qu'au moment où furent écrits le^récit de la Saga et la DescriptiOy leur possession par tel ou tel sanctuaire était déjà suffisamment établie.

En particulier, celle du Saint Suaire nous atteste, que l'auteur de la Descriptio connaissait la fiction, adoptée à une date relativement récente par les clercs de Compiègne pour authentiquer leur relique \.

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