‹ Publications spécialesChapitre 93 sur 274 · Cf. Roffiania, XIII, pp · texte numérisé non relu

Cf. Roffiania, XIII, pp

4. Lui-môme avait d'abord cru trouver des raisons de se ranger à l'opinion de Gaston Paris. Cf. Die Légende Karls des Grossen im XI und XI 1 JaJjrhundert, pp. 97-

Î74 CHAPITRE ïV

de deux auteurs de nationalité différente. Certaines expressions donnent une couleur française à la première partie aussi bien qu'à la seconde et la liste des prélats, présents à rétablissement de TEndit d'Aix n'est presque exclusivement composée que d'évèques et d'abbés français. C'est ce qui avait amené M. Morf à supposer, que le clerc d'Aix, auteur du récit continué plus tard par le moine de Saint- Denis, était lui-même un Français. Mais en réalité, nulle part ne se marque le prétendu dessein d'exalter les reliques d'Aix. Nulle part, l'on ne découvre pour la vieille basilique carolingienne un intérêt analogue à celui, que la dernière partie marque pour l'abbaye de Saint-Denis. Il est même aisé de voir qu'Aix y est délibérément sacrifiée à celle-ci. On n'y raconte, en effet, d'Aix et de ses reliques, que ce qui peut servir les intérêts de Saint-Denis. Si vraiment un clerc d'Aix eût voulu raconter la gloire de son église, il n'eût pas manqué de mentionner toutes ses reliques, et les plus précieuses d'entre elles, ces quatre reliques dont le moyen-âge lui reconnut la possession incontestée.

Or, dans la DescriptiOy il n'est seulement pas fait mention de son péri- ^onium ^ . Si elle parle de deux autres reliques d'Aix, de la chemise de la Vierge et des langes de TEnfant-Jésus, celles-ci ne sont citées qu'en dernier lieu, tout comme, dans le récit de la Saga, \e peri:(pnium d'Aix ne vient qu'après le Suaire de Compiègne. Et c'est sans doute pour les mêmes raisons. Elles ne sont mentionnées qu'à titre de témoins pour attester l'ancienneté d'autres reliques, qu'il importe avant tout d'illustrer. L'auteur ne dénie pas de parti pris toute valeur aux reliques des autres sanctuaires. Il veut seulement mettre les siennes sur le

98. Celle à laquelle il s'est arrêté est exposée dans son travail plus récent : Nfue Untentuhiingen ûber die DescripUo etc. {HistonscI)es Jahrhuch der Gôrres-Geselîschaftj 1894, pp. 257-278).

I . Ce silence de la Descriptio à l'égard d'une relique aussi importante a embarrassé M. Morf, qui n*a pu méconnaître ce qu'il avait de défavorable à la thèse qu'il soutenait. Cf. Romania, XIII, 220. On pourrait, il est vrai, supposer que le periionium figurait dans le texte primitif, et qu'il n'a été supprimé que par le moine de Saint- Denis. Mais M. Mprf lui-même rejette cette hypothèse toute gratuite. Pourquoi ce moine aurait-il supprimé le periionium et laissé subsister les deux autres reliques d'Aix qui figurent dans la Descriptio ?

La ùescrîptio bt Saint-dénis 17$

même pied que les plus anciennes et les plus vénérées. Il reconnaît à Compiègne la possession du Suaire, et de même à Aix celle de deux reliques également célèbres. Il y a tout avantage pour lui à soutenir, que les reliques de Saint-Denis lui ont été données dans la même circonstance : il utilise ainsi le prestige que les autres exercent sur l'esprit des fidèles. Sa partialité ne se marque que dans le rang qu'il assigne à ces reliques étrangères. Dans la liste donnée, à trois reprises, par la Description des reliques rapportées par Charlemagne ', ce sont toujours les reliques revendiquées par Saint-Denis, la couronne, le clou et le bois de la Croix, qui sont tout d'abord mentionnées. Le Suaire de Compiègne ne vient qu'après, et seulement en dernier lieu, les langes de Jésus, la chemise de la Vierge et le bras de saint Siméon que Saint-Denis ne se vantait pas encore de posséder '.

Ainsi, c'est la couronne d'épines, le clou et le bois de la Croix que le moine d'Aix aurait pris soin d'illustrer surtout, aux dépens des reliques qui attirèrent toujours à son église la vénération populaire. Ce sont les seules, dont l'invention soit racontée en détail, et dont on rapporte les miracles. Ainsi la prétendue histoire d'Aix n'aurait en vue que la plus grande gloire de Saint-Denis. On avait déjà remarqué que toujours, même dans la première partie, la Descriptio ne parlait de Saint-Denis qu'avec honneur. Mais, même quand celle-ci n'est pas mentionnée, c'est à sa glorification que tend tout le récit. Il est certain que la Descriptio, telle qu'elle est, a été écrite par un même auteur, et cet auteur ne peut-être qu'un moine de Saint-Denis.

Si, en apparence, il a donné tant d'importance à Aix, et, si le séjour dans la chapelle de Charlemagne des reliques de Saint-Denis est une partie essentielle de son récit, c'est qu'en réalité il n'y avait pas pour lui de plus sûr moyen de donner à son histoire l'air d'authenticité et de vraisemblance, qui lui était si nécessaire. Tout d'abord, il

1. Cf. Éd. Rauschen, p. 117, 36 sq., p. 118, 32 sq., p. 120, 19 sq.

2. Il y avait, en effet, au xii« siècle, à Saint-Denis un bras de saint Siméon. Mais, en 1072, nous savons que cette relique se trouvait encore à Aix. Cf. Rauschen, Neue Untersuchungen, etc., p. 277. La façon, dont la cite l'auteur de la Descriptio zytc les autres reliques d*Aix, semble prouver, qu*au moment où il écrit elle y était encore.

îj6 Chapitre iv

se peut, qu'en effet Charles le Chauve ait réellement donné à Saint- Denis quelques reliques provenant d'Aix-la-Chapelle \ L'auteur aurait simplement appliqué aux reliques de la Passion possédées par l'abbaye ce qui n'était vrai que de l'une d'elle$, ou d'autres reliques moins importantes. Mais, en dehors de cette raison particulière, une réalité historique obligeait l'auteur de la Descriptio à raconter, comme il l'a fait, l'origine des reliques de Saint-Denis. La chapelle d'Aix était, en effet, le seul sanctuaire, dont on sût véritablement qu'il avait reçu de Charlemagne des reliques venues d'Orient. Les prétentions des autres églises, toutes plus ou moins douteuses, étaient aussi, par rapport à celles d'Aix, postérieures et récentes. Par suite, toutes celles, qui revendiquèrent pour leurs reliques une ancienneté égale à celle des reliques d'Aix, devaient se borner à affirmer, qu'elles les avaient reçues en même temps qu'Aix et dans les mêmes circonstances, ou que, d'abord déposées à Aix par Charlemagne, elles leur avaient été transférées ensuite par un de ses successeurs.

Dans les deux cas, Aix est, en quelque sorte, le garant de leurs prétentions. La première version était assurément la plus flatteuse ; en l'invoquant, on s'égalait à Aix et on s'attribuait une même place dans la faveur impériale. C'était celle qu'avait adoptée le clergé de Compiègne, pour soutenir que le Saint Suaire avait été donné par Charles à son église, en même temps qu'Aix recevait le periT^onium. L'autre, en un sens moins ambitieuse, était aussi moins exposée aux démentis et aux contestations. On se bornait à prétendre qu'on avait recueilli une partie des richesses possédées d'abord par Aix. L'explication, plus vraisemblable, était, par là même, plus habile. On restait d'accord avec la vérité historique, en reconnaissant le rôle important joué par Aix dans le passé, et on faisait mieux ressortir l'importance de l'héritage, dont on revendiquait la possession présente. C'est, sans doute, ce qui détermina Saint-Denis, à adopter la version que nous présente la Descriptio,

Nous verrons, en effet, que ce qui caractérise celle-ci, par rapport

I . Cf. Rauschen, Die Légende Karls des Grossen im XI und XII Jahrhunderty p. 98.

La descriptio de saint-denis Î77

à cette autre histoire de reliques qu'est le récit de la Saga, c'est Un souci plus grand de la vraisemblance historique, dont l'effet doit être de rendre inattaquable l'authenticité des reliques de Saint-Denis. Oh comprend maintenant le rôle que joue dans la Descriptio la partie relative au séjour à Aix des reliques de la Passion. On ne saurait, par suite, tenir pour absolument véridiquece qu'elle raconte d'Aix, de ses reliques et de son Endit. Son histoire est trop manifestement racontée, pour soutenir des intérêts étrangers et rivaux. Par contre, l'importance et le développement qui lui sont accordés servent aussi directement que possible les prétentions de Saint-Denis. La gaucherie apparente de la composition, qui pendant toute une partie du récit semble oublier Saint-Denis, n'est sans doute qu'une habileté. Nous n'avons aucune raison de penser, qu'il a existé une forme antérieure de la Descriptio, d'où était absente l'histoire du transfert à Saint- Denis et qui était écrite pour Aix. Tout, au contraire, dans le récit actuel est combiné pour servir à la plus grande gloire de Saint- Denis. Il ne peut avoir été conçu tel -qu'il est que par un clerc de l'abbaye.

II. — Les sources de la Descriptio et la forme nouvelle donnée à la légende du Voyage,

Une question jusqu'ici mal élucidée est celle des sources de la Descriptio. On a bien le sentiment, que l'histoire des reliques, depuis leur invention jusqu'à leur arrivée à Saint-Denis, est faite d'une part de données historiques plus ou moins altérées, d'autre part d'épisodes et de motifs édifiants, analogues à ceux qu'on trouve dans les récits . du même genre. Mais l'ignorance, où nous sommes touchant les unes, et la banalité des autres nous empêchent de déterminer la part de loriginalité et celle de l'imitation dans cette partie du récit. Aussi bien, n'est-ce point ce qui intéresse notre étude particulière. Par contre, il importe pour nous d^ rechercher l'origine de l'élément essentiel de la première partie, et de voir où l'auteur a pris l'idée de cette expédition de Charlemagne en Orient, qui sert à la fois d'introduction et de cadre à son histoire des reliques de Saint-Denis.

CouLFF. " Voyage de Charlemagne en Orient, la

Longtemps on a considéré la Descriptio comme un témoin de la large diffusion, qu avait eue au moyen-âge la croyance au pèlerinage ou à la croisade de Charlemagne. Nous avons montré, que, si à un moment donné la légende carolingienne a imaginé la conquête de Constantinople, elle a toujours ignoré> que, pour uue raison ou pour une autre, l'empereur soit allé à Jérusalem. Les traditions cléricales elles-mêmes, celles qui ont fondé parmi le peuple sa réputation de sainteté, ne connurent pas plus le voyage en Terre Sainte que la conquête de Constantinople. Ce n'est qu'à la longue, qu'elles finirent par admettre la fiction créée par l'audacieuse falsification de Benoît de Saint- André, sans que, du reste, celle-ci parvint jamais à une popularité véritable. Il est impossible, jusqu'à la fin du xi* siècle, de retrouver une tradition autre que notre légende du Voyage en Orient. On serait donc amené à penser, que l'auteur de la Descriptio a dû s'inspirer d'elle, si la présencç dans son récit du trait caractéristique de cette légende, le rapport constant des deux expéditions à Jérusalem et à Constantinople, ne nous en donnait la certitude.

Aussi bien, quand on a voulu rattacher à des traditions populaires le récit de l'expédition de Charlemagne contenu dans 4a Descriptioy on n'a pu désigner comme ses sources, que des narrations de pèlerins, qui n'existent pas ', et le récit de h Karlamagnus-Sagay que nous avons étudié. Ce serait le poème français résumé par la Saga, qui aurait directement servi de modèle à la Descriptio *, ou bien la forme particulière de la légende du Voyage en Orient, dont ce poème se fait l'écho, qui aurait inspiré son auteur K Mais, de l'étude qui précède il résulte, que ce récit de la Saga n'est autre chose, qu'un texte monastique reposant, lui aussi, sur la seule tradition cléricale mise en circulation par Benoît de Saint-André. Et ainsi, incons-

1. Cf. Rauschen, Neue Untersuchungeny etc., p. 205. Aucune de celles qui nous sont parvenues ne fait la moindre allusion au voyage de Charlemagne en Orient. Dans ces conditions, comment affirmer qu'il en était autrement des autres?

2. Cf. Gaston Paris, Romania^ IX, pp. 33-34 et Morf, Romania, XIII, pp. 209-214 et 229-23 T.

Page 1